Ce qui suit n'engage qu'une réflexion en cours et me semble perfectible comme indiqué dans le texte même, puisque souvent les questions sont posées et les réponses proposées sont insuffisantes.
Les événements en cours, les discussions, les recherches sur le blog de Propositions évolutives et de nouvelles inspirations m'ont considérablement fait réviser cet article par rapport à sa première publication mais l'esprit dynamique qui animait cette réflexion ouverte demeure : servir l'émergence de l'être nouveau, avancer sur un chemin collectif de transformation, une harmonisation évolutive qui serait un terrain favorable à sa venue.
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| Mère à la barre - Tableau de Niranjan Guha Roy |
Dans son essence, que représente un lieu au service de Mère et Sri Aurobindo ?
Et qu’est-ce que les personnes qui y résideraient, seront censés y faire ?
Voici, reprise, un « L’Art de vivre ensemble », avant même qu'un lieu de transition ne soit « trouvé » :
[…] [un tel lieu] aspire à être une terre d’évolution et de transformation, à la fois psychique, spirituelle et supramentale vers l’émergence progressive d’un être nouveau.
[…] La sincérité, la présence à l’instant et la joie intérieure soutiennent l’abandon confiant à la Mère Divine. Chacun est invité à s’ouvrir à Son action, dans le respect de son propre rythme et de son processus de transformation.
[...]
Mère disait :
<< Personne n’est aller là ! Personne n’a fait ça, c’est un début, un début universel. C’est par conséquent une aventure absolument inattendue et imprévisible… Je vous convie à la grande aventure. Il ne s’agit pas de refaire ce que les autres ont fait avant nous, parce que notre aventure commence PAR-DELA. IL s’agit d’une création nouvelle, entièrement nouvelle, avec tout ce qu’elle comporte d’imprévu, de risques, d’aléas —une VRAIE aventure, dont le but est une victoire certaine mais dont la route est inconnue et doit être tracée pas à pas dans l’inexploré. Quelque chose qui n’a jamais été dans cet univers présent et qui ne sera plus de la même manière. […]>>
Personnellement, je suis sensible au chemin de Niranjan et Amita au service de Sri Aurobindo et Mère.
Mère leur avait confié une mission. Suis-je à la hauteur de leurs œuvres poétiques et spirituelles ? Puis-je continuer quelque chose en ce sens ?
D’ailleurs, pour éviter toute fausse modestie, il faudrait parler de « favoriser l’émergence de l’être nouveau ». Il n’est pas question d’ego là-dedans, mais il y a une commande de Mère et à chacun de contribuer à la hauteur de ses capacités et avec sa propre teinte.
L’important est de se poser sincèrement la question : « Ai-je la foi et suffisamment confiance pour collaborer à cette aventure ? [...]
Si, très sincèrement, je réponds « non » à cette question, c’est parfait ! Il n’y a aucune obligation à participer avec nous. C’est qu’un autre chemin s’ouvre à moi.
Dans les mains de Mère, aux pieds du Seigneur, Om Namo Bhagavaté
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| Oasis - Tableau de Niranjan Guha Roy - symbole de notre association "Tout est possible" |
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Ce texte s'il paraît à première vue anodin, je me permets tout de même d'en exposer des conséquences pratiques dans les commentaires qui suivent afin de vraiment prendre à bras à le corps des difficultés :
Tout d'abord,
quelques conséquences sur
# l'importance d'assurer la protection physique de chacun des membres du noyau d'un lieu au service de l'émergence d'un être nouveau :
Certes un tel être nouveau ne saurait subir aucun dommage suite à des violences psychologiques, la paix le protégera de toute attaque de cet ordre. Toutefois sa seule faiblesse au début consistera à apprendre à s'immuniser des attaques physiques dues à des forces vitales physiques contre-évolutives. Parmi ces forces, il y a celles exercées par violence physique.
Nous devrions être ferme et inflexible, si l'un d'entre nous exerce une violence physique, il devra s'éloigner du cœur d'un lieu consacré à cette émergence dans les plus brefs délais.
Tout acte de violence physique impliquerait donc une sortie d'u noyau du lieu de transition ou final, vers un des cercles plus éloignés.
Transition vers une deuxième conséquence d'une raison d'être d'un lieu consacré à l'émergence d'un être nouveau :
Il s'agit d'assurer ainsi l'émergence de l'être nouveau au sein d'un noyau en co-évolution avec les cercles visibles et invisibles des âmes en évolution dans l'humanité.
Cette notion de cercles autour du noyau reste approximative, peut-on décrire mentalement ce qui met en jeu du supramental ? Ce n'est pas en tout cas une hiérarchie, mais la réalité naturelle d'une évolution de plus en plus consciente d'un écosystème imbriquant émergence de l'espèce nouvelle et adaptation des espèces anciennes.
Un oiseau ou un chat est la manifestation d'une âme, mais ce sont des manifestations humaines qui seules peuvent, pour le moment, participer consciemment à l'émergence d'un être nouveau.
Et parmi les êtres humains, rares sont ceux qui sont, par leur être psychique, appelés à la transformation. Plus rares encore ceux appelés à une mutation.
Nous considérerons donc quelques conséquences
# Sur pouvoir et autorité dans une communauté favorisant l'émergence de l'être nouveau :
Si nous constituons une harmonisation communautaire en direction d'un tel horizon, nous devons admettre un paradoxe :
une telle harmonisation suppose une reconnaissance de l'égale dignité de toutes les âmes, celles la constituant comme de toutes les autres,
C'est une expérience de certains d'entre nous, le fond de nos êtres psychiques est une âme, une individuation du divin lui-même,
et, en même temps, et c'est ce second point qui suscite paradoxe avec le premier,
Par certaines âmes, le Divin étant plus dévoilés que par d'autres, ne faut-il pas admettre, sur un autre plan une inégalité spirituelle ?
L'égale dignité de par la valeur infinie de chaque âme nous amène à privilégier des systèmes d'organisation démocratique direct idéalement par consensus, consentement ou à la majorité.
Mais si cette inégalité spirituelle existe, l'égalitarisme démocratique, les processus de nivellement, les conformismes, etc. sont des obstacles à la création d'un monde nouveau.
Avançons dans la clarification de cette équation paradoxale entre notre nature ultime divine qui fait de nous des égaux et les différences de dévoilement du divin à travers nous rendant impossible de nier une inégalité spirituelle.
Allons-nous justifier le bon vieux rapport humain dominé-dominant ? Un être nouveau ne sera pas le dominant d'une chaîne de prédation ou de consommation de vivants par d'autres. Ce serait un faux-sens grossier oubliant la moitié de notre équation, à savoir notre égale dignité fondée sur notre nature divine, dont lui aura une expérience directe et constante.
Mais ceci dit, il y a des pièges subtiles du côté de la reconnaissance de l'inégalité : la vision d'une inégalité immuable nous ramène vers les ordres immuables des organisations passées. Par exemple, le paternalisme est ce traitement qui veut respecter les inférieurs comme des êtres ayant la même respectabilité mais en les infantilisant assez pour qu'ils demeurent dans leur position inférieure.
La thématique du dévoilement du Divin est ici un point de passage entre l'égale valeur infinie de notre divinité et l'inégalité muable de profondeurs de nos dévoilements.
Il n'y a aucun intérêt à reconnaître une inégalité, si cette reconnaissance n'est pas aussi le fait de devenir capable de se mettre à l'écoute de ceux qui sont plus dévoilés que les autres afin de mieux servir ce dévoilement en nous ?
Par exemple, je joue de la musique mais je reconnais en cet autre une dimension qui m'échappe et me manque. Reconnaître cette inégalité ne devrait pas me conduire à voir là un génie supérieur. Comme Nietzsche déjà le notait, une telle admiration du génie supérieur ne sert-elle pas à m'exempter d'un travail qui aurait pu être fait ?
Si notre nature est divine, apprendre du dévoilement d'un.e autre, ce n'est pas l'adorer pour éviter d'apprendre. Lui donner du pouvoir au lieu de tirer partie de son autorité serait un faux-sens.
Bien entendu, le haïr, le dénigrer, le diaboliser, le persécuter parce qu'il se différencie de moi, parce que je ne le comprends pas, est désastreux sinon plus.
Il serait dommage, que par vanité, je n'envisage pas un dévoilement plus profond que celui que je conçois.
Reformulons ce paradoxe sous un autre angle :
Imaginons que l'être nouveau soit là, doté d'une nouvelle conscience bien au-delà de la conscience mentale, lui demanderions-nous de se taire sur son discernement ? Nous passerions-nous de son autorité ?
L'autorité ici n'est pas à confondre avec un pouvoir. Par exemple, l'autorité d'un enseignant en milieu scolaire sera d'autant plus grande que le pouvoir d'agir pour favoriser la dynamique d'apprentissage est partagé. Si la discipline échoie au seul enseignant son autorité d'enseignant sera en position faible. Dans un milieu éducatif, il faut un pouvoir partagé qui permette l'effectivité de l'autorité enseignante. Un encadrement éducatif qui soutient par son pouvoir et son autorité celle de l'enseignant sera déterminant. Et son autorité en terme de compétence et de transmission s'exprimera d'autant plus avec une classe qui sait s'autodiscipliner.
Si émerge un être nouveau, son pouvoir d'agir est interdépendant de l'action du divin à travers tous les êtres et la nature, une harmonie du pouvoir divin en tout est la condition d'existence de son propre pouvoir individuel d'agir. Conscient par identité de l'interdépendance cosmique, de l'universalité impersonnelle et de notre fond transcendant Un de toute chose, comment, l'être nouveau pourrait-il avoir un ressenti de supériorité même liée à une autorité qu'on lui reconnaît ? Son autorité est juste un aspect relatif de la relation possible avec des humains en transformation, comme lui l'a été jusqu'à sa mutation. Ce sont les humains aspirant à se donner jusqu'au bout qui reconnaitront son autorité et s'organiseront pour qu'elle rayonne. Et bien sûr, les relations d'harmonie avec lui ne se résument pas aux seules relations d'autorité !
Bien souvent, malheureusement les deux sont confondus. Certes le Divin est ultimement le seul pouvoir véritable et de lui vient la seule autorité légitime. Mais un dictateur veut, pour lui seul, autorité et pouvoir.
Un savoir scientifique peut faire autorité, mais, dans nos démocraties représentatives, le pouvoir politique de prendre les décisions en fonction de cette autorité est distinct. Toutefois si le pouvoir démocratique ne prend pas en compte l'autorité scientifique, ne risque-t-il pas de prendre des décisions catastrophiques ?
Supposons que l'être nouveau soit là, lui ne s'attache pas au pouvoir, car il est entièrement soumis au pouvoir du Divin, soumis à Mère et au Suprême, mais, de ce fait, il a une autorité naturelle pour nous ouvrir au véritable pouvoir en nous.
Quand autorité et pouvoir ne sont pas confondus, l'autorité authentique sert un partage de pouvoir en partageant ses connaissances ou du moins certains éclairages. A travers la présence de la transformation et de la mutation produisant un être nouveau, il y aura un pouvoir occulte positif favorisant le développement de nos propres potentialités divines à nous qui n'en sommes pas encore là.
Remarque : Nous nous inspirons très librement de distinctions développées par la philosophe Hannah Arendt, qui les tient elle-même de l'histoire romaine. Yves Sintomer précise :
"La notion d'autorité est d'origine romaine. La République romaine reposait en effet sur deux piliers complémentaires: si le peuple (ou des magistrats en son nom) exerçait le pouvoir, la légitimité de ce pouvoir plongeait sa source dans l'autorité du Sénat. Le principe du pouvoir différait de son exercice : Cum potestas in populo auctoritas in senatu sit. L'autorité sénatoriale était indissolublement liée à l'acte de fondation de la République, car l'autorité des vivants était toujours dérivée d'un rapport à la tradition. Cela ne signifiait aucunement une attitude purement passive : à la racine du mot auctoritas se trouvait le verbe augere, augmenter. Cette autorité qui augmentait à travers l'action des patres était donc tout à la fois celle des ancêtres fondateurs et de celles/ceux qui continuaient leur action dans le présent."
Par ce qui suit, nous précisons en quoi notre reprise de cette distinction arendtienne en est aussi un détournement.
Concernant un tel être nouveau, la valeur de son autorité serait liée plus particulièrement au pouvoir de partager le pouvoir divin de l'Amour et le pouvoir divin de Création qui en découle. L'autorité ne serait plus celle d'une tradition, plus celle conférée à une histoire collective, etc. L'autorité ici serait d'abord celle liée à la fonction de serviteur du Divin et non à des fonctions de représentant du Divin sur terre. Toutes ces nuances veulent éviter les conceptions ordinaires justifiant, par exemple, la confusion typique entre autorité et pouvoir dans les groupes religieux.
Et si certains d'entre nous avant que l'être nouveau émerge, atteignent à la supramentalisation au-delà de la psychisation et la spiritualisation allons-nous les faire taire au nom de l'égalité stricte de tous ?
Allons-nous nous contenter de parler d'immodestie et d'arrogance spirituelle si l'un d'entre nous témoigne d'expériences que nous n'avons pas et nous indique à partir de là des éléments de discernement ?
Satprem et Sujata se sont écartés d'Auroville après avoir été chassés de l'ashram. Le pouvoir humain partagé et démocratique non relié à Mère montre ici sa faillite. Et, après eux, Niranjan et Amita ont dû quitté eux aussi l'ashram où ils demeuraient silencieux.
Le pouvoir humain partagé même démocratiquement peut sombrer bien vite dans une tyrannie de la majorité et une disharmonie faute de reconnaître l'autorité dévoilée en une minorité ! Les partisans d'un même groupe noyautent au sens négatif un collectif démocratique, ils veulent s'agréger une majorité pour exercer leur pouvoir et dès lors les minorités non ralliées sont traitées en ennemi. Manque en démocratie à l'évidence des autorités ayant la sagesse d'éviter les communautés partisanes, et ayant au contraire des ressources afin de favoriser l'individuation des points de vue, d'en favoriser la psychisation, dans une harmonie collective les intégrant tous en leur positivité. Manque en démocratie des autorités limitant le prosélytisme idéologique et favorisant au contraire la créativité individuelle enrichissant le collectif de sa diversité.
Les experts du GIEC sont une autorité scientifique qui affirme la thèse d'un bouleversement climatique dû à nos émissions de gaz à effets de serre. Certains élus à l'image de leurs électeurs considèrent qu'il s'agit là de croyances. Ils dénient aux résultats de la démarche scientifique du GIEC toute autorité. La négation des observations et expérimentations mettant en relief les conséquences climatiques de nos émissions de gaz à effet de serre relève d'une contestation de l'autorité scientifique au nom du pouvoir démocratique qui seul justifierait l'autorité en matière de croyances. Ces confusions servent à l'évidence des tentations de tyrannie de la majorité.
La tyrannie des croyances menace toujours le partage de démarches expérimentales qu'elles soient scientifiques ou spirituelles.
En
effet, un Socrate a été condamné démocratiquement. La crucifixion de
Jésus-Christ a été désirée par une foule selon les témoignages des
Évangiles.
Le danger du pouvoir humain partagé à l'encontre du surhomme vrai dans une organisation censée promouvoir la supramentalisation est un fait avéré. Il nous suffit d'en revenir à l'histoire des Agendas de Mère.
Comment ne plus réitérer cela ?
Prendre au sérieux notre raison d’être suppose d'être sensible à une forme de distinction à préciser entre autorité et pouvoir au sein de notre noyau d'un lieu dédié à favoriser l'émergence d'un être nouveau.
Comment relier notre pouvoir partagé démocratiquement au pouvoir seul réel du Divin ? Comment donc reconnaître parmi nous ceux en qui l'autorité du Divin est plus dévoilée pour éviter un gaspillage de ces capacités liées à un dévoilement du Divin ?
Par ailleurs, concernant ce dévoilement du Divin, chacun de nous, par le jeu évolutif, sera amené, dans cette vie ou une autre, à devenir conscient de la conscience supramentale à l’œuvre, puis à s'incarner dans cette nouvelle conscience physique qui en émergera bientôt.
Et avant cette mutation, untel sera transformé sur tel point et aura tel don mais tel autre sera lui transformé sur tel autre axe et aura telle autre capacité. Comment accueillir cette multiplicité de capacités ouvertes par la transformation ? Comment augmenter le pouvoir partagé d'un collectif au service du Divin en s'enrichissant des capacités acquises par les uns ou les autres au cours de la transformation ?
Faisant suite au paradoxe d'égale dignité et d'inégalité spirituelle, l'équation entre autorité et pouvoir n'a peut-être pas de solution sur le plan mental sous forme d'une organisation instituée à l'aide de règles, de lois, qu'il suffirait d'appliquer. La souplesse de nos organisations imbriquant humains ordinaires, humains en transformation, humains supramentalisés et humains mutants sera peut-être en constante évolution anarchique non pas désordonnée mais ordonnée au Divin. L'harmonisation de tous procèdera de plus en plus consciemment organiquement du dévoilement matériel du Divin.
Admettant qu'il ne peut y avoir solution organisationnelle globale solide mentalement au paradoxe, je proposerai dans l'immédiat que les fondateurs d'un lieu de ce yoga de transformation et de mutation aient autorité sur les nouveaux arrivants pendant une période d'essai. Ceci ne contredisant pas leur participation de plein pouvoir à une association humaine et à toutes les décisions collectives ne concernant pas leur appartenance finale au noyau fondateur de ce lieu.
Leur inclusion finale dans un tel noyau sera conditionnée à un discernement de la qualité dynamique de perfectionnement de l'harmonisation autour de l'émergence de l'être nouveau que leur présence produit dans ce noyau et au-delà. L'unanimité du noyau fondateur devrait être la règle.
Si nous étions conséquents, cette inclusion finale dans un tel noyau devrait passer pour chacun dans la vie physique en présentiel dans le lieu de transition pour le moment.
Une appartenance virtuelle au noyau est insuffisante. L'harmonisation est physique ou n'est pas car l'émergence de l'être nouveau est physique ou n'est pas.
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Un texte de Sri Aurobindo pour méditer sur l'inégalité spirituelle : la floraison de l'Esprit en l'homme
"Mais pourquoi plusieurs naissances humaines successives et non pas une seule ? Pour la même raison qui a fait de la naissance humaine elle-même un point culminant de la succession antérieure, de la série montante qui l’a précédée. Il faut qu’il en soit ainsi de par la nécessité même de l’évolution spirituelle. Car en parvenant simplement à l’humanité, l’âme n’a pas achevé ce qu’elle avait à faire ; elle doit encore élever cette humanité jusqu’à ses possibilités les plus hautes. Il est bien évident que l’âme logée dans un indigène des Caraïbes ou dans un primitif ignorant ou un apache parisien ou un gangster américain n’a pas épuisé la nécessité de la naissance humaine, ni réalisé toutes ses possibilités et toute la signification de l’humanité, ni réalisé tout ce que signifie Sachchidânanda dans l’Homme universel. Et non plus l’âme logée dans un Européen vitaliste qui se préoccupe uniquement de production dynamique et de plaisir vital, ou dans un paysan asien absorbé par la routine ignorante de la vie domestique et économique. Nous serions justifiés à douter que même un Platon ou un Shankara marque le couronnement — et par conséquent la fin — de la floraison de l’Esprit en l’homme. Nous sommes tentés de supposer qu’ils en indiquent la limite parce qu’eux et d’autres encore nous semblent le point le plus élevé que puissent atteindre le mental et l’âme de l'homme, mais cela peut être une illusion que nous donnent nos possibilités actuelles. Il peut y avoir une possibilité plus haute, ou tout au moins plus vaste, que le Divin a encore l’intention de réaliser en l’homme et, si tel est le cas, les marches construites par ces âmes supérieures sont précisément ce qui était nécessaire pour édifier la route qui y monte et pour en ouvrir les portes. En tout cas, il faut atteindre au moins ce point le plus élevé qui ait été touché jusqu’ici avant que nous puissions écrire le mot « Fin » en bas de la récurrence de la naissance humaine pour l’individu. L’homme est ici pour quitter l'ignorance et la petite vie qu’il représente dans son mental et son corps et pour s’élever à la connaissance et à la vie divine plus vaste qu’il peut embrasser par un déploiement de l’esprit.", Sri Aurobindo, La vie divine, III, p.171. Voici un extrait de Sri Aurobindo emprunté au blog PROPOSTIONS EVOLUTIVES qui traite du même questionnement : "Seuls
quelques rares individus, aristocrates sur cette terre, savent
réellement penser. Ils représentent à cette heure la véritable
aristocratie, non pas physique et héréditaire, ni celle d'une
supériorité vitale procurant fierté, richesse, luxe, ni même celle
provenant d'émotions plus nobles, du courage, de l'énergie, du génie
politique et de l'habitude du pouvoir - bien que ces derniers comptent
aussi -, mais l'aristocratie du savoir, de la perspicacité tranquille,
de la capacité intellectuelle."
Sri Aurobindo On trouvera l'article ici : https://processusdetransformations.over.blog/2026/06/par-quoi-remplacer-la-democratie.html On trouvera entre autres des extraits de Mère significatifs.  | | Les nouveaux êtres par Niranjan Guha Roy |
# Ce que notre aspiration évolutive nous commande relativement à la question de l'harmonisation. "Il n'y a pas de temps à perdre", nous dit une pratiquante du yoga intégral, guidée par Mère à la fin des années 60 et au début des années 70. Qu'est-ce qui ferait perdre du temps à un noyau d'un lieu visant la facilitation de l'émergence de l'être nouveau ? Comme nous le disions précédemment, chacun est au plus profond un espace physique et temporel de dévoilement du Divin. Sri Aurobindo et Mère distinguent trois processus de dévoilement du divin : - la psychisation ou le dévoilement individuel du divin en nous ; - la spiritualisation ou le dévoilement universel et transcendant du divin par nous ; - la supramentalisation ou le dévoilement du divin dans la matière physique, la mutation de notre corps humain. Ces trois processus se superposent suivant différents modes d'inconscience et de conscience. Si nous considérons l'émergence de l'être nouveau comme l'horizon premier du noyau d'un lieu dédié, il doit y avoir une dynamique d'harmonisation du noyau liée à une psychisation consciente et une spiritualisation consciente en vue d'une supramentalisation consciente. Cette dynamique d'harmonisation est dès lors exigeante. Son rythme ne comprendra guère de répit pour l'ego qui demeure au niveau du vital inférieur et du mental physique, même pour un être suffisamment psychisé et spiritualisé. Au sein du noyau dont l'horizon est l'accueil de l'être nouveau, un psychique suffisamment spiritualisé devrait par conséquent être un prérequis indispensable. Creusons ce qui paraît un prérequis dans l'horizon de faciliter l’accueil d'un être nouveau. La psychisation est commune à tous les êtres humains en un sens (sauf exception rarissime), mais elle est plus ou moins consciente et dévoilée en l'humanité de chacun. Quand elle commence à être consciente, elle n'en reste pas moins soumise comme à un état de double nature. "Tout
être humain a une double nature s'il n'est pas né Asoura, Râkshasa ou
Pishâtcha, et même ceux-ci, s'ils sont incarnés, ont un être psychique
dissimulé quelque part, du fait de leur humanité latente. Mais
par être double (ou double nature, dans ce sens particulier), on entend
ceux dont l'être est nettement divisé en deux parties fortement
contrastées et qui sont encore incapables d'exercer sur elles une
maîtrise qui les relierait l'une à l'autre. Tantôt ils sont attirés vers
les sommets et alors tout va bien, tantôt ils sont attirés par les
abîmes et indifférents aux sommets ou n'ont même pour eux que sarcasmes
et railleries et lâchent la bride à l'homme inférieur. Ou encore ils
substituent aux sommets un volcan qui fume dans l'abîme. Ce sont des
exemples extrêmes, mais d'autres, sans aller jusque là, sont tantôt une
chose tantôt le contraire. S'ils convertissent l'homme inférieur
ou découvrent leur être central, un tout harmonieux et vrai pourra se
créer.", Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga, les difficultés sur le
chemin. Elle peut se voiler momentanément pendant que des forces vitales, des limitations mentales, etc. reprennent le dessus. Il y a alors des alternances plus ou moins conscientes de dynamiques proprement psychiques et et de dynamiques anti-évolutives. Être accueilli dans un noyau, dont l'horizon est la facilitation de l'émergence de l'être nouveau, supposerait d'être dans une dynamique de libération de la double nature. Cela supposerait donc de ne plus balancer entre le divin et le vieil homme, cela supposerait de ne plus balancer entre la consécration sincère à la nouvelle conscience et la prolongation de l'ancienne conscience. Le dévoilement individuel du divin devrait être suffisant pour que tous les désirs soient désormais regardés avec circonspection. Seule l'aspiration au divin devrait prédominer. Le vital inférieur serait suffisamment transformé pour que le champ d'action principal du processus évolutif en cours soit celui des pulsions, des nerfs et du physique... Ceci devrait être attendu pour toute personne entrant dans une période d'essai d'harmonisation au sein du noyau dont l'horizon est l'accueil de l'être nouveau SANS PERTE DE TEMPS. « Il [notre yoga] ne peut pas être fait si l’on persiste à identifier les bassesses de l’Ignorance à la Vérité divine ou même à la vérité moindre permise sur le chemin. Il ne peut pas être fait si l’on se cramponne à son moi passé et à ses vieilles formations, ses vieilles habitudes, mentales, vitales et physiques. Il faut constamment laisser derrière soi ses moi passés pour voir, agir et vivre à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Il ne peut pas être fait si vous réclamez la “liberté” pour votre mental humain et votre ego vital. Toutes les parties de l’être humain ont le droit de s’exprimer et de se satisfaire comme elles l’entendent, à leurs risques et périls, si tel est le choix de l’homme tant qu’il mène la vie ordinaire. Mais prendre le chemin du yoga, dont le seul objet est de substituer à ces choses humaines la loi et le pouvoir d’une Vérité plus grande, et dont la méthode est essentiellement une soumission à la Shakti divine, et continuer en même temps à revendiquer cette prétendue liberté, qui n’est rien d’autre qu’un esclavage à certaines forces cosmiques ignorantes, c’est se complaire dans une aveugle contradiction et revendiquer le droit de mener une double vie. « Et surtout ce yoga ne pourra s’accomplir si ceux qui font profession d’être ses sâdhak persistent à être les centres, les instruments ou les porte-parole des forces de l’Ignorance qui s’opposent à son principe même et à son but et les nient ou les tournent en ridicule. D’un côté il y a la réalisation supramentale, la descente incomparable du pouvoir supramental divin, la lumière et la force d’une Vérité infiniment plus grande que toutes celles qui furent déjà réalisées sur terre, quelque chose, par conséquent, qui dépasse ce que le petit mental humain et sa logique considèrent comme les seules réalités permanentes, quelque chose dont il ne peut pas concevoir ni percevoir la nature, la manière et les processus de développement ici-bas par ses propres instruments inadéquats, ou qu’il ne peut pas juger par ses mesures puériles. En dépit de toutes les oppositions, c’est cela qui fait pression d’en haut afin de se manifester dans la conscience physique et dans la vie matérielle. De l’autre côté, il y a cette nature vitale inférieure avec toute son arrogance prétentieuse, son ignorance, son obscurité, sa stupidité ou son agitation incompétente, qui lutte pour sa propre survie, lutte contre la descente, refuse de croire à la réelle réalité ou à la réelle possibilité d’une conscience et d’une création supramentales ou surhumaines, ou, plus absurde encore, exige, si cette conscience existe vraiment, qu’elle se conforme à ses propres petites mesures ; qui se saisit avidement de tout ce qui semble la réfuter, nie la présence du Divin (car elle sait que, sans cette présence, le travail est impossible), affirme bruyamment ses pensées, ses jugements, ses désirs, ses instincts et, s’ils sont contrecarrés, se venge en répandant le doute, la négation, les critiques méprisantes, la révolte et le désordre. Telles sont les deux forces en présence maintenant, entre lesquelles chacun devra choisir. Mais cette opposition, cette obstruction stérile, ce blocus contre la descente de la Vérité divine ne peuvent pas toujours durer. Chacun doit finalement prendre position d’un côté ou de l’autre. La réalisation supramentale ne peut pas coexister avec une ignorance inférieure persistante ; elle est incompatible avec toute satisfaction prolongée dans une double nature. », Sri Aurobindo, Lettres sur le Yoga, 1987, vol. 5, p. 260-261. Pour aller plus loin, en cliquant ici, vous pouvez consulter les commentaires de cette lettre de Sri Aurobindo donnés par Mère lors de l'Entretien du 21 avril 1951 - Au début de cette lettre, Sri Aurobindo écrit qu’il n’a « pas l’intention de donner sa sanction à une nouvelle édition du vieux fiasco ». Le mot « fiasco » s’applique-t-il à quelque chose de particulier ou de général ?
Cela s’applique à tous les Instructeurs qui sont venus dans le monde. L’un a dit : « J’apporte l’Amour », l’autre a dit : « J’apporte la Paix », l’autre a dit : « J’apporte la Libération », et puis, il y a eu un petit changement au-dedans, quelque chose s’est éveillé à l’intérieur des consciences, mais extérieurement tout est resté exactement le même. C’est cela qui fait le fiasco.
 | | Œuvre de Niranjan Guha Roy |
Version au 16/06/2026 |