Affichage des articles dont le libellé est Sri Aurobindo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sri Aurobindo. Afficher tous les articles

dimanche 26 juillet 2026

Face à notre double nature, repérons notre vital autoritaire selon Sri Aurobindo.


***

Dans la nature, cette résistance revêt certaines formes caractéristiques qui viennent accroître la confusion et ajoutent à la difficulté de la transformation. Il est donc nécessaire de décrire quelques-unes de ces formes, car elles sont suffisamment fréquentes, à un degré plus ou moins grand suivant les personnes, pour exiger d'être démasquées avec vigueur et clarté.

1. Une certaine vanité, une arrogance, une véhémence radjasique dans la façon de s'affirmer qui, dans ce petit être vital, sont, chez ceux qui ont une vigueur particulière sur ces plans, une déformation de la force et de l'habitude vitales de diriger et de dominer qu'ils possèdent grâce à certaines qualités du vital supérieur. Tout cela s'accompagne d'un amour-propre excessif qui engendre le besoin de briller, de maintenir sa position et son prestige à n'importe quel prix voire de poser devant les autres, de les influencer, de les commander ou de les "aider" en s'arrogeant un rôle de sâdhak supérieur doté d'une connaissance plus grande et de pouvoirs occultes. L'être vital supérieur lui-même doit remettre ses pouvoirs et ses capacités entre les mains de la Shakti divine d'où ils lui viennent et il ne doit s'en servir qu'en tant qu'instrument de la Mère et conformément à ses directives ; s'il fait intervenir les revendications de son ego et s'interpose entre la Mère et le travail, ou entre elle et les autres sâdhak, il dévie du vrai chemin, quel que soit son pouvoir naturel, gâche le travail, introduit des forces adverses et des mouvements faux et nuit à ceux qu'il s'imagine aider. Quand ces défauts affectent la petitesse de la nature vitale inférieure et de la personnalité extérieure, prennent des formes plus basses et plus mesquines, ils deviennent plus contraires encore à la Vérité, incongrus, grotesques, et en même temps ils peuvent être d'une malfaisance perverse, même si leur champ d'action est réduit. Il n'est pas de meilleure façon d'introduire les forces hostiles dans le travail général ni de vicier sa sâdhanâ et de l'exposer à l'influence adverse. À un moindre degré, ces défauts: vanité, arrogance, violence radjasique, se retrouvent dans la plupart des natures humaines. Ils peuvent revêtir d'autres formes, mais n'en sont pas moins un grand obstacle à tout changement spirituel véritable.


2. Désobéissance et indiscipline. Cette partie inférieure de l'être est toujours capricieuse, récalcitrante, autoritaire et peu disposée à accepter qu'on lui impose un ordre ou une discipline contraire à son idée ou à ses impulsions. Dès le début, ses défauts barrent la route aux efforts du vital supérieur lorsqu'il veut imposer à la nature une tapasyâ vraiment régénératrice. Cette habitude de désobéir à la discipline et de refuser de s'y conformer est si forte qu'elle n'a pas toujours besoin d'être intentionnelle ;  elle semble être un réflexe immédiat, irrésistible, instinctif. Ainsi l'on promet et professe maintes fois obéissance à la Mère, mais les actes ou la direction suivie sont fréquemment contraires à la promesse ou à la profession de foi. Cette constante indiscipline est un obstacle radical à la sâdhanâ et le pire exemple que l'on puisse donner aux autres.


3. Dissimulation et fausseté dans les paroles. C'est là une habitude extrêmement pernicieuse de la nature inférieure. Ceux qui ne sont pas droits ne peuvent tirer profit de l'aide de la Mère, car ils l'écartent eux-mêmes. A moins qu'ils ne changent, ils ne peuvent pas espérer la descente de la Lumière et de la Vérité supramentales dans le vital inférieur et dans la nature physique; ils restent enlisés dans une boue de leur propre fabrication et ne peuvent pas progresser. Souvent, ce qui ressort chez le sâdhak, ce n'est pas simplement une exagération ou une imagination abusive qui brode autour de la vérité réelle, mais aussi un refus catégorique et une altération des faits autant qu'une dissimulation qui les déforme. Cela, il le fait tantôt pour couvrir sa désobéissance ou sa ligne de conduite fausse ou suspecte, tantôt pour conserver sa situation, tantôt pour parvenir à ses fins ou céder à ses habitudes et à ses désirs préférés. Quand le sâdhak a ce genre d'habitude vitale, il obscurcit souvent sa propre conscience et ne se rend pas tout à fait compte de la fausseté de ses paroles ou de ses actes;  mais la plupart du temps, il n'est même pas possible d'invoquer pour lui cette excuse maladroite.


4. Une dangereuse habitude de se justifier constamment. Quand cette habitude se fortifie chez le sâdhak, il est impossible d'orienter cette partie de son être vers la vraie conscience et l'action vraie parce qu'à chaque instant, sa seule préoccupation est de se justifier. Son mental se précipite aussitôt pour défendre son idée, sa position ou sa ligne de conduite. Et cela, il est prêt à le faire par n'importe quel argument - parfois le plus maladroit et le plus sot, ou le plus contraire à ce qu'il proclamait la minute d'avant -, par n'importe quelle déclaration mensongère, n'importe quel stratagème. Cet abus est fréquent dans le mental pensant, mais ce n'en est pas moins un abus; chez le sâdhak, il prend des proportions exagérées et tant que celui-ci y reste attaché, il lui est impossible de voir ou de vivre la Vérité.


Quelles que soient les difficultés de la nature, si long et pénible que soit le processus de rectification, elles ne peuvent pas indéfiniment tenir tête à la Vérité si, dans ces parties de l'être, l'esprit, l'attitude et l'effort vrais sont présents ou peuvent être amenés. Mais si, par amour-propre, entêtement ou inertie tamasique, le sâdhak continue à fermer les yeux ou à endurcir son cœur à la Lumière, tant qu'il en sera ainsi, nul ne pourra l'aider. Le consentement de l'être tout entier est indispensable à la transformation divine, et c'est la totalité de ce consentement, sa perfection, qui constitue la soumission intégrale. Mais il ne suffit pas que le consentement du vital inférieur prenne la forme d'une simple profession de foi mentale ou d'une adhésion sentimentale passagère; il faut qu'il se traduise par une attitude permanente et une action persévérante et cohérente.

Notre yoga ne peut être fait jusqu'au bout que par ceux qui sont prêts à s'y engager totalement et à abolir leur petit ego humain et ses exigences afin de se découvrir eux-mêmes en le Divin. Il ne peut pas être fait dans un esprit de légèreté ou de laxisme; l'entreprise est trop haute et trop difficile, les pouvoirs adverses dans la Nature inférieure trop prêts à profiter du moindre assentiment ou de la plus petite ouverture; l'aspiration et la tapasyâ sont trop constamment et trop intensément nécessaires. Il ne peut pas être fait si les idées du mental humain s'affirment avec humeur ou si on se laisse délibérément mener par les exigences, les instincts et les prétentions de la partie la plus basse de l'être que l'on justifie en général sous l'étiquette de nature humaine. Il ne peut pas être fait si l'on persiste à identifier les bassesses de l'Ignorance à la Vérité divine ou même à la vérité moindre permise sur le chemin. Il ne peut pas être fait si l'on se cramponne à son moi passé et à ses vieilles formations, ses vieilles habitudes mentales, vitales et physiques. Il faut constamment laisser derrière soi ses moi passés pour voir, agir et vivre à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Il ne peut pas être fait si vous réclamez la "liberté" pour votre mental humain et votre ego vital. Toutes les parties de l'être humain ont le droit de s'exprimer et de se satisfaire comme elles l'entendent, à leurs risques et périls, si tel est le choix de l'homme tant qu'il mène la vie ordinaire. Mais prendre le chemin du yoga, dont le seul objet est de substituer à ces choses humaines la loi et le pouvoir d'une Vérité plus grande, et dont la méthode est essentiellement une soumission à la Shakti divine, et continuer en même temps à revendiquer cette prétendue liberté, qui n'est rien d'autre qu'un esclavage à certaines forces cosmiques ignorantes, c'est se complaire dans une aveugle contradiction et revendiquer le droit de mener une double vie.", 

Lettres sur le yogaVolume 3. Section 4, 3. La transformation du vital, p257-260

 




samedi 17 janvier 2026

Lutte contre le mal et Amour selon Mère



Agenda 


10 janvier 1961


Comment coopérer à la guérison du mal et de la laideur que l’on voit partout ?... Aimer ? Quel est le pouvoir de l’amour ? Et comment un phénomène de conscience individuel peut-il agir sur le reste des hommes ?


Comment coopérer à la guérison du mal et de la laideur ?... On peut dire qu’il y a une sorte d’échelle hiérarchique de collaboration ou d’action ; une coopération négative et une coopération positive.

Pour commencer, il y a un moyen que l’on pourrait appeler négatif ; c’est celui que donnent les religions bouddhiques et similaires : ne pas voir. D’abord être dans un état de pureté et de beauté suffisant pour ne pas avoir la perception de la laideur et du mal – c’est comme quelque chose qui ne vous touche pas parce que cela n’existe pas en vous.

Ça, c’est la perfection de la méthode négative.

Elle est très élémentaire : ne jamais remarquer le mal, ne jamais parler du mal qui est chez les autres, ne pas perpétuer les vibrations par l’observation, la critique, l’insistance sur le fait mauvais. C’est ce que le Bouddha enseignait : chaque fois que vous mentionnez un mal, vous l’aidez à se répandre.

C’est en bordure du problème.

Pourtant, ce devrait être une règle très générale, mais ceux qui critiquent ont réponse à cela ; ils disent : «Si vous ne voyez pas le mal, vous ne pourrez jamais le guérir. Si vous laissez quelqu’un dans sa laideur, il n’en sortira jamais.» (Ce n’est pas exact, mais c’est comme cela qu’ils légitiment leur action.) Alors, dans cet aphorisme, Sri Aurobindo répond d’avance à ces objections : ce n’est pas par ignorance pure, par inconscience ou par indifférence que vous ne voyez pas le mal – vous êtes capable de le voir et même de le sentir” mais vous refusez de collaborer à son expansion en lui donnant la force de votre remarque et l’appui de votre conscience. Et pour cela, il faut que vous soyez, vous-même, au-dessus de cette perception et de cette sensation ; il faut que vous puissiez voir le mal ou la laideur sans en souffrir, sans être choqué, sans être gêné. Vous le voyez d’une hauteur où ces choses n’existent pas, mais vous en avez la perception consciente – vous n’en êtes pas affecté, vous êtes libre. Ceci est un premier pas.


Un deuxième pas, c’est d’être conscient positivement de la Bonté et de la Beauté suprêmes qui sont derrière toutes choses et qui supportent toutes choses, leur permettent d’exister. Quand vous Le voyez, vous êtes capable de Le percevoir derrière ce masque et cette déformation – même cette laideur, même cette méchanceté, même ce mal est un déguisement de Quelque chose qui est essentiellement beau ou bon, lumineux, pur.


Et alors vient la vraie collaboration, parce que, quand vous avez cette vision, cette perception, que vous vivez dans cette conscience, cela vous donne aussi le pouvoir de tirer Ça dans la manifestation, sur la terre, et de Le mettre en contact avec ce qui, pour le moment, déforme et déguise, de telle sorte que, petit à petit, cette déformation et ce déguisement sont transformés par l’influence de la Vérité qui est derrière.

Ici, nous sommes tout en haut de l’échelle de la collaboration.

De cette façon, il n’est pas nécessaire de faire intervenir le principe d’amour dans l’explication. Mais si l’on veut connaître ou comprendre la nature de la Force ou de la Puissance qui permet et qui accomplit cette transformation (et surtout quand il s’agit du Mal, mais aussi de la laideur dans une certaine mesure), on voit que c’est évidemment l’Amour qui, de tous les pouvoirs, est le plus puissant, le plus intégral – intégral, en ce sens qu’il s’applique à tous les cas. Il est plus puissant même que le pouvoir de purification qui dissout les mauvaises volontés et est le maître en quelque sorte des forces adverses, mais qui n’a pas le pouvoir direct de transformation, parce que le pouvoir de purification dissout d’abord pour reformer après, il détruit une forme pour pouvoir en faire une meilleure, tandis que l’Amour n’a pas besoin de dissoudre pour transformer : il a le pouvoir direct de transformation. L’Amour est comme une flamme qui change ce qui est dur en une chose malléable et qui sublime même cette chose malléable en une sorte de vapeur purifiée – ça ne détruit pas : ça transforme.

Dans son essence, dans son origine, l’Amour est comme une flamme blanche qui a raison de toutes les résistances. On peut soi-même en faire l’expérience : quelle que soit la difficulté dans son être, quelle que soit l’alourdissement des erreurs accumulées, les ignorances, les incapacités, les mauvaises volontés, une seule seconde de cet Amour – pur, essentiel, suprême – dissout comme dans une flamme toute-puissante. Un seul moment, et tout un passé peut disparaître ; un seul instant où on touche Ça dans son essence, et tout un fardeau est épuisé.




mardi 2 décembre 2025

Qui sont pour nous Sri Aurobindo et Mère ?

Photomontage d'Amita Guha Roy 


 Notre chemin du yoga intégral est une aventure dont le territoire a été défriché par Sri Aurobindo et Mère. 

A quelle aventure nous convient-ils ?

A celle du Devenir évolutif, à celle de l'incarnation charnelle et matérielle de la Joie et de la Paix, de la Vérité et de l'Amour. 

La vie est un immense fleuve avec une multitude de courants si bien qu'on n'en voit pas bien le sens. Bien sûr, les sciences nous permettent de savoir qu'il y a une évolution du vivant et de l'univers. Elles nous apprennent que le scandale évolutif n'est pas d'abord que nous ayons des ancêtres communs avec toutes les autres formes de vie ; le scandale de l'évolution est que nous ne sommes ni son aboutissement ultime ni surtout pas le sommet de l'évolution. Notre conscience mentale n'est certainement pas le sommet de l'évolution de la conscience : ces derniers temps, sur cette terre, notre arrogance mentale ne nous mène qu'à plus de confusions. Nous invitant à plus de modestie mentale, Sri Aurobindo nous permet de saisir un horizon ensoleillé par delà la crise évolutive que notre terre traverse. Il nous invite à découvrir intérieurement que le Devenir a un flux principal, la Mère divine. Le chemin est de relier tous les courants en nous à ce flux, la force conscience de Mère. Grâce à Sri Aurobindo, avançant sur le chemin, nous découvrons concrètement en quel sens douce Mère, celle à qui il confia son ashram est une incarnation de la Mère divine, l'intelligence du Devenir de l'univers.

Le Devenir évolutif est l'incarnation matérielle de la Joie Divine dans son intensité illimitée. Derrière toutes les dérives du courant principal du Devenir, il y a un mensonge qui travestit la Joie Divine en souffrances, en douleurs. Oui, il s'agit de discerner qui nous alimentons, la perpétuation du mensonge ou le Divin en nous ?



Douce Mère, elle, nous permet de mieux comprendre qui est Sri Aurobindo et quelle est son action. 

Du point de vue du chemin évolutif, elle nous indique deux pouvoirs spirituels nécessaires pour servir la manifestation de la conscience de Vérité et mettre fin aux travestissements du mensonge. Il y a, bien sûr, d'une part, le pouvoir d'action que génère l'offrande progressive de soi à la Mère Divine, car ne rêvons pas ! une telle offrande ne peut être que progressive. Ensuite, d'autre part, il y a la nécessaire acquisition d'une égalité intérieure à toute épreuve. Un tel pouvoir ne peut pas être obtenu par notre effort seul. C'est la Paix du Seigneur à laquelle il faut nous ouvrir et qu'il s'agit de laisser imprégner notre individualité. 

Notre Mère divine, le Devenir est inséparable du Seigneur, l'Être. Douce Mère commence par nous amener aux pieds du Seigneur. Elle nous invite au milieu du chaos apparent du Devenir à trouver la Paix du Seigneur, à nous laisser transformer par Son regard éternel qui, seul, en révèle l'Harmonie. Et relisant Sri Aurobindo, avec Mère, nous comprenons de plus en plus qu'il incarne lui-même le Seigneur, ce regard harmonieux de l'Éternel sur Lui-même, qui lumineusement surgit des ténèbres lumineuses de la Paix en laquelle il s'enveloppe.  

Nous observons d'ailleurs les premiers fruits de cette action transformatrice. Tout autour de nous, nous voyons, en effet, la soif spirituelle de paix grandir. Retour à la nature, méditation, relaxation, aspiration au silence, etc. sont entrés dans nos vies sociales à pas feutrés. 

Mais cette Paix encore engoncée dans ses ténèbres lumineuses ne donne pas bien sens au Devenir. Eclairés par Mère, Sri Aurobindo se révèle, pour nous, cette présence vivante du Seigneur, cette émanation du Suprême, qui nous initie à Son regard innombrable au-delà de la conscience mentale. Sri Aurobindo, émanant du Suprême, nous fait entrer dans l'Harmonie consciente du Devenir.

Pour nous, Sri Aurobindo et Mère ne sont pas simplement des enseignants spirituels, ce sont des forces, des actions du Seigneur suprême et de la Mère divine, à l'origine de toutes choses. Leur grâce et leur Amour nous précipitent dans une transformation évolutive amenant Paix et Joie, Vérité et Harmonie sur la terre.

En vivant ensemble, nous voulons participer à incarner cette Harmonie nouvelle à laquelle Mère et Sri Aurobindo travaillent. 


Œuvre de Niranjan et Amita Guha Roy 




vendredi 17 octobre 2025

La fraternité en Mère selon Sri Aurobindo - De la mère patrie à notre Mère divine universelle


Les êtres nouveaux - tableau de Niranjan Guha Roy 


L'attitude fraternelle est un état d'âme extérieur : si nous vivons avec une attitude fraternelle, si nous possédons les mêmes propriétés, le même bien, le même effort commun, c'est cela la fraternité. L'état d'âme peut se manifester à l'extérieur grâce à l'attitude intérieure. Dans l'amour fraternel, la fraternité se sent vivifiée et vraie. Il faut que cet amour fraternel aussi se manifeste. Nous sommes enfants de la même mère, compatriotes, une telle attitude permet déjà un certain amour fraternel, mais ce lien peut permettre l'unité politique, non l'unité sociale. Il nous faut pénétrer plus profondément : tout comme en dépassant notre amour pour notre propre mère, nous arrivons à adorer la mère qui est notre pays, de même il nous faut transcender la conception de la patrie comme mère pour arriver à la conception de la Mère universelle. Toujours il faut dépasser la puissance limitée pour parvenir à la puissance totale. Mais comme en adorant la Mère Inde, nous n'oublions pas notre mère physique, de même notre adoration de la Mère Universelle qui dépasse la mère Inde ne nous la fera pas négliger. Car elle est Kâlî, elle aussi est Mère.


Sri Aurobindo, Le cycle humain.


Mère en méditation - un tableau de Niranjan Guha Roy 

Pour lire ce passage dans son contexte :




vendredi 22 août 2025

Les 3 étapes de la sadhana selon Sri Aurobindo

Œuvre de Priti Ghosh



 Le Yoga Intégral de Sri Aurobindo et Mère consiste grosso modo en : 


1 - une psychisation, 

2 - une spiritualisation, 

3 - une supramentalisation. 


L'émergence de l'être psychique de notre âme est donc la base de ce yoga de Sri Aurobindo et Mère. Sans la lumière psychique, des lumières du Soi, des anges-idées, la spontanéité soi-disant sont faussées. Les avancées de la force supramentale sur terre ne changent pas fondamentalement ceci. 

La psychisation se caractérise par un pouvoir de sincérité, par une discrimination nette entre ce qui relève du désir et de l'aspiration divine. La psychisation ne relève pas d'un volontarisme égoïque, de croyances, de fantasmes spirituels, etc. 

Ce que l'action supramentale, de plus en plus présente sur terre, change, selon des shadaks comme Niranjan Guha Roy, est que la moindre parcelle d'influence de l'âme en nous peut être décuplée par le jeu des circonstances plus que jamais en faveur de la psychisation. 

L'action de Mère pour ses âmes enfants en nous encore enfermées dans leurs œufs égoïques est telle que le moindre sentiment d'étouffement dans le vieil homme reçoit sa réponse. Que nous soyons conscient ou non de notre âme vraie en amont de notre âme de désir ne change rien : dans 10000 vies peut-être, ce sera l'heure de ce yoga mené consciemment. Car "toute la vie est un yoga" qu'on le sache ou non. 

Un autre yoga que celui de Sri Aurobindo et Mère pour cette vie peut dès lors suffire et poser des jalons en vue de l'éclosion psychique qui adviendra dans d'autres vies. 

S'il y a des signes d'émergence psychique et que  nous en tirons une quelconque supériorité, il y a encore de l'ego, de l'ego spirituel en l'occurrence. Quand la coque égoïque commence sérieusement à se briser, comment pourrions-nous en en vouloir à qui que que ce soit d'être là où il en est ? Comment pourrions-nous croire que Mère est plus en nous qu'en cet individu mal psychisé ? Comment pourrions-nous juger inférieur quelqu'un dont le substrat le plus profond, le plus individuel de son individualité est le substrat de la présence de Mère ? 

Pour me situer personnellement, il y a eu éclosion, mais l'ego n'est pas aboli. Le poussin a sorti son bec de la coque de l'œuf mais il n'est pas encore pleinement libéré de l'œuf. 

Il se peut aussi que nous nous intéressions superficiellement à ce yoga de Sri Aurobindo et Mère, car l'heure de notre âme vraie n'a pas encore sonné pour cette vie. 

Si ce discours semble un gloubi-boulga, pas de panique, cherchons sur un chemin plus clair pour nous, là où nous en sommes.  

Ecoutons Sri Aurobindo dans ses Lettres sur le Yoga, Volume 3. Section 4, 1. La triple transformation: psychique, spirituelle et supramentale :   

"Vous devriez tous comprendre que le supramental vrai et direct ne peut pas venir au début de la sâdhanâ, mais n'apparaît que beaucoup plus tard. Premièrement, il faut ouvrir et illuminer l'être mental, l'être vital et l'être physique ; deuxièmement, ouvrir le mental à l'intuition par la volonté, etc., et développer la conscience de l'âme cachée pour qu'elle remplace progressivement la conscience de surface ; troisièmement, supramentaliser l'être mental, l'être vital et l'être physique transformés, et enfin faire descendre le vrai supramental et s'élever au plan supramental.

Tel est l'ordre naturel du yoga. Ces étapes peuvent se chevaucher et s'entremêler, il peut y avoir des variantes, mais les deux dernières ne peuvent apparaître qu'à un stade avancé du progrès. Le Divin supramental guide évidemment notre yoga tout au long, mais il le fait tout d'abord à travers de nombreux plans intermédiaires ; et l'on ne peut guère affirmer que ce qui vient dans les premières périodes est directement ou pleinement supramental. Croire qu'il en est ainsi lorsque ce n'est pas le cas peut fort bien faire obstacle au progrès."


Œuvre de Priti Ghosh

 

vendredi 23 mai 2025

Motherland, un lieu dédié à Mère et Sri Aurobindo

Voici quelques photos de Motherland, le petit sanctuaire édifié Niranjan et Amita Guha Roy, sanctuaire dédié à Mère et Sri Aurobindo. 

Niranjan a quitté son corps en 2005, Amita a 85 ans. Ce temple est à Baden en Bretagne. Ce sont deux disciples de l'ashram : Niranjan y a été admis en 1945, Amita dans les années 1960.




Mon amitié spirituelle avec Amita a commencé en 2012. Ce lieu Motherland est pour moi une grâce de Mère.














 

Mère, c'est pour moi le grand fleuve de la vie. Nous sommes embarqué que nous le voulions ou non. La sadhana, c'est juste que Cela nous plonge dans le flux principal de ce grand fleuve. Et bien sûr nous sommes souvent déporté vers des flux secondaires et certains nous mettent sur le bord, nous enferment dans des marécages intérieurs. Mais la grâce du fleuve de la vie est qu'il enfle parfois, ses eaux vives recouvrent nos marécages et nous en sortent. Car toujours le flux premier de ce fleuve de la vie, Mahashakti, commande le Devenir.

Mère fait tout. Peu à peu, l'individuation de Mère en nous, notre âme et sa psychisation, nous amène à percevoir de mieux en mieux ce grand fleuve de la vie comme Mère, elle-même. 

Que ce soit Mère qui fasse tout, ce sont alors des faits évidents qui nous le montrent.


Fraternellement


Serge

jeudi 8 mai 2025

Pourquoi toute civilisation humaine des pulsions échouera désormais ?

 

Bramachari - Œuvre de Niranjan Guha Roy


 Une certaine spiritualité prétend qu'être libre du désir, ce n'est pas forcément être sans désir. 


En fait, pour mon cas, la lecture de la Vie divine de Sri Aurobindo éclairée par le commentaire de Kireet Joshi, m'a révélé qu'il y avait deux racines à nos désirs égoïques : d'une part, l'aspiration au beau, vrai, bien, l'aspiration au plus parfait et, d'autre part, les pulsions de libido, d'appropriation et de reconnaissance. 

Ce discernement est une grâce. 


Notre civilisation humaine des pulsions, nos cultures humaines des pulsions avec la morale, les mœurs ne nous permettent pas d'être conscient de ce qui nous détermine à travers elles.


 Pour ceux qui sont destinés à ce chemin défriché par Sri Aurobindo et Mère,  consciemment en cette vie, l'aspiration s'avèrera le fait d'un feu psychique 🔥 en croissance, qui seul a le pouvoir de transformer nos fonctionnements pulsionnels. Ce feu sans fumée dont parle la Katha Upanishad, Lui seul, éclaire ce qui enferme dans nos fonctionnements pulsionnels même civilisés. Et ce qu'il voit d'enfer-me-ment, par expérience, peut alors être transformé par La Mère, la dynamique évolutive première. La Mère est sa Mère, elle est le tissu substantiel de cet être, source de notre aspiration au meilleur, au parfait. Le défaut peut commencer à être perçu avec son sourire. Et c'est Elle seule, notre Mère divine, qui le prendra à bras le corps.


On peut avoir une certaine idée mentale d'un défaut et d'une perfection possible, mais cette idée est vague, fantomatique. Même si elle nous hante, elle ne sera pas un levier de transformation. Un être fantomatique ne peut pas bouger grand chose.

La réalité profonde de l'être de l'aspiration, notre âme véritable, engendrée par Mère, n'est pas liée par notre individualisation pulsionnelle. Elle n'a pas de libido, elle est insexuée. Alors quand elle vient suffisamment en avant, par la croissance de son aspiration en nous et à travers nous, l'ensorcellement d'un échange amoureux sexuel et toutes les compensations fruit des frustrations de cet échange perd du sens. Un ego ne peut pas se réaliser insexué. 


La famille humaine reste le fruit de ces échanges. Elle me fait dire ma femme, mon mari, mon ex-femme, mon ex-mari, le co-parent de nos enfants. Elle me fait dire mon père, ma mère, mon frère, ma sœur. Mais sur un autre plan, il n'y a que des enfants de Mère, des êtres engendrés par elle derrière tous nos masques humains. Nos masques familiaux s'avèrent bien collant et il est difficile de s'aimer par-delà.  

On peut étendre cela aux relations davantage liées à l'appropriation : mes collègues de travail, mes collaborateurs, mes co-investisseurs, etc. Sur le plan de relations davantage liées à la reconnaissance, il y a aussi mes concitoyens, mes coreligionnaires, etc. Nos sociétés permettent d'arracher ces masques-là peut-être plus facilement.

Alors vraiment la civilisation humaine des pulsions, nos cultures des pulsions  encore tant animales, avec l'émergence du discernement du sens de l'aspiration authentique, commence à devenir inconsistante.


Si la force de conscience transformatrice et évolutive est ainsi en action, on comprend qu'en surface, au niveau du vécu mental des désirs, tout s'affole. Les genres, les orientations sexuelles, les valeurs familiales, les entreprises, les administrations, les politiques, etc. tout cela va en tout sens. La vielle civilisation des pulsions ne plus parvenir à trouver d'équilibre. 

Et heureusement, car c'est le temps de l'aspiration, c'est le temps des âmes vraies, le temps des enfants de Douce Mère, c'est le temps du surhomme. 


Seuls des pionniers du dépassement du vieil homme aideront à faire co-évoluer l'humanité vers un équilibre. L'humain doit se défaire de l'arrogance de se croire capable de civiliser des pulsions en promouvant telle ou telle culture mentale. La civilisation humaine s'illusionne encore capable de contrôler les forces et énergies vitales, alors que désormais elle ne trouvera un équilibre qu'en laissant opérer sur elle le rayonnement coévoluteur des pionniers surhumains. 


Fraternellement,


Serge


âme de beauté - Œuvre de Niranjan Guha Roy


PS : il est vrai que les forces vitales liées à la sexualité sèment beaucoup de méfaits. 

Parmi les 3 serpents enlacés qui barrent au niveau du subconscient la descente dans l'inconscient du corps, celui lié à la sexualité paraît difficile, sinon impossible, à domestiquer du point de vue de l'ego.

Nos échanges à buts sexuels ou mettant en jeu un contrôle sur autrui par son échange énergétique attirent nombre d'insincérités. Au sein des couples humains, il y a toujours des attentes vis-à-vis de l'autre et beaucoup des gestes faits pour l'autre ont une arrière-pensée en lien avec ces attentes sexuelles. Certaines personnes vont jouer avec ces attentes, pour mieux tirer des avantages de l'autre. L'ombre du mensonge est alors fortement prégnante. Pire encore, on peut enrober illusoirement la pulsion sexuelle, qui sert la perpétuation de l'espèce, d'autres fonctions : partant de nos attentes, on suggère à l'autre qu'il trouvera là satisfaction à d'autres attentes qu'il a fortement. Cela va ainsi de la prostitution en vue d'appropriations à la promesse d'un éveil spirituel par une relation sexuelle ! 

Dans l'expérience de la vacuité du Soi, l'expérience de la relation sexuelle peut certes être le passage naturel d'un plaisir en mouvement de l'ego à un plaisir d'Être le Soi. Mais ce plaisir en repos, cette paix du Soi est alors coupée en grande part d'une conscience du Devenir Divin.
Toutefois, dans les milieux spirituels où on a prétendu en être pur en promouvant un célibat consacré au seul service du Divin, les déconvenues n'en restent pas moins fort nombreuses. 
L'ego spirituel ne peut pas échapper aux déterminations sexuelles. Celles-ci l'entraînent dans l'insincérité, le mensonge, voire la violence. La chute spirituelle arrive par ce biais peut-être davantage que dans les manœuvres d'appropriation ou de recherche de reconnaissance. 
N'oublions pas qu'au niveau le moins mensonger de la sexualité, il y a un lien entre notre soumission aux pulsions et désirs sexuels et le fait que l'animalité de notre humanité en nous réclame sa reproduction, sa perpétuation. 

Dans l'expérience du Soi avec une âme, il devient de plus en plus clair que la sexualité est le moteur de l'évolution biologique inconsciente des espèces à travers les individus, et à travers leurs égos quand ils sont humains. Si vraiment le Soi avec une âme vient en avant pour mener une évolution consciente de la conscience, cet ancien moteur évolutif ne devrait-il pas perdre de son intérêt ? Ce n'est pas un renoncement de la part d'une âme d'enfant Divin, c'est d'abord son insexuation en Devenir qui détache son véhicule des pulsions sexuelles et peut recycler tout le processus biologique afférent, réinvestissant le Retas (les fluides organiques utiles à la sexualité) en Ojas (une pure énergie spirituelle). 
L'ego spirituellement a peut-être ressenti l'appel au renoncement, ou, sous une influence cachée de l'âme d'enfant Divin, en lui, s'est découvert asexuel relationnellement même si des pulsions sexuelles demeurent. L'ego a cru s'être intéressé de son propre chef à des techniques de sublimation des énergies sexuelles pour parfaire son énergie d'action, mais s'il y est parvenu au moins partiellement, il doit bien admettre que le passage d'une partie du Retas en Ojas reste pour lui mystérieuse. 
Ses sublimations sexuelles ne sont pas cette transformation biologique de Retas en Ojas.
Il y a certes des techniques psychospirituelles pour favoriser par exemple chez les hommes l'expansion des cycles d'éjaculations qu'on trouve dans les pratiques chinoises taoïstes ou dans certains hatha yoga tantrique. 
Mais si on pose un regard sincère sur ces sublimations partielles, elles n'empêchent pas de rester enchainé au joug de l'espèce sous la forme des pulsions sexuelles.

Dans mon cas, c'est l'émergence du Soi avec une âme au fil de la descente dans le cœur qui a créé les circonstances de l'asexualité de l'ego et qui a mis en route un processus de transformation du centre sexuel, entre autres choses. Tant que demeure des capacités d'accroche de la pulsion sur le centre sexuel, demeure un pan de l'ego individualisé par ces pulsions. Même si nous sommes devenus asexuels dans nos aspirations relationnelles, il n'en reste pas moins qu'il y a ces forces ressenties comme des déterminations qui peuvent s'accrocher et pénétrer en nous. 
Les pulsions sexuelles paraissent alors une détermination de la nature dont on ressent l'enchaînement. Cela entraîne des processus psychocorporels indépendamment de la conscience encore insuffisamment élargie pour s'en libérer. Rien d'affligeant à cela, la psychisation, c'est-à-dire le passage du gouvernement des subpersonnalités égoïques au gouvernement du Soi avec une âme demande du temps. Se voit une capacité émergente de ne pas suivre la pulsion sexuelle y compris dans le sommeil et donc dans le subconscient même à l'état de veille. Cette capacité ne ressort pas de l'ego, mais de la croissance psychique de l'âme d'enfant Divin en nous. Elle n'est pas immédiatement pleinement triomphante, puique des pulsions sexuelles sont vues s'emparant encore du centre subtil du vital inférieur, souvent désigné inadéquatement comme le centre ou chakra sexuel. 
Mais si la psychisation et la spiritualisation se voient à l'œuvre, la confiance en ce processus de libération du centre vital inférieur peut croître.
La perfection, le Devenir surhumain, n'est pas l'œuvre de l'ego et certainement pas de notre ego spirituel !

Par ailleurs, il ne faut pas non plus exagérer l'importance de ce seul serpent de la sexualité qui barre l'accès à la conquête de l'Inconscient en-dessous le subconscient humain et animal. Il faut bien voir comment il s'entrelace avec les deux autres pour nous garder dans les limites de l'humain. 
Nos pulsions d'appropriation et de reconnaissance doivent aussi être purifiées par le Devenir Divin, car tout ce jeu de pulsions nous liant à l'humain repose sur d'étroits et d'intimes liens entre elles. Ce jeu de la nature pour nous garder dans ce qui fait l'enfermement au sein des limites de l'humain comprend une solidarité entre ces 3 dimensions du pulsionnel.



Je me rappelle avoir demander à mon grand-oncle Tonton Léon, si il avait ressenti le manque sexuel alors qu'il était prisonnier de guerre en Allemagne durant la seconde guerre mondiale. Sa réponse était très claire, le manque de nourriture avait relégué ce désir à l'arrière-plan des préoccupations de tous les prisonniers qu'il connaissait, y compris lui-même. J'ai par moi-même constaté qu'un jeûne prolongé de nourriture et surtout d'eau comme l'évoquent les moines du désert écarte pour ce temps-là le désir sexuel. Evagre le Pontique évoque, il me semble, ce jeûne de l'eau.
Sri Aurobindo rappelle lui-même ce passage de la Bible où Esaü renonce à son droit d'ainé au profit de son frère cadet Jacob pour un plat de lentilles. Pour ce plat de lentilles, Esaü renonce en fait au-delà de son droit d'aîné à sa dignité d'enfant divin !
Le serpent de l'appropriation qui agit d'abord dans notre rapport à la nourriture est aussi comme la sexualité un ancrage de la nécessité de la perpétuation d'un corps au profit de l'espèce. Il n'est donc pas à négliger dans le réseau des 3 serpents ancrés en nous au service de la perpétuation de l'espèce biologique humaine.

Lisons Sri Aurobindo, dans un extrait d'une de ses Lettres sur le yoga :

Le sexe (sur le plan occulte) se tient à peu près à égalité avec l'ambition, etc., du point de vue du danger pour la sâdhanâ, seulement son action est en général moins évidente ; par exemple, les Pouvoirs hostiles ne le présentent pas aussi ouvertement comme un objectif à poursuivre dans la vie spirituelle.

L'ambition de l'ego spirituel concerne l'ancrage spécifique au serpent de la reconnaissance comme appétit de pouvoir social qui barre la progression. L'ambition résulte d'abord, semble-t-il, de l'action des pulsions de reconnaissance. Mais ces serpents solidaires ont des fils discrets pour nous tenir ensemble dans leur filet. 
Sri Aurobindo note ici que l'ambition se présentant à l'ego spirituel comme nécessité de sa propre purification reste assez facilement repérable. Par contre, parce qu'un ego spirituel vit le célibat consacré, sa vigilance risque de négliger les processus sexuels qui demeurent à la frontière du subconscient. L'ego spirituel se débat entre désir d'humilité et ambition et il laisse des déterminations sexuelles hors de la vigilance se croyant faussement libre sur ce plan. Or ces pulsions sexuelles quasi-subconscientes soutiennent et perpétuent l'ego spirituel et ses ambitions qui font obstacle à la psychisation et spiritualisation de notre individualité. Car une énergie sexuelle subconsciente produite par ces forces pulsionnelles imposées par la nature se sublime au service des pulsions d'appropriation ou de reconnaissance. Une énergie sexuelle sublimée n'est pas encore une libération de la nature qui détermine notre dimension animale par des forces sexuelles imposées de l'extérieur. 
Là encore, ne confondons pas sublimation vitale de l'impact énergétique d'une pulsion sexuelle et la transformation physique parfaite de retas en ojas, qui présuppose qu'absolument aucune pulsion sexuelle n'ait prise sur nous à travers notre vital.

L'entremêlement des 3 dimensions pulsionnelles, pour perpétuer le vieil homme, se joue aussi ailleurs.

Avec nos enfants, où la relation est plus liée centralement à des pulsions de reconnaissance, nous sommes souvent devenus capable d'aimer avec moins d'attentes en retour. Cela peut donner l'idée que nous sommes facilement capable de purifier ce type de pulsions dans cette relation. Mais ces serpents du subconscient restent retors. Nos enfants restent les fruits de notre sexualité sublimée. On peut découvrir, dans certaines circonstances, qu'il y a des attachements depuis notre personnalité de surface à des éléments de la personnalité de surface de nos enfants. Leurs corps et leurs personnalités sont le produit de la perpétuation de notre individualité humaine. De tels attachements sont certes humains, mais ils barrent la route à la purification des pulsions de reconnaissance et en sous-mains à celles de l'appropriation et de la sexualité. 
Ces désirs d'attention échangée sur le seul plan humain nous coupent de l'unité de toutes choses, de la Présence de l'Un en tout, de l'UN-Multiple surabondance de Joie d'Amour sans désir. 
L'attachement à nos enfants s'avèrent l'attachement au vieil homme, à la vieille humanité. L'attachement entre des aspects de nos personnalités de surface,  les nôtres et les leurs, fait barrage à la poussée de l'arbre Divin qui est la seule communion vraie des âmes d'enfant divin en croissance.





jeudi 17 avril 2025

OU TROUVER LA PAIX ET L'HARMONIE SELON NIRANJAN GUHA ROY

Paix - Œuvre de Niranjan Guha Roy

 


Où trouver la paix et l'harmonie ?


Nous vivons dans une civilisation matérialiste pénible, douloureuse et dangereuse, où le sens de sécurité, de prospérité et de bien-être est précaire et illusoire.


Mais, où trouver la paix, l’harmonie, la bonté, la stabilité dans cet océan noir et déchaîné ?


La Mère et Sri Aurobindo sont venus sur terre pour délivrer l’humanité de cette monstrueuse emprise des seigneurs du mensonge et d’obscurité. Il n’est pas nécessaire d’être clairvoyant pour percevoir cette situation calamiteuse. La Mère et Sri Aurobindo nous rappellent un chemin lumineux, presque oublié dans le passé, mais connu de nos ancêtres très éloignés. 

Leur message est à peu près ceci :


La race humaine est un marchepied de la nature universelle pour aller plus haut vers la félicité divine, la vraie harmonie, la paix et la félicité stable, sans mélange. Ce chemin lumineux est à la portée de chaque aspirant qui suffoque dans ce monde sans lumière et lance un appel, un au secours, à Celui qui dirige ce monde en agonie vers un foyer lumineux, la félicité immortelle. L’Eternel n’est pas loin. Il s’est enfermé dans le cœur mystique, dans un bouton de lotus céleste. Si nous pouvons plonger « au dedans. », dans les profondeurs presque sans fond, on découvre ce foyer, le vrai Eldorado tant rêvé par les hommes. Mais, il faut creuser, creuser, creuser jour et nuit pendant des années, inlassablement, sans se désespérer pour y arriver. Ce passage est ténébreux et difficile. Il est presque humainement impossible d’arriver au foyer, mais, il ne faut pas se décourager nous ne sommes pas seuls. Quand nous creusons à un mètre de profondeur, la Mère Divine éternelle, assise dans le lotus, monte dix mètres vers nous. De loin, Elle nous fournit l’énergie, la joie, l’espoir croissant et finalement la certitude de la délivrance.


Nous sentirons que Quelqu’un d’autre est en nous : le conducteur ou la conductrice de notre chariot qui nous mène vers le but : son foyer merveilleux. Alors, commence un voyage joyeux, d’abord dans un état de collaboration étroite avec la Mère Divine, puis dans un état de soumission croissante à Sa volonté sage et suprêmement bienveillante et protectrice, enfin vient le triomphe : l’abandon total, confiant, joyeux, absolu à la présence dominante de la Mère Divine. Désormais, c’est Elle qui nous porte vers Sa demeure de lumière condensée, de joie immortelle, intarissable. Quel miracle ! Ce monde hideux, affreux, terriblement monstrueux qui nous suffoquait, nous étranglait a disparu dans un éblouissement de joie à peine soutenable. Toutes les formes, tous les êtres nous appellent de tous côtés.


« Regarde Moi, Je suis là, partout, partout. Il n’y a que Moi, infiniment dans ce monde et ailleurs. Il n’y a personne d’autre que Moi. Toi aussi, tu es Moi-même qui voyage toujours découvrant les trésors cachés inestimables du Divin, de l’Esprit éternel à travers le temps sans fin. »


Le Divin habite tous les êtres, un peu voilé ici, déformé là, complètement caché dans un autre, mais ce ne sont que des déguisements de théâtre. Le Seigneur est un aventurier intrépide, sans scrupule, sans honte, qui accepte tous les rôles et donne un spectacle insupportable à notre conscience, à notre chair, à nos faibles nerfs. Mais cette vision là n’est pas pour demain. C’est trop fort pour nous. Mais, par Sa Grâce, derrière les voiles les plus obscurs, nous trouverons la Mère, merveilleusement bonne, souriante qui nous fait oublier à jamais le passé. Alors tout devient rire et lumière.


****


Niranjan Guha Roy


Peace - Œuvre de Niranjan Guha Roy


samedi 22 mars 2025

LA SPIRITUALITE AU-DELA DE LA MORALE ET DE LA RELIGION SELON SRI AUROBINDO.

 LA SPIRITUALITE AU-DELA DE LA MORALE ET DE LA RELIGION SELON SRI AUROBINDO.

 

<< La vie spirituelle (adhyâtma-jîvana), la vie religieuse (dharma-jîvana) et la vie humaine ordinaire, dont fait partie la morale, sont trois choses très différentes ; il faut savoir laquelle on désire et ne pas confondre les trois. La vie ordinaire est celle de la conscience humaine moyenne séparée de son vrai Moi et du Divin et régie par les habitudes courantes du mental, de la vie et du corps qui sont les lois de l'ignorance. La vie religieuse est un mouvement de la même conscience humaine ignorante qui se détourne ou essaie de se détourner de la terre pour se diriger vers le Divin, mais sans avoir encore la connaissance, et qui est menée par les édits et les règles dogmatiques d'une secte ou d'une croyance qui prétend avoir trouvé la voie hors des liens de la conscience terrestre vers quelque Au-Delà béatifique. La vie religieuse peut être une première approche de la vie spirituelle, mais très souvent elle se borne à tourner sans aucune issue dans une ronde de rites, de cérémonies et de pratiques ou d'idées et de formes fixes. La vie spirituelle, au contraire, procède directement par un changement de conscience, un changement de la conscience ordinaire, ignorante et séparée de son vrai moi et de Dieu, en une conscience plus grande dans laquelle on trouve son vrai moi ; d'abord on vient en contact direct et vivant avec le Divin et ensuite on s'unit à lui. Pour le chercheur spirituel ce changement de conscience est la seule chose qu'il cherche et rien d'autre n'a d'importance. La morale est une partie de la vie ordinaire ; elle tente de gouverner la conduite extérieure par certaines règles mentales ou de former, par ces règles, le caractère à l'image d'un certain idéal mental. La vie spirituelle va au-delà du mental ; elle entre dans la conscience plus profonde de l'Esprit et agit mue par la vérité de l'Esprit. En ce qui concerne la vie éthique et la nécessité de réaliser Dieu, cela dépend de ce qu'on considère comme l'accomplissement des objectifs de la vie. Si une ouverture à la vie spirituelle en fait partie, alors la morale seule ne vous la donnera pas.>>,

Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga, Volume 1. Section 1, 3. Religion, morale, idéalisme et yoga.



mardi 4 mars 2025

LA FINALITE SANS FIN DE L'AVENTURE DE LA CONSCIENCE OU LE VISAGE ULTIME DE LA NON DUALITE SELON SRI AUROBINDO

 

Le voyage de l'âme - photomontage d'Amita et Niranjan Guha Roy


Aperçus et Pensées


4- La Fin


    La rencontre de l'homme et de Dieu suppose toujours une pénétration, une entrée du divin dans l'humain et une immersion de l'homme dans la Divinité.


    Mais cette immersion n'est pas une espèce d'annihilation. L'extinction n'est pas l'aboutissement de toute cette recherche et cette passion, cette souffrance et cette extase. Le jeu n'aurait jamais commencé si telle devait en être la fin.


    La joie est le secret. Apprends la joie pure et tu apprendras Dieu.


    Quel fut donc le commencement de toute l'histoire ? Une existence qui s'est multipliée pour la seule joie d'être et qui s'est plongée en d'innombrables milliards de formes afin de pouvoir se retrouver elle-même innombrablement.


    Et quel en est le milieu ? Une division qui tend vers une unité multiple, une ignorance qui peine vers le torrent d'une lumière variée, une douleur en travail pour arriver au contact d'une extase inimaginable. Car toutes ces choses sont des formes obscures et des vibrations perverties.


    Et quelle sera la fin de toute l'histoire ? Si le miel pouvait se goûter lui-même et goûter toutes ses gouttes à la fois, et si toutes ses gouttes pouvaient se goûter l'une l'autre, et chacune goûter le rayon tout entier comme elle-même, telle serait la fin pour Dieu, pour l'âme de l'homme et l'univers.


    L'Amour est la tonique, la Joie est la mélodie, le Pouvoir est l'accord, la Connaissance est l'exécutant, le Tout infini est à la fois le compositeur et l'auditoire. Nous connaissons seulement les discordances préliminaires, qui sont aussi terribles que l'harmonie sera grande ; mais nous arriverons sûrement à la fugue des divines béatitudes.


    Sri Aurobindo

    (1914 ou avant ?)


    Traduction de La Mère.

Festival of light - Œuvre de Niranjan Guha Roy