vendredi 5 juin 2026

Se mettre au service de l'émergence de l'être nouveau - La raison d'être de l'école de Notre Dame et quelques conséquences pratiques.

 

Mère à la barre - Tableau de Niranjan Guha Roy

A tous,


Dans son essence, que représente l’école de Notre-Dame ?


Et qu’est-ce que les personnes qui y résident, sont censés y faire ?


Voici, reprise, la définition rédigée ensemble sur « L’Art de vivre ensemble à Motherland », avant même que l’école de Notre Dame ne soit « trouvée » :


[…] Motherland aspire à être une terre d’évolution et de transformation, à la fois psychique, spirituelle et supramentale vers l’émergence progressive d’un être nouveau.

[…] La sincérité, la présence à l’instant et la joie intérieure soutiennent l’abandon confiant à la Mère Divine. Chacun est invité à s’ouvrir à Son action, dans le respect de son propre rythme et de son processus de transformation.

L’école de Notre Dame à Inguiniel est un lieu intermédiaire destiné à accueillir un noyau intitulé le cœur. Actuellement 8 personnes sont désignées comme en faisant partie et certains d’entre nous ont visualisé que ce groupe pourrait atteindre, à terme, 12 personnes.

Les 12 personnes qui seront sur le lieu définitif auront donc cheminé ensemble et auront un degré d’harmonisation suffisant pour être le cocon favorisant l’émergence du nouvel être.


Mère disait : 

<< Personne n’est aller là ! Personne n’a fait ça, c’est un début, un début universel. C’est par conséquent une aventure absolument inattendue et imprévisible… Je vous convie à la grande aventure. Il ne s’agit pas de refaire ce que les autres ont fait avant nous, parce que notre aventure commence PAR-DELA. IL s’agit d’une création nouvelle, entièrement nouvelle, avec tout ce qu’elle comporte d’imprévu, de risques, d’aléas —une VRAIE aventure, dont le but est une victoire certaine mais dont la route est inconnue et doit être tracée pas à pas dans l’inexploré. Quelque chose qui n’a jamais été dans cet univers présent et qui ne sera plus de la même manière. […]>>

Nous continuons le chemin de Niranjan et Amita, unis psychiquement par la Mère. Le lieu définitif que nous sommes en train de créer s’appellera Motherland, à la suite de l’actuel petit sanctuaire à Baden.


Mère leur avait confié une mission. A nous de nous montrer à la hauteur de leurs œuvres poétiques et spirituelles…


D’ailleurs, pour éviter toute fausse modestie, nous parlons de « favoriser l’émergence de l’être nouveau ». Il n’est pas question d’ego là-dedans, mais une commande de Mère et chacun contribue à la hauteur de ses capacités et avec sa propre teinte.

La taille du lieu ? Nous n’en savons rien ! Sera-t-il le plus grand ? Rien non plus ! Et cela n’a aucune importance !

L’important est de se poser sincèrement la question : « Ai-je la foi et suffisamment confiance pour collaborer à cette aventure ? Est-ce ma juste place dans l’école de Notre Dame et plus tard, Motherland ?


Si, très sincèrement, je réponds « non » à cette question, c’est parfait ! Il n’y a aucune obligation à participer avec nous. C’est qu’un autre chemin s’ouvre à moi.


Amaryllis, Josée, Maryline, Serge,


Dans les mains de Mère, aux pieds du Seigneur, Om Namo Bhagavaté

Le Cœur de l’École de Notre Dame, Tout est Possible

Oasis - Tableau de Niranjan Guha Roy - symbole de notre association "Tout est possible"


*****

Ce texte n'ayant suscité que peu de réaction parmi les récipiendaires, je me permets d'en exposer des conséquences pratiques dans les commentaires qui suivent afin de vraiment prendre à bras à le corps les difficultés d'harmonisation qui traversent notre noyau :

Tout d'abord,

quelques conséquences sur

# l'importance d'assurer la protection physique de chacun des membres du noyau :

Certes un tel être nouveau ne saurait subir aucun dommage suite à des violences psychologiques, la paix le protégera de toute attaque de cet ordre. Toutefois sa seule faiblesse au début consistera à apprendre à s'immuniser des attaques physiques dues à des forces vitales physiques contre-évolutives. Parmi ces forces, il y a celles exercées par violence physique.

Nous devrions être ferme et inflexible, si l'un d'entre nous exerce une violence physique, il devra s'éloigner du cœur dans les plus brefs délais. 

Tout acte de violence physique implique donc une sortie du noyau du lieu de transition ou final, vers un des cercles plus éloignés. 

 

Transition vers une deuxième conséquence de notre raison d'être : 

Il s'agit d'assurer ainsi l'émergence de l'être nouveau au sein du noyau en co-évolution avec les cercles visibles et invisibles des âmes en évolution dans l'humanité.  

Cette notion de cercles autour du noyau reste approximative, peut-on décrire mentalement ce qui met en jeu du supramental ? Ce n'est pas en tout cas une hiérarchie, mais la réalité naturelle d'une évolution de plus en plus consciente d'un écosystème imbriquant émergence de l'espèce nouvelle et adaptation des espèces anciennes.


Nous considérerons donc quelques conséquences

# Sur pouvoir et autorité dans notre cœur et notre association "Tout est possible" :

Si nous constituons une harmonisation en direction d'un tel horizon, nous devons admettre un paradoxe : 

une telle harmonisation suppose une reconnaissance de l'égale dignité de toutes les âmes la constituant,

C'est une expérience de certains d'entre nous, le fond de nos êtres psychiques est une âme, une individuation du divin lui-même, 

et, en même temps, et c'est ce second point qui suscite paradoxe avec le premier,

certaines âmes étant plus dévoilées que d'autres, il faut admettre une inégalité spirituelle et devenir capable de se mettre à l'écoute de ceux qui sont plus dévoilés que les autres.

 

Reformulons ce paradoxe sous un autre angle : 

Imaginons que l'être nouveau soit là, doté d'une nouvelle conscience bien au-delà de la conscience mentale, lui demanderions-nous de se taire sur son discernement ? Nous passerions-nous de son autorité ?

Car lui ne s'attache pas au pouvoir, il est entièrement soumis au pouvoir du Divin, soumis à Mère et au Suprême, mais, de ce fait, il a une autorité naturelle pour nous ouvrir au véritable pouvoir en nous.

Et si certains d'entre nous avant que l'être nouveau émerge, atteignent à la supramentalisation au-delà de la psychisation et la spiritualisation allons-nous les faire taire au nom de l'égalité de tous ?

Allons-nous nous contenter de parler d'immodestie et d'arrogance spirituelle si l'un d'entre nous témoigne d'expériences que nous n'avons pas et nous indique des éléments de discernement ? 

Satprem et Sujata se sont écartés d'Auroville après avoir été chassés de l'ashram. Le pouvoir humain partagé et démocratique non relié à Mère montre ici sa faillite. Et, après eux, Niranjan et Amita ont dû quitté eux aussi l'ashram où ils demeuraient silencieux.  

Le pouvoir humain partagé même démocratiquement sombre bien vite dans une tyrannie de la majorité et une disharmonie faute de reconnaître l'autorité dévoilée en une minorité ! 

Le danger du pouvoir humain partagé à l'encontre du surhomme vrai dans une institution censée promouvoir la supramentalisation est un fait avéré. Comment ne pas réitérer cela ?

Prendre au sérieux notre raison d’être suppose d'être sensible à une forme de distinction à préciser entre autorité et pouvoir au sein de notre noyau.

Comment relier notre pouvoir partagé démocratiquement au pouvoir seul réel du divin ? Comment donc reconnaître parmi nous ceux en qui l'autorité du divin est plus dévoilé ? 

 

Je propose dans l'immédiat que les présents à l'Ecole de Notre Dame aient autorité sur les nouveaux arrivants pendant une période de noviciat. Ceci ne contredisant pas leur participation de plein pouvoir à notre association Tout est possible et à toutes les décisions collectives ne concernant pas leur appartenance finale au noyau.

Leur inclusion finale dans le noyau sera conditionnée à un discernement de la qualité dynamique de perfectionnement de l'harmonisation autour de l'émergence de l'être nouveau que leur présence produit dans le noyau et au-delà. L'unanimité du noyau devrait être la règle.

Si nous étions conséquents, cette inclusion finale dans le noyau devrait passer pour chacun dans la vie physique en présentiel dans le lieu de transition pour le moment. 

L'appartenance virtuelle au noyau depuis la nouvelle Mayapur et/ou par la suite est insuffisante. L'harmonisation est physique ou n'est pas car l'émergence de l'être nouveau est physique ou n'est pas.


Un texte de Sri Aurobindo pour méditer sur l'inégalité spirituelle : la floraison de l'Esprit en l'homme


       "Mais pourquoi plusieurs naissances humaines successives et non pas une seule ? Pour la même raison qui a fait de la naissance humaine elle-même un point culminant de la succession antérieure, de la série montante qui l’a précédée. Il faut qu’il en soit ainsi de par la nécessité même de l’évolution spirituelle. Car en parvenant simplement à l’humanité, l’âme n’a pas achevé ce qu’elle avait à faire ; elle doit encore élever cette humanité jusqu’à ses possibilités les plus hautes. Il est bien évident que l’âme logée dans un indigène des Caraïbes ou dans un primitif ignorant ou un apache parisien ou un gangster américain n’a pas épuisé la nécessité de la naissance humaine, ni réalisé toutes ses possibilités et toute la signification de l’humanité, ni réalisé tout ce que signifie Sachchidânanda dans l’Homme universel. Et non plus l’âme logée dans un Européen vitaliste qui se préoccupe uniquement de production dynamique et de plaisir vital, ou dans un paysan asien absorbé par la routine ignorante de la vie domestique et économique. Nous serions justifiés à douter que même un Platon ou un Shankara marque le couronnement — et par conséquent la fin — de la floraison de l’Esprit en l’homme. Nous sommes tentés de supposer qu’ils en indiquent la limite parce qu’eux et d’autres encore nous semblent le point le plus élevé que puissent atteindre le mental et l’âme de l'homme, mais cela peut être une illusion que nous donnent nos possibilités actuelles. Il peut y avoir une possibilité plus haute, ou tout au moins plus vaste, que le Divin a encore l’intention de réaliser en l’homme et, si tel est le cas, les marches construites par ces âmes supérieures sont précisément ce qui était nécessaire pour édifier la route qui y monte et pour en ouvrir les portes. En tout cas, il faut atteindre au moins ce point le plus élevé qui ait été touché jusqu’ici avant que nous puissions écrire le mot « Fin » en bas de la récurrence de la naissance humaine pour l’individu. L’homme est ici pour quitter l'ignorance et la petite vie qu’il représente dans son mental et son corps et pour s’élever à la connaissance et à la vie divine plus vaste qu’il peut embrasser par un déploiement de l’esprit.",

Sri Aurobindo, La vie divine,  III, p.171.


Les nouveaux êtres par Niranjan Guha Roy


# Ce que notre aspiration évolutive nous commande relativement à la question de l'harmonisation. 

Comme nous le disions précédemment, chacun est au plus profond un espace physique et temporel de dévoilement du Divin.

Sri Aurobindo et Mère distinguent trois processus de dévoilement du divin :

- la psychisation ou le dévoilement individuel du divin en nous ;

- la spiritualisation ou le dévoilement universel et transcendant du divin par nous ;

- la supramentalisation ou le dévoilement du divin dans la matière physique, la mutation de notre corps humain.

Ces trois processus se superposent suivant différents modes d'inconscience et de conscience. 

Si nous considérons l'émergence de l'être nouveau comme l'horizon premier de notre noyau, il doit y avoir une dynamique d'harmonisation du noyau liée à une psychisation consciente et une spiritualisation consciente en vue d'une supramentalisation consciente.

Cette dynamique d'harmonisation est dès lors exigeante. Son rythme ne comprendra guère de répit pour l'ego qui demeure au niveau du vital inférieur et du mental physique, même pour un être suffisamment psychisé et spiritualisé. 

Au sein du noyau dont l'horizon est l'accueil de l'être nouveau, un psychique suffisamment spiritualisé devrait par conséquent être un prérequis indispensable. 

Creusons ce qui paraît un prérequis dans l'horizon de faciliter l’accueil d'un être nouveau. 

La psychisation est commune à tous les êtres humains en un sens (sauf exception rarissime), mais elle est plus ou moins consciente et dévoilée en l'humanité de chacun. 

Quand elle commence à être consciente, elle n'en reste pas moins soumise comme à un état de double nature. 

 "Tout être humain a une double nature s'il n'est pas né Asoura, Râkshasa ou Pishâtcha, et même ceux-ci, s'ils sont incarnés, ont un être psychique dissimulé quelque part, du fait de leur humanité latente. Mais par être double (ou double nature, dans ce sens particulier), on entend ceux dont l'être est nettement divisé en deux parties fortement contrastées et qui sont encore incapables d'exercer sur elles une maîtrise qui les relierait l'une à l'autre. Tantôt ils sont attirés vers les sommets et alors tout va bien, tantôt ils sont attirés par les abîmes et indifférents aux sommets ou n'ont même pour eux que sarcasmes et railleries et lâchent la bride à l'homme inférieur. Ou encore ils substituent aux sommets un volcan qui fume dans l'abîme. Ce sont des exemples extrêmes, mais d'autres, sans aller jusque là, sont tantôt une chose tantôt le contraire. S'ils convertissent l'homme inférieur ou découvrent leur être central, un tout harmonieux et vrai pourra se créer.", Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga, les difficultés sur le chemin.

Elle peut se voiler momentanément pendant que des forces vitales, des limitations mentales, etc. reprennent le dessus. Il y a alors des alternances plus ou moins conscientes de dynamiques proprement psychiques et et de dynamiques anti-évolutives. 

Être accueilli dans un noyau, dont l'horizon est la facilitation de l'émergence de l'être nouveau, supposerait d'être dans une dynamique de libération de la double nature. Cela supposerait donc de ne plus balancer entre le divin et le vieil homme, cela supposerait de ne plus balancer entre la consécration sincère à la nouvelle conscience et la prolongation de l'ancienne conscience.

Le dévoilement individuel du divin devrait être suffisant pour que tous les désirs soient désormais regardés avec circonspection. Seule l'aspiration au divin devrait prédominer. Le vital inférieur serait suffisamment transformé pour que le champ d'action principal du processus évolutif en cours soit celui des pulsions, des nerfs et du physique...

Ceci devrait être attendu pour toute personne entrant dans un "noviciat" d'harmonisation au sein du noyau dont l'horizon est l'accueil de l'être nouveau. 

 « Il [notre yoga] ne peut pas être fait si l’on persiste à identifier les bassesses de l’Ignorance à la Vérité divine ou même à la vérité moindre permise sur le chemin.
Il ne peut pas être fait si l’on se cramponne à son moi passé et à ses vieilles formations, ses vieilles habitudes, mentales, vitales et physiques. Il faut constamment laisser derrière soi ses moi passés pour voir, agir et vivre à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Il ne peut pas être fait si vous réclamez la “liberté” pour votre mental humain et votre ego vital. Toutes les parties de l’être humain ont le droit de s’exprimer et de se satisfaire comme elles l’entendent, à leurs risques et périls, si tel est le choix de l’homme tant qu’il mène la vie ordinaire. Mais prendre le chemin du yoga, dont le seul objet est de substituer à ces choses humaines la loi et le pouvoir d’une Vérité plus grande, et dont la méthode est essentiellement une soumission à la Shakti divine, et continuer en même temps à revendiquer cette prétendue liberté, qui n’est rien d’autre qu’un esclavage à certaines forces cosmiques ignorantes, c’est se complaire dans une aveugle contradiction et revendiquer le droit de mener une double vie.
« Et surtout ce yoga ne pourra s’accomplir si ceux qui font profession d’être ses sâdhak persistent à être les centres, les instruments ou les porte-parole des forces de l’Ignorance qui s’opposent à son principe même et à son but et les nient ou les tournent en ridicule. D’un côté il y a la réalisation supramentale, la descente incomparable du pouvoir supramental divin, la lumière et la force d’une Vérité infiniment plus grande que toutes celles qui furent déjà réalisées sur terre, quelque chose, par conséquent, qui dépasse ce que le petit mental humain et sa logique considèrent comme les seules réalités permanentes, quelque chose dont il ne peut pas concevoir ni percevoir la nature, la manière et les processus de développement ici-bas par ses propres instruments inadéquats, ou qu’il ne peut pas juger par ses mesures puériles.
En dépit de toutes les oppositions, c’est cela qui fait pression d’en haut afin de se manifester dans la conscience physique et dans la vie matérielle. De l’autre côté, il y a cette nature vitale inférieure avec toute son arrogance prétentieuse, son ignorance, son obscurité, sa stupidité ou son agitation incompétente, qui lutte pour sa propre survie, lutte contre la descente, refuse de croire à la réelle réalité ou à la réelle possibilité d’une conscience et d’une création supramentales ou surhumaines, ou, plus absurde encore, exige, si cette conscience existe vraiment, qu’elle se conforme à ses propres petites mesures ; qui se saisit avidement de tout ce qui semble la réfuter, nie la présence du Divin (car elle sait que, sans cette présence, le travail est impossible), affirme bruyamment ses pensées, ses jugements, ses désirs, ses instincts et, s’ils sont contrecarrés, se venge en répandant le doute, la négation, les critiques méprisantes, la révolte et le désordre.
Telles sont les deux forces en présence maintenant, entre lesquelles chacun devra choisir.

 Mais cette opposition, cette obstruction stérile, ce blocus contre la descente de la Vérité divine ne peuvent pas toujours durer. Chacun doit finalement prendre position d’un côté ou de l’autre. La réalisation supramentale ne peut pas coexister avec une ignorance inférieure persistante ; elle est incompatible avec toute satisfaction prolongée dans une double nature. », 

 Sri Aurobindo, Lettres sur le Yoga, 1987, vol. 5, p. 260-261.

 

Pour aller plus loin, en cliquant ici, vous pouvez consulter les commentaires de cette lettre de Sri Aurobindo donnés par Mère lors de l'Entretien du 21 avril 1951 - 

Œuvre de Niranjan Guha Roy


Ne pas réitérer le fiasco - Entretien de Mère du 21 avril 1951



Le 21 avril 1951

    « Il [notre yoga] ne peut pas être fait si l’on persiste à identifier les bassesses de l’Ignorance à la Vérité divine ou même à la vérité moindre permise sur le chemin. Il ne peut pas être fait si l’on se cramponne à son moi passé et à ses vieilles formations, ses vieilles habitudes, mentales, vitales et physiques. Il faut constamment laisser derrière soi ses moi passés pour voir, agir et vivre à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Il ne peut pas être fait si vous réclamez la “liberté” pour votre mental humain et votre ego vital. Toutes les parties de l’être humain ont le droit de s’exprimer et de se satisfaire comme elles l’entendent, à leurs risques et périls, si tel est le choix de l’homme tant qu’il mène la vie ordinaire. Mais prendre le chemin du yoga, dont le seul objet est de substituer à ces choses humaines la loi et le pouvoir d’une Vérité plus grande, et dont la méthode est essentiellement une soumission à la Shakti divine, et continuer en même temps à revendiquer cette prétendue liberté, qui n’est rien d’autre qu’un esclavage à certaines forces cosmiques ignorantes, c’est se complaire dans une aveugle contradiction et revendiquer le droit de mener une double vie.

    « Et surtout ce yoga ne pourra s’accomplir si ceux qui font profession d’être ses sâdhak persistent à être les centres, les instruments ou les porte-parole des forces de l’Ignorance qui s’opposent à son principe même et à son but et les nient ou les tournent en ridicule. »

    (Sri Aurobindo, Lettres sur le Yoga, 1987, vol. 5, p. 260-61)
 

Être conscient qu’il faut changer la nature et maîtriser les différentes parties de l’être, est-ce la même chose, un même travail?


L’un précède l’autre. Il faut d’abord être conscient, ensuite maîtriser et, par la continuité de la maîtrise, on change le caractère. Changer le caractère est ce qui vient en dernier. Il faut maîtriser les mauvaises habitudes, les vieilles habitudes, pendant très longtemps pour qu’elles tombent et que le caractère puisse changer.

On peut prendre l’exemple de celui qui a des dépressions fréquentes. Quand les choses ne sont pas exactement comme il désire qu’elles soient, il devient déprimé. Alors, d’abord, il faut qu’il prenne conscience de sa dépression — non seulement de la dépression, mais des causes de dépression, pourquoi il devient déprimé si facilement. Puis, une fois qu’il est devenu conscient, il faut qu’il maîtrise les dépressions, qu’il s’empêche d’être déprimé même quand la cause de la dépression arrive — il maîtrise sa dépression, il l’empêche de venir. Et finalement, après avoir fait ce travail pendant plus ou moins longtemps, la nature perd l’habitude d’avoir des dépressions et ne réagit plus de la même manière, la nature est changée.

Que veut dire « être le porte-parole des forces de l’Ignorance »?

Les forces de l’Ignorance dans le monde actuel cherchent toujours des gens qui puissent exprimer leur ignorance dans le monde. Ce n’est pas difficile! il y a beaucoup de gens qui sont prêts à dire des choses ignorantes, c’est-à-dire à nier toute réalisation spirituelle, à nier la capacité de progrès, à nier la possibilité de réaliser une autre vie que celle qui existe maintenant, à nier que la nature humaine puisse être changée, et ainsi de suite; ou bien à affirmer qu’il est impossible d’échapper à la maladie, affirmer qu’il est impossible d’échapper à la mort, affirmer qu’il est impossible de comprendre, affirmer que jamais l’on n’atteindra à la Lumière et à la Connaissance, et ainsi de suite. Ceux qui disent ces choses sont les porte-parole de l’Ignorance. Au lieu d’exprimer des forces de Lumière et de Connaissance, ils servent à exprimer les forces de l’Ignorance — compris!

Sri Aurobindo dit ici : « ... l’aspiration et la tapasyâ sont trop constamment nécessaires... »


Oui, on ne peut pas faire le yoga si on ne le prend pas sérieusement. Parce qu’il faut être très sérieux pour avoir une aspiration constante et faire la tapasyâ. Si l’on n’est pas sérieux, pendant cinq minutes on a une aspiration et pendant dix heures on ne l’a pas; pendant un jour on a un grand élan et pendant un mois on ne l’a pas, et ainsi de suite. Alors on ne peut pas faire le yoga dans ces conditions. Il faut que ce soit une chose continue, constante, qui ne se relâche pas. Si l’on oublie ou si l’on se relâche, on ne peut pas faire le yoga.

Est-ce qu’il ne faut pas être né avec une grande aspiration ?


Non, l’aspiration est une chose qui se cultive, qui s’éduque, comme toutes les activités de l’être. On peut naître avec une toute petite aspiration et la cultiver au point qu’elle devient très grande. On peut naître avec une toute petite volonté et la cultiver au point qu’elle devient grande. C’est une idée tout à fait ridicule de croire que les choses vous viennent comme cela, par une sorte de grâce; que, si l’on ne vous donne pas l’aspiration, vous ne l’avez pas — ce n’est pas vrai. C’est justement ce sur quoi Sri Aurobindo a insisté dans sa lettre et dans le passage que je vais vous lire tout à l’heure. Il dit qu’il faut choisir, et le choix est constamment mis devant vous et constamment il faut que vous choisissiez et, si vous ne choisissez pas, eh bien, vous ne pourrez pas avancer. Il faut choisir; il n’y a pas une sorte de « force comme ça » qui choisit pour vous, ou une chance, ou un hasard ou une fatalité — ce n’est pas vrai. Votre volonté est libre, elle est volontairement laissée libre et vous devez choisir. C’est vous qui décidez si vous chercherez la Lumière ou non, si vous serez le serviteur de la Vérité ou non — c’est vous. Ou si vous avez une aspiration ou non, c’est vous qui choisissez. Et même quand on dit : « Faites votre soumission totale et le travail sera fait pour vous », c’est tout à fait très bien, mais pour faire votre soumission totale, il faut que tous les jours et à chaque instant vous choisissiez de faire votre soumission totale, autrement vous ne la ferez pas, elle ne se fera pas toute seule. C’est vous qui devez vouloir la faire. Quand elle est faite, tout va bien, quand vous avez la Connaissance aussi, tout va bien, et quand vous vous êtes identifié au Divin, tout va encore mieux, mais jusque-là, il faut vouloir, choisir et décider. Pas s’endormir paresseusement en disant : « Oh! le travail sera fait pour moi, je n’ai rien à faire qu’à me laisser couler au fil de l’eau. » D’ailleurs, ce n’est pas vrai, le travail ne se fait pas, parce que si la moindre petite chose vient contrecarrer votre petite volonté, elle dit : « Non, pas ça ! »... Alors?

Quelle est « la vérité moindre permise sur le chemin » ?

On ne peut pas du premier coup, immédiatement, atteindre à la Vérité suprême. Il y a, en route, des choses qui sont plus vraies que celles que vous savez, mais qui ne sont pas la « Vérité », et ces choses-là sont comme des découvertes que l’on fait : tout d’un coup, on a une sorte d’illumination, on découvre une loi, on trouve un levier, on voit comme un chemin qui s’ouvre devant soi; ce n’est pas la Vérité suprême, ce n’est pas l’expérience suprême, ce n’est pas ce que l’on a quand on s’est identifié au Divin, mais c’est comme quelque chose qui est tombé de là et qui est entré en vous, et qui vous donne une illumination partielle. Ces illuminations partielles sont justement ce qu’il appelle des « vérités moindres ».

Quel est le vrai sens de « tapasyâ » ?

La tapasyâ est la discipline que l’on s’impose à soi-même pour arriver à découvrir le Divin.

La tapasyâ et l’aspiration sont-elles une même chose ?

Non, vous ne pouvez pas faire la tapasyâ sans aspiration. L’aspiration est d’abord la volonté d’atteindre quelque chose. La tapasyâ est le procédé — il y a véritablement un procédé, une méthode.

Le vital inférieur est-il conscient du travail qui se fait en lui ?


Alors, s’il est logique et de bonne foi, il doit admettre la présence du Divin. Tu comprends, c’est un cercle vicieux ; il ne veut pas que le Divin soit là et il Le nie, parce que cela le gêne beaucoup qu’il y ait cette discipline qui va l’obliger à changer, à se maîtriser, à refréner ses désirs, à baisser la tête au lieu de réclamer toujours; alors il dit violemment : « Il n’y a pas de Divin. » Mais il peut très bien, au même moment, savoir que le travail a commencé et, par conséquent, avoir la preuve que le Divin est là. Mais il le niera tout de même, il est de mauvaise foi, il se sert de cet argument volontairement pour se dispenser de faire un effort.

Quelle différence y a-t-il entre les « vieilles habitudes » et les « vieilles formations » dont parle Sri Aurobindo ?

C’est un peu la même chose. Votre corps, par exemple, a certaines réactions au froid, au chaud, à la faim, et vous avez pris l’habitude de ces réactions, et cette habitude a fait une sorte de formation dans votre nature physique, c’est-à-dire un pli, un pli fixe du corps, et il est « comme ça ». Les formations sont le résultat des habitudes. De même, il y a des « formations » de caractère; par exemple, si vous avez pris l’habitude de vous mettre en colère quand les choses ne vous plaisent pas, l’habitude donne une sorte de pli intérieur à votre nature et, chaque fois qu’une chose ne vous plaira pas, automatiquement, en dehors de tout contrôle, vous vous mettrez en colère. C’est ce que l’on appelle des « formations », ce sont des habitudes qui sont devenues comme une partie de votre caractère.

Si l’on est trop sérieux dans le yoga, ne devient-on pas comme obsédé par la difficulté de la tâche ?

Il y a une mesure à garder!... Mais si l’on choisit bien son obsession, cela peut être très utile, parce que ce n’est plus tout à fait une obsession. Par exemple, on a décidé de trouver le Divin au-dedans de soi et, constamment, en toute circonstance, quoi qu’il arrive ou quoi que l’on fasse, on se concentre pour entrer en contact avec le Divin intérieur. Naturellement, il faut d’abord avoir cette petite chose dont parle Sri Aurobindo, cette « vérité moindre » qui consiste à savoir qu’il y a un Divin au-dedans de soi (c’est un très bon exemple de « vérité moindre ») et une fois que l’on en est convaincu et que l’on a l’aspiration de Le trouver, si cette aspiration devient constante et l’effort pour Le réaliser devient constant, aux yeux des autres cela ressemble à une obsession, mais ce genre d’obsession n’est pas mauvais. Elle ne devient mauvaise que si l’on perd l’équilibre. Mais il faut bien se dire que ceux qui perdent l’équilibre avec cette obsession-là, c’est qu’ils étaient tout à fait prêts à perdre l’équilibre; n’importe quelle circonstance aurait produit le même effet et leur aurait fait perdre l’équilibre — c’est un défaut dans la construction mentale, ce n’est pas la faute de l’obsession. Et naturellement, celui qui changerait un désir en obsession serait sûr d’aller tout droit au déséquilibre. C’est pour cela que je dis qu’il est important de savoir l’objet de l’obsession.

Quelqu’un a dit que celui qui est capable de pousser son idée fixe jusqu’à la folie verra la lumière.

Si vous vous concentrez sur une idée avec assez d’obstination, vous « passerez au travers », comme disent les occultistes, et derrière l’idée sur laquelle vous vous concentrez, vous trouverez la lumière. Mais c’est un peu risqué.

Cela veut dire que celui qui est capable de ce genre de concentration verra la lumière ?

Sûrement. Cela, sûrement. Si l’on est capable de ce genre de concentration, c’est très bien, mais il faut savoir sur quoi l’on se concentre. Voilà le point important.

Comment savoir si la soumission est totale ?

Cela ne me paraît pas difficile à savoir. On peut se donner un petit exercice. On peut dire : « Voyons, je fais ma soumission au Divin, je veux que ce soit Lui qui décide tout dans mon existence. » C’est votre point de départ. Petit exercice : le Divin va décider que telle et telle chose arrive, justement quelque chose qui est en contradiction avec votre sentiment; alors, on se dit : eh bien, et si le Divin me dit « tu vas renoncer à cela », vous verrez tout à fait facilement, immédiatement, quelle est la réaction; si ça fait un petit « pic » comme ça, au-dedans, vous pouvez vous dire : « La soumission n’est pas parfaite » — ça pique, ça pique...

(Mère poursuit la lecture de la lettre) « D’un côté il y a la réalisation supramentale, la descente incomparable du pouvoir supramental divin, la lumière et la force d’une Vérité infiniment plus grande que toutes celles qui furent déjà réalisées sur terre, quelque chose, par conséquent, qui dépasse ce que le petit mental humain et sa logique considèrent comme les seules réalités permanentes, quelque chose dont il ne peut pas concevoir ni percevoir la nature, la manière et les processus de développement ici-bas par ses propres instruments inadéquats, ou qu’il ne peut pas juger par ses mesures puériles. En dépit de toutes les oppositions, c’est cela qui fait pression d’en haut afin de se manifester dans la conscience physique et dans la vie matérielle. De l’autre côté, il y a cette nature vitale inférieure avec toute son arrogance prétentieuse, son ignorance, son obscurité, sa stupidité ou son agitation incompétente, qui lutte pour sa propre survie, lutte contre la descente, refuse de croire à la réelle réalité ou à la réelle possibilité d’une conscience et d’une création supramentales ou surhumaines, ou, plus absurde encore, exige, si cette conscience existe vraiment, qu’elle se conforme à ses propres petites mesures; qui se saisit avidement de tout ce qui semble la réfuter, nie la présence du Divin (car elle sait que, sans cette présence, le travail est impossible), affirme bruyamment ses pensées, ses jugements, ses désirs, ses instincts et, s’ils sont contrecarrés, se venge en répandant le doute, la négation, les critiques méprisantes, la révolte et le désordre. Telles sont les deux forces en présence maintenant, entre lesquelles chacun devra choisir.

« Mais cette opposition, cette obstruction stérile, ce blocus contre la descente de la Vérité divine ne peuvent pas toujours durer. Chacun doit finalement prendre position d’un côté ou de l’autre. La réalisation supramentale ne peut pas coexister avec une ignorance inférieure persistante; elle est incompatible avec toute satisfaction prolongée dans une double nature. »

Si la nature inférieure est complètement ignorante, comment peut-elle « choisir » ?

Elle n’est pas absolument ignorante. Ce n’est pas tellement absolu; elle peut sentir qu’il lui manque quelque chose. Tout dépend de cela. Naturellement, les gens qui sont tout à fait satisfaits d’eux-mêmes tels qu’ils sont, ce n’est pas la peine d’essayer de les changer, parce qu’ils ne le désirent pas. Mais enfin, même dans la nature inférieure, il peut y avoir une sorte d’impression que cela pourrait être mieux. Par exemple, prenez quelqu’un qui a une mauvaise santé ou qui est faible, qui a des désirs mais qui est trop faible pour les réaliser, qui a des ambitions mais qui n’a aucune capacité, celui-là se dira peut-être : « Oh! si j’étais mieux que je ne suis, si je savais un peu plus, si j’étais un peu plus fort, si je comprenais un peu ce qu’il faut faire... » Ou supposez, par exemple, dans la vie ordinaire, quelqu’un qui a besoin de gagner sa vie et qui doit choisir une situation, et la situation qu’on lui offre n’est pas très favorable, mais il est pris dans ce dilemme : ne pas avoir de quoi manger ou accepter cette situation peu agréable; il se trouve en face de ce problème et il se dit : « Que faut-il que je fasse? » Il ne sait pas, il ne comprend pas; mais même dans sa stupidité, il aura une espèce d’impression qu’il vaudrait mieux qu’il voie un peu plus clair, qu’il sache un peu mieux, qu’il ait quelques éléments de prévision. Alors cela éveille une toute petite aspiration à faire un progrès — c’est le commencement d’un choix. Quelqu’un disait que, s’il n’y avait pas de tiques pour mordre les chiens, ils vivraient toujours dans un état d’inertie, couchés par terre et sans bouger. Alors cela les gêne, ils commencent à se gratter, ils bougent, et cela les éveille un petit peu de leur « tamas ». Pour les hommes, c’est la même chose. Quand ils ont un petit désir qu’ils ne peuvent pas réaliser, ça les secoue un peu : ils sortent de leur inertie et ils essayent de trouver une solution à leur problème. C’est comme cela. Il n’y a pas d’inconscience absolue — il n’y a pas d’ignorance absolue, il n’y a pas de nuit absolue. Derrière toute inconscience, derrière toute ignorance, derrière toute nuit, il y a toujours la Lumière suprême qui est partout. Il suffit d’une toute petite chose pour qu’un commencement de contact s’établisse.

Au début de cette lettre, Sri Aurobindo écrit qu’il n’a « pas l’intention de donner sa sanction à une nouvelle édition du vieux fiasco ».


Le mot « fiasco » s’applique-t-il à quelque chose de particulier ou de général?

Cela s’applique à tous les Instructeurs qui sont venus dans le monde. L’un a dit : « J’apporte l’Amour », l’autre a dit : « J’apporte la Paix », l’autre a dit : « J’apporte la Libération », et puis, il y a eu un petit changement au-dedans, quelque chose s’est éveillé à l’intérieur des consciences, mais extérieurement tout est resté exactement le même. C’est cela qui fait le fiasco.

La réalisation et les expériences intérieures n’aident-elles pas au changement extérieur ?


Pas nécessairement. Cela n’aide que si on le veut; autrement, au contraire, on se détache de plus en plus de la nature extérieure. C’est ce qui arrive à tous ces gens qui cherchent la mukti, la libération; ils rejettent leur nature extérieure avec son caractère et ses habitudes comme quelque chose de tout à fait méprisable dont il ne faut pas s’occuper; ils retirent toutes les énergies, toutes les forces de la conscience vers le haut et, s’ils le font avec une perfection suffisante, généralement ils quittent leur corps une fois pour toutes. Mais dans l’immense majorité des cas, ils ne le font que partiellement et, quand ils sont sortis de leur méditation, de leur contemplation, de leur transe ou de leur samâdhi, ils sont généralement pires que les autres, parce qu’ils ont laissé la nature extérieure sans s’en occuper du tout. Même les gens ordinaires, quand ils ont des défauts un peu trop voyants, ils essayent de les corriger ou de les contrôler un peu pour ne pas avoir trop de déboires dans la vie, tandis que ces gens qui pensent que la vraie attitude est d’abandonner complètement son corps et sa conscience extérieure et de se retirer entièrement sur les « hauteurs spirituelles » traitent cela comme un vieil habit que l’on jette de côté et que l’on ne raccommode pas — et quand on le reprend, il est plein de trous et de taches.

Cela n’aide pas. Cela n’aide que si l’on a sincèrement la volonté de changer ; si l’on a sincèrement la volonté de changer, c’est une aide puissante, parce que cela vous donne la force de faire le changement, le point d’appui pour faire le changement. Mais il faut sincèrement vouloir changer.
 
Tableau de Niranjan Guha Roy

 


dimanche 24 mai 2026

Face aux forces adverses et aux forces hostiles à l'harmonisation : le piège de la diabolisation

 


Le yoga intégral de Sri Aurobindo et Mère ou Purna yoga est d'abord une évolution concentrée de la Conscience incarnée.

Dans cette aventure de la Conscience, on peut prendre le point de vue d'un individu qui cherche le Divin.  L'individu cherche à participer de plus en plus consciemment à l'œuvre divine. Mais ce point de vue d'une évolution du chercheur individuel ne trouve son sens ultime qu'en finissant par prendre le point de vue du Divin qui trouve à se dévoiler en toute individualité. L'univers et en lui toute vie individuelle est d'abord le jeu aimant du Divin se manifestant innombrablement à lui-même.

Le yoga ou l'aventure de la Conscience du point de vue de l'individu rend crédible et rend inévitable la rencontre de forces adverses voire de forces hostiles à l'évolution de la Conscience. Comment expliquer sinon que le Divin ne soit pas dévoilé présentement en nous ? Comment tenir sinon que l'univers ne soit pas une illusion, qu'il soit bien le lieu de manifestation du Divin en lui-même ? Ne faut-il pas admettre l'existence de forces qui empêchent à l'évidence le Divin d'être perceptible immédiatement pour l'individu ?
Parmi ces forces, on peut évoquer celles produisant l'ignorance, celles rendant inconscient. Ce sont des forces impersonnelles. Mais il faudra bien admettre en outre, par expérience, qu'il y a des forces s'agglutinant à nos mauvaises volontés, la nourrissant, la renforçant, des forces qui les ancrent dans leur ignorance et leur inconscient. Évoluer en Conscience met alors en jeu des forces nous proposant du désir, des forces avec une volonté propre contraire au sens divin de l'évolution. Ce sont ces forces personnelles adverses qui rendent difficiles nos choix favorisant l'œuvre divine.

Nous avons pu ressentir que la résistance interne au progrès prend le chemin de résistances externes pour se renforcer : des forces hostiles facilitent l'œuvre de forces adverses.

"C’est ce que Sri Aurobindo et la Mère appellent les forces adverses. Ce sont des forces très conscientes, dont le seul but, apparemment, est de décourager le chercheur ou de le détourner du chemin qu’il s’est choisi. Le premier symptôme de leur présence est très perceptible : la joie se voile, la conscience se voile et tout est enveloppé d’une atmosphère de drame. Dès qu’il y a souffrance, on peut être sûr que l’ennemi est là. Le drame est leur lieu de prédilection, c’est là qu’elles peuvent faire le maximum de dégâts, parce qu’elles jouent avec un très vieux partenaire en nous, qui ne peut s’empêcher d’aimer le drame alors même qu’il crie assez. Leur premier soin, généralement, est de nous pousser à des décisions subites, extrêmes, irrévocables, qui mettront autant de distance que possible entre nous et le chemin choisi – c’est une vibration de plus en plus serrée, aiguë, qui veut s’exécuter immédiatement ; ou bien elles démonteront tout le mécanisme de notre recherche – avec une habileté remarquable, pour nous démontrer que nous nous faisons des illusions et que nous n’arriverons à rien ; ou bien, le plus souvent, elles créeront un état dépressif, jouant avec un autre partenaire bien connu, que Sri Aurobindo appelle l’homme de douleur : Un bonhomme qui se couvre d’un septuple manteau de tragédie et de tristesse, et qui ne sentirait pas son existence justifiée s’il ne pouvait être colossalement misérable 65", Satprem, Sri Aurobindo ou l'aventure de la Conscience.

Mais une fois admis qu'il existe de telles entités, nous y croyons parfois sans les voir précisément. Nous voici en train de spéculer sur leur emprise sur autrui sans même bien les percevoir en nous, sans les percevoir comme on peut voir concrètement au microscope un microbe pathogène nuire.

Parmi nous, les adeptes du yoga intégral, il y a une tendance dès lors à faire un usage des forces hostiles et adverses qui n'est pas sans me rappeler un certain catholicisme ou certains courants évangéliques dans leurs rapport aux forces démoniaques.

Certes, pour paraphraser Baudelaire, la plus grande ruse du démoniaque est de faire croire qu'il n'existe pas. Mais j'ajouterai avec l'expérience, que son mensonge le plus courant est de faire croire que la marionnette du démoniaque c'est l'autre, et que nous-même sommes injustement les jouets de ces attaques.

Écoutons d'abord Mère questionner notre idée que nous sommes injustement le jouet d'attaques adverses :

" Quand maintenant, quand les gens me parlent d'attaques menées par des forces adverses, j'ai toujours envie de leur dire : « L'adversité est en vous ! »

Je pense que c'est un moyen bien commode d'obtenir l'impunité… Car si vous êtes parfait, ils ne peuvent rien faire contre vous. C'est d'une évidence absolue. Ce sont les imperfections qui leur donnent du pouvoir. Ainsi, si nous changeons de perspective comme l'a fait Sri Aurobindo, nous verrons, comme il l'a dit, que les forces dites adverses sont tolérées parce qu'elles sont utiles pour éveiller les consciences à la nécessité de la transformation, à l'urgence de la purification.

25 mai 1968"

On se dédouane bien vite en mettant l'imperfection sur la force adverse qui nous attaque, oubliant de sonder la faiblesse en nous qui lui permet de le faire.

Maintenant, examinons le fait de croire que la marionnette du démoniaque, c'est l'autre.

"Tout être humain a une double nature s'il n'est pas né Asoura, Râkshasa ou Pishâtcha, et même ceux-ci, s'ils sont incarnés, ont un être psychique dissimulé quelque part, du fait de leur humanité latente. Mais par être double (ou double nature, dans ce sens particulier), on entend ceux dont l'être est nettement divisé en deux parties fortement contrastées et qui sont encore incapables d'exercer sur elles une maîtrise qui les relierait l'une à l'autre. Tantôt ils sont attirés vers les sommets et alors tout va bien, tantôt ils sont attirés par les abîmes et indifférents aux sommets ou n'ont même pour eux que sarcasmes et railleries et lâchent la bride à l'homme inférieur. Ou encore ils substituent aux sommets un volcan qui fume dans l'abîme. Ce sont des exemples extrêmes, mais d'autres, sans aller jusque là, sont tantôt une chose tantôt le contraire. S'ils convertissent l'homme inférieur ou découvrent leur être central, un tout harmonieux et vrai pourra se créer.", Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga, les difficultés sur le chemin.

Sri Aurobindo ici nous explique que presque tous avons une double nature.

Spirituellement, nous pourrions et devrions commencer par nous méfier de toute diabolisation unilatéral d'autrui. Qui sommes-nous pour juger que concernant cette double nature d'autrui, les forces divines ont été supplantées par les forces antidivines ? Parler d'asoura, de rakshasa, pishacha, etc. dans le vocabulaire du Yoga Intégral, ne change guère les faits, la diabolisation d'autrui a souvent conduit au pire.

Il y a des traits communs que je trouve préoccupants pour la sincérité spirituelle de celui qui associe bien rapidement quelque tournis de forces en lui à une attaque de forces adverses ou hostiles venues par le biais d'autrui, ce dernier étant unilatéralement prisonnier des forces antidivines.

Ce pratiquant du Yoga Intégral ne souscrit-il pas à des forces d'obscurantisme qui le font juger diabolique simplement une autre manière de vivre ? Satprem a été jugé asourique par des ashramites. Niranjan Guha Roy de même, y compris par des gens qui trouvaient injustes la diabolisation de Satprem par les ashramites. Dans le yoga intégral, le danger de diaboliser à tout va est donc bien réel.

Soyons clairs, s'il y a des forces adverses et des forces hostiles qui s'exercent à l'extérieur de nous contre nous par l'entremise d'une personne de notre entourage, celle-ci nous nuira aussi ostensiblement de manière visible. Il y a bien peu d'attaques venues par l'entremise d'une personne qui ne demeurent qu'occultes, tandis que la personne paraît parfaite en apparence sur le plan moral.

Les nuisances sont de plusieurs ordres.

La plus courante des nuisances visibles est qu'elle fera de fausses accusations. Diaboliser à tout va, c'est faire de fausses accusations. 

Et si je me surprends en train de diaboliser, je constate ma double nature dont parle le texte cité précédemment. Je ne suis pas un possédé à exorciser. Je suis un être non transformé pleinement dont l'ignorance permet à ces forces de déterminer mes comportements.

Comme Denis Marquet le remarque : la plupart des agressions, des violences et des guerres commencent avec l'idée que l'autre portait une violence en lui, que sa colère contre nous allait bientôt se manifester, qu'il allait de toute façon nous agresser et finir par nous attaquer. C'est l'argumentaire du pouvoir nazi qui a entraîné la seconde guerre mondiale, mais c'est aussi le propos d'un Poutine : selon lui, la volonté ukrainienne de vouloir appartenir à l'Otan, traduit une volonté d'agression qui nécessite une intervention armée préventive. Rappelons que l'Otan n'est pourtant qu'une alliance militaire qui garantit la défense de ses membres contre toute agression, l'Otan n'a aucun objectif impérialiste qui la structure. 

Ceux qui trouvent légitime l'argument des russes justifiant la guerre en Ukraine ne sont-ils pas dès lors des marionnettes des forces hostiles du Mensonge ? Ils vont surenchérir en invoquant mon ignorance, je serai l'idiot utile de l'impérialisme occidental, car évidemment ce sont les intentions cachées et secrètes de l'Otan. Bien sûr extérieurement, l'Otan affiche sa défense de la paix mais secrètement, dans les coulisses, il y a ses visées impérialistes. CQFD. 

A ce stade, le défenseur de Poutine n'a fait que prolonger la rhétorique de cette force d'agression, servant à couvrir son mensonge factuel au service de la guerre de tous contre tous : l'autre allait attaquer, je ne fais que me défendre en l'attaquant avant qu'il ne m'attaque. 

Soyons clair : soit on se défend, soit on attaque. 

Si l'autre prépare une attaque, je peux préparer ma défense. Et je peux me défendre s'il m'attaque. Cette dissuasion n'est pas agressive, elle peut servir à pacifier les intentions de l'autre.

Si j'attaque l'autre parce que tout indique qu'il allait m'attaquer, je suis l'agresseur, et non un simple défenseur.

Là encore, ne concluons pas trop vite que celui qui sert ce Mensonge favorisant le conflit, ce Mensonge qui anime la plupart des agresseurs, est lui-même agent complice d'une force hostile ou adverse. Il faudrait distinguer ce qui ressort de l'ignorance et ce qui ressort de l'illusion qui nous amène à trahir l'aspiration au vrai. L'ignorant laisse le monde entre les mains des forces hostiles et adverses à son évolution divinisatrice mais son développement psychique reste insuffisant pour affirmer qu'autre chose que son ignorance le détermine. Quand l'ignorance prédomine, Les forces hostiles et adverses n'ont guère à faire entrer son ego en tentation pour faire reculer l'influence psychique voire pour la faire taire. 

Dans cette aventure de la Conscience, avons-nous dit précédemment, on peut prendre le point de vue d'un individu qui cherche le Divin. Mais on peut prendre le point de vue du Divin qui aspire à trouver à se dévoiler en notre individualité, en notre monde. Oui, prenons au sérieux que le point de vue d'une évolution du chercheur individuel ne prend son sens ultime qu'avec celui du Divin qui trouve à se dévoiler en tout individu.

Du point de vue du dévoilement Divin, que deviennent les forces hostiles et les forces adverses dont nous parlions du seul point de vue du chercheur individuel ? Qu'est-ce que voir du point de vue divin un point de vue individuel où est ressenti de façon approximative l'œuvre néfaste des forces adverses et hostiles ?  Ce risque de tomber davantage dans le filet de ces forces en servant en idiot utile leur mensonge de diabolisation, quel sens prend-il du côté du dévoilement divin ?

Pour le Divin, le seul remède au manque d'Amour, c'est davantage d'Amour.

"43Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 44Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 45afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.", Evangile de Matthieu, chapitre 5. 

Évoquer "L'Amour de l'ennemi" semble contradictoire. Si je suis ennemi de l'autre, je ne l'aime pas. Du point de vue du Divin, pourquoi y aurait-il la moindre animosité contre qui que ce soit ou quoi que ce soit ? Si, au final, le Divin est le fond ultime de tout, si, au final, le Divin est le fond de notre âme, comment le Divin pourrait diaboliser qui que ce soit ou quoi que ce soit ? Du point de vue Divin, "L'Amour de l'ennemi" est l'Amour de l'autre qui, lui, se positionne en ennemi, bien qu'il soit aimé, et qui prétend que le Divin est son ennemi, bien qu'il soit aimé !

Sous l'œil Divin, la force adverse ou hostile, soit se dissout dans une extase d'Amour qu'aucun regard jusque là n'avait pu lui donner, soit elle se convertit dans un zèle sans borne, servant désormais la cause divine.

Si vous voulez creuser ce point, nous vous renvoyons à la pratique que propose Mère dans cet extrait de son Agenda :

https://sriaurobindouneapproche.blogspot.com/2026/01/lutte-contre-le-mal-et-amour-selon-mere.html

Si nous, individus, sommes encore sur le chemin, si le point de vue de Divin nous paraît lointain, cela pointe le cours temporel incontournable du dévoilement du Divin. Cela prend du temps, Cela prend son temps, Cela prendra le temps qu'il faut, Cela arrivera à temps. De notre point de vue individuel humain sur le chemin, il y faut notre patience, notre sagesse équanime et égale en toute circonstance, notre espérance et notre foi.

Et nous, individu sur le chemin, avant que cet œil Divin d'Amour ne s'ouvre à travers nous sur ces forces pour les abolir ou les convertir, comment agir, maintenant ! comment se mettre davantage en lumière du Divin et la servir ? 

Mère, ses paroles, nous inspire un chemin.

Pour éviter l'écueil de la diabolisation, ne devrions nous pas, entre autres, apprendre à véritablement voir d'abord en nos frères et sœurs humains, les enfants divins en croissance qu'ils sont malgré notre incapacité présente de voir au-delà des apparences extérieures contraires ?

Dans l'opuscule La découverte suprême, Mère insiste sur ce point et le précise  :

https://sriaurobindouneapproche.blogspot.com/2026/01/pour-un-foyer-dharmonie-selon-mere.html

Pour éviter l'écueil de la diabolisation et s'ouvrir à ce regard d'harmonisation, le premier pas donc reste l'équanimité, l'égalité, le calme et la paix face à mes réactions, mes jugements devant les mouvements extérieurs de l'autre. Développer ces pouvoirs est décidément le premier pas sûr dans ce yoga exigeant non pour être indifférent mais se pour se faire ouvert à l'Amour. Cela ne consiste pas à tout laisser faire, par l'autre ou par soi-même mais à se disposer sincèrement à apprendre à agir selon le point de vue divin.

  



lundi 11 mai 2026

La Mère au sujet du travail

 


La Mère au sujet du travail

Paroles traduites de l’anglais du livre « Mantra of the Mother »


 


Quand vous commencez une querelle c’est comme si vous déclariez la guerre au travail du Divin


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Tout ce que vous faites, faites le toujours avec soin.


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Pour le travail stabilité et régularité sont aussi nécessaires que la compétence.


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On peut progresser par la méditation,

Mais par le travail, pourvu qu’il soit fait dans le bon esprit,

On peut progresser dix fois plus


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La perfection dans le travail doit être le but .

Mais c’est seulement par un très patient effort qu’on peut l’obtenir


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Aspirons constamment à être un instrument parfait pour le travail du Divin


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Words from the book ” Mantras of the Mother


 


When you start a quarrel it is as if you were declaring war to the Divine ‘s work


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Whatever you do, do it always carefully


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For the work, steadiness and regularity are as necessary as skill


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One can progress through meditation,

But through work, provided it is done with the right spirit,

one can progress ten times more.


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Perfection in the work must be the aim,

But it is only by a very patient effort that this can be obtained.


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Let us constantly aspire to be a perfect instrument for the Divine’s work


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Extrait d’une lettre de Amita Niranjan écrite à la Mère – 12/11/72



 Extrait d’une lettre écrite à la Mère – 12/11/72


……..C’est un moment extraordinaire, les facultés, les capacités inattendues pleuvent du ciel comme des cadeaux du Seigneur et de la Mère Divine pour tout le monde.


Pour Les remercier, pour Les fêter, nous voulons chanter et danser avec tous ceux qui voudraient participer à cette grande fête d’accueil.


Le Seigneur et la Mère Divine ont pris la terre et l’ont transformée. Le paradis est ici bas en permanence.


Seigneur Suprême, Tu es là pleinement dans chaque atome comme dans l’univers entier


Mère Divine, donne Ton Bonheur à chaque élément dans la manifestation.

Que tous soient heureux en Toi



Amita-Niranjan


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Réponse de la Mère