Sri Aurobindo et Mère : une approche
lundi 10 août 2026
L'Amour selon Aurobindo et Mère, et quelques uns de leurs disciples.
mardi 28 juillet 2026
Notre façon de vivre les événements reflète le niveau de conquête ou non de notre double nature
Dans le yoga de Sri Aurobindo et Mère, certains sadhaks réalisent à quel point le réel est la manifestation consciente du Divin, que rien n'est définitivement un obstacle au Divin et que la venue d'un nouveau degré de manifestation est inéluctable où la Joie, l'Amour, la conscience dans la matière seront évidentes.
Mais le vital aime le drame, le mental humain est arrogant, l'aspiration au beau, au vrai, au juste reste souvent étouffée ou restreinte en nous.
Notre humanité est le plus souvent un masque grinçant occultant le sourire Divin au fond de notre âme.
Mais notre Fond Divin qui s'individue derrière ces rôles humains est patient. Des forces conscientes l'aident pour que nos egos et nos habitus humains soient de moins en moins rigides et fermés pour faciliter Sa manifestation.
Certains vivent déjà une foi venue de cette âme vraie, et de notre Fond Divin. Cette foi n'est pas réductible à une croyance mentale, un attachement vital ou un sentimentalisme fantasmatique. Cette foi vraie pressent sans percevoir, elle entrevoit ce qui sera réalisé à un moment donné.
Oui, il y a le point de vue humain, son physique, son vital, son mental balayés par des forces, des croisements de ses actions : l'espèce mentale que nous sommes ne contrôle plus rien de l'histoire en cours. Car l'histoire en cours n'est plus celle de l'émergence de l'homme ou de sa fin, l'histoire en cours est celle d'un nouvel être et du nouveau monde qui germe avec lui.
Et, pour entendre cela, il y a le point de vue Divin, auquel ce yoga de Sri Aurobindo et Mère nous appelle. Découvrir que, en notre réalité ultime, nous sommes des enfants du Divin non pas créés mais engendrés sans jamais en être séparés, quelle joie ! Découvrir que notre humanité est le terrain d'émergence consciente du Divin et découvrir, de ce fait, que ce nouvel être, le nouveau monde qui émerge avec lui, l'exprimera bien mieux dans son individuation harmonique, quelle joie !
Il y a un vers de Savitri, livre III, Chant 2 qui me revient :
" Suffering was lost in her immortal smile ", " souffrir se perdait dans son sourire immortel ".
Ce n'est pas que de la poésie, cela peut être une expérience qui va s'approfondissant.
Le manque et l'insatisfaction qui crient, qui prient à l'aveugle sans savoir que c'est prier, sont aussi, en leur source dans les tréfonds de notre cœur, plénitude et joie de l'âme. Plénitude de notre identité d'Enfant Divin, de Soi avec une Âme de notre âme, Mahashakti, la Mère de âme d'Enfant Divin.
En fait, la difficulté majeure présente pour la plupart de ceux qui sont sincèrement en aventure spirituelle est notre double nature. Rares sont ceux qui peuvent dire que cette difficulté est derrière eux.
L'ouverture dans notre humanité entend et produit les cris, les prières de l'aspiration vraie, mais le vieil homme en cet humain que nous sommes maintient ses chaînes et ignore son Fond Divin. Son cri ne part pas consciemment des profondeurs de son cœur. Ce n'est pas un cri nu, une prière pure. La boue du cynisme même avec son masque de douceur fausse tout. Les tentations du nihilisme justifient les pires actions catastrophiques.
Et même si une réalisation d'un aspect du Divin que nous sommes prend place, le vieil homme persiste, avec le doute qui imprègne pathologiquement son mental physique.
dimanche 26 juillet 2026
Face à notre double nature, repérons notre vital autoritaire selon Sri Aurobindo.
***
Dans la nature, cette résistance revêt certaines formes caractéristiques qui viennent accroître la confusion et ajoutent à la difficulté de la transformation. Il est donc nécessaire de décrire quelques-unes de ces formes, car elles sont suffisamment fréquentes, à un degré plus ou moins grand suivant les personnes, pour exiger d'être démasquées avec vigueur et clarté.
1. Une certaine vanité, une arrogance, une véhémence radjasique dans la façon de s'affirmer qui, dans ce petit être vital, sont, chez ceux qui ont une vigueur particulière sur ces plans, une déformation de la force et de l'habitude vitales de diriger et de dominer qu'ils possèdent grâce à certaines qualités du vital supérieur. Tout cela s'accompagne d'un amour-propre excessif qui engendre le besoin de briller, de maintenir sa position et son prestige à n'importe quel prix voire de poser devant les autres, de les influencer, de les commander ou de les "aider" en s'arrogeant un rôle de sâdhak supérieur doté d'une connaissance plus grande et de pouvoirs occultes. L'être vital supérieur lui-même doit remettre ses pouvoirs et ses capacités entre les mains de la Shakti divine d'où ils lui viennent et il ne doit s'en servir qu'en tant qu'instrument de la Mère et conformément à ses directives ; s'il fait intervenir les revendications de son ego et s'interpose entre la Mère et le travail, ou entre elle et les autres sâdhak, il dévie du vrai chemin, quel que soit son pouvoir naturel, gâche le travail, introduit des forces adverses et des mouvements faux et nuit à ceux qu'il s'imagine aider. Quand ces défauts affectent la petitesse de la nature vitale inférieure et de la personnalité extérieure, prennent des formes plus basses et plus mesquines, ils deviennent plus contraires encore à la Vérité, incongrus, grotesques, et en même temps ils peuvent être d'une malfaisance perverse, même si leur champ d'action est réduit. Il n'est pas de meilleure façon d'introduire les forces hostiles dans le travail général ni de vicier sa sâdhanâ et de l'exposer à l'influence adverse. À un moindre degré, ces défauts: vanité, arrogance, violence radjasique, se retrouvent dans la plupart des natures humaines. Ils peuvent revêtir d'autres formes, mais n'en sont pas moins un grand obstacle à tout changement spirituel véritable.
2. Désobéissance et indiscipline. Cette partie inférieure de l'être est toujours capricieuse, récalcitrante, autoritaire et peu disposée à accepter qu'on lui impose un ordre ou une discipline contraire à son idée ou à ses impulsions. Dès le début, ses défauts barrent la route aux efforts du vital supérieur lorsqu'il veut imposer à la nature une tapasyâ vraiment régénératrice. Cette habitude de désobéir à la discipline et de refuser de s'y conformer est si forte qu'elle n'a pas toujours besoin d'être intentionnelle ; elle semble être un réflexe immédiat, irrésistible, instinctif. Ainsi l'on promet et professe maintes fois obéissance à la Mère, mais les actes ou la direction suivie sont fréquemment contraires à la promesse ou à la profession de foi. Cette constante indiscipline est un obstacle radical à la sâdhanâ et le pire exemple que l'on puisse donner aux autres.
3. Dissimulation et fausseté dans les paroles. C'est là une habitude extrêmement pernicieuse de la nature inférieure. Ceux qui ne sont pas droits ne peuvent tirer profit de l'aide de la Mère, car ils l'écartent eux-mêmes. A moins qu'ils ne changent, ils ne peuvent pas espérer la descente de la Lumière et de la Vérité supramentales dans le vital inférieur et dans la nature physique; ils restent enlisés dans une boue de leur propre fabrication et ne peuvent pas progresser. Souvent, ce qui ressort chez le sâdhak, ce n'est pas simplement une exagération ou une imagination abusive qui brode autour de la vérité réelle, mais aussi un refus catégorique et une altération des faits autant qu'une dissimulation qui les déforme. Cela, il le fait tantôt pour couvrir sa désobéissance ou sa ligne de conduite fausse ou suspecte, tantôt pour conserver sa situation, tantôt pour parvenir à ses fins ou céder à ses habitudes et à ses désirs préférés. Quand le sâdhak a ce genre d'habitude vitale, il obscurcit souvent sa propre conscience et ne se rend pas tout à fait compte de la fausseté de ses paroles ou de ses actes; mais la plupart du temps, il n'est même pas possible d'invoquer pour lui cette excuse maladroite.
4. Une dangereuse habitude de se justifier constamment. Quand cette habitude se fortifie chez le sâdhak, il est impossible d'orienter cette partie de son être vers la vraie conscience et l'action vraie parce qu'à chaque instant, sa seule préoccupation est de se justifier. Son mental se précipite aussitôt pour défendre son idée, sa position ou sa ligne de conduite. Et cela, il est prêt à le faire par n'importe quel argument - parfois le plus maladroit et le plus sot, ou le plus contraire à ce qu'il proclamait la minute d'avant -, par n'importe quelle déclaration mensongère, n'importe quel stratagème. Cet abus est fréquent dans le mental pensant, mais ce n'en est pas moins un abus; chez le sâdhak, il prend des proportions exagérées et tant que celui-ci y reste attaché, il lui est impossible de voir ou de vivre la Vérité.
Quelles que soient les difficultés de la nature, si long et pénible que soit le processus de rectification, elles ne peuvent pas indéfiniment tenir tête à la Vérité si, dans ces parties de l'être, l'esprit, l'attitude et l'effort vrais sont présents ou peuvent être amenés. Mais si, par amour-propre, entêtement ou inertie tamasique, le sâdhak continue à fermer les yeux ou à endurcir son cœur à la Lumière, tant qu'il en sera ainsi, nul ne pourra l'aider. Le consentement de l'être tout entier est indispensable à la transformation divine, et c'est la totalité de ce consentement, sa perfection, qui constitue la soumission intégrale. Mais il ne suffit pas que le consentement du vital inférieur prenne la forme d'une simple profession de foi mentale ou d'une adhésion sentimentale passagère; il faut qu'il se traduise par une attitude permanente et une action persévérante et cohérente.
Notre yoga ne peut être fait jusqu'au bout que par ceux qui sont prêts à s'y engager totalement et à abolir leur petit ego humain et ses exigences afin de se découvrir eux-mêmes en le Divin. Il ne peut pas être fait dans un esprit de légèreté ou de laxisme; l'entreprise est trop haute et trop difficile, les pouvoirs adverses dans la Nature inférieure trop prêts à profiter du moindre assentiment ou de la plus petite ouverture; l'aspiration et la tapasyâ sont trop constamment et trop intensément nécessaires. Il ne peut pas être fait si les idées du mental humain s'affirment avec humeur ou si on se laisse délibérément mener par les exigences, les instincts et les prétentions de la partie la plus basse de l'être que l'on justifie en général sous l'étiquette de nature humaine. Il ne peut pas être fait si l'on persiste à identifier les bassesses de l'Ignorance à la Vérité divine ou même à la vérité moindre permise sur le chemin. Il ne peut pas être fait si l'on se cramponne à son moi passé et à ses vieilles formations, ses vieilles habitudes mentales, vitales et physiques. Il faut constamment laisser derrière soi ses moi passés pour voir, agir et vivre à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Il ne peut pas être fait si vous réclamez la "liberté" pour votre mental humain et votre ego vital. Toutes les parties de l'être humain ont le droit de s'exprimer et de se satisfaire comme elles l'entendent, à leurs risques et périls, si tel est le choix de l'homme tant qu'il mène la vie ordinaire. Mais prendre le chemin du yoga, dont le seul objet est de substituer à ces choses humaines la loi et le pouvoir d'une Vérité plus grande, et dont la méthode est essentiellement une soumission à la Shakti divine, et continuer en même temps à revendiquer cette prétendue liberté, qui n'est rien d'autre qu'un esclavage à certaines forces cosmiques ignorantes, c'est se complaire dans une aveugle contradiction et revendiquer le droit de mener une double vie.",
Lettres sur le yoga, Volume 3. Section 4, 3. La transformation du vital, p257-260
dimanche 28 juin 2026
Le vrai Nirvana par La Mère

Mother, The Noble Lady par Niranjan Guha Roy
Le vrai Nirvana par La Mère
Extrait des Commentaires sur le Dhammapada par La Mère
Mais ce que nous considérons ici comme le vrai Nirvâna, c’est la disparition de l’ego dans la splendeur du Suprême.
Et ce moyen-là, c’est ce
que j’appelle le moyen positif, le don de soi intégral, total, parfait,
sans réserve et sans marchandage.
Rien que dans le fait de ne
plus penser à soi, de ne plus exister pour soi, de ne plus rien
rapporter à soi, de penser à ce qu’il y a de plus suprêmement beau,
lumineux, joyeux, puissant, compatissant, infini, il y a une joie si
profonde que rien ne peut être comparé à cela.
C’est la seule chose qui mérite, qui vaille d’être tentée. Tout le reste, ce sont presque des piétinements sur place.
dimanche 21 juin 2026
Tout est tranquille - un poème de Niranjan Guha Roy
Tout s’écroule autour de moi.
Tous les murs de granit dressés pendant des âges s’écroulent
Comme des murs de terre fondent sous la pluie tropicale.
Tous les murs érigés, pendant des millénaires s’écroulent comme des châteaux de cartes.
Tous les murs hauts infranchissables qui bloquaient mon regard sur les horizons
fondent au soleil ardent découvrant des paysages à perte de vue jusqu’aux horizons où le ciel bleu se penche pour embrasser la terre étendue sous son regard.
Les murs s’écroulent , disparaissent, laissant un espace sans borne.
Vide ? non
Une Vibration, une Présence, un Amour chaud,
Une Bonté, une Béatitude tangible, palpable, réelle.Tout est là de toute éternité.
Tout ce qui vit, tout ce qui a vécu, tout ce qui est à venir, tout est là.
Toi, Toi, Toi, invariablement.
Les murs qui séparent le présent du passé, les murs qui cachent l’avenir ont disparu.
Le temps n’existe plus, l’espace non plus. Il n’y a pas de distance.
Le corps vivant de l’Éternel infini remplit le ciel et la terre.
Rien n’est au loin. Tout est à portée de main, au dedans
Dans mon cœur ? ou bien dans mon cerveau ? Mon corps n’existe plus.
Il y a une infinité de conscience tranquille, sereine, de félicité, au repos.
Tout est là :
D’innombrables visages et figures, connus, inconnus, proches ou éloignés,
Tous dégagent le parfum envoûtant mystérieux de l’Infini.
Derrière chaque visage, chaque regard, chaque sourire, chaque masque
Il y a le même sourire , la même douceur, la même caresse intime.
O Mère
Souvent mon âme dans une aspiration ardente et sincère T’a demandé
« Comment pourrais je Te servir? »
Tu m’as toujours répondu
« Aime Moi en tous, en chacune et chacun ».
J’ai essayé mais toujours il y avait une barrière de verre translucide entre moi et les autres.
Un mur invisible, infranchissable se dressait entre moi et le monde.
Parfois quand les fenêtres de l’âme étaient grande ouvertes, la barrière disparaissait,
les masques tombaient révélant Ta présence infiniment variée partout, partout.
Mais ces moments de répit étaient rares, sans contrôle, fugitifs.
Maintenant il me semble que Tu es bien installée dans mon cœur.
C’est Toi qui vis en moi
Je ne suis que le verre de la lampe, l’écorce
Et Tu es la Lumière, douce, souriante, constante, à l’éclat brillant.
Est ce que j’existe ? Çà m’est égal!
Tu es là, la seule Existence infinie, éternelle, partout.
Je ne sais comment exprimer ma gratitude, mon amour pour Toi !
Où suis je ?
Est ce que Tu es en moi, ou bien suis-je en Toi ? Qu’importe !
Il n’y a qu’une seule Vibration d’amour et encore d’amour,
Le sourire infini, la béatitude, l’harmonie apaisante.
Je reste couché à Tes pieds, conscient, rempli de Toi.
Comme un chien fidèle aux pieds de sa maîtresse.
Tout est Tranquille…
*********
Mère au sujet de la démocratie socialiste
Extrait de l'Agenda de Mère du 10 avril 1968
Je repense à mon affaire monétaire: c'est comme cela que devrait être organisée la vie à Auroville – mais je doute que les gens soient prêts.
C'est-à-dire que c'est possible aussi longtemps qu'ils acceptent la direction d'un sage.
Oui.
La première chose qui doit être acceptée et reconnue de tous, c'est que le pouvoir invisible et supérieur (c'est-à-dire qui appartient à un plan de conscience – qui pour la plupart est voilé, mais que l'on est capable d'avoir –, une conscience que l'on peut appeler n'importe comment, de n'importe quel nom, cela ne fait rien, mais qui est intégrale et pure dans le sens qu'elle n'est pas mensongère: dans la Vérité), que ce pouvoir-là est capable de régir les choses matérielles d'une façon BEAUCOUP PLUS VRAIE, heureuse et salutaire pour tous que n'importe quel pouvoir matériel. Ça, c'est le premier point. Une fois que l'on est d'accord là-dessus...
Et ce n'est pas une chose que l'on puisse prétendre avoir; un être ne peut pas prétendre l'avoir: ou il l'a, ou il ne l'a pas, parce que (riant) à n'importe quelle occasion de la vie, si c'est une prétention, cela devient évident! Et par-dessus le marché, ça ne vous donne aucun pouvoir matériel – là aussi, Théon avait dit quelque chose à ce point de vue, il avait dit: « Ceux qui sont (il parlait de la hiérarchie VRAIE, la hiérarchie selon justement le pouvoir de conscience de chacun), celui qui est tout en haut (celui ou ceux), ont nécessairement un minimum de besoins ; leurs besoins matériels diminuent à mesure que leur capacité de vision matérielle augmente. » Et ça, c'est tout à fait vrai. C'est automatique et spontané ; ce n'est pas le résultat d'un effort : plus la conscience est vaste et plus elle embrasse de choses et de réalités, moins les besoins matériels sont grands – automatiquement –, parce qu'ils perdent toute leur importance et toute leur valeur. Ça se réduit à un besoin minimum de nécessités matérielles, qui lui aussi changera avec le développement progressif de la Matière.
Et cela, c'est facilement reconnaissable, n'est-ce pas, il est difficile de jouer la comédie.
Et la seconde chose, c'est le pouvoir de conviction. C'est-à-dire que spontanément, la conscience la plus haute mise en contact avec la Matière, a... (comment dire ?... ce n'est pas une «influence» parce qu'il n'y a pas la volonté d'influencer... peut-être pourrait-on dire comme cela :) a un pouvoir de conviction plus grand que toutes les régions intermédiaires. Par le simple contact, son pouvoir de conviction, c'est-à-dire son pouvoir de transformation est plus grand que celui de toutes les régions intermédiaires. Ça, c'est un fait. Ces deux faits font que toute prétention ne peut pas être durable. (Je me place au point de vue d'une organisation collective.)
Dès que l'on descend de cette Hauteur suprême, il y a tout le jeu des influences diverses (geste de mélange et de conflit), et c'est justement cela qui est un signe certain : même un tout petit peu de descente (même dans un domaine de mentalité supérieure, d'intelligence supérieure) et tout-tout le conflit des influences commence. Il n'y a que ce qui est vraiment tout en haut, avec une pureté parfaite, qui a ce pouvoir de conviction spontanée. Par conséquent, tout ce que l'on peut faire pour remplacer ça, est une approximation, et ce n'est pas beaucoup meilleur que la démocratie – la démocratie, c'est-à-dire le système qui veut gouverner par le nombre le plus grand et le plus bas (je veux parler de la « démocratie sociale », la dernière tendance).
S'il n'y a pas de représentant de la Conscience suprême (cela peut arriver, n'est-ce pas), s'il n'y en a pas, on pourrait peut-être remplacer ça (ce serait un essai à faire) par le gouvernement d'un petit nombre – qu'il faudrait décider entre quatre et huit, quelque chose comme cela: quatre, sept ou huit –, d'une intelligence INTUITIVE. « Intuitive » est plus important qu'« intelligence » : d'une intuition manifestée intellectuellement. (Cela aurait des inconvénients au point de vue pratique, mais ce serait peut-être plus proche de la vérité que le tout en bas: socialisme ou communisme.) Tous les intermédiaires se sont prouvés incompétents : le gouvernement théocratique, le gouvernement aristocratique, le gouvernement démocratique et le gouvernement ploutocratique, tout cela : une complete failure [un échec complet]. L'autre est en train de prouver sa failure aussi, le gouvernement... comment peut-on appeler cela?... démocratique?5 (mais la démocratie implique toujours l'idée de gens éduqués, riches), ça a prouvé son incompétence complète.
C'est le règne de la bêtise la mieux partagée.
Oui, c'est cela!... Mais je parle du système tout en bas, socialiste ou communiste qui représente les besoins matériels... Au fond, ça correspond à une sorte d'absence de gouvernement, parce qu'ils n'ont pas le pouvoir de gouverner les autres : ils sont obligés de transférer leur pouvoir à quelqu'un qui exerce le pouvoir, comme un Lénine, par exemple, parce que c'était un cerveau. Mais tout cela... tout cela a été essayé et a prouvé son incompétence. La seule chose qui pourrait être compétente, c'est la Conscience-de-Vérité qui choisirait des instruments et s'exprimerait par un certain nombre d'instruments s'il n'y en a pas un (« un » n'est pas suffisant aussi, « un » aurait forcément besoin de choisir tout un ensemble).6 Et ceux qui possèdent cette conscience peuvent appartenir à n'importe quelle classe de la société: ce n'est pas un privilège qui vient de la naissance mais le résultat d'un effort et d'un développement personnels. Justement, c'est cela qui est un signe extérieur, un signe évident du changement au point de vue politique, c'est qu'il ne s'agit plus de classes et de catégories ni de naissance (tout cela est périmé) : ce sont les individualités qui sont arrivées à une conscience supérieure qui ont le droit de gouverner – mais pas les autres –, à n'importe quelle classe qu'ils appartiennent.
Ce serait la vraie vision.
Mais il faudrait que tous ceux qui participent à l'expérience soient absolument convaincus que la conscience la plus haute est le meilleur juge des choses les plus matérielles. N'est-ce pas, ce qui a ruiné l'Inde, c'est cette idée que la conscience supérieure a affaire aux choses « supérieures » et que les choses d'en bas ne l'intéressent pas du tout et qu'elle n'y entend rien! C'est cela qui a été la ruine de l'Inde. Eh bien, cette erreur-là doit être abolie complètement. C'est la conscience la plus haute qui voit de la façon la plus claire – la plus claire et la plus vraie – ce que doivent être les besoins de la chose la plus matérielle.
Avec cela, on pourrait essayer un nouveau genre de gouvernement.
Voilà.7
(Mère rit)
1 Un crore = dix millions de roupies.
2 L'enregistrement du début de cette conversation n'a pas été conservé.
3 C'est tout le problème des «propriétaires» de l'Ashram {ou d'Auroville) et de cette «mal-appropriation» dont Mère parlait déjà en 1960 (et avant): voir Agenda I du 23 juillet 1960, p. 412.
4 Quelqu'un avait écrit à Mère en lui disant: «Je veux que mon argent soit utilisé exclusivement pour vaincre les causes de nos souffrances et de nos misères.» Mère a répondu: «C'est à cela que nous travaillons ici, mais pas de la manière artificielle des philanthropes qui ne s'occupent que des effets extérieurs. Nous voulons supprimer pour toujours la cause de la souffrance en divinisant la matière par la transformation intégrale.»
5 Mère veut dire socialiste ou communiste.
6 Le passage suivant à été rajouté par Mère plus tard.
7 Il existe un enregistrement de cette conversation.
mercredi 10 juin 2026
Qu'est-ce que la bienveillance ? Regards sur l'Amour à la croisée de Mère et Sri Aurobindo. De l'importance de ne pas perdre de vue notre raison d'être !
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| La terre sur les genoux de Mère - Tableau de Niranjan Guha Roy |
Être toujours bienveillant, sortir de la critique acerbe, ne plus voir le mal en toute chose, obstinément s’obliger à ne voir que la grande Présence bienveillante de la Grâce divine, et vous verrez que non seulement au-dedans de vous, mais autour de vous, une atmosphère de joie tranquille, de confiance paisible, d’espoir lumineux, se répandra de plus en plus ; et non seulement vous vous sentirez heureux et tranquille mais la plupart des désordres du corps disparaîtront.
Douce Mère, 22 août 1958
Mon commentaire dans le contexte vécu :
La bienveillance n'est ni laxisme ni sévérité.
La bienveillance n'empêche pas la fermeté.
Être soumis à probation suite à une violence physique n'est pas une décision sévère, mais c'est une décision ferme qui entend être fidèle à notre raison d’être de protéger physiquement l'être nouveau comme on est censé protéger tout être humain fragile d'une menace physique évidente.
A la demande de Mère, Niranjan et Amita ont accompagné entre autres deux aurovilliens avec des problèmes de violence physique.
Nous ne disons donc pas à quelqu'un de violent qu'il n'est pas fait pour le yoga intégral. Le développement moral n'est pas notre objectif premier. L'objectif demeure le développement spirituel. Mais avec qui et où ce développement spirituel est-il possible ? Avec qui et où sera-t-il facilité ?
Cependant cette personne violente est-elle prête pour intégrer un noyau, un groupe cœur censé protéger et favoriser l'émergence de l'être nouveau ?
Selon nous, elle aura certainement sa place dans d'autres cercles. Elle pourra progresser avec d'autres yogis du yoga intégral qui ont, eux, vocation à aider ce type de personne.
Si l'appel reçu, par nous, est celui de foncer en avant pour faciliter l'émergence de l'être nouveau, nous n'avons pas alors cet appel à aider les gens rencontrant des difficultés avec la sincérité face à la violence ou même à la colère. Redisons-le ; La violence et même la colère (qu'humainement on légitime comme indignation devant l'injustice) sont du point de vue de ce yoga des imperfections à mettre aux pieds de Mère (et non à justifier de quelque manière que ce soit).
Si un noyau au service du yoga de Sri Aurobindo et Mère est appelé à devenir un cercle au milieu duquel un être nouveau doit émerger, nous ne pouvons pas nous permettre de placer l'être nouveau dans cette difficulté lié à un entourage immédiat ouvert à de telles forces de mensonge et de fausseté.
A nous d'aider cette personne en difficulté avec les forces obscures de la violence à intégrer le cercle de développement qui lui convient si elle a l'aspiration à pratiquer le yoga intégral.
Ecoutons Sri Aurobindo, à quel Amour nous appelle-t-il ?
["L'Amour du Divin dans tous les êtres et la perception, l'acceptation constantes de son action en toutes choses".] C'est très bien dans le karma-yoga ordinaire qui a pour but l'union avec l'esprit cosmique et ne dépasse pas le surmental, mais ici un travail spécial doit être fait et une nouvelle réalisation s'accomplir pour la terre et non pour nous seuls. Il est nécessaire que nous nous tenions à l'écart du monde pour nous séparer de la conscience ordinaire, afin d'en faire descendre une nouvelle.
Non que l'amour pour tous ne fasse pas partie de la sâdhanâ, mais cela ne veut pas dire qu'il faille aussitôt se mettre à fréquenter tout le monde; il ne peut s'exprimer que par une bienveillance universelle, générale et, si besoin est, dynamique, mais pour le reste il doit s'appliquer à notre tâche, qui est de faire descendre la conscience supérieure et toutes les conséquences qu'elle entraîne pour la terre. Quant à accepter l'action du Divin en toutes choses, ici aussi c'est nécessaire, dans le sens où nous devons voir cette action même derrière nos luttes et nos difficultés, mais non pas accepter la nature de l'homme et le monde tels qu'ils sont: notre but est de progresser vers une action plus divine qui remplacera la manifestation actuelle par une manifestation plus grande et plus heureuse. Et cela aussi, c'est un labeur d'Amour divin.
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5 juin 2026 - 10 juin 2026









