dimanche 28 septembre 2025

Travail et spiritualité selon Niranjan Guha Roy


 


Travail et spiritualité


La spiritualité n'est pas un rejet du monde mais une maîtrise complète du monde matériel, de la vie matérielle inspirée, guidée et réalisée par une conscience spirituelle supérieure ;


S'asseoir tranquillement et faire une méditation n'est pas si difficile, mais travailler et appeler la paix, l'énergie et la conscience d'en haut et travailler dans l'esprit de sacrifice comme une offrande au Divin est un moyen stimulant et efficace de faire du yoga.


Nous devrions considérer tout travail comme appartenant au Divin et nous rappeler que quoi que quelqu'un fasse, le travail est désigné par le Divin.


Un jour, nous verrons qu'à chaque instant tout dans l'univers est déterminé par le Divin.


Niranjan Guha Roy




vendredi 26 septembre 2025

Sur l'être central et l'individuation du divin selon Mère

 

Agenda 


2 août 1961


A propos d’individualisation, il y a une question que je me suis posée: quand on parle de «l’être central», par exemple, cet être central est quelque chose qui n’est pas dans la vie physique, il est au-dessus, n’est-ce pas...


C’est dedans et au-dessus et partout! (Mère rit) Non, à moins que tu n’apprennes à penser avec la quatrième dimension tout le temps, tu ne comprendras jamais rien.


Mais Sri Aurobindo dit que cet être central est «unborn» [non né]. Je voudrais savoir si cet être central est quelque chose d’individuel, si chacun a un être central?


Il n’est pas séparé de l’autre.


Il n’est pas séparé de l’autre ? Comment? Il n’est pas séparé du Divin, il est un avec le Divin. Mais est-ce qu’on a chacun un être central individuel, particulier, ou est-ce que c’est l’être central de tout le monde ?


Il devient personnel dans notre conscience. C’est un phénomène de conscience. Il n’est pas séparé – jamais séparé.


Non, il n’est pas séparé. Mais est-ce qu’il a une individualité.


Il n’est jamais séparé, ni du Centre (si l’on peut appeler cela «centre» !) ni de l’ensemble. Et dès qu’on est en rapport avec lui, le problème ne se pose plus : c’est de toute évidence, ça ne peut pas être autrement.


Parce que quand on perd l’ego et que l’on trouve cet être central, Sri Aurobindo dit qu’il reste une individualité, ce n’est pas une dissolution. On a une personnalité.


Oui, il reste une personnalité.


Cette personnalité, c’est donc celle de l’être central, c’est la Personnalité vraie.


Oui.


C’est donc quelque chose qui est quand même individuel, ce n’est pas un moi impersonnel.


Individuel dans l’action, dans la manifestation.


Et alors c’est là le problème: Sri Aurobindo dit que c’est permanent, tandis que toutes les anciennes traditions disent que ça disparaît avec la disparition du corps.


C’est un moi individuel permanent ?


Autrement il ne pourrait pas y avoir de vie matérielle permanente, parce que c’est le caractère même de la matérialisation. Et si ça, c’était appelé à disparaître, alors le phénomène de dissolution physique deviendrait un phénomène permanent, c’est-à-dire qu’il n’y aurait jamais d’immortalité matérielle; parce que, après avoir épuisé une certaine... (au fond, une certaine somme d’illusions ou de désordres ou de mensonges), on retournerait à la Vérité. Tandis que, selon Sri Aurobindo, ce n’est pas comme cela: c’est la Vérité (cette individualisation, cette personnalisation individuelle est un phénomène divin réel, véritable), c’est seulement la déformation de la conscience qui est un mensonge. C’est-à-dire que quand on retrouve la conscience vraie de l’Unité (l’Unité à la fois dans le manifesté, dans le non-manifesté, et supérieure au manifesté et au non-manifesté – «supérieure», c’est-à-dire contenant en soi également le manifesté et le non-manifesté), eh bien, cette Vérité-là inclut la personnalisation matérielle, autrement ça[2] ne pourrait pas exister.


Mais chacun a une personnalité différente?


Oui... peut-être pas chacun dans le désordre actuel (!) mais en principe.


Chaque être conscient ?


Oui, en principe – chaque âme vraie.


Vraie, c’est-à-dire formée ?


Oui, «formée», si tu commences par en bas. Mais si tu le prends par en haut... (Mère rit)


Chacun représente quelque chose du Divin ?


On peut dire comme cela, mais c’est encore séparatif. Mais qu’est-ce que c’est que cette personnalité !? C’est un mode d’être.


C’est ce qui fait que chacun est différent de l’autre.


C’est un mode d’être, oui, d’une certaine manière, dans son essence – dans son essence parce que si c’était dans la manifestation, tout cela est appelé à disparaître. Oui, ce sont des modes d’être. Comme à la première manifestation quand il y a eu ces quatre modes d’être qui ont été les premiers créés[3].


Mais là, il y aurait d’innombrables modes d’être, chacun représentant un aspect ?


Oui, la multitude, autrement il ne peut pas y avoir de Jeu.


Justement, je viens de traduire un passage où Sri Aurobindo parle de «la jouissance et la possession de l’Un avec la multitude, de la multitude avec l’Un, et de la multitude avec la multitude[4].» Par conséquent, s’il y a un jeu comme cela, il faut que ce soit innombrable: une diversité innombrable.




Aspiration à l'amour par Mère

 



Le 23 juillet 1913


Ô Seigneur, Splendeur inconcevable, 

que Ta Beauté se répande sur la terre, 

que Ton Amour s’allume dans les cœurs 

et que Ta Paix règne sur tous.

Un chant grave et profond, 

souriant et subtil, s’élève de mon cœur, 

et je ne sais si ce chant va de moi vers Toi ou de Toi vers moi 

ou bien si Toi, moi et l’univers entier sommes ce chant merveilleux dont je viens de prendre conscience 

… 

Il n’y a certes plus de Toi, ni de moi, ni d’univers distinct ; 

il y a une immense, sublime, infinie harmonie qui est toute chose et dont toute chose prendra conscience un jour.

C’est l’harmonie de l’Amour sans limite, l’Amour vainqueur de toute souffrance et de toute obscurité.

Selon cette loi d’Amour, Ta loi, je veux vivre de plus en plus intégralement ; à elle je me donne sans réserve.

Et mon être exulte d’une Paix inexprimable.


Mère, Prières et méditations.

*********

O Lord, inconceivable Splendour, may Thy Beauty spread through all the earth, may Thy Love be kindled in every heart and Thy Peace reign over all.


A deep and solemn chant, smiling and subtle, rises from my heart, and I do not know whether this chant goes from me to Thee or comes from Thee to me or whether Thou and I and the entire universe are this marvellous chant of which I have just become conscious. . . . Surely there is no longer any Thou or I or any separate universe; only an immense harmony is there, sublime and infinite, which is all things and of which all things will one day grow aware. It is the harmony of boundless Love, Love victorious over all suffering and all obscurity.


By this law of Love, Thy law, I want to live more and more integrally; to it unreservedly I give myself.


And all my being exults in an inexpressible Peace.


~ The Mother

CWM Vol. 01, Prayers and Meditations, P: 25





Amour psychique et amour vital selon Mère








L'émotion est-elle toujours un mouvement vital?

Ça dépend de quelle émotion et ça dépend aussi de ce qu'on appelle "émotion". Par exemple, il y a une condition dans laquelle, si on est mis en présence d'un mouvement psychique très précis, très clair, c'est-à-dire très distinctement psychique — cela arrive assez fréquemment —, l'émotion est tellement forte que les larmes viennent aux yeux. On n'est pas triste, on n'est pas heureux, ni l'un ni l'autre ; ça ne correspond pas à un sentiment quelconque, mais c'est une intensité d'émotion qui provient d'un contact avec quelque chose qui est clairement, d'une façon précise, psychique ; cela peut être en soi-même, mais c'est encore plus souvent en quelqu'un d'autre. Quand on est en contact avec une action, un mouvement, une manifestation d'ordre psychique, alors, tout d'un coup, les yeux se remplissent de larmes. Si on appelle cela une émotion, évidemment, c'est une émotion, n'est-ce pas. Mais, généralement, ça provient d'une chose : l'être physique a un besoin très peu conscient mais très intense du contact avec la vie psychique. Il se sent pauvre, dénué, isolé et abandonné quand il n'est pas en contact avec l'être psychique. Il n'y a pas un être physique sur un million qui le sache. Mais ces espèces d'impressions, n'est-ce pas, d'être comme perdu, suspendu, sans protection, sans soutien, manquant de quelque chose, on ne sait pas de quoi, quelque chose qu'on ne comprend pas mais qui vous manque, un vide quelque part, éh bien, cela arrive plus souvent qu'on ne le croit — les gens ne savent pas du tout ce que c'est. Mais alors, quand pour une raison quelconque, tout d'un coup, cette conscience se trouve en rapport avec un phénomène clairement psychique, se trouve en rapport avec les forces psychiques, les vibrations psychiques, l'impression est tellement forte, tellement forte que, certainement, le plus souvent, le corps peut à peine le contenir — c'est comme une joie trop grande, n'est-ce pas, qui déborde de tous les côtés —, qu'on ne peut pas le contenir, on ne peut pas le maintenir au-dedans de soi. Alors, ça, c'est comme ça... Il y a tout d'un coup une sorte de révélation, pas très consciente, pas clairement exprimée, mais la révélation de : c'est ça, c'est ça qu'il me faut. Et c'est tellement fort, tellement fort que ça donne une émotion, n'est-ce pas, qui est faite de tant de choses qu'on peut à peine exprimer ce que c'est. Ça, ce sont des émotions qui ne sont pas vitales.

Les émotions vitales sont tout à fait d'une autre nature — elles sont très claires, très précises, vous pouvez les exprimer d'une façon très nette ; elles sont violentes, elles vous remplissent d'une... généralement d'intensité, d'agitation, quelquefois d'une grande satisfaction. Et puis alors, il y a l'opposé qui vient avec la même force. Et alors les gens... Il y a beaucoup de gens qui croient (c'est une chose dont nous avons parlé déjà plusieurs fois), il y a des gens qui s'imaginent qu'ils ne connaissent l'amour que quand l'amour est comme ça, quand l'amour est dans le vital, quand ça s'accompagne de tous les mouvements du vital, toute cette intensité, cette violence, cette précision, cet éclat, cette brillance. Et alors, quand ce n'est pas là, ils disent : "Oh, ce n'est pas de l'amour."

Et pourtant, c'est justement comme ça que l'amour se déforme : ce n'est déjà plus de l'amour, ça commence à être de la passion. Et, n'est-ce pas, c'est une erreur presque universelle parmi les êtres humains.

Il y a des gens qui sont pleins d'un amour psychique très pur, très haut, très désintéressé, qui n'en savent rien et croient qu'ils sont froids, secs et sans amour parce qu'il n'y a pas ce mélange de la vibration vitale. Pour eux, l'amour commence avec cette vibration et finit avec elle aussi.

Alors, comme c'est une chose extrêmement instable, qui a des actions et des réactions et des violences de toutes sortes dans la dépression comme dans la satisfaction, pour les gens, l'amour est une chose extrêmement fugitive — ils ont des minutes d'amour dans leur vie. Ça peut durer, n'est-ce pas, quelques heures, et après on redevient terne et plat et on s'imagine que l'amour vous a quitté.

Comme je l'ai dit, il y a des gens qui sont tout à fait en dehors de ça, qui sont arrivés à maîtriser ça de telle façon que cela ne se mélange plus à rien, qui ont au-dedans d'eux cet amour psychique qui est tout fait d'oubli de soi, de don de soi, de compassion, de générosité, de grandeur de vie et qui est un grand pouvoir d'identification. Alors, la plupart des gens croient qu'ils sont froids ou indifférents... très gentils, ce sont des gens très gentils, n'est-ce pas, mais ils n'aiment pas ; et eux-mêmes quelquefois ils ne savent pas. J'en ai connu, n'est-ce pas, qui pensaient qu'ils n'avaient pas d'amour parce qu'ils n'avaient pas cette vibration vitale. Généralement, quand les gens parlent d'émotion, ce sont des émotions vitales dont ils parlent. Mais il y a un autre genre d'émotions, qui est d'un ordre infiniment supérieur et qui ne se manifeste pas de la même manière, qui a autant d'intensité, mais c'est une intensité sous contrôle, contenue, condensée, concentrée, qui est un pouvoir dynamique extraordinaire.

De vrais amours peuvent faire des choses extraordinaires, mais c'est rare. N'est-ce pas, toutes sortes de miracles peuvent se faire par amour pour celui qu'on aime, non pas pour tous, mais pour ceux ou celui qu'on aime. Mais alors, ça il faut que ce soit un amour libre de tous les mélanges du vital — c'est-à-dire un amour absolument pur et désintéressé qui ne demande aucune chose en échange, qui ne s'attend à aucune chose en échange.


CWM vol.15 - Le 30 janvier 1951







As I said, some people are quite beyond that, they have been able to control it in such a way that it does not get mixed up with anything else; they have in themselves this psychic love which is full of self-forgetfulness, of self-giving, compassion, generosity, nobility of life, and is a great power of identification. So most of these people think they are cold or indifferent — they are very nice people, you see, but they do not love — and sometimes they themselves do not know. I have known people who thought they had no love because they didn’t have this vital vibration. Usually, when people speak of emotions, they are speaking of vital emotions. But there is another kind of emotion which is of an infinitely higher order and doesn’t express itself in the same way, which has just as much intensity, but an intensity that is under control, contained, condensed, concentrated, and is an extraordinary dynamic power.




True love can achieve extraordinary things, but it is rare. All kinds of miracles can be done out of love for the person one loves — not for everyone, but for the people or the person one loves. But it has to be a love free from all vital mixture, an absolutely pure and selfless love which demands nothing in return, which expects nothing in return.




~ The Mother

CWM Vol. 15, P: 324-25





L'oubli de soi et la soumission selon Amita Guha Roy

 


L'oubli de soi

On doit apprendre à oublier sa propre existence, oublier ce qui nous semble de bonnes ou mauvaises circonstances,

En acceptant avec foi tout ce qui nous arrive parce qu’Elle seule sait ce qui est bien pour nous.

Alors on commence à voir que tout ce qui nous arrive est un acte de grâce (sarvamangala)

Et on peut se soumettre à Elle en toute confiance.

C’est Elle qui nous apportera tout ce dont nous avons besoin, cela deviendra notre constante expérience.


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Oublions nos petits soucis, nos ennuis personnels, nos désillusions égoïstes 

Et remettons nos vies dans les mains de la Mère Divine

Pour qu’elle puisse nous purifier, nous posséder et transformer le monde.

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Il faut s’annihiler soi-même totalement pour que le Divin se manifeste à travers l’être soumis. 

Le yoga est basé sur une soumission progressive à la Mère Divine.

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Amita Guha Roy 




Notre double nature - sms à une amie

 



Bonjour,

Bon après, pour ce qui me concerne, les circonstances, petites et grandes, me mettent dans des conditions idéales pour qu'il y ait progrès. Je finis toujours par le comprendre. Une partie rechigne toujours d'abord, particulièrement ce désir d'être tranquille qui n'est qu'inertie et non Paix en mouvement. Et puis, bien sûr, ce qui va finir par être démasqué résiste à l'aspiration au plus vrai, plus juste, plus beau. 


Le plus étonnant est que ce fatras interne de désirs, de petites habitudes, d'inertie puisse faire obstacle au progrès de la Joie !


- Joie sans objet, sans limite, ce feu 🔥 sans fumée, paisible, qui siège dans le cœur, plus moi que moi-même et reliance à toute chose. 


Quand c'est aussi net que ce matin, tout va à l'évidence plus que bien. C'est le meilleur des mondes possibles, et pas que pour moi !


 Cordialement,


Serge


En juin 2025



mardi 23 septembre 2025

Quelques conseils sur le chemin de sri Aurobindo et Mère.



Voici quelques conseils que je retire de ma conversation avec mes amies Amita Guha Roy et Amaryllis.

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Mère nous dit l'importance de la dédicace et de la foi au Suprême, qui est l'au-delà de tout, y compris de la présence divine dont nous avons l'expérience. 

Pour Mère, la supramentalisation a été l'incarnation de la volonté du Suprême dont Sri Aurobindo est d'abord une expression.

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 Vaut mieux s'opposer à Mère qu'être insincère. Vaut mieux être contre le Suprême que traverser une nuit de la foi. Être sans foi laisse une blessure.

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Il vaut mieux être sincère et donc assumer l'écart flagrant avec l'idéal que de cacher nos basses-eaux. Avec nos amis sur le chemin, dont la psychisation est nette, il sera aisé d'être sincère sur nos imperfections : étant eux-mêmes sincères, ils ne nous jugerons pas et si notre sincérité est imparfaite, ils nous aideront à nous laisser enivrer par ce pouvoir-vertu de Mère, leur compassion sera une aide précieuse.

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Quand on comprend que ce chemin de beauté en perfection constante est sans fin, la vie spirituelle et la vie même semble un mystère insondable et merveilleux.

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La création nouvelle est une soif exigente de beauté. Un engagement sur cette voie ne peut être solide sans cette sensibilité.

Amita nous a parlé d'un tableau qu'elle avait peint. Contente de son travail, elle quitte l'atelier. Quand elle revient, et voit que Niranjan avait peint autre chose par-dessus. Choc - incompréhension. Mais quelques minutes plus tard, elle voit que ce tableau de Niranjan est bien plus beau que l'était le sien. Rires de nous trois. Sourires.