lundi 10 août 2026

L'Amour selon Aurobindo et Mère, et quelques uns de leurs disciples.

 







Dans Aphorismes et Pensées de Sri Aurobindo et plus précisément dans l'Aphorismes - 49, de la partie Jnana :


49 — Sentir et aimer le Dieu de la Beauté et du Bien dans le laid et dans le mal, et, en même temps, vouloir avec un amour extrême le guérir de sa laideur et de son mal, telle est la vraie vertu et la véritable moralité.

Comment coopérer à la guérison du mal et de la laideur que l’on voit partout ? Aimer ? Quel est le pouvoir de l’amour ? Comment un phénomène de conscience individuel peut-il agir sur le reste des hommes 14 ?

Comment coopérer à la guérison du mal et de la laideur ?... On peut dire qu’il y a une sorte d’échelle hiérarchique de collaboration ou d’action; une coopération négative et une coopération positive.

Pour commencer, il y a un moyen que l’on pourrait appeler négatif; c’est celui que donnent les religions bouddhiques et similaires : ne pas voir. D’abord, être dans un état de pureté et de beauté suffisant pour ne pas avoir la perception de la laideur et du mal — c’est comme quelque chose qui ne vous touche pas, parce que cela n’existe pas en vous.

Ça, c’est la perfection de la méthode négative. Elle est très élémentaire : ne jamais remarquer le mal, ne jamais parler du mal qui est chez les autres, ne pas perpétuer les vibrations par l’observation, la critique, l’insistance sur le fait mauvais. C’est ce que le Bouddha enseignait : chaque fois que vous mentionnez un mal, vous l’aidez à se répandre.

C’est en bordure du problème.

Pourtant, ce devrait être une règle très générale, mais ceux qui critiquent ont réponse à cela ; ils disent : « Si vous ne voyez pas le mal, vous ne pourrez jamais le guérir. Si vous laissez quelqu’un dans sa laideur, il n’en sortira jamais. » (Ce n’est pas exact, mais c’est comme cela qu’ils légitiment leur action.) Alors, dans cet aphorisme, Sri Aurobindo répond d’avance à ces objections : ce n’est pas par ignorance ou par inconscience, ou par indifférence, que vous ne voyez pas le mal — vous êtes capable de le voir et même de le sentir, mais vous refusez de collaborer à son expansion en lui donnant la force de votre remarque et l’appui de votre conscience. Et pour cela, il faut que vous soyez, vous-même, au-dessus de cette perception et de cette sensation; il faut que vous puissiez voir le mal, ou la laideur, sans en souffrir, sans en être choqué, sans en être gêné. Vous le voyez d’une hauteur où ces choses n’existent pas, mais vous en avez la perception consciente — vous n’en êtes pas affecté, vous êtes libre. Ceci est un premier pas.

Un deuxième pas, c’est d’être conscient positivement de la Bonté et de la Beauté suprême, qui est derrière toute chose et qui supporte toute chose, leur permet d’exister. Quand vous Le voyez, vous êtes capable de Le percevoir derrière ce masque et cette déformation — même cette laideur, même cette méchanceté, même ce mal est un déguisement de Quelque Chose qui est essentiellement beau ou bon, lumineux, pur.

Et alors, vient la vraie collaboration, parce que, quand vous avez cette vision, cette perception, que vous vivez dans cette conscience, cela vous donne aussi le pouvoir de tirer Cela dans la manifestation, sur la terre, et de Le mettre en contact avec ce qui, pour le moment, déforme et déguise; de telle sorte que, petit à petit, cette déformation et ce déguisement sont transformés par l’influence de la Vérité qui est derrière.

Ici, nous sommes tout en haut de l’échelle de la collaboration. De cette façon, il n’est pas nécessaire de faire intervenir le principe d’amour dans l’explication. Mais si l’on veut connaître ou comprendre la nature de la Force ou de la Puissance qui permet et qui accomplit cette transformation (et surtout quand il s’agit du Mal, mais aussi de la laideur, dans une certaine mesure), on voit que c’est évidemment l’Amour qui, de tous les pouvoirs, est le plus puissant, le plus intégral — intégral en ce sens qu’il s’applique à tous les cas. Il est plus puissant même que le pouvoir de purification qui dissout les mauvaises volontés et est le maître, en quelque sorte, des forces adverses, mais qui n’a pas le pouvoir direct de transformation. Le pouvoir de purification dissout d’abord pour permettre la transformation après, il détruit une forme pour pouvoir en faire une meilleure, tandis que l’Amour n’a pas besoin de dissoudre pour transformer; il a le pouvoir direct de transformation. L’Amour est comme une flamme qui change ce qui est dur en une chose malléable et qui sublime même cette chose malléable en une sorte de vapeur purifiée — ça ne détruit pas, ça transforme.

Dans son essence, dans son origine, l’Amour est comme une flamme, une flamme blanche, qui a raison de toutes les résistances. On peut soi-même en faire l’expérience : quelle que soit la difficulté dans son être, quel que soit l’alourdissement des erreurs accumulées, les ignorances, les incapacités, les mauvaises volontés, une seule seconde de cet Amour, pur, essentiel, suprême, les dissout comme dans une flamme toute-puissante. Un seul moment et tout un passé peut disparaître; un seul instant où l’on touché ça dans son essence, et tout un fardeau est épuisé.

Et il est très facile d’expliquer comment celui qui a cette expérience peut la répandre, agir sur les autres, puisque, pour avoir l’expérience, il faut toucher l’Essence unique, suprême de toute la manifestation, l’Origine et l’Essence, la Source et la Réalité de tout ce qui est; et tout de suite on entre dans le domaine de l’Unité — il n’y a plus de séparation entre les individus, c’est une seule vibration qui peut se répéter indéfiniment dans la forme extérieure 15 .

Si l’on monte assez haut, on est au Cœur de toute chose. Et ce qui se manifeste dans ce Cœur peut se manifester dans toutes les choses. Et c’est cela le grand secret, le secret de l’incarnation divine dans une forme individuelle, parce que, dans le cours normal des choses, ce qui se manifeste au centre n’est réalisé dans la forme extérieure qu’avec l’éveil et la réponse de la volonté dans la forme individuelle. Tandis que si la Volonté centrale est représentée d’une façon constante et permanente dans un être individuel, cet être individuel peut servir d’intermédiaire entre cette Volonté et tous les êtres, et vouloir pour eux. Tout ce que cet être individuel perçoit et tout ce qu’il offre dans sa conscience à la Volonté suprême, il y est répondu comme si cela venait de chaque être individuel. Et si les éléments individuels, pour une raison quelconque, ont un rapport plus ou moins conscient et volontaire avec cet être représentatif, leur rapport augmente l’effectivité, l’efficacité de ce représentant individuel ; et ainsi, d’une façon beaucoup plus concrète et permanente, l’Action suprême peut agir dans la Matière. C’est la raison de ces descentes de consciences, que l’on pourrait appeler « polarisées », parce qu’elles viennent toujours sur la terre dans un but défini et pour une réalisation spéciale, avec une mission — mission décidée, déterminée avant l’incarnation. C’est cela, les grandes étapes des incarnations suprêmes sur la terre.

Et quand le jour sera venu de la manifestation de l’Amour suprême, d’une descente cristallisée, concentrée, de l’Amour suprême, ce sera vraiment le moment de la Transformation. Parce que, à cela, rien ne pourra résister.

Mais comme c’est tout-puissant, il faut qu’une certaine réceptivité soit préparée sur la terre pour que les effets ne soient pas foudroyants. Sri Aurobindo a expliqué cela dans l’une de ses lettres; quelqu’un lui demandait : pourquoi cela ne vient-il pas tout de suite ? Et il a répondu à peu près ceci : si l’Amour Divin se manifestait dans son essence, sur la terre, ce serait comme un éclatement; parce que la terre n’est ni assez souple ni assez réceptive pour s’élargir à la mesure de cet Amour. Elle a besoin non seulement de s’ouvrir, mais de s’élargir et de s’assouplir — la matière est trop rigide encore, et même la substance de la conscience physique. Non seulement la matière la plus matérielle, mais la substance de la conscience physique est trop rigide.

Janvier 1961


Note 14 :

Enregistrement 

Note 15 :

Plus tard, quelqu’un a demandé à Mère : « Est-ce une seule vibration qui peut se repeater indéfiniment ou qui se répète indéfiniment ? » Mère a répondu ceci : « J’ai voulu dire plusieurs choses en même temps. Cette seule vibration est statique partout, mais quand on la réalise consciemment, on a le pouvoir de la rendre active partout où on la dirige; c’est-à-dire qu’on ne “déplace” pas quelque chose, mais que l’insistance de la conscience la rend active partout où l’on dirige sa conscience. »



The Right Way of Loving the Mother

The contact between mother and child means not only that the mother should love the child but that the child should love the mother and obey her. You want to be the true child of the Mother, but the first thing for that is to put yourself into her hands and let her guide you and to follow her will—and not disregard it or revolt against her. You know all this perfectly well—why do you ignore it?

It is part of the true Mother's love not to do whatever the vital of the child demands, for she knows that it would be extremely bad for him. Do not obey the impulse of the vital, but follow rather your true perception and make yourself a channel for the will of the Mother—because her will is always that you should grow into your true being.

Page 460

The love which is turned towards the Divine ought not to be the usual vital feeling which men call by that name; for that is not love, but only a vital desire, an instinct of appropriation, the impulse to possess and monopolise. Not only is this not the divine Love, but it ought not to be allowed to mix in the least degree in the Yoga. The true love for the Divine is a self-giving, free of demand, full of submission and surrender; it makes no claim, imposes no condition, strikes no bargain, indulges in no violences of jealousy or pride or anger—for these things are not in its composition. In return the Divine Mother also gives herself, but freely—and this represents itself in an inner giving—her presence in your mind, your vital, your physical consciousness, her power re-creating you in the divine nature, taking up all the movements of your being and directing them towards perfection and fulfilment, her love enveloping you and carrying you in its arms Godwards. It is this that you must aspire to feel and possess in all your parts down to the very material, and here there is no limitation either of time or of completeness. If one truly aspires and gets it, there ought to be no room for any other claim or for any disappointed desire. And if one truly aspires, one does unfailingly get it, more and more as the purification proceeds and the nature undergoes its needed change.

Keep your love pure of all selfish claim and desire; you will find that you are getting all the love that you can bear and absorb in answer.

Realise also that the Realisation must come first, the work to be done, not the satisfaction of claim and desire. It is only when the Divine Consciousness in its supramental Light and Power has descended and transformed the physical that other things can be given a prominent place—and then too it will not be the satisfaction of desire, but the fulfilment of the Divine Truth in each and all and in the new life that is to express it. In the divine life all is for the sake of the Divine and not for the sake of the ego.

I should perhaps add one or two things to avoid misapprehensions. First, the love for the Divine of which I speak is not a psychic love only; it is the love of all the being, the vital and vital-physical included,—all are capable of the same self-giving. It is a mistake to believe that if the vital loves, it must be a love that demands and imposes the satisfaction of its desire; it is a mistake to think that it must be either that or else the vital, in order to escape from its "attachment", must draw away altogether from the object of its love. The vital can be as absolute in its unquestioning self-giving as any other part of the nature; nothing can be more generous than its movement when it forgets self for the Beloved. The vital and physical should both give themselves in the true way—the way of true love, not of ego desire.

1 August 1931


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La bonne manière d'aimer la Mère

Le contact entre la mère et l'enfant signifie non seulement que la mère doit aimer l'enfant, mais que l'enfant doit aimer la mère et lui obéir. Vous voulez être le véritable enfant de la Mère, mais la première chose pour cela est de vous remettre entre ses mains, de la laisser vous guider et de suivre sa volonté — et non de la négliger ou de vous révolter contre elle. Vous savez tout cela parfaitement bien — pourquoi l'ignorez-vous ? Cela fait partie de l'amour de la véritable Mère de ne pas céder à tout ce que le vital de l'enfant exige, car elle sait que ce serait extrêmement mauvais pour lui. N'obéissez pas à l'impulsion du vital, mais suivez plutôt votre perception véritable et faites de vous-même un canal pour la volonté de la Mère — parce que sa volonté est toujours que vous grandissiez vers votre être véritable.Page 460L'amour qui se tourne vers le Divin ne doit pas être le sentiment vital habituel que les hommes appellent de ce nom ; car ce n'est pas de l'amour, mais seulement un désir vital, un instinct d'appropriation, l'impulsion de posséder et de monopoliser. Non seulement ce n'est pas l'Amour divin, mais cela ne devrait pas être autorisé à se mélanger, ne serait-ce qu'au moindre degré, dans le Yoga. Le véritable amour pour le Divin est un don de soi, libre de toute exigence, plein de soumission et d'abandon ; il ne formule aucune revendication, n'impose aucune condition, ne conclut aucun marché, ne s'abandonne à aucune violence de jalousie, d'orgueil ou de colère — car ces choses n'entrent pas dans sa composition.En retour, la Mère Divine se donne elle aussi, mais librement — et cela se traduit par un don intérieur — sa présence dans votre mental, votre conscience vitale, votre conscience physique, son pouvoir qui vous recrée dans la nature divine, prenant en charge tous les mouvements de votre être et les dirigeant vers la perfection et l'accomplissement, son amour qui vous enveloppe et vous porte dans ses bras vers Dieu. C'est cela que vous devez aspirer à ressentir et à posséder dans toutes vos parties, jusqu'à la matière la plus matérielle, et ici il n'y a de limite ni de temps ni de plénitude. Si l'on aspire vraiment et qu'on l'obtient, il ne devrait y avoir de place pour aucune autre revendication ni pour aucun désir déçu. Et si l'on aspire véritablement, on l'obtient infailliblement, de plus en plus à mesure que la purification progresse et que la nature subit le changement nécessaire.Gardez votre amour pur de toute revendication et de tout désir égoïstes ; vous constaterez que vous recevez en réponse tout l'amour que vous pouvez porter et absorber.Réalisez également que la Réalisation doit venir en premier, le travail à accomplir, et non la satisfaction des revendications et du désir. C'est seulement lorsque la Conscience Divine, dans sa Lumière et sa Puissance supramentales, est descendue et a transformé le physique que d'autres choses peuvent recevoir une place de premier plan — et là encore, ce ne sera pas la satisfaction du désir, mais l'accomplissement de la Vérité Divine en chacun et en tous, et dans la vie nouvelle qui doit l'exprimer. Dans la vie divine, tout est pour le Divin et non pour l'ego.Je devrais peut-être ajouter une ou deux choses pour éviter les malentendus. Premièrement, l'amour pour le Divin dont je parle n'est pas seulement un amour psychique ; c'est l'amour de tout l'être, y compris le vital et le vital-physique — tous sont capables du même don de soi. C'est une erreur de croire que si le vital aime, ce doit être un amour qui exige et impose la satisfaction de son désir ; c'est une erreur de penser que ce doit être soit cela, soit alors le vital, pour échapper à son « attachement », doit se retirer complètement de l'objet de son amour. Le vital peut être aussi absolu dans son don de soi inconditionnel que n'importe quelle autre partie de la nature ; rien ne peut être plus généreux que son mouvement lorsqu'il s'oublie lui-même pour le Bien-Aimé. Le vital et le physique doivent tous deux se donner de la vraie manière — la manière de l'amour véritable, et non du désir de l'ego.




La philosophie de l'amour, extrait 


Tous les jours je me réveille philosophe. Je regarde l'état du monde et les siècles. Aujourd'hui je me suis réveillé avec la philosophie de l'Amour.
Amour 
L'amour de la mer
L'amour de la musique 
L'amour de la beauté 
L'amour de la Mère
L'amour divin
J'ai beaucoup de pitié pour ces pauvres hommes, qui sont quoi, qui aiment quoi ?
C'est pour l'amour que ce monde a été créé 
Et c'est par amour que l'on vit.

C'est le premier instinct de la vie.
Et puis... quoi ?
La plante aime le soleil, cherche le soleil 
La petite algue verte s'enroule autour du rocher pour boire la vie
Et toute la vie palpe et touche autour pour prendre sa proie amoureusement ou (semble-t-il) cruellement parce qu'elle a faim d'amour, se nourrir de cette vie-là, palpitante et ensoleillée, ou qui creuse à travers la terre pour trouver sa lumière et sa respiration d'amour.
Et ça cherche, ça cherche partout à trouver...
Ça qui n'a pas de nom ni de philosophie mais qui respire dans le vent, bat dans le vent, et qu'est-ce qui bat ? Des millions d'êtres et de créatures à travers les millénaires qui cherchent une même Chose sans nom avec des voracités diverses, mais tenacement. On peut mettre des logiques là-dessus ou des géologies, mais là-dessous il y a quelque chose qui pousse - qui pousse et c'est une même chose. Et ça continue à travers les âges comme si Ça n'avait pas trouvé son âge ni son but, ni sa faim ni sa soif ni le quelque chose qui l'a fait naître.
Alors on a mis là-dessus diverses inepties provisoires mais mais contentes, et avec les créatures humaines provisoires le comble est venu plus cruellement, célestement, religieusement, ou infernal et si mécontent que la Terre elle-même voudrait annihiler son but et ce qui bat là-dessous, elles voudraient prendre et dominer ou agresser ce qu'elles n'arrivent pas à aimer. C'est un amour à l'envers. C'est tout et tous qui vaudrait détruire tout.
Et pourtant, au centre, il y a quelque chose qui bat.
Et ça continuera de battre sous d'autres cieux jusqu'à ce qu'on ait trouvé ce qui comble.
Pourquoi pas dès maintenant ?
Car ce qui aime, c'est la joie qui aime la joie.
C'est la musique qui aime sa note
c'est la grande mer qui aime sa vague.
C'est la Mère des mondes qui aime ses enfants et veut leur joie.


Satprem, la philosophie de l'amour 

mardi 28 juillet 2026

Notre façon de vivre les événements reflète le niveau de conquête ou non de notre double nature

 


 Dans le yoga de Sri Aurobindo et Mère, certains sadhaks réalisent à quel point le réel est la manifestation consciente du Divin, que rien n'est définitivement un obstacle au Divin et que la venue d'un nouveau degré de manifestation est inéluctable où la Joie, l'Amour, la conscience dans la matière seront évidentes.

Mais le vital aime le drame, le mental humain est arrogant, l'aspiration au beau, au vrai, au juste reste souvent étouffée ou restreinte en nous. 

Notre humanité est le plus souvent un masque grinçant occultant le sourire Divin au fond de notre âme.

Mais notre Fond Divin qui s'individue derrière ces rôles humains est patient. Des forces conscientes l'aident pour que nos egos et nos habitus humains soient de moins en moins rigides et fermés pour faciliter Sa manifestation.

Certains vivent déjà une foi venue de cette âme vraie, et de notre Fond Divin. Cette foi n'est pas réductible à une croyance mentale, un attachement vital ou un sentimentalisme fantasmatique. Cette foi vraie pressent sans percevoir, elle entrevoit ce qui sera réalisé à un moment donné.

Oui, il y a le point de vue humain, son physique, son vital, son mental balayés par des forces, des croisements de ses actions : l'espèce mentale que nous sommes ne contrôle plus rien de l'histoire en cours. Car l'histoire en cours n'est plus celle de l'émergence de l'homme ou de sa fin, l'histoire en cours est celle d'un nouvel être et du nouveau monde qui germe avec lui. 

Et, pour entendre cela, il y a le point de vue Divin, auquel ce yoga de Sri Aurobindo et Mère nous appelle. Découvrir que, en notre réalité ultime, nous sommes des enfants du Divin non pas créés mais engendrés sans jamais en être séparés, quelle joie ! Découvrir que notre humanité est le terrain d'émergence consciente du Divin et découvrir, de ce fait, que ce nouvel être, le nouveau monde qui émerge avec lui, l'exprimera bien mieux dans son individuation harmonique, quelle joie !

Il y a un vers de Savitri, livre III, Chant 2 qui me revient : 

" Suffering was lost in her immortal smile ", " souffrir se perdait dans son sourire immortel ". 

Ce n'est pas que de la poésie, cela peut être une expérience qui va s'approfondissant.

Toute la pression sur notre humanité irrespirable est de nous amener à respirer cette joie du divin et à l'incarner. Car les événements de maintenant ne sont pas pires en termes inhumains que dans les années 80 : on fusille toujours à Téhéran, on bombarde encore ici et là, les missiles nucléaires sont brandis au-dessus de nos têtes par des dirigeants sans maîtrise de leur vital. Les pluies acides et les trous préoccupants dans la couche d'ozone ont fait place aux dérèglements climatiques extrêmes. Etc.
La narcotisation des années 80 était déjà une réponse déréglée à cette pression.

Mais on est plus sensible peut-être. Certainement, la pression divine est plus forte, elle a réussi à nous rendre plus sensible. Notre aspiration à la paix a désormais des réponses plus fines que la narcotisation. Des années 40 à la fin des années 80, pour de plus en plus d'entre nous, toutes les réponses religieuses, politiques, morales ont fait long feu. 
La relaxation, la méditation,  la non dualité mainstream, etc. apportent une réponse moins dangereuse pour le corps. 
Et si l'aspiration à la paix reçoit des réponses, les autres aspirations ne sont pas forcément étouffées par ces spiritualités, il y a de l'espace pour l'aspiration au vrai, au bien, au juste et au beau est plus forte, c'est déjà des potentialités de davantage d'aspiration pure de nos âmes...
Car si on veut bien aller dans le feu de cette aspiration, ce sera le commencement concret d'un dévoilement conscient de notre divinité.
Certains se contenteront de la paix et de l'impersonnalité spirituelle, comme une quantité d'autres finissent dans l'impasse de la narcotisation.
Mais au fond de nous, nos âmes font des expériences et ne meurent pas même si leur individualisation d'expériences y laisse sa peau.

Le manque et l'insatisfaction qui crient, qui prient à l'aveugle sans savoir que c'est prier, sont aussi, en leur source dans les tréfonds de notre cœur, plénitude et joie de l'âme. Plénitude de notre identité d'Enfant Divin, de Soi avec une Âme de notre âme, Mahashakti, la Mère de âme d'Enfant Divin.

En fait, la difficulté majeure présente pour la plupart de ceux qui sont sincèrement en aventure spirituelle est notre double nature. Rares sont ceux qui peuvent dire que cette difficulté est derrière eux.

L'ouverture dans notre humanité entend et produit les cris, les prières de l'aspiration vraie, mais le vieil homme en cet humain que nous sommes maintient ses chaînes et ignore son Fond Divin. Son cri ne part pas consciemment des profondeurs de son cœur.  Ce n'est pas un cri nu, une prière pure. La boue du cynisme même avec son masque de douceur fausse tout. Les tentations du nihilisme justifient les pires actions catastrophiques. 

Et même si une réalisation d'un aspect du Divin que nous sommes prend place, le vieil homme persiste, avec le doute qui imprègne pathologiquement son mental physique.

La conquête du vital et du physique prend du temps, mais certaines âmes d'Enfant Divin peuvent aller à sa conquête de manière plus concentrée, sans hâte et sans impatience. 

Si arrive le temps où le Divin fait la sadhana, alors c'est clairement le temps du dévoilement Divin qui se révèle dans ce qui ressemblait jusque là à des efforts humains. 

Le problème de la conquête de cette difficulté de notre double nature se simplifie. Notre nature Divine en croissance l'emportera sur notre veille nature humaine soumise à toutes les forces obscures que notre défaillance lumineuse intérieure permet. 
Nous nous libérerons des jeux des pulsions,  des désirs et de leur assise mentale sociale, culturelle,  etc.

La victoire est certaine.

Plus nous nous libérerons de cette double nature, plus nous ouvrirons le chemin à cet être d'après, à une autre conscience que celle limitée à l'apogée du mental humain et de ses percées surmentales.

Et c'est l'heure de Dieu, c'est le Divin l'acteur ultime derrière tous nos masques. Nos masques défaitistes, nos masques de découragement, de fatigue existentielle, de nihilisme, de doutes, sont à retirer pour que nous redevenions de l'acteur gnostique Divin que nous sommes.

Yes ! "suffering was lost in her immortal smile".

Joie du yoga intégral ! 
 
 

 

dimanche 26 juillet 2026

Face à notre double nature, repérons notre vital autoritaire selon Sri Aurobindo.


***

Dans la nature, cette résistance revêt certaines formes caractéristiques qui viennent accroître la confusion et ajoutent à la difficulté de la transformation. Il est donc nécessaire de décrire quelques-unes de ces formes, car elles sont suffisamment fréquentes, à un degré plus ou moins grand suivant les personnes, pour exiger d'être démasquées avec vigueur et clarté.

1. Une certaine vanité, une arrogance, une véhémence radjasique dans la façon de s'affirmer qui, dans ce petit être vital, sont, chez ceux qui ont une vigueur particulière sur ces plans, une déformation de la force et de l'habitude vitales de diriger et de dominer qu'ils possèdent grâce à certaines qualités du vital supérieur. Tout cela s'accompagne d'un amour-propre excessif qui engendre le besoin de briller, de maintenir sa position et son prestige à n'importe quel prix voire de poser devant les autres, de les influencer, de les commander ou de les "aider" en s'arrogeant un rôle de sâdhak supérieur doté d'une connaissance plus grande et de pouvoirs occultes. L'être vital supérieur lui-même doit remettre ses pouvoirs et ses capacités entre les mains de la Shakti divine d'où ils lui viennent et il ne doit s'en servir qu'en tant qu'instrument de la Mère et conformément à ses directives ; s'il fait intervenir les revendications de son ego et s'interpose entre la Mère et le travail, ou entre elle et les autres sâdhak, il dévie du vrai chemin, quel que soit son pouvoir naturel, gâche le travail, introduit des forces adverses et des mouvements faux et nuit à ceux qu'il s'imagine aider. Quand ces défauts affectent la petitesse de la nature vitale inférieure et de la personnalité extérieure, prennent des formes plus basses et plus mesquines, ils deviennent plus contraires encore à la Vérité, incongrus, grotesques, et en même temps ils peuvent être d'une malfaisance perverse, même si leur champ d'action est réduit. Il n'est pas de meilleure façon d'introduire les forces hostiles dans le travail général ni de vicier sa sâdhanâ et de l'exposer à l'influence adverse. À un moindre degré, ces défauts: vanité, arrogance, violence radjasique, se retrouvent dans la plupart des natures humaines. Ils peuvent revêtir d'autres formes, mais n'en sont pas moins un grand obstacle à tout changement spirituel véritable.


2. Désobéissance et indiscipline. Cette partie inférieure de l'être est toujours capricieuse, récalcitrante, autoritaire et peu disposée à accepter qu'on lui impose un ordre ou une discipline contraire à son idée ou à ses impulsions. Dès le début, ses défauts barrent la route aux efforts du vital supérieur lorsqu'il veut imposer à la nature une tapasyâ vraiment régénératrice. Cette habitude de désobéir à la discipline et de refuser de s'y conformer est si forte qu'elle n'a pas toujours besoin d'être intentionnelle ;  elle semble être un réflexe immédiat, irrésistible, instinctif. Ainsi l'on promet et professe maintes fois obéissance à la Mère, mais les actes ou la direction suivie sont fréquemment contraires à la promesse ou à la profession de foi. Cette constante indiscipline est un obstacle radical à la sâdhanâ et le pire exemple que l'on puisse donner aux autres.


3. Dissimulation et fausseté dans les paroles. C'est là une habitude extrêmement pernicieuse de la nature inférieure. Ceux qui ne sont pas droits ne peuvent tirer profit de l'aide de la Mère, car ils l'écartent eux-mêmes. A moins qu'ils ne changent, ils ne peuvent pas espérer la descente de la Lumière et de la Vérité supramentales dans le vital inférieur et dans la nature physique; ils restent enlisés dans une boue de leur propre fabrication et ne peuvent pas progresser. Souvent, ce qui ressort chez le sâdhak, ce n'est pas simplement une exagération ou une imagination abusive qui brode autour de la vérité réelle, mais aussi un refus catégorique et une altération des faits autant qu'une dissimulation qui les déforme. Cela, il le fait tantôt pour couvrir sa désobéissance ou sa ligne de conduite fausse ou suspecte, tantôt pour conserver sa situation, tantôt pour parvenir à ses fins ou céder à ses habitudes et à ses désirs préférés. Quand le sâdhak a ce genre d'habitude vitale, il obscurcit souvent sa propre conscience et ne se rend pas tout à fait compte de la fausseté de ses paroles ou de ses actes;  mais la plupart du temps, il n'est même pas possible d'invoquer pour lui cette excuse maladroite.


4. Une dangereuse habitude de se justifier constamment. Quand cette habitude se fortifie chez le sâdhak, il est impossible d'orienter cette partie de son être vers la vraie conscience et l'action vraie parce qu'à chaque instant, sa seule préoccupation est de se justifier. Son mental se précipite aussitôt pour défendre son idée, sa position ou sa ligne de conduite. Et cela, il est prêt à le faire par n'importe quel argument - parfois le plus maladroit et le plus sot, ou le plus contraire à ce qu'il proclamait la minute d'avant -, par n'importe quelle déclaration mensongère, n'importe quel stratagème. Cet abus est fréquent dans le mental pensant, mais ce n'en est pas moins un abus; chez le sâdhak, il prend des proportions exagérées et tant que celui-ci y reste attaché, il lui est impossible de voir ou de vivre la Vérité.


Quelles que soient les difficultés de la nature, si long et pénible que soit le processus de rectification, elles ne peuvent pas indéfiniment tenir tête à la Vérité si, dans ces parties de l'être, l'esprit, l'attitude et l'effort vrais sont présents ou peuvent être amenés. Mais si, par amour-propre, entêtement ou inertie tamasique, le sâdhak continue à fermer les yeux ou à endurcir son cœur à la Lumière, tant qu'il en sera ainsi, nul ne pourra l'aider. Le consentement de l'être tout entier est indispensable à la transformation divine, et c'est la totalité de ce consentement, sa perfection, qui constitue la soumission intégrale. Mais il ne suffit pas que le consentement du vital inférieur prenne la forme d'une simple profession de foi mentale ou d'une adhésion sentimentale passagère; il faut qu'il se traduise par une attitude permanente et une action persévérante et cohérente.

Notre yoga ne peut être fait jusqu'au bout que par ceux qui sont prêts à s'y engager totalement et à abolir leur petit ego humain et ses exigences afin de se découvrir eux-mêmes en le Divin. Il ne peut pas être fait dans un esprit de légèreté ou de laxisme; l'entreprise est trop haute et trop difficile, les pouvoirs adverses dans la Nature inférieure trop prêts à profiter du moindre assentiment ou de la plus petite ouverture; l'aspiration et la tapasyâ sont trop constamment et trop intensément nécessaires. Il ne peut pas être fait si les idées du mental humain s'affirment avec humeur ou si on se laisse délibérément mener par les exigences, les instincts et les prétentions de la partie la plus basse de l'être que l'on justifie en général sous l'étiquette de nature humaine. Il ne peut pas être fait si l'on persiste à identifier les bassesses de l'Ignorance à la Vérité divine ou même à la vérité moindre permise sur le chemin. Il ne peut pas être fait si l'on se cramponne à son moi passé et à ses vieilles formations, ses vieilles habitudes mentales, vitales et physiques. Il faut constamment laisser derrière soi ses moi passés pour voir, agir et vivre à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Il ne peut pas être fait si vous réclamez la "liberté" pour votre mental humain et votre ego vital. Toutes les parties de l'être humain ont le droit de s'exprimer et de se satisfaire comme elles l'entendent, à leurs risques et périls, si tel est le choix de l'homme tant qu'il mène la vie ordinaire. Mais prendre le chemin du yoga, dont le seul objet est de substituer à ces choses humaines la loi et le pouvoir d'une Vérité plus grande, et dont la méthode est essentiellement une soumission à la Shakti divine, et continuer en même temps à revendiquer cette prétendue liberté, qui n'est rien d'autre qu'un esclavage à certaines forces cosmiques ignorantes, c'est se complaire dans une aveugle contradiction et revendiquer le droit de mener une double vie.", 

Lettres sur le yogaVolume 3. Section 4, 3. La transformation du vital, p257-260

 




dimanche 28 juin 2026

Le vrai Nirvana par La Mère

 

Mother, The Noble Lady par Niranjan Guha Roy

Le vrai Nirvana par La Mère

Extrait des Commentaires sur le Dhammapada par La Mère
 

Mais ce que nous considérons ici comme le vrai Nirvâna, c’est la disparition de l’ego dans la splendeur du Suprême. 

Et ce moyen-là, c’est ce que j’appelle le moyen positif, le don de soi intégral, total, parfait, sans réserve et sans marchandage.

Rien que dans le fait de ne plus penser à soi, de ne plus exister pour soi, de ne plus rien rapporter à soi, de penser à ce qu’il y a de plus suprêmement beau, lumineux, joyeux, puissant, compatissant, infini, il y a une joie si profonde que rien ne peut être comparé à cela.

C’est la seule chose qui mérite, qui vaille d’être tentée. Tout le reste, ce sont presque des piétinements sur place.

 

 



dimanche 21 juin 2026

Tout est tranquille - un poème de Niranjan Guha Roy





Tout s’écroule autour de moi.
Tous les murs de granit dressés pendant des âges s’écroulent
Comme des murs de terre fondent sous la pluie tropicale.
Tous les murs érigés, pendant des millénaires s’écroulent comme des châteaux de cartes.
Tous les murs hauts infranchissables qui bloquaient mon regard sur les horizons
fondent au soleil ardent découvrant des paysages à perte de vue jusqu’aux horizons où le ciel bleu se penche pour embrasser la terre étendue sous son regard.
Les murs s’écroulent , disparaissent, laissant un espace sans borne.

Vide ? non
Une Vibration, une Présence, un Amour chaud,
Une Bonté, une Béatitude tangible, palpable, réelle.Tout est là de toute éternité.
Tout ce qui vit, tout ce qui a vécu, tout ce qui est à venir, tout est là.
Toi, Toi, Toi, invariablement.

Les murs qui séparent le présent du passé, les murs qui cachent l’avenir ont disparu.
Le temps n’existe plus, l’espace non plus. Il n’y a pas de distance.
Le corps vivant de l’Éternel infini remplit le ciel et la terre.
Rien n’est au loin. Tout est à portée de main, au dedans
Dans mon cœur ? ou bien dans mon cerveau ? Mon corps n’existe plus.

Il y a une infinité de conscience tranquille, sereine, de félicité, au repos.
Tout est là :
D’innombrables visages et figures, connus, inconnus, proches ou éloignés,
Tous dégagent le parfum envoûtant mystérieux de l’Infini.
Derrière chaque visage, chaque regard, chaque sourire, chaque masque
Il y a le même sourire , la même douceur, la même caresse intime.

O Mère
Souvent mon âme dans une aspiration ardente et sincère T’a demandé
« Comment pourrais je Te servir? »
Tu m’as toujours répondu
« Aime Moi en tous, en chacune et chacun ».

J’ai essayé mais toujours il y avait une barrière de verre translucide entre moi et les autres.
Un mur invisible, infranchissable se dressait entre moi et le monde.
Parfois quand les fenêtres de l’âme étaient grande ouvertes, la barrière disparaissait,
les masques tombaient révélant Ta présence infiniment variée partout, partout.
Mais ces moments de répit étaient rares, sans contrôle, fugitifs.
Maintenant il me semble que Tu es bien installée dans mon cœur.
C’est Toi qui vis en moi
Je ne suis que le verre de la lampe, l’écorce
Et Tu es la Lumière, douce, souriante, constante, à l’éclat brillant.

Est ce que j’existe ? Çà m’est égal!
Tu es là, la seule Existence infinie, éternelle, partout.
Je ne sais comment exprimer ma gratitude, mon amour pour Toi !

Où suis je ?
Est ce que Tu es en moi, ou bien suis-je en Toi ? Qu’importe !
Il n’y a qu’une seule Vibration d’amour et encore d’amour,
Le sourire infini, la béatitude, l’harmonie apaisante.

Je reste couché à Tes pieds, conscient, rempli de Toi.
Comme un chien fidèle aux pieds de sa maîtresse.

Tout est Tranquille…

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Niranjan Guha Roy 2001

Mère au sujet de la démocratie socialiste





 Extrait de l'Agenda de Mère du 10 avril 1968

 

Je repense à mon affaire monétaire: c'est comme cela que devrait être organisée la vie à Auroville – mais je doute que les gens soient prêts.

C'est-à-dire que c'est possible aussi longtemps qu'ils acceptent la direction d'un sage.

Oui.

La première chose qui doit être acceptée et reconnue de tous, c'est que le pouvoir invisible et supérieur (c'est-à-dire qui appartient à un plan de conscience – qui pour la plupart est voilé, mais que l'on est capable d'avoir –, une conscience que l'on peut appeler n'importe comment, de n'importe quel nom, cela ne fait rien, mais qui est intégrale et pure dans le sens qu'elle n'est pas mensongère: dans la Vérité), que ce pouvoir-là est capable de régir les choses matérielles d'une façon BEAUCOUP PLUS VRAIE, heureuse et salutaire pour tous que n'importe quel pouvoir matériel. Ça, c'est le premier point. Une fois que l'on est d'accord là-dessus...

Et ce n'est pas une chose que l'on puisse prétendre avoir; un être ne peut pas prétendre l'avoir: ou il l'a, ou il ne l'a pas, parce que (riant) à n'importe quelle occasion de la vie, si c'est une prétention, cela devient évident! Et par-dessus le marché, ça ne vous donne aucun pouvoir matériel – là aussi, Théon avait dit quelque chose à ce point de vue, il avait dit: « Ceux qui sont (il parlait de la hiérarchie VRAIE, la hiérarchie selon justement le pouvoir de conscience de chacun), celui qui est tout en haut (celui ou ceux), ont nécessairement un minimum de besoins ; leurs besoins matériels diminuent à mesure que leur capacité de vision matérielle augmente. » Et ça, c'est tout à fait vrai. C'est automatique et spontané ; ce n'est pas le résultat d'un effort : plus la conscience est vaste et plus elle embrasse de choses et de réalités, moins les besoins matériels sont grands – automatiquement –, parce qu'ils perdent toute leur importance et toute leur valeur. Ça se réduit à un besoin minimum de nécessités matérielles, qui lui aussi changera avec le développement progressif de la Matière.

Et cela, c'est facilement reconnaissable, n'est-ce pas, il est difficile de jouer la comédie.

Et la seconde chose, c'est le pouvoir de conviction. C'est-à-dire que spontanément, la conscience la plus haute mise en contact avec la Matière, a... (comment dire ?... ce n'est pas une «influence» parce qu'il n'y a pas la volonté d'influencer... peut-être pourrait-on dire comme cela :) a un pouvoir de conviction plus grand que toutes les régions intermédiaires. Par le simple contact, son pouvoir de conviction, c'est-à-dire son pouvoir de transformation est plus grand que celui de toutes les régions intermédiaires. Ça, c'est un fait. Ces deux faits font que toute prétention ne peut pas être durable. (Je me place au point de vue d'une organisation collective.)

Dès que l'on descend de cette Hauteur suprême, il y a tout le jeu des influences diverses (geste de mélange et de conflit), et c'est justement cela qui est un signe certain : même un tout petit peu de descente (même dans un domaine de mentalité supérieure, d'intelligence supérieure) et tout-tout le conflit des influences commence. Il n'y a que ce qui est vraiment tout en haut, avec une pureté parfaite, qui a ce pouvoir de conviction spontanée. Par conséquent, tout ce que l'on peut faire pour remplacer ça, est une approximation, et ce n'est pas beaucoup meilleur que la démocratie – la démocratie, c'est-à-dire le système qui veut gouverner par le nombre le plus grand et le plus bas (je veux parler de la « démocratie sociale », la dernière tendance).

S'il n'y a pas de représentant de la Conscience suprême (cela peut arriver, n'est-ce pas), s'il n'y en a pas, on pourrait peut-être remplacer ça (ce serait un essai à faire) par le gouvernement d'un petit nombre – qu'il faudrait décider entre quatre et huit, quelque chose comme cela: quatre, sept ou huit –, d'une intelligence INTUITIVE. « Intuitive » est plus important qu'« intelligence » : d'une intuition manifestée intellectuellement. (Cela aurait des inconvénients au point de vue pratique, mais ce serait peut-être plus proche de la vérité que le tout en bas: socialisme ou communisme.) Tous les intermédiaires se sont prouvés incompétents : le gouvernement théocratique, le gouvernement aristocratique, le gouvernement démocratique et le gouvernement ploutocratique, tout cela : une complete failure [un échec complet]. L'autre est en train de prouver sa failure aussi, le gouvernement... comment peut-on appeler cela?... démocratique?5 (mais la démocratie implique toujours l'idée de gens éduqués, riches), ça a prouvé son incompétence complète.

C'est le règne de la bêtise la mieux partagée.

Oui, c'est cela!... Mais je parle du système tout en bas, socialiste ou communiste qui représente les besoins matériels... Au fond, ça correspond à une sorte d'absence de gouvernement, parce qu'ils n'ont pas le pouvoir de gouverner les autres : ils sont obligés de transférer leur pouvoir à quelqu'un qui exerce le pouvoir, comme un Lénine, par exemple, parce que c'était un cerveau. Mais tout cela... tout cela a été essayé et a prouvé son incompétence. La seule chose qui pourrait être compétente, c'est la Conscience-de-Vérité qui choisirait des instruments et s'exprimerait par un certain nombre d'instruments s'il n'y en a pas un (« un » n'est pas suffisant aussi, « un » aurait forcément besoin de choisir tout un ensemble).6 Et ceux qui possèdent cette conscience peuvent appartenir à n'importe quelle classe de la société: ce n'est pas un privilège qui vient de la naissance mais le résultat d'un effort et d'un développement personnels. Justement, c'est cela qui est un signe extérieur, un signe évident du changement au point de vue politique, c'est qu'il ne s'agit plus de classes et de catégories ni de naissance (tout cela est périmé) : ce sont les individualités qui sont arrivées à une conscience supérieure qui ont le droit de gouverner – mais pas les autres –, à n'importe quelle classe qu'ils appartiennent.

Ce serait la vraie vision.

Mais il faudrait que tous ceux qui participent à l'expérience soient absolument convaincus que la conscience la plus haute est le meilleur juge des choses les plus matérielles. N'est-ce pas, ce qui a ruiné l'Inde, c'est cette idée que la conscience supérieure a affaire aux choses « supérieures » et que les choses d'en bas ne l'intéressent pas du tout et qu'elle n'y entend rien! C'est cela qui a été la ruine de l'Inde. Eh bien, cette erreur-là doit être abolie complètement. C'est la conscience la plus haute qui voit de la façon la plus claire – la plus claire et la plus vraie – ce que doivent être les besoins de la chose la plus matérielle.

Avec cela, on pourrait essayer un nouveau genre de gouvernement.

Voilà.7

(Mère rit)


1 Un crore = dix millions de roupies.

2 L'enregistrement du début de cette conversation n'a pas été conservé.

3 C'est tout le problème des «propriétaires» de l'Ashram {ou d'Auroville) et de cette «mal-appropriation» dont Mère parlait déjà en 1960 (et avant): voir Agenda I du 23 juillet 1960, p. 412.

4 Quelqu'un avait écrit à Mère en lui disant: «Je veux que mon argent soit utilisé exclusivement pour vaincre les causes de nos souffrances et de nos misères.» Mère a répondu: «C'est à cela que nous travaillons ici, mais pas de la manière artificielle des philanthropes qui ne s'occupent que des effets extérieurs. Nous voulons supprimer pour toujours la cause de la souffrance en divinisant la matière par la transformation intégrale.»


5 Mère veut dire socialiste ou communiste.


6 Le passage suivant à été rajouté par Mère plus tard.


7 Il existe un enregistrement de cette conversation.


 

 

 

 

 

 

 

mercredi 10 juin 2026

Qu'est-ce que la bienveillance ? Regards sur l'Amour à la croisée de Mère et Sri Aurobindo. De l'importance de ne pas perdre de vue notre raison d'être !

 

La terre sur les genoux de Mère - Tableau de Niranjan Guha Roy


Être toujours bienveillant, sortir de la critique acerbe, ne plus voir le mal en toute chose, obstinément s’obliger à ne voir que la grande Présence bienveillante de la Grâce divine, et vous verrez que non seulement au-dedans de vous, mais autour de vous, une atmosphère de joie tranquille, de confiance paisible, d’espoir lumineux, se répandra de plus en plus ; et non seulement vous vous sentirez heureux et tranquille mais la plupart des désordres du corps disparaîtront.

Douce Mère, 22 août 1958


Mon commentaire dans le contexte vécu :

La bienveillance n'est ni laxisme ni sévérité. 

La bienveillance n'empêche pas la fermeté.

Être soumis à probation suite à une violence physique n'est pas une décision sévère, mais c'est une décision ferme qui entend être fidèle à notre raison d’être de protéger physiquement l'être nouveau comme on est censé protéger tout être humain fragile d'une menace physique évidente. 

A la demande de Mère, Niranjan et Amita ont accompagné entre autres deux aurovilliens avec des problèmes de violence physique.

Nous ne disons donc pas à quelqu'un de violent qu'il n'est pas fait pour le yoga intégral. Le développement moral n'est pas notre objectif premier. L'objectif demeure le développement spirituel. Mais avec qui et où ce développement spirituel est-il possible ? Avec qui et où sera-t-il facilité ?

Cependant cette personne violente est-elle prête pour intégrer un noyau, un groupe cœur censé protéger et favoriser l'émergence de l'être nouveau ?

Selon nous, elle aura certainement sa place dans d'autres cercles. Elle pourra progresser avec d'autres yogis du yoga intégral qui ont, eux, vocation à aider ce type de personne.

Si l'appel reçu, par nous, est celui de foncer en avant pour faciliter l'émergence de l'être nouveau, nous n'avons pas alors cet appel à aider les gens rencontrant des difficultés avec la sincérité face à la violence ou même à la colère. Redisons-le ; La violence et même la colère (qu'humainement on légitime comme indignation devant l'injustice) sont du point de vue de ce yoga des imperfections à mettre aux pieds de Mère (et non à justifier de quelque manière que ce soit). 

Si un noyau au service du yoga de Sri Aurobindo et Mère est appelé à devenir un cercle au milieu  duquel un être nouveau doit émerger, nous ne pouvons pas nous permettre de placer l'être nouveau dans cette difficulté lié à un entourage immédiat ouvert à de telles forces de mensonge et de fausseté.

A nous d'aider cette personne en difficulté avec les forces obscures de la violence à intégrer le cercle de développement qui lui convient si elle a l'aspiration à pratiquer le yoga intégral.

Ecoutons Sri Aurobindo, à quel Amour nous appelle-t-il ?


["L'Amour du Divin dans tous les êtres et la perception, l'acceptation constantes de son action en toutes choses".] C'est très bien dans le karma-yoga ordinaire qui a pour but l'union avec l'esprit cosmique et ne dépasse pas le surmental, mais ici un travail spécial doit être fait et une nouvelle réalisation s'accomplir pour la terre et non pour nous seuls. Il est nécessaire que nous nous tenions à l'écart du monde pour nous séparer de la conscience ordinaire, afin d'en faire descendre une nouvelle.

Non que l'amour pour tous ne fasse pas partie de la sâdhanâ, mais cela ne veut pas dire qu'il faille aussitôt se mettre à fréquenter tout le monde; il ne peut s'exprimer que par une bienveillance universelle, générale et, si besoin est, dynamique, mais pour le reste il doit s'appliquer à notre tâche, qui est de faire descendre la conscience supérieure et toutes les conséquences qu'elle entraîne pour la terre. Quant à accepter l'action du Divin en toutes choses, ici aussi c'est nécessaire, dans le sens où nous devons voir cette action même derrière nos luttes et nos difficultés, mais non pas accepter la nature de l'homme et le monde tels qu'ils sont: notre but est de progresser vers une action plus divine qui remplacera la manifestation actuelle par une manifestation plus grande et plus heureuse. Et cela aussi, c'est un labeur d'Amour divin.  


5 juin 2026 - 10 juin 2026