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mardi 4 novembre 2025

Joie Amour selon Sri Aurobindo et douce Mère



https://sri-aurobindo.co.in/workings/ma/playground_audio/57-01-23.htm?fbclid=IwdGRjcANqA2FjbGNrA2oCXWV4dG4DYWVtAjExAAEeJiSrMceqqoZApc2GhpRVTSiHanKb6uXttzsF88J1my5JqsTkPNVLrAKZkK0_aem_ZJokvxc3J4YwmpnVe7GmOg


 

Mère


Entretiens


Le 23 janvier 1957


La fin


« La rencontre de l’homme et de Dieu suppose toujours une pénétration, une entrée du Divin dans l’humain et une immersion de l’homme dans la Divinité.


Mais cette immersion n’est pas une espèce d’annihilation. L’extinction n’est pas l’aboutissement de toute cette recherche et cette passion, cette souffrance et cette extase. Le jeu n’aurait jamais commencé si telle devait en être la fin.


La joie est le secret. Apprends la joie pure et tu apprendras Dieu.


Quel fut donc le commencement de toute l’histoire? Une existence qui s’est multipliée pour la seule joie d’être et qui s’est plongée en d’innombrables milliards de formes afin de pouvoir se retrouver elle-même innombrablement.


Et quel en est le milieu? Une division qui tend vers une unité multiple, une ignorance qui peine vers le torrent d’une lumière variée, une douleur en travail pour arriver au contact d’une extase inimaginable. Car toutes ces choses sont des formes obscures et des vibrations perverties.


Et quelle sera la fin de toute l’histoire? Si le miel pouvait se goûter lui-même et goûter toutes ses gouttes à la fois, et si toutes ses gouttes pouvaient se goûter l’une l’autre, et chacune goûter le rayon tout entier comme elle-même, telle serait la fin pour Dieu, pour l’âme de l’homme et l’univers.


L’Amour est la tonique, la Joie est la mélodie, le Pouvoir est l’accord, la Connaissance est l’exécutant, le Tout infini est à la fois le compositeur et l’auditoire. Nous connaissons seulement les discordances préliminaires, qui sont aussi terribles que l’harmonie sera grande; mais nous arriverons sûrement à la fugue des divines béatitudes. », Aperçus et Pensées.


Comment apprendre la joie pure?


D’abord, pour commencer, il faut par une observation attentive, s’apercevoir que les désirs et la satisfaction des désirs ne donnent qu’un vague plaisir incertain, mélangé, fugitif et tout à fait insatisfaisant. Cela, c’est généralement le point de départ.


Alors, si l’on est un être raisonnable, il faut apprendre à discerner ce qui est désir et se refuser à faire quoi que ce soit pour satisfaire ses désirs. Il faut les repousser sans essayer de les satisfaire. Et alors le premier résultat, c’est justement l’une des premières constatations du Bouddha dans son enseignement: il y a une joie infiniment plus grande à maîtriser et supprimer un désir qu’à le satisfaire. Tout chercheur sincère et obstiné, au bout de quelque temps, plus ou moins longtemps, quelquefois très peu de temps, s’apercevra que c’est une vérité absolue, et que la joie qu’on éprouve à surmonter un désir est incomparablement supérieure au petit plaisir fugitif et mélangé que l’on peut trouver à la satisfaction de ses désirs. Cela, c’est le second pas.


Naturellement, avec cette discipline continue, au bout de très peu de temps les désirs seront à une distance et ne vous ennuieront plus. Alors vous serez libre d’entrer un peu plus profondément dans votre être et de vous ouvrir dans une aspiration vers... le Donneur de Joie, l’élément divin, la Grâce divine. Et si on le fait avec un don de soi sincère — quelque chose qui se donne, qui s’offre et qui n’attend rien en échange de son offrande —, on sentira cette espèce de chaleur, douce, confortable, intime, rayonnante, qui remplit le coeur et qui est l’avant-coureur de la Joie.


Après, le chemin est facile.


Douce Mère, quelle est la vraie joie d’être?


Celle-là même dont je parle!


Alors, Douce Mère, ici, quand Sri Aurobindo parle d’une existence qui «se multiplie pour la seule joie d’être», quelle est cette joie?


La joie d’exister.


Il y a un moment, quand on commence à être un peu prêt, où l’on peut sentir dans chaque chose, dans chaque objet, dans chaque mouvement, dans chaque vibration, dans toutes les choses qui vous entourent — pas seulement les gens et les consciences, mais les choses, les objets; pas seulement les arbres et les plantes et les choses vivantes, mais simplement un objet dont on se sert, les choses qui vous entourent — cette joie, cette joie d’être, d’être tel qu’on est, simplement d’être. Et on voit que tout cela, ça vibre comme cela. On touche une chose et on sent cette joie. Mais naturellement, je dis, il faut avoir suivi la discipline dont j’ai parlé au commencement; autrement, tant que l’on a un désir, une préférence, un attachement, ou des affinités et des répulsions et tout cela, on ne peut pas — on ne peut pas. Et tant que l’on trouve des plaisirs — le plaisir, n’est-ce pas, le plaisir vital ou physique à une chose — on ne peut pas sentir cette joie. Parce que cette joie est partout. Cette joie est quelque chose de très subtil. On bouge au milieu des choses et c’est comme si elles vous chantaient toutes leur joie. Il arrive un moment où c’est très familier dans la vie qui vous entoure. Naturellement, je dois reconnaître que c’est un petit peu difficile de la sentir dans les êtres humains, parce qu’il y a toutes leurs formations mentales et vitales qui viennent dans le champ de la perception et qui dérangent cela. Il y a trop cette espèce d’âpreté égoïste qui se mélange aux choses, alors c’est plus difficile de toucher la joie là. Mais même dans les animaux, on la sent; c’est déjà un peu plus difficile que dans les plantes. Mais dans les plantes, dans les fleurs, c’est si merveilleux! Elles parlent toute leur joie, elles l’expriment. Et je l’ai dit, n’est-ce pas, tous les objets familiers, les choses que l’on a autour de soi, dont on se sert, il y a un état de conscience où chacune est joyeuse d’être, telle qu’elle est. Alors on sait à ce moment-là que l’on a touché la vraie joie. Et cela, ce n’est pas conditionné. Je veux dire, cela ne dépend pas... cela ne dépend de rien. Cela ne dépend pas des circonstances extérieures, cela ne dépend pas d’un état plus ou moins favorable, cela ne dépend de rien: c’est une communion avec la raison d’être de l’univers.


Et quand cela vient, ça remplit toutes les cellules du corps. Ce n’est pas une chose qui se pense même — on ne raisonne pas, on n’analyse pas, ce n’est pas cela: c’est un état dans lequel on vit. Et quand le corps y participe, il est si frais — si frais, si spontané, si... il n’a plus aucun retour sur lui-même, il n’y a plus aucun sens d’observation propre, d’analyse de soi ou des choses. Tout cela, c’est comme un cantique de vibrations joyeuses, mais très, très tranquille, sans violence, sans passion, rien de tout cela. C’est très subtil et très intense en même temps, et quand ça passe, il semble que tout l’univers soit une harmonie merveilleuse. Même ce qui pour la conscience humaine ordinaire est laid, déplaisant, apparaît merveilleux.


Malheureusement, comme je dis, les gens, les circonstances, tout cela, avec toutes ces formations mentales et vitales, ça dérange tout le temps. Alors on est obligé de retourner à cette perception si ignorante, si aveugle des choses. Mais autrement, dès que tout cela s’arrête et que l’on peut s’en sortir... tout change. Comme il le dit là, à la fin: tout change. Une harmonie merveilleuse. Et c’est tout la Joie, la vraie Joie, la Joie véritable.


Cela demande un peu de travail.


Et cette discipline dont j’ai parlé, à laquelle il faut se soumettre, si on la fait dans le but de trouver la joie, on retarde le résultat, parce qu’on y introduit un élément égoïste, on le fait dans un but et ce n’est plus une offrande, c’est une demande, et alors... Ça vient — ça viendra, même si cela prend beaucoup plus de temps — quand on ne demande rien, quand on n’attend rien, qu’on n’espère rien, que simplement c’est cela, c’est le don de soi et l’aspiration, et le besoin spontané, sans aucun marchandage — le besoin d’être divin, c’est tout.


Mère, tu expliqueras cette «goutte de miel» ?


Oh ! le miel !... Mais c’est une image, mon enfant.


Il dit : si l’on pouvait s’imaginer... C’est simplement pour donner une approche qui soit plus concrète que les abstractions intellectuelles. Il dit: si vous pouvez vous imaginer, par exemple, un rayon de miel, n’est-ce pas... un rayon de miel qui aurait la capacité de se goûter lui-même et en même temps chaque goutte du miel; non seulement de se goûter lui-même en tant que miel, mais de se goûter lui-même dans chaque goutte, étant chaque goutte du rayon de miel, et que chacune de ces gouttes puisse goûter toutes les autres, soi-même et toutes les autres, et en même temps que chaque goutte ait la capacité de goûter, d’avoir le goût du rayon tout entier comme si c’était elle-même.


Alors, ce serait le rayon capable de se goûter lui-même et de goûter en détail toutes les gouttes du rayon, et chaque goutte capable de se goûter elle-même et individuellement toutes les autres et le rayon tout entier comme une unité, comme ellemême... C’est une image très exacte. Seulement il faut avoir un pouvoir imaginatif!


Comme cela, j’ai compris. Je demande ce que cela signifie.


Le miel, c’est une chose délicieuse, n’est-ce pas, alors ce sont les délices de la Joie divine.


Et tout à l’heure, quand j’évoquais cette joie qui est dans les choses, spontanée, simple, cette joie qui est au fond de tout, eh bien, pour le corps physique, cela a quelque chose de vraiment — oh! naturellement, le goût du miel est très rude et grossier en comparaison —, mais quelque chose comme cela, quelque chose d’extrêmement délicieux. Et très simple, très simple et très total dans sa simplicité; très complet dans sa simplicité, et pourtant très simple.


Cela, n’est-ce pas, ce n’est pas une chose à penser, il faut avoir la capacité de l’évoquer, il faut avoir de l’imagination. Alors, si l’on a cette capacité, on peut faire cela rien qu’en lisant, alors on peut comprendre... C’est une analogie, qui n’est qu’une analogie, mais c’est une analogie qui a vraiment une capacité d’évocation.


Mais chacun imaginera quelque chose de différent, non, Mère?


Évidemment. Mais cela ne fait rien! Ce sera bon pour lui.


(silence)


C’est tout?


J’avais apporté des questions que l’on m’a posées, mais je crois qu’il est déjà un peu tard. (Mère feuillette des questions)


Il y en a une qui est terriblement intellectuelle et que nous laisserons pour une autre fois. Il y en a une autre... qui n’est qu’une apparence, et puis il y en a une troisième qui est intéressante, mais à laquelle il faudrait répondre en détail, et ce soir il est déjà un peu tard.


Ici, n’est-ce pas, la question à laquelle on peut répondre très facilement, c’est un texte de moi, où il est dit:

« C’est une grande erreur de supposer que la Volonté divine agit toujours ouvertement dans le monde. »


Et puis, dans La Synthèse des Yogas de Sri Aurobindo:

«Si nous voyons l’unité partout, si nous reconnaissons que tout arrive par la Volonté divine... etc.»


Et une autre chose de moi, dans Prières et Méditations :

«C’est Toi qui agis en toute chose et en tout être, et celui qui est assez proche de Toi pour Te voir en tout acte sans exception, sait transformer tout acte en bénédiction.» (Le 10 décembre 1912)


Et alors, on me demande comment réconcilier ces contradictions. Moi, je ne vois aucune contradiction. Parce que la première phrase où il est dit: «C’est une grande erreur de supposer que la Volonté divine agit toujours ouvertement dans le monde»... Je dirai : il est extrêmement rare qu’elle agisse ouvertement. Elle agit toujours, mais pas ouvertement. Et quand elle agit ouvertement, c’est ce que les hommes appellent des « miracles ». Et c’est une chose extrêmement rare. La plupart du temps elle n’agit pas ouvertement, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’agisse pas. Elle n’agit pas ouvertement, c’est tout. Alors là, il n’y a pas de contradiction. C’était tout ce que je voulais dire. C’est une contradiction tout à fait superficielle née de l’incompréhension des mots.


La Volonté divine agit, mais pas ouvertement. Quand elle agit ouvertement, éh bien, les hommes appellent cela des miracles. Voilà. Mais cela ne l’empêche pas d’agir.






mardi 3 juin 2025

Le processus de démentalisation selon Satprem

 

Œuvre de Niranjan Guha Roy 

Il n’y a pas de doute que les forces sont à l’œuvre pour détruire le mental humain ou, comme disait Mère, « démentaliser » les hommes. Et le plus étrange (ou le plus ironique) est que la Science, ce triomphe du cerveau humain, soit l’agent premier de cette autodestruction de l’intelligence collective. C’est un phénomène évolutif comparable à la disparition des branchies ou des nageoires chez les poissons. C’est l’organe central qui est atteint. C’est-à-dire que le mental humain, dont la fonction centrale était l’observation et le discernement – nos nageoires dans le monde – est en train d’être systématiquement et on pourrait dire scientifiquement obnubilé et brouillé, détraqué sous une avalanche monstrueuse de « renseignements », d’« informations », de « découvertes », d’ « idées » toutes plus merveilleuses les unes que les autres et de slogans tous plus insidieux les uns que les autres qui s’annulent mutuellement et s’embrouillent mutuellement dans le tintamarre hautement répercuté et hypnotisant des moyens journalistiques, radiophoniques, vidéophoniques, microphoniques qui dévastent autant de consciences qu’ils dévastent de forêts. Les dernières découvertes de l’astrophysique, de la biologie, de la paléontologie se mêlent aux dernières découvertes de la spiritualité, des sectes, des yogis et des guérisseurs – tout est « découvert » et rien n’est guéri ni compris. Toutes les théories se valent et toutes les idées se valent, et plus rien ne vaut et plus personne ne sait la direction ni le sens. Les humains sont en train de perdre leurs nageoires humaines et roulent dans la boue sous la poussée des mille courants qu’ils ne savent plus maîtriser ni comprendre – ils ont tout compris et ils ne comprennent plus rien. Ils sont moins bien dotés d’intelligence et d’esprit d’observation que l’homme de Neandertal qui, au moins, savait retrouver son chemin dans la grande forêt primitive. Il n’y a plus de chemin, il y a des millions de chemins et tous se valent et sont également nuls – également vrais, également faux. Il n’y a plus de vérité : tout est suspect… Il n’y a plus d’Église, il y a mille Églises; il n’y a plus de Kremlin méchant et de Maison Blanche vertueuse – les vertus sont devenues méchantes, et quelquefois les méchancetés ont des vertus. C’est-à-dire la boue complète dans les ex-esprits humains. La « catastrophe » ne sera pas nucléaire : elle est déjà, et c’est une catastrophe mentale. Ils n’ont même plus assez d’intelligence pour s’apercevoir de leur catastrophe et ils continuent d’inventer de super-moyens et de super-slogans pour masquer leur déficience fondamentale – on n’a jamais autant écrit de millions de livres pour des esprits nuls (à moins que ce ne soit pour annuler les esprits), on n’a jamais eu autant de millions de renseignements pour désenseigner les intelligences.

Quand une espèce perd son organe central, c’est qu’elle doit en inventer un autre, ou mourir, ou céder la place à l’espèce qui saura inventer l’autre organe… Non, le temps n’est plus d’« expliquer » aux hommes – ils n’entendront rien -, c’est le temps de FAIRE.

Il faut développer l’autre organe.


Satprem


Œuvre de Niranjan Guha Roy 


jeudi 8 mai 2025

Pourquoi toute civilisation humaine des pulsions échouera désormais ?

 

Bramachari - Œuvre de Niranjan Guha Roy


 Une certaine spiritualité prétend qu'être libre du désir, ce n'est pas forcément être sans désir. 


En fait, pour mon cas, la lecture de la Vie divine de Sri Aurobindo éclairée par le commentaire de Kireet Joshi, m'a révélé qu'il y avait deux racines à nos désirs égoïques : d'une part, l'aspiration au beau, vrai, bien, l'aspiration au plus parfait et, d'autre part, les pulsions de libido, d'appropriation et de reconnaissance. 

Ce discernement est une grâce. 


Notre civilisation humaine des pulsions, nos cultures humaines des pulsions avec la morale, les mœurs ne nous permettent pas d'être conscient de ce qui nous détermine à travers elles.


 Pour ceux qui sont destinés à ce chemin défriché par Sri Aurobindo et Mère,  consciemment en cette vie, l'aspiration s'avèrera le fait d'un feu psychique 🔥 en croissance, qui seul a le pouvoir de transformer nos fonctionnements pulsionnels. Ce feu sans fumée dont parle la Katha Upanishad, Lui seul, éclaire ce qui enferme dans nos fonctionnements pulsionnels même civilisés. Et ce qu'il voit d'enfer-me-ment, par expérience, peut alors être transformé par La Mère, la dynamique évolutive première. La Mère est sa Mère, elle est le tissu substantiel de cet être, source de notre aspiration au meilleur, au parfait. Le défaut peut commencer à être perçu avec son sourire. Et c'est Elle seule, notre Mère divine, qui le prendra à bras le corps.


On peut avoir une certaine idée mentale d'un défaut et d'une perfection possible, mais cette idée est vague, fantomatique. Même si elle nous hante, elle ne sera pas un levier de transformation. Un être fantomatique ne peut pas bouger grand chose.

La réalité profonde de l'être de l'aspiration, notre âme véritable, engendrée par Mère, n'est pas liée par notre individualisation pulsionnelle. Elle n'a pas de libido, elle est insexuée. Alors quand elle vient suffisamment en avant, par la croissance de son aspiration en nous et à travers nous, l'ensorcellement d'un échange amoureux sexuel et toutes les compensations fruit des frustrations de cet échange perd du sens. Un ego ne peut pas se réaliser insexué. 


La famille humaine reste le fruit de ces échanges. Elle me fait dire ma femme, mon mari, mon ex-femme, mon ex-mari, le co-parent de nos enfants. Elle me fait dire mon père, ma mère, mon frère, ma sœur. Mais sur un autre plan, il n'y a que des enfants de Mère, des êtres engendrés par elle derrière tous nos masques humains. Nos masques familiaux s'avèrent bien collant et il est difficile de s'aimer par-delà.  

On peut étendre cela aux relations davantage liées à l'appropriation : mes collègues de travail, mes collaborateurs, mes co-investisseurs, etc. Sur le plan de relations davantage liées à la reconnaissance, il y a aussi mes concitoyens, mes coreligionnaires, etc. Nos sociétés permettent d'arracher ces masques-là peut-être plus facilement.

Alors vraiment la civilisation humaine des pulsions, nos cultures des pulsions  encore tant animales, avec l'émergence du discernement du sens de l'aspiration authentique, commence à devenir inconsistante.


Si la force de conscience transformatrice et évolutive est ainsi en action, on comprend qu'en surface, au niveau du vécu mental des désirs, tout s'affole. Les genres, les orientations sexuelles, les valeurs familiales, les entreprises, les administrations, les politiques, etc. tout cela va en tout sens. La vielle civilisation des pulsions ne plus parvenir à trouver d'équilibre. 

Et heureusement, car c'est le temps de l'aspiration, c'est le temps des âmes vraies, le temps des enfants de Douce Mère, c'est le temps du surhomme. 


Seuls des pionniers du dépassement du vieil homme aideront à faire co-évoluer l'humanité vers un équilibre. L'humain doit se défaire de l'arrogance de se croire capable de civiliser des pulsions en promouvant telle ou telle culture mentale. La civilisation humaine s'illusionne encore capable de contrôler les forces et énergies vitales, alors que désormais elle ne trouvera un équilibre qu'en laissant opérer sur elle le rayonnement coévoluteur des pionniers surhumains. 


Fraternellement,


Serge


âme de beauté - Œuvre de Niranjan Guha Roy


PS : il est vrai que les forces vitales liées à la sexualité sèment beaucoup de méfaits. 

Parmi les 3 serpents enlacés qui barrent au niveau du subconscient la descente dans l'inconscient du corps, celui lié à la sexualité paraît difficile, sinon impossible, à domestiquer du point de vue de l'ego.

Nos échanges à buts sexuels ou mettant en jeu un contrôle sur autrui par son échange énergétique attirent nombre d'insincérités. Au sein des couples humains, il y a toujours des attentes vis-à-vis de l'autre et beaucoup des gestes faits pour l'autre ont une arrière-pensée en lien avec ces attentes sexuelles. Certaines personnes vont jouer avec ces attentes, pour mieux tirer des avantages de l'autre. L'ombre du mensonge est alors fortement prégnante. Pire encore, on peut enrober illusoirement la pulsion sexuelle, qui sert la perpétuation de l'espèce, d'autres fonctions : partant de nos attentes, on suggère à l'autre qu'il trouvera là satisfaction à d'autres attentes qu'il a fortement. Cela va ainsi de la prostitution en vue d'appropriations à la promesse d'un éveil spirituel par une relation sexuelle ! 

Dans l'expérience de la vacuité du Soi, l'expérience de la relation sexuelle peut certes être le passage naturel d'un plaisir en mouvement de l'ego à un plaisir d'Être le Soi. Mais ce plaisir en repos, cette paix du Soi est alors coupée en grande part d'une conscience du Devenir Divin.
Toutefois, dans les milieux spirituels où on a prétendu en être pur en promouvant un célibat consacré au seul service du Divin, les déconvenues n'en restent pas moins fort nombreuses. 
L'ego spirituel ne peut pas échapper aux déterminations sexuelles. Celles-ci l'entraînent dans l'insincérité, le mensonge, voire la violence. La chute spirituelle arrive par ce biais peut-être davantage que dans les manœuvres d'appropriation ou de recherche de reconnaissance. 
N'oublions pas qu'au niveau le moins mensonger de la sexualité, il y a un lien entre notre soumission aux pulsions et désirs sexuels et le fait que l'animalité de notre humanité en nous réclame sa reproduction, sa perpétuation. 

Dans l'expérience du Soi avec une âme, il devient de plus en plus clair que la sexualité est le moteur de l'évolution biologique inconsciente des espèces à travers les individus, et à travers leurs égos quand ils sont humains. Si vraiment le Soi avec une âme vient en avant pour mener une évolution consciente de la conscience, cet ancien moteur évolutif ne devrait-il pas perdre de son intérêt ? Ce n'est pas un renoncement de la part d'une âme d'enfant Divin, c'est d'abord son insexuation en Devenir qui détache son véhicule des pulsions sexuelles et peut recycler tout le processus biologique afférent, réinvestissant le Retas (les fluides organiques utiles à la sexualité) en Ojas (une pure énergie spirituelle). 
L'ego spirituellement a peut-être ressenti l'appel au renoncement, ou, sous une influence cachée de l'âme d'enfant Divin, en lui, s'est découvert asexuel relationnellement même si des pulsions sexuelles demeurent. L'ego a cru s'être intéressé de son propre chef à des techniques de sublimation des énergies sexuelles pour parfaire son énergie d'action, mais s'il y est parvenu au moins partiellement, il doit bien admettre que le passage d'une partie du Retas en Ojas reste pour lui mystérieuse. 
Ses sublimations sexuelles ne sont pas cette transformation biologique de Retas en Ojas.
Il y a certes des techniques psychospirituelles pour favoriser par exemple chez les hommes l'expansion des cycles d'éjaculations qu'on trouve dans les pratiques chinoises taoïstes ou dans certains hatha yoga tantrique. 
Mais si on pose un regard sincère sur ces sublimations partielles, elles n'empêchent pas de rester enchainé au joug de l'espèce sous la forme des pulsions sexuelles.

Dans mon cas, c'est l'émergence du Soi avec une âme au fil de la descente dans le cœur qui a créé les circonstances de l'asexualité de l'ego et qui a mis en route un processus de transformation du centre sexuel, entre autres choses. Tant que demeure des capacités d'accroche de la pulsion sur le centre sexuel, demeure un pan de l'ego individualisé par ces pulsions. Même si nous sommes devenus asexuels dans nos aspirations relationnelles, il n'en reste pas moins qu'il y a ces forces ressenties comme des déterminations qui peuvent s'accrocher et pénétrer en nous. 
Les pulsions sexuelles paraissent alors une détermination de la nature dont on ressent l'enchaînement. Cela entraîne des processus psychocorporels indépendamment de la conscience encore insuffisamment élargie pour s'en libérer. Rien d'affligeant à cela, la psychisation, c'est-à-dire le passage du gouvernement des subpersonnalités égoïques au gouvernement du Soi avec une âme demande du temps. Se voit une capacité émergente de ne pas suivre la pulsion sexuelle y compris dans le sommeil et donc dans le subconscient même à l'état de veille. Cette capacité ne ressort pas de l'ego, mais de la croissance psychique de l'âme d'enfant Divin en nous. Elle n'est pas immédiatement pleinement triomphante, puique des pulsions sexuelles sont vues s'emparant encore du centre subtil du vital inférieur, souvent désigné inadéquatement comme le centre ou chakra sexuel. 
Mais si la psychisation et la spiritualisation se voient à l'œuvre, la confiance en ce processus de libération du centre vital inférieur peut croître.
La perfection, le Devenir surhumain, n'est pas l'œuvre de l'ego et certainement pas de notre ego spirituel !

Par ailleurs, il ne faut pas non plus exagérer l'importance de ce seul serpent de la sexualité qui barre l'accès à la conquête de l'Inconscient en-dessous le subconscient humain et animal. Il faut bien voir comment il s'entrelace avec les deux autres pour nous garder dans les limites de l'humain. 
Nos pulsions d'appropriation et de reconnaissance doivent aussi être purifiées par le Devenir Divin, car tout ce jeu de pulsions nous liant à l'humain repose sur d'étroits et d'intimes liens entre elles. Ce jeu de la nature pour nous garder dans ce qui fait l'enfermement au sein des limites de l'humain comprend une solidarité entre ces 3 dimensions du pulsionnel.



Je me rappelle avoir demander à mon grand-oncle Tonton Léon, si il avait ressenti le manque sexuel alors qu'il était prisonnier de guerre en Allemagne durant la seconde guerre mondiale. Sa réponse était très claire, le manque de nourriture avait relégué ce désir à l'arrière-plan des préoccupations de tous les prisonniers qu'il connaissait, y compris lui-même. J'ai par moi-même constaté qu'un jeûne prolongé de nourriture et surtout d'eau comme l'évoquent les moines du désert écarte pour ce temps-là le désir sexuel. Evagre le Pontique évoque, il me semble, ce jeûne de l'eau.
Sri Aurobindo rappelle lui-même ce passage de la Bible où Esaü renonce à son droit d'ainé au profit de son frère cadet Jacob pour un plat de lentilles. Pour ce plat de lentilles, Esaü renonce en fait au-delà de son droit d'aîné à sa dignité d'enfant divin !
Le serpent de l'appropriation qui agit d'abord dans notre rapport à la nourriture est aussi comme la sexualité un ancrage de la nécessité de la perpétuation d'un corps au profit de l'espèce. Il n'est donc pas à négliger dans le réseau des 3 serpents ancrés en nous au service de la perpétuation de l'espèce biologique humaine.

Lisons Sri Aurobindo, dans un extrait d'une de ses Lettres sur le yoga :

Le sexe (sur le plan occulte) se tient à peu près à égalité avec l'ambition, etc., du point de vue du danger pour la sâdhanâ, seulement son action est en général moins évidente ; par exemple, les Pouvoirs hostiles ne le présentent pas aussi ouvertement comme un objectif à poursuivre dans la vie spirituelle.

L'ambition de l'ego spirituel concerne l'ancrage spécifique au serpent de la reconnaissance comme appétit de pouvoir social qui barre la progression. L'ambition résulte d'abord, semble-t-il, de l'action des pulsions de reconnaissance. Mais ces serpents solidaires ont des fils discrets pour nous tenir ensemble dans leur filet. 
Sri Aurobindo note ici que l'ambition se présentant à l'ego spirituel comme nécessité de sa propre purification reste assez facilement repérable. Par contre, parce qu'un ego spirituel vit le célibat consacré, sa vigilance risque de négliger les processus sexuels qui demeurent à la frontière du subconscient. L'ego spirituel se débat entre désir d'humilité et ambition et il laisse des déterminations sexuelles hors de la vigilance se croyant faussement libre sur ce plan. Or ces pulsions sexuelles quasi-subconscientes soutiennent et perpétuent l'ego spirituel et ses ambitions qui font obstacle à la psychisation et spiritualisation de notre individualité. Car une énergie sexuelle subconsciente produite par ces forces pulsionnelles imposées par la nature se sublime au service des pulsions d'appropriation ou de reconnaissance. Une énergie sexuelle sublimée n'est pas encore une libération de la nature qui détermine notre dimension animale par des forces sexuelles imposées de l'extérieur. 
Là encore, ne confondons pas sublimation vitale de l'impact énergétique d'une pulsion sexuelle et la transformation physique parfaite de retas en ojas, qui présuppose qu'absolument aucune pulsion sexuelle n'ait prise sur nous à travers notre vital.

L'entremêlement des 3 dimensions pulsionnelles, pour perpétuer le vieil homme, se joue aussi ailleurs.

Avec nos enfants, où la relation est plus liée centralement à des pulsions de reconnaissance, nous sommes souvent devenus capable d'aimer avec moins d'attentes en retour. Cela peut donner l'idée que nous sommes facilement capable de purifier ce type de pulsions dans cette relation. Mais ces serpents du subconscient restent retors. Nos enfants restent les fruits de notre sexualité sublimée. On peut découvrir, dans certaines circonstances, qu'il y a des attachements depuis notre personnalité de surface à des éléments de la personnalité de surface de nos enfants. Leurs corps et leurs personnalités sont le produit de la perpétuation de notre individualité humaine. De tels attachements sont certes humains, mais ils barrent la route à la purification des pulsions de reconnaissance et en sous-mains à celles de l'appropriation et de la sexualité. 
Ces désirs d'attention échangée sur le seul plan humain nous coupent de l'unité de toutes choses, de la Présence de l'Un en tout, de l'UN-Multiple surabondance de Joie d'Amour sans désir. 
L'attachement à nos enfants s'avèrent l'attachement au vieil homme, à la vieille humanité. L'attachement entre des aspects de nos personnalités de surface,  les nôtres et les leurs, fait barrage à la poussée de l'arbre Divin qui est la seule communion vraie des âmes d'enfant divin en croissance.





mercredi 31 juillet 2024

Sur la sensibilité artistique dans le yoga intégral de Sri Aurobindo et Mère.




Aspiration à la lumière - Tableau de Niranjan Guha Roy



Une œuvre d'art ou un spectacle exprime une certaine conscience. Elle se produit en allant puiser à divers niveaux de conscience. 

L'artiste, qui obéit à une commande ou qui veut une audience, va souvent malheureusement puiser au seul niveau de conscience du public qu'il veut voir se mobiliser, à la fois ceux qu'il enthousiasmera, ceux qu'il choquera et ceux qui jugeront que ces réactions traduisent des valeurs négatives. Ainsi juger satanique un spectacle ou une œuvre d'art parait un raccourci. 

Tout d'abord, c'est se mobiliser autour de l'œuvre. Duchamp avec sa Fontaine et ses ready-made a réduit le geste artistique à ce seul geste de provocation. Par ailleurs, les forces hostiles à toute nouvelle conscience et donc à toute création véritable ne veulent surtout pas qu'on réalise que toute production mentale est quelque part une fiction. Une caractéristique du mensonge est de faire passer une fiction pour vraie. Or le préambule de toute production artistique est qu'il s'agit d'une fiction sinon c'est de la propagande et de la publicité !

Ne juger une œuvre d'art que sur le mode de ce que vaut une propagande ou une publicité, c'est oublier son préambule : c'est un spectacle fictif, une production artistique fictive. Le mensonge est alors actif en nous, il est de croire que tout ce qui est exprimé vaut acte, que tout ce qui est ressenti est dû à ce qui est contemplé. Une œuvre d'art est artistique non par les valeurs morales et spirituelles qu'immanquablement elle véhicule, mais par la figuration du pouvoir créateur dont elle est l'expression et la trace. Et c'est là qu'il y a divers niveaux de conscience à l'œuvre. 

Il est important de laisser s'exprimer la liberté artistique : cela garantit la libre recherche de la vie intérieure créatrice ; manipuler toute fiction comme fiction, entrer dans son jeu sans oublier que c'est une fiction, permet de d'ailleurs mieux voir en nous ce qui agit. La sensibilité artistique est de sentir ou de pressentir la nature du pouvoir producteur ou créateur à l'œuvre. Et elle est le fruit d'une aspiration à des flux créateurs plus divins, plus créateurs par là-même. Elle est l'émanation du sens du jeu divin de la manifestation, de la Lila, disent les sages de l'Inde.

Il y a des œuvres d'art qui facilitent le développement de cette sensibilité. De quelles fictions je me nourris ? Quand je regarde de bout en bout une fiction et critique cette fiction comme satanique, où est passé mon ouverture au geste créateur constitutif de la sensibilité artistique ? Quand cette sensibilité grandit, on ne s'embarrasse pas de ce qui ne la touche pas. 

Par exemple, Mère estimait que la destruction des canons esthétiques par l'art moderne, les sacrilèges fictifs contre le beau d'alors, n'était pas un rabaissement de la conscience, mais un prélude à une expression artistique d'une conscience nouvelle. Sri Aurobindo notait que, parmi ses disciples, il y avait beaucoup d'artistes ou que certains entrant sur cette voie le devenaient. La musique de Mère, la poésie et le style de Sri Aurobindo nourrissent la sensibilité pour qui sait le voir à un degré peu encore perçu par l'art mainstream. Parmi les disciples de Sri Aurobindo et Mère, le génie littéraire de Satprem est évident. Pour moi, Niranjan Guha Roy est un autre aventurier de la conscience nouvelle que Sri Aurobindo et Mère ont commencé à incarner, qui a des créations musicales, poétiques et picturales nourrissantes sur cette voie d'un yoga intégral attentif à la beauté.


Serge



Fais de la Beauté ton constant idéal.

La beauté de l’âme

la beauté des pensées

la beauté des sentiments

la beauté de l’action

la beauté dans le travail,

que rien ne sorte de tes mains qui ne soit une expression de beauté pure et harmonieuse.

Et l’aide divine sera toujours avec toi.



Douce Mère


21 janvier 1963



Œuvre de Niranjan Guha Roy




jeudi 23 novembre 2023

L'enseignement de la Katha Upanishad est réactualisé en profondeur par les enseignement de Sri Aurobindo et de Mère


Dans La Katha Upanishad, Yama explique clairement à Nachiketas cette dimension individuelle du Divin en nous qui seule nous donne dès cette vie la conscience d'une immortalité individuelle. 

Et cela ne peut se réduire à la réalisation du Soi impersonnel si on est attentif aux propos de Yama.



Elle est dans les profondeurs du cœur, une flamme sans fumée, pas plus grande que le pouce, quand sa présence se réalise pour la première fois.

La personne, de la taille d'un pouce se tient au milieu du Soi, comme le seigneur du passé et du futur, et de ce fait ne craint plus rien. C'est Cela. [Notons que le commentaire en rouge commet un faux-sens sur ce texte usuel dans le néo-advaita]


Cette personne de la taille d'un pouce est comme un feu sans fumée, seigneur du passé et du futur, il est le même aujourd'hui et demain. C'est Cela. [Notons que le commentaire en rouge commet un faux-sens sur ce texte usuel dans le néo-advaita]


Le Purusha, pas plus grand qu'un pouce, le Soi intérieur, toujours logé dans le cœur des hommes. On doit, avec constance, Le séparer de son propre corps, de la même façon qu’on sépare la tendre tige de la feuille, dans un brin d’herbe. On doit parvenir à Le connaître dans Sa radiance et Son immortalité – oui, le connaître comme le Lumineux et comme l’Immortel.


 Elle est inséparable donc de ses autres dimensions (spirituelles) dont Brahman (le Divin immanent) et Purusha absolu (Seigneur Suprême, Divin transcendant, avec une dimension personnelle). 

Au-delà des sens, sont les objets ; au-delà des objets est l'esprit mental individuel
 (le mental discursif) ; au-delà de l'esprit est l'intellect (intuitif) ; au-delà de l'intellect est l'Atman, l'Esprit. Au-delà de l'Esprit, le non-manifesté ; au-delà du non-manifesté, il y a le Purusha (le Seigneur Suprême). Au-delà de la Personne Suprême  il n'y a rien d'autre : c'est la fin, le but ultime.

D'autres Upanishad vont dans le même sens... 


Un lecteur attentif des Upanishad saura que Brahman et théisme personnel ne sont pas à opposer malgré les courants dominants actuels en occident qui insistent sur l'absolu impersonnel.


Cette réalisation du Soi avec une âme est certes rare, mais elle est possible. 

Sur la voie de Sri Aurobindo et douce Mère, elle est un des camps de base déjà fort élevé, elle est la réalisation psychique. 

"L'être psychique et l'être mental, Manomaya Purusha, ne sont pas les mêmes. L'être psychique est derrière l'esprit mental, c'est ce que les occidentaux [Sri Aurobindo songe aux platoniciens] appellent l'âme. Cet être prend intérêt aux mouvements du mental et du vital seulement quand il y a une harmonie entre ces mouvements et la vérité. La connaissance de l'être psychique est plus profonde.", Sri Aurobindo

"Le Purusha [dont le Purusha propre à l'être psychique] doit assumer tout le temps l'attitude de celui qui donne sa sanction pour le rejet des mouvements les plus bas et l'acceptation des seuls mouvements vrais.", Sri Aurobindo

Sur ce schéma qui rend compte du yoga intégral de Sri Aurobindo, on distingue la réalisation de l'atman, le Soi impersonnel du purusha au-delà du pur témoin mental, et celle d'un être psychique, la dimension personnelle du purusha dans le cœur, au plus profond des élans du cœur.

Sur la voie de Sri Aurobindo et Mère, cette réalisation de l'être psychique ou de l'âme reste cependant à peine à mi-chemin du sommet de la transformation que cette voie décrit. La réalisation de la présence de l'être psychique ou purusha dans le cœur pour se faire nécessite que l'influence psychique se fasse ressentir au niveau mental, vital et physique. Platon et Socrate qui sont d'autres prédécesseurs sur cette réalisation mentionnent une distinction essentielle entre les désirs-appétits et l'amour du beau, de la perfection. Mais quand la réalisation psychique a lieu, elle entraîne une psychisation du mental, du vital et du physique qui a une amplitude bien plus vaste qu'une simple influence. 

Ainsi cette voie développée par Sri Aurobindo et Mère est dans la continuité des upanishad et en particulier de la Katha Upanishad, mais aussi dans la continuité de la gnose occidentale néoplatonicienne et socratique. Sur cette voie, cette psychisation qui s'inscrit dans le droit fil de la réalisation de ce feu d'un pouce dans les tréfonds du cœur est le préambule d'une spiritualisation et d'une transformation évolutive au-delà de l'espèce humaine.

Si comme Sri Aurobindo et Mère le disent cette force de transformation évolutive est à l'œuvre partout, la réalisation consciente d'être une individuation du Divin et par suite la transformation psychique de l'individualisation humaine ne sera certainement plus aussi rare qu'elle a pu l'être. 

Et même si ce sera un parmi mille sur ce chemin, cela a lieu même si on l'ignore. 

Et parmi les centaines qui le réaliseront, il y en aura quelques uns qui feront faire des pas à la manifestation corporelle de la transformation physique universelle en cours. 

Et celle-ci est déjà en train d'avoir lieu pour certains de façon significative. 

Il y a toujours un risque à affirmer dogmatiquement quelque chose comme impossible.

Il se peut que tout ce qui existe soit au final une activité consciente d'une unique conscience Divine innombrable.


Ce qui est ici est aussi là-bas ; ce qui est là-bas est aussi ici. Celui qui voit la multiplicité mais ne voit pas l'un indivisible Soi errera encore et encore de mort en mort.

Ce serait une activité consciente au-delà de toute représentation mentale.


Serge

***************

D'autres éléments pour approfondir une voie spirituelle à partir de la katha upanishad :

https://carnetphilosophique.blogspot.com/2021/06/la-realisation-spirituelle-de-lame-dans.html

- De larges extraits de la Katha Upanishad sur ce point du purusha avec une dimension individuelle dans le cœur qui serait notre dimension individuelle immortelle





mardi 8 août 2023

Être attiré par le yoga de Sri Aurobindo et Mère, ce n'est pas mépriser le yoga de Ramana Maharshi, c'est l'intégrer - Sri Aurobindo VS Ramana Maharshi ?



Voie directe et yoga évolutif : deux visions de l’éveil ?



Y’a pas photo comme on dit.
😂❤️🙏🏻

Q.: Sri Aurobindo croit que le corps spirituel (vijnâna-maya-sharîra) ne souffrira pas de maladie, qu'il ne vieillira pas et qu'il ne mourra que quand on le désirera.
Sri Ramana Maharshi: Le corps est en lui-même une maladie. Désirer faire durer cette maladie n'est pas le but du jnâni (celui qui connait le Réel). De toutes façons, il faut abandonner l'identification au corps...
*
Q. : Sri Aurobindo veut amener la puissance de Dieu dans le corps humain.
Sri Ramana Maharshi: Si, après l'abandon (de soi à Dieu), on a encore ce désir, c'est que l'on ne s'est pas abandonné. Si l'on a cette attitude : 'Si la puissance d'en haut doit descendre, elle doit venir dans mon corps', cela ne fera que renforcer l'identification avec le corps...
*
Q. : Sri Aurobindo veut faire descendre sur terre une nouvelle race divine.
Sri Ramana Maharshi: Tout ce qui peut être atteint dans le futur est impermanent. Il faut comprendre cela. Apprenez à comprendre correctement ce que vous avez maintenant, de sorte que vous n'ayez plus à penser au futur.
*
Q. : Sri Aurobindo dit que Dieu a créé différents types de monde et qu'il va encore en créer de nouveaux.
Sri Ramana Maharshi: Notre monde actuel n'est pas réel. Chacun voit un monde différent selon son imagination, alors comment savoir si ce nouveau monde sera réel ?


J'avais aimé l'alternative proposé dans cet article, rapportant une conversation avec Ramana au sujet de Sri Aurobindo, mais juste comme une alternative où les deux chemins pouvaient être pris après tout, car tous les chemins sont bons. 

Le yoga, c'est toute la vie et les formes de vie que prend la nature, comme le suggère Sri Aurobindo dans La synthèse des yogas.

 Pour moi, en cet aout 2023, y a pas photo entre les deux, l'aventure spirituelle, cela reste Sri Aurobindo et Mère et de temps en temps des vacances méritées chez Ramana ! 

Car c'est ce chemin décrit par Sri Aurobindo et Mère qui me permet de vivre le Soi avec une âme, c'est-à-dire de vivre de plus en plus dans une Joie Divine, et de vivre de plus en plus libéré des désirs-appétits égoïques (amours, gloire et possession) et des attachements humains qui entachent l'amour. C'est ce chemin qui me fait envisager un éveil évolutif favorisant la matérialisation d'une conscience au-delà de la conscience mentale. 

Mais pour aller de ce côté-là, ce dont Ramana parle a dû être réalisé et la Joie démesurée qui caractérise l'atmosphère supramentale exige encore et toujours la paix du Soi immuable dont Ramana Maharshi est le chantre.

 La première traduction française de Ramana Maharshi est due à un disciple de Sri Aurobindo, Jean Herbert, qui s'acquittait ainsi de la tâche centrale de son Karma Yoga que lui avait inspirée Sri Aurobindo, celui dont il se voulait le disciple. 

Pour moi, la spiritualité évolutive comprend celle de Ramana, mais il n'y a pas forcément réciproque comme l'agencement de cet article précédent le suggère au profit d'un éveil direct.

Mais imaginons que les affirmations sous-jacentes aux questionnaires et les réponses de Ramana Maharshi reçoivent une réponse d'un aventurier du yoga intégral ayant bien intégré à celle-ci la perspective de la paix de l'Être. Voici une possibilité de ce dialogue repris à 3 voix :

Q.: Sri Aurobindo croit que le corps spirituel (vijnâna-maya-sharîra) ne souffrira pas de maladie, qu'il ne vieillira pas et qu'il ne mourra que quand on le désirera.
Sri Ramana Maharshi: Le corps est en lui-même une maladie. Désirer faire durer cette maladie n'est pas le but du jnâni (celui qui connait le Réel). De toutes façons, il faut abandonner l'identification au corps...

Réponse rapide du point de vue du Yoga intégral :

L'éveil évolutif ou plus précisément l'éveil de l'Être (Ishvara) et du Devenir (Shakti) ne méprise pas le corps, au contraire ! Le corps humain aussi limité soit-il est le matériau pour le processus évolutif en cours et l'étape évolutive d'après.

Réponse longue :
L'identification au corps individuel est effectivement une limitation. On finit par croire que son esprit est dans son corps. Alors que l'esprit immuable embrasse ce corps et son environnement. On finit par consacrer la confusion de l'ego mortel et l'âme immortelle qui appartient à une cinquième dimension en dehors des dimensions d'espace et de temps.

Mais affirmer que le corps est une maladie, n'est-ce pas le traiter avec mépris ?

Cet aventurier d'un éveil évolutif que fut Nietzsche a diagnostiqué de façon juste du nihilisme dans ces philosophies orientales auxquelles son maître Schopenhauer se référait. Le mépris du corps et du cosmos annonce toujours du nihilisme : un rejet du Devenir.

Faire durer le corps humain n'est pas pour Sri Aurobindo le but premier contrairement à ce que le questionneur présente ici.
Un corps humain n'est pas à la hauteur d'une conscience divine. Il s'agit pour l'aventurier de l'Être et du Devenir de collaborer à la transformation qui en fera un réceptacle, puis un centre de diffusion de la Joie Divine Infinie qui est Une avec l'Être dans ses profondeurs et qui ne peut pour l'instant séjourner ici faute des capacités de réceptivité des corps animaux. Celui qui a expérimenté des extases connait ce problème de réceptivité à la Joie, la découverte de la paix inhérente à l'Être est d'ailleurs souvent essentielle qu'elle puisse s'intégrer de manière stable.

La question de l'amortalité d'un corps est par ailleurs une possibilité de la science. Une spiritualité de la paix de l'Être, qui ignore le Devenir, reste étrangère à une telle possibilité d'un corps transformé scientifiquement pour une longévité sans précédent. 

Or la question se posera bientôt sans doute matériellement. Seule des spiritualités intégrant l'Être et le Devenir seront aptes à favoriser un vécu serein d'un corps à la longévité accrue. Dans la perspective de l'Être, pas de passé, pas de longueur, un immuable maintenant. Dans la perspective du Devenir, une conscience du maintenant sans cesse en nouveauté, en croissance.

L'Être nous découvre une dimension universelle et transcendante immuable et éternelle de notre essence. L'aventure du yoga intégral nous découvre une dimension individuelle de l'Être parfaitement immortelle et en Devenir. Il n'y a là rien de nouveau, le yoga intégral emprunte un chemin balisé par Socrate, ses disciples platoniciens, des mystiques chrétiens et des upanishads comme la kathopanishad.
La Joie du Devenir et la paix de l'Être se découvrent dans leur unité lors de la réalisation d'une âme immortelle servante du Devenir au cœur du Soi.
La nouveauté du yoga intégral est d'observer que le Devenir de ce Soi universel avec une âme individuelle implique une transformation du corps et de la vie terrestre. Dans notre contexte actuel, vivant le Soi avec une âme, il y a un processus de Paix et de Joie qui est expérimenté et observé comme "descente" transformatrice se prolongeant jusque dans les cellules du corps. 
La Joie Divine du Devenir ressemble d'abord pour un individu à des expériences de crête. L'expérience a lieu, elle semble descendre d'au-dessus de la tête au sein d'une Paix immuable de l'Être. Puis elle s'interrompt. Seule l'expérience du Soi accessible à volonté semble à ce stade crédible. 
Cependant la réalisation indubitable d'une unité de l'Être et du Devenir se réalise d'abord présente et croissante dans le cœur. Quand on découvre que la force de conscience descendante sert à dégager le corps subtil et plus particulièrement le cœur alors le Devenir ne paraît plus relatif à l'Être. La Joie du Devenir est la parèdre de la paix de l'Être. La Joie n'est pas seulement de la Paix en mouvement car la paix elle-même apparaît comme mouvement envoyé à l'avant-garde de la Joie. L'amour Divin prend sens alors comme substance, d'un côté Paix Divine immuable et de l'autre Joie Divine du Devenir.
Le cœur s'ouvre dans la paix immuable du Soi et il s'éprouve en une croissance perpétuelle de la capacité de sagesse et d'amour.
Les expériences fugitives de conscience force du Devenir ne sont donc pas à dédaigner du point de vue de la lumière immuable du Soi. Les dédaigner trahit une ignorance dans l'individu.
Dans les profondeurs du cœur, ces forces de conscience descendantes servent l'émergence de l'âme du Soi, d'une individuation du Divin consciente au niveau de l'humanité où elle se joue. Cette émergence nous fait réaliser la relativité de notre individualité corporelle et de notre ego dans un processus d'évolution individuée et universelle du Devenir. Après cette émergence, il y a évidence que le Divin évolue à travers des vies humaines et animales. Avant ce ne sont que des croyances et des expériences partielles, déformées, car non vécues dans l'orbite de notre individuation d'âme Divine.
Vivre le Soi avec une âme est un processus participant d'une évolution concentrée individuelle du Divin. Ce processus, lui-même s'inscrit, dans un processus plus large de coévolution matérielle terrestre. Le Devenir Divin est indissociablement un Devenir Divin individuel et un Devenir Divin cosmique à travers l'histoire de l'univers, l'évolution du vivant terrestre et l'histoire de l'humanité.
L'évidence de l'immortalité de l'âme est nettement relatée comme une expérience et non comme une simple croyance. Par exemple, selon le témoignage de maître Eckhart, le Divin naît en nous en même temps que l'âme ; il y a une étincelle divine d'où Dieu et l'âme surgissent dans un maintenant éternel d'une déité sans fond. 

Cette nature immortelle centrale dans le Devenir, lorsqu'elle met aussi en jeu une transformation du corps, fait admettre la possibilité d'une divinisation de la chair. 

Pourquoi cette transformation de l'autocréation Divine ne pourrait-elle pas rendre inutile la mort dans le processus évolutif ? 

Certes aujourd'hui encore, sans la mort des individus, l'évolution du vivant et humaine n'aurait pas lieu. En effet, l'individuation du Divin qu'est l'âme vraie, le plus souvent, n'obtient qu'avec la mort individuelle l'abolition de l'ego, qui lui a fourni l'expérience évolutive dont elle avait besoin, mais qui désormais l'immobilise dans sa progression. L'élaboration d'un nouveau corps passe, encore aujourd'hui, par la mort de nos corps animaux individuels précédents et la production hasardeuse sexuelle d'un nouveau corps. 

Mais si l'âme d'individuation Divine émerge et, croissant en pouvoir dans et par le Devenir, parvient à évoluer consciemment en surface d'un individu humain en vivant sans mort physique son processus d'abolition d'ego, alors la mort physique perd de son utilité. Une aspiration à une vie sans mort semble exprimer un accomplissement de l'incarnation individuelle de la Joie du Devenir et la paix de l'Être.
Une foi en la divinisation de la chair et son pressentiment partent d'une réalisation du Soi avec une âme. Celle-ci est une réalisation d'une évidence d'éternité d'Être et d'immortalité tant universelle qu'individuelle inhérente à la Joie du Devenir.

La foi en cette possibilité d'une participation consciente à un Devenir qui produira l'immortalité d'un corps physique est au cœur du gnosticisme chrétien qui ne méprise pas la chair. Rappelons l'existence de traditions occultistes alchimiques occidentales. Cet aspect de la foi dans le Devenir se croise aussi dans le taoïsme ou encore dans certains courants du tantrisme.
La réalisation du Soi impersonnel, par un individu autosatisfait de celle-ci, fait souvent regarder avec mépris ou commisération la foi de ces traditions spirituelles de divinisation. Toutefois une réalisation du Soi avec une âme change considérablement la perspective sur l'Être et le Devenir. Et cette possibilité d'immortalité d'un corps physique support d'une évolution matérielle consciente semble loin d'être si improbable qu'y avoir foi serait ridicule.

Sri Aurobindo et Mère ont toujours associé cette possibilité de transformation avec une durée au sein de plusieurs générations. Dans certains textes, il est question de plusieurs centaines d'années voire de deux ou trois millénaires avant que des corps immortels se manifestent matériellement comme une étape significative de cette évolution. 
Ceux qui se moquent de cette spiritualité ont toujours une connaissance approximative et de seconde main des propos de Sri Aurobindo et Mère à ce sujet. Ici le questionneur semble n'avoir qu'une connaissance très vague du yoga intégral de Sri Aurobindo et Mère, même s'il prétend le représenter. Sri Aurobindo et Mère n'ont pas annoncé qu'ils parviendraient à éviter leur propre mort physique matérielle. Ils ont affirmé l'immortalité de leur âme d'individuation Divine, l'immortalité d'une personnalité mentale et vitale élaborées par cette âme. Selon leurs témoignages et ceux de disciples comme Satprem ou Niranjan Guha Roy, des éléments d'un physique subtil, auraient été immortalisés, mais la jonction avec le physique terrestre grossier serait l'objet central du saut évolutif en cours, qui, lui, prendrait plusieurs centaines d'années. 
C'est cette histoire mal comprise d'affirmation d'une expérience d'immortalité sur le plan d'un physique subtil qui permet de ridiculiser et de mépriser la foi en l'immortalité physique issue de Sri Aurobindo et Mère, Mirra Alfassa, sa compagne. 

Les couplets contre les aspirations évolutives de perfectionnement et les rejets méprisants d'une perfection immortelle posent question quand ils justifient de s'autosatisfaire des petitesses humaines ou de nourrir des fascinations nihilistes souvent malsaines. Ces deux attitudes ne sont pas exclusives l'une de l'autre malheureusement.

*
Q. : Sri Aurobindo veut amener la puissance de Dieu dans le corps humain.
Sri Ramana Maharshi: Si, après l'abandon (de soi à Dieu), on a encore ce désir, c'est que l'on ne s'est pas abandonné. Si l'on a cette attitude : 'Si la puissance d'en haut doit descendre, elle doit venir dans mon corps', cela ne fera que renforcer l'identification avec le corps...


Réponse rapide : 

S'abandonner à l'Être Divin n'est pas encore s'abandonner à son Devenir. 
Si le Devenir est lié à une manifestation du Divin, s'abandonner à la paix et au silence de Dieu est un abandon partiel. 
Tant qu'une forme de désir individuel concourt en nous à son seul intérêt et son propre devenir personnels, l'abandon à l'Être Divin n'est d'ailleurs lui-même que partiel.


Approfondissement de la réponse :

Il faudrait creuser les nuances de cette réponse rapide. En effet, il semble que la réalisation de la paix de l'Être ne soit pas étrangère à des processus du Devenir. La réalisation de la paix de l'Être s'approfondit très fréquemment comme descente dans le cœur, ouverture du cœur et réalisation d'un amour inconditionnel et non préférentielle.
Toutefois cette ouverture du cœur reste limitée par nos complaisances dans nos petitesses et toutes nos fascinations nihilistes. 
Les spiritualités chrétiennes balisent la prise de conscience que l'amour Divin ne se cantonne pas à un Soi absolument impersonnel et donc seul. L'amour Divin est autant l'unité d'Être substantielle non personnelle de toutes les personnes que le Devenir multiple de toutes les relations personnelles.
Celui qui est destiné à réaliser la présence de son âme dans cette existence terrestre en allant dans le fond du fond de la grotte du cœur comme indiqué dans la kathopanishad ou chez certains mystiques s'appuiera sur la descente dans le cœur que permet la réalisation du Soi comme paix de l'Être. 
Réaliser son âme, c'est pressentir et réaliser la présence de la réalité personnelle autant qu'impersonnelle du Divin.
Pour le yoga intégral, s'abandonner au Devenir, c'est réaliser et servir la Mère Divine, la Mahashakti qui en est la personnalisation. Réaliser la présence de la Mère en continuité de notre âme, c'est être conduit peu à peu au pied du Seigneur Suprême, Ishvara, le purusha au-delà du Soi. C'est vibrer de plus en plus de l'amour Divin, Cela, la source de toute relation personnelle.

*
Q. : Sri Aurobindo veut faire descendre sur terre une nouvelle race divine.
Sri Ramana Maharshi: Tout ce qui peut être atteint dans le futur est impermanent. Il faut comprendre cela. Apprenez à comprendre correctement ce que vous avez maintenant, de sorte que vous n'ayez plus à penser au futur.


2 Réponses rapides :


Réponse rapide 1 : 
La beauté dans les formes est une réalité impermanente qui a autant de valeur que la beauté parfaite de la réalité permanente de l'absence de forme, de temps, etc.


Réponse 2 (première approche) : 
Le chiffre Pi existe de toute éternité mais sa matérialisation demande du temps. 
Admettons qu'il existe en l'éternité Divine des potentialités nouvelles de manifestation que certains font passer en ce monde.
La science pointe des lignes de faits nous suggérant que c'est le cas : des formes de vie et de conscience de plus en plus individualisées ont émergé. L'enjeu évolutif urgent pour nous humains est qu'elles soient aussi capables, nous concernant, d'être de plus en plus conscientes du cosmos. L'urgence est que les individualisations humaines participent de plus en plus consciemment à l'évolution globale du vivant.

Creusons la réponse rapide 1 :
Pas d'autocréation du Divin sans futur se manifestant peu à peu dans le maintenant.

Certes le monochrome invisible de transparence auto-luminescent de ténèbres lumineuses est UNIQUE ET ETERNELLEMENT BEAU. 

Mais les harmonies d'Un et de Multiple sont innombrablement possibles jusqu'à des qualités de détails et d'ensemble encore inconnues. 

La beauté du monochrome de l'Être de l'Un innombrable ne peut pas être objet de perfectionnement et de progrès. La beauté des harmonies en Devenir de l'Un innombrable peut se perfectionner et progresser sans fin.


Commentaire sur la réponse 2:
Notons au passage que Sri Aurobindo a revendiqué intégrer des pans importants de l'héritage spirituel platonicien.


Creusons, en deuxième approche, la réponse 2 :
L'univers spirituel de Ramana est quiétiste au sens noble : aucune volonté de progrès relative à l'ego ne peut subsister quand la paix de l'Être est réalisée radicalement. 

Mais tout de même, le progrès technique permis par le mental n'est-il pas louable même s'il est limité et parfois néfaste (vu qu'il sert les pouvoirs d'egos) ? 
S'il y a un progrès possible au-delà de la conscience mentale et donc de l'ego, cela ne pourrait-il pas être intéressant d'y participer ou de l'observer ?


Suite de l'approfondissement de la réponse 2 : questionnement humoristique et satirique face aux affirmations et comportements des pro-Ramana anti-Sri Aurobindo :
Pour un pro-Sri Aurobindo authentique, si un Ramana veut rester en vacance, là où en est l'humanité, parce que la paix et le silence du Soi qu'il a réalisé lui suffisent, pourquoi irions-nous lui chercher des noises ? Ne dérangeons-pas les gens pépères tranquilles.

Par contre, quand, chez les pro-Ramana anti-Sri Aurobindo, leur côté pépère tranquille masque des petits mouvements de mauvaise foi, des moqueries ou pire face à des essais encore peu convaincants de ceux qui tentent l'aventure évolutive, ne s'agit-il pas d'intolérance plus ou moins déguisée, mais en tout cas caractérisée ?

Les premiers singes à penser ont dû se casser la gueule, comme quand pris dans nos pensées, on oublie le poteau là-devant, et leurs congénères se sont moqués. Les Ramana-singes ont dû les regarder comme des fous ces singes apprenti-hommes !
Mais pire, il y a ces prophètes de la paix et d'un Devenir royaume d'Amour qui ont fort mal fini, des Ramana-Romains conseillés par des Ramana-Rabbins ont estimé qu'il valait mieux qu'un seul meurt qu'avoir à réprimer une foule de fanatiques en colère contre la parole du Devenir Amour. Un royaume De Dieu sur terre ? Une apocalypse d'amour Divin ? Sauvegardons la pax Romana et le Silence de Dieu, se dirent-ils. Si Jésus était mort dans un âge avancé, ce futur eut été tout autre...
Ces Ramana-Romains et ces Ramana-Rabbins ont privilégié le présent, le maintenant quand le Devenir de l'Amour aurait eu besoin de futur... La paix et le silence peuvent aisément se marier avec des ordres sociaux complètement injustes. 
Mieux vaut l'injustice traditionnelle qu'on connaît et qui va avec un ordre social respectant la sagesse qu'un horizon de justice inconnu et qui visiblement conduit à une société désaxée, nous rétorquera un Ramana-Traditioniste.

Honnêtement, j'aime bien le Ramana-Vacance(s), l'original d'Arunachala, qui assume son farniente sans l'imposer à personne. Et puis ce pseudo-aurobindien qui pose des questions a-t-il le droit de remettre en cause le droit à la paresse ? Ses questions sont à côté de la plaque, il devrait être ici pour se reposer et apprendre à ne rien faire et le faire bien. Ce n'est pas l'endroit pour des confrontations d'idées !
Il aurait dû aller les écrire à Sri Aurobindo ses questions pour voir si elles étaient bien posées. Sri Aurobindo lui aurait dit tout de suite qu'il n'avait rien compris de précis sur son chemin et celui de Ramana : on peut être un Ramana-singe ou un humain pas Ramana, on peut être un Ramana-humain et un singe pas Ramana ; mais on devra être un Ramana-surhumain, il n'y aura pas de surhumain pas Ramana !

En fait de nos jours, il y a beaucoup de demi-Ramana, qui ont une demi-absence de volonté de progrès : pour leur business Ramana, ils font des efforts incessants pour des progrès ; ivres de paix et de silence intérieur, ils sont sans effort en luttes quand le champ d'action de leur petit (ego) est menacé, du complotisme parfois (comme chez certains aurobindiens agités faute de paix intérieure) car une information peu sûre vaut mieux que le discours de celui qui restreint notre espace de vie de notre corps-esprit. A vrai dire, ils œuvrent peu pour les progrès en solidarités matérielles collectives concrètes ; si une de leurs connaissances subit une injustice iront-ils manifester, prendront-ils un quelconque risque réel en faveur de quelqu'un qui se croyait leur ami ? De nos jours, il y a beaucoup de loups de Wall Street qui ont appris à méditer, qui pressentent le Grand, le SOI. Ils ont la prédation financière relaxée, le laisser-être prêt de leur porte-monnaie !
Apprendre l'art du farniente avec le presque-rien de la paix et du silence ne devrait pas enrichir le monde de l'ego dont la volonté de progrès précisément est une impasse évolutive. Elle participe, malgré elle, à la crise évolutive indubitable que l'humanité traverse maintenant ! 

On peut dire qu'il vaudrait mieux des Ramana-Entiers que des demis-Ramanas ! Mais la vie est en lent progrès, la vertu de patience et d'endurance nous fera dire Oui à ce qui est. Vivre avec la vision d'une imperfection, l'estimer inévitable ici et maintenant et même comprendre pourquoi elle est souhaitable ici et maintenant ouvre au pouvoir Divin réel de force intérieure du Devenir pour qui tout est parfait, perfectible et qui, doucement, parfait un peu plus instant après instant notre univers. 

Sans crise évolutive auxquelles nos insincères Ramana-moitiés, nos volonté de progrès d'ego, contribuent, sans étouffer dans les limites autodestructrices de notre humanité, chercherions-nous, pour certains, à respirer un autre air ? Et sans nos bonnes Ramana-moitiés assoiffées de Paix et de Silence, cet autre air foudroyant pour nos humanités attardées, faisant nos corps déboussolés, nos psychismes tout agités, ne nous jetterait-il pas la tête contre les murs ? Ce qui se produit évolutivement se fait à dosage parfait, nos Ramanas-moitiés de nous-mêmes font de nous des êtres embarqués. 

Et bientôt, l'œuvre spirituelle de Sri Aurobindo ne sera plus ridiculisée. Même si, avec lui, c'est le sommet le plus haut, le plus dangereux, qu'il s'agit d'escalader, nous n'aurons plus ces réactions épidermiques contre de telles vues. Et comme la Vie, malgré nous, nous aura tous mis déjà bien haut sur le flanc de ce saut évolutif qui impacte toute la vie terrestre, les cartes proposées par ce grand capitaine de cordée de la Mère Divine nous seront bien utiles.


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Q. : Sri Aurobindo dit que Dieu a créé différents types de monde et qu'il va encore en créer de nouveaux.
Sri Ramana Maharshi: Notre monde actuel n'est pas réel. Chacun voit un monde différent selon son imagination, alors comment savoir si ce nouveau monde sera réel ?


Réponse :
Pour Sri Aurobindo, il n'y a pas qu'une non-dualité entre un pur sujet, le Soi, et des objets, d'un objet-monde projection du Soi, ces projections étant moins réelles que le Soi seul réel. Pour Sri Aurobindo, il n'y a des relations non duelles authentiques, et donc une Non dualité pleinement réalisée, qu'entre l'Un innombrable et lui-même.


Creusons :
Pour Sri Aurobindo, il y a une non dualité entre des forces de conscience impersonnelles divines ou des personnifications du Divin masquées par des formes objectives qui leur font des corps relationnels, qui elles-mêmes...etc.
Au final, tant que nous ne réaliserons pas concrètement que tout est un jeu du Divin avec lui-même, nous resterons dans la dualité.
Des réalisations de la non-dualité comme celle de Ramana ou d'autres ne sont que des réalisations partielles de la NON-DUALITE ABSOLUE, même si elles sont essentielles.
Par exemple, dans le yoga intégral, une pierre est un visage pétrifié du Divin ; si on la tient dans la main, on est le Divin caché dans une individualisation humaine qui tient le Divin partiellement, Totalement et aucunement seulement présent dans une pierre.
Le danger de la Ramana-Mania, c'est un peu comme si de l'Ananda-Sutra, on n'avait plus qu'une page pour apprendre à jouir du Divin. Or le Divin peut jouir de lui-même innombrablement. La paix et le silence, bien sûr ; un peu de sérénité, bien sûr. Mais pourquoi ne pas combiner ceci avec une extase de félicité sans limite ? Grâce à la paix, vivre constamment cette extase de félicité infinie stabilisée dans le cœur ne serait-il pas possible ? Avec cette paix, pourquoi ne pas s'ouvrir à une joie dans les cellules du corps toute consciemment silencieuse ? Pourquoi la vision du Soi interdirait-elle une Joie de sentir la présence de la Mère Divine en personne nous plongeant elle-même dans le silence et la paix de son Seigneur ? Pourquoi limiter l'Ananda-sutra à la page Shakti impersonnelle ? Pourquoi en rester seulement à cette Shakti-énergie de Joie nous traversant le corps comme un serpent nous projetant vers le ciel spirituel d'une conscience nue (soi-disant) ?

Réaliser l'individuation Divine dans l'individualisation humaine, c'est déjà vivre le Soi avec une âme, ce qui est rare parmi ceux qui partagent leur vécu du Soi. Or cette réalisation est essentielle sur le chemin du yoga intégral. Cependant, on la trouve déjà chez Maître Eckhart et les plus grands mystiques chrétiens, qui parlent de ce point de jonction et d'unité substantielle entre l'âme personnelle et la substance Divine. Maître Eckhart parle à plusieurs reprises d'une étincelle Divine. Mais on sélectionne très volontiers ses propos vers Ramana et son éveil impersonnel en occultant allégrement cette dimension spirituelle essentielle de l'héritage mystique chrétien. Cette occultation a lieu aussi pour Platon qui parle d'un éveil au soleil Divin impliquant un éveil à notre âme immortelle. Le Ramana-philosophe verra d'abord l'histoire de la projection des ombres sur paroi de la Caverne et fera un parallèle éclairant avec l'image de l'écran de cinéma que Ramana utilisait pédagogiquement pour ramener au Soi impersonnel. Le daemon de Socrate, Eros, les ailes de l'âme, et autres points passeront à la trappe. Le Ramana-philosophe de la Non dualité nous dira que ces histoires d'âmes restent encore du Samsara, seul le Soi est libre de tout karma. Ce Ramana-philosophe aura éliminé l'idée que la perle centrale en cette âme, son noyau le plus profond est le Fils de Dieu, l'enfant du Suprême engendré non pas créé et donc libre par essence, causa sui
Celui qui aura réalisé être ainsi une parcelle du Divin, une goutte distincte qui en contient l'Océan aura de la compassion pour ces Ramana-promoteurs qui passent à côté d'un tel trésor. 
Etc.


Pour Sri Aurobindo, il n'y a pas à réduire la non-dualité : on ne peut pas la résumer à d'un côté, un pur sujet qui serait la conscience sans forme, le Soi et d'un autre côté, un pur objet, une pure image fictive.
Le Soi Suprême de l'Être est aussi réel pour lui que la Mère Divine du Devenir.
On ne peut pas non plus d'ailleurs réduire au silence l'écart entre les philosophies du Shivaïsme sans lesquelles l'aventure spirituelle de Sri Aurobindo aurait été impossible et la philosophie spirituelle implicite de Ramana. 
Là encore, il y a des Ramana-conciliateurs : le Shankarique tantrisé, shivaïsé et le tantrique-Shivaïque Shankarisé font passer un peu vite les différences philosophiques pour des nuances sans importance du point de vue d'un éveil spirituel qu'il faudrait croire tout à fait identique. 

[NB : Ramana dans notre article cité suit Shankara, le grand penseur indien du Vème siècle av. J.C : "Cet univers visible a sa racine dans le mental ; il cesse d'exister dès que le mental est annihilé." Si l'univers est la Shakti, ce point est très discutable car l'univers ne se réduit pas alors à une manifestation mentale de la conscience. Sri Aurobindo est bien un tantrique sur ce point.]

Pour Sri Aurobindo, le réel en Devenir est le Divin, l'univers, la matière est déjà involutivement le Divin. La matière, c'est la Mère Divine, la Shakti, c'est le Suprême, Ishvara. La matière, c'est la vibration Divine première, la prise de conscience absolue Divine, Cela ; c'est l'Amour absolu en lequel vibre Ishvara et Mahashakti. La matière, ce n'est pas qu'une manifestation relative sur l'écran de la conscience qui, lui, serait la seule porte du côté de l'absolu et la seule connaissance juste qui s'en ferait. Le monde des Dieux est réel. Le monde des êtres subtils vitaux est réel. Etc.

Ramana parle dans sa réponse au questionneur du monde de l'ego où chacun voit son monde. Pour lui la destruction de la volonté de progrès de l'ego n'enlève pas la vision d'un monde individuel. Il est indien dans sa vision mentale du monde et il sait que certains de ses visiteurs voient le monde comme occidentaux. Même si l'éveil a lieu, selon lui, les mondes culturels restent des mondes différents. Ce n'est pas faux. 

Cependant grâce aux travaux de Ken Wilber (US, contemporain), on peut repérer des éveils prémodernes au Soi et des éveils postmodernes au Soi, ces derniers sont plus conscients. Un Ramana-humain est plus conscient qu'un Ramana-singe, il peut apprendre à communiquer avec le Ramana-singe et comprendre de mieux en mieux son univers de conscience, mais en ce qui concerne la manipulation du monde des formes le Ramana-singe aura des limites de compréhension du Ramana-humain. L'éveil postmoderne au Soi peut comprendre et tirer des leçons de l'éveil prémoderne au Soi, mais le prémoderne même éveillé devra d'abord passer par une mentalité moderne avant de comprendre une mentalité postmoderne. Chacun vit dans son monde, mais un monde plus ou moins étroit, même s'il est réalisé d'une ouverture infinie d'un côté grâce à l'éveil du Soi.

Sri Aurobindo parle d'un nécessaire dépassement de la conscience humaine mentale pour réaliser le regard innombrable du Divin sur lui-même, la Non dualité absolue que la conscience mentale humaine ne peut approcher que partiellement, qu'elle peut concevoir mais qu'elle reste incapable de comprendre et surtout d'incarner charnellement.

Il ne suffit pas pour lui d'avoir l'Ananda que sous un seul angle non duel, mais sous tous les angles. D'où la difficulté de son yoga. D'où la technicité mentale troublante du Yoga intégral dans son exposé face à la simplicité du propos de Ramana. 
Mais si une réalisation du Soi est accessible directement, Le Soi est pourtant extrêmement rarement  réalisé dans sa profondeur : dans le silence et la paix du Soi, la fin de toute volonté de progrès de l'ego est rarement atteinte chez ceux qui témoignent d'un éveil référé à celui de Ramana Maharshi.
Sur ces deux chemins dont on a parlé ici, on ne laissera pas survivre l'ego tranquillement à la périphérie de la sphère d'influence des réalisations spirituelles, en invoquant tel et tel raisonnement justificatif insincère. 
Dans les deux cas, une descente radicale dans le cœur où s'abolit de plus en plus l'ego dans un processus inexorable est largement documentée.


D'ailleurs, ceux qui présentent ce Sri Aurobindo vs Ramana Maharshi au profit d'un éveil direct et non évolutif, souvent, oublient de citer des visites plus constructives de disciples de Sri Aurobindo auprès de Ramana Maharshi comme celle de Dilip Kumar Roy. 
En anglais, on en trouvera des recensions de ce cœur à cœur entre Ramana Maharshi et Dilip Kumar Roy, ce disciple de Sri Aurobindo. En voici une ici :
 

En voici une autre ici :


Pour voir clairement en quoi l'approche de Ramana Maharshi est intégrée à celle de Sri Aurobindo, on peut lire ce propos simple et suggestif de Mère, Mirra Alfassa :


Sri Aurobindo : Pour la Paix, il peut aller chez Ramana Maharshi. Quand les gens viennent ici pour la Paix, je leur demande toujours d'aller à lui.
Nirodbaran : Pourquoi ? Ne peuvent-ils pas trouver la paix ici ?
Satyaendra : Ils peuvent même perdre la paix qu'ils ont !
Sri Aurobindo : Ils peuvent devenir perturbés par le travail complexe à l'œuvre ici.


Que notre éveil du Soi participe de moins en moins à l'engourdissement de notre âme vraie ! Que pour chacun, l'éveil du Soi serve une intensification de l'aventure de la conscience vers une matérialisation de la vie divine sur terre 🌎 !

Fraternellement 🔥,

Serge