samedi 20 septembre 2025

L'aspiration du Jîvâtman et l'aspiration de l'être psychique selon Sri Aurobindo



 Le jîvâtman, l'étincelle de l'âme et l'être psychique sont trois formes différentes d'une même réalité et il ne faut pas les confondre, car cela brouille la clarté de l'expérience intérieure.


Le jîvâtman ou "spirit" [esprit], comme on l'appelle généralement en anglais, existe en soi au-dessus de l'être manifesté ou instrumental — il est au-delà de la naissance et de la mort, toujours le même, Moi individuel ou Âtman. C'est l'être véritable, éternel, de l'individu.


L'âme est une étincelle du Divin; elle ne se tient pas au-dessus de l'être manifesté, mais descend dans la manifestation afin de soutenir son évolution dans le monde matériel. C'est tout d'abord un pouvoir indifférencié de la Conscience divine qui contient toutes les possibilités encore sans forme, mais auxquelles l'évolution a pour fonction de donner une forme. Cette étincelle est présente dans tous les êtres vivants, du plus bas au plus élevé.


L'être psychique est formé par l'âme au cours de son évolution. Il soutient le mental, le vital, le corps, croît par leurs expériences, porte la nature de vie en vie. C'est le psychique ou caitya puruṣa. Il est d'abord voilé par le mental, le vital et le corps mais, au fur et à mesure de sa croissance, il devient capable de venir en avant et de dominer le mental, la vie et le corps; chez l'homme ordinaire, il dépend d'eux pour s'exprimer et il ne peut s'en saisir ni les utiliser librement. La vie de l'être est animale ou humaine et non divine. Lorsque l'être psychique, par la sâdhanâ, peut prédominer et utiliser librement ses instruments, l'élan vers le Divin devient alors complet et ce n'est pas seulement la libération, mais la transformation du mental, du vital et du corps qui devient possible.


Le Moi ou Âtman étant libre et au-delà de la naissance et de la mort, l'expérience du jîvâtman et de son unité avec le Moi suprême ou universel apporte le sentiment de la libération; c'est cela qui est nécessaire à la suprême délivrance spirituelle; mais l'éveil de l'être psychique et sa domination sur la nature sont indispensables pour la transformation de la vie et de la nature.


L'être psychique réalise son unité avec l'être vrai, le jîvâtman, mais il ne devient pas le jîvâtman.


Le bindu vu au-dessus peut être une manière symbolique de voir le jîvâtman, parcelle du Divin; là, c'est à l'ouverture de la conscience plus haute qu'on aspire naturellement, afin que l'être puisse demeurer sur ce plan et non plus dans l'Ignorance. Le jîvâtman, en réalité, est déjà un avec le Divin mais il est nécessaire que le reste de la conscience aussi le réalise.


L'être psychique aspire à ce que la nature inférieure tout entière, le mental, le vital, le corps, s'ouvrent au Divin, il aspire à l'amour et l'union avec le Divin, à sa présence et son pouvoir dans le cœur, à la transformation du mental, de la vie et du corps par la descente d'une conscience plus haute dans cette nature et cet être qui en sont les instruments.


Ces deux aspirations sont essentielles et indispensables à la plénitude de notre yoga. Lorsque le psychique impose son aspiration au mental, au vital et au corps, ils aspirent alors eux aussi et c'est ce qui a été senti comme l'aspiration venant du niveau de l'être inférieur. L'aspiration sentie au-dessus est l'aspiration du jîvâtman à la conscience plus haute, avec la réalisation de l'Un qui doit se manifester dans l'être. Les deux aspirations s'aident donc mutuellement. Au début, la quête de l'être inférieur est nécessairement intermittente et étouffée par la conscience ordinaire. Par la sâdhanâ, elle doit devenir claire, constante, forte et persistante.


Le sentiment de paix, de pureté et de calme provient de l'union de la conscience inférieure avec la conscience supérieure. Habituellement il est intermittent, ou alors il réside dans une conscience plus profonde, souvent voilé par les tempêtes et les agitations de la surface; il est rarement permanent au début, mais il peut le devenir lorsque le calme et la paix se font plus fréquents et plus durables, et lorsqu'enfin la nature inférieure reçoit pleinement la descente de la paix, du calme et du silence éternels de la conscience supérieure.


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SRI AUROBINDO, Lettres sur le Yoga, Volume 1. Section 1, 5. Plans et parties de l'être






Les changements sur la terre - La vision de Niranjan Guha Roy




Niranjan Guha Roy- vision d'une ville faite pour l'être surhumain en transformation 


Les changements sur la terre


Des changements très rapides sont en train de prendre place partout dans le monde. Le pouvoir a réellement commencé la démolition du vieux monde. Bien sûr rapidité ou lenteur doivent être considérés en temps évolutif. Mais les signes sont visibles à l’horizon comme la poussière soulevée par les hordes des envahisseurs vues depuis les hautes tours d’un château dans les temps anciens. Cette vieille civilisation construite sur l’argent, le renom, le confort, les industries, les plaisirs, en résumé tout ce que l’homme a construit est en train de s’écrouler. Le vieux monde humain ne sera pas toléré par le nouveau pouvoir de création. Le travail de démolition a sérieusement commencé. Mais ce n’est pas ce travail de démolition qui a le plus d’intérêt pour nous. Nous attendons la grande révolution spirituelle, qui se prépare derrière la surface chaotique, aveugle et turbulente. La Mère Nature est dans son aspect le plus haut, la Mère Divine, Elle même, dans toute sa conscience et pouvoir. Elle n’est pas intéressée dans une démolition gratuite et insensée. Elle veut donner une nouvelle orientation à tout l’effort humain et au but de la vie humaine. Nous devons répondre à son appel avec une intensité d’aspiration et la sincérité et le courage de tout abandonner afin de réaliser l’idéal le plus haut. Notre acceptation doit être totale pour pouvoir vivre ce noble et difficile idéal de la Mère et Sri Aurobindo. La complaisance, le compromis, l’acceptation ignorante des faiblesses vitales, l’ambition, recherche du pouvoir, recherche de contrôle sur les autres, désirs impurs, idéal limité nous rendront incapables de réaliser une spiritualité vraie et élevée.


La Mère-Nature, la volonté divine déverse son amour, protection, guidance et bénédictions sur les âmes qui tentent en toute sincérité de réaliser, même un tant soit peu le sublime idéal de Sri Aurobindo. Dans la tradition indienne, la Mère Nature est vraiment la Mère de tous, du monde entier et c’est son effort constant d’amener tous ses enfants vers une existence de plus en plus harmonieuse. Donc si nous désirons le bien le plus grand pour le monde ceux d’entre nous qui ont un aperçu de la lumière et de la vérité doivent consacrer leur vie à la manifestation de la vérité la plus haute révélée par Sri Aurobindo. 

Des groupes de tels êtres se formeront de plus en plus partout dans le monde, des communautés basées sur l’idéal spirituel et non sur des idéaux limités économiques, politiques, sociaux ou religieux. De tels centres posséderont un pouvoir effectif d’irradier la conscience spirituelle dans le monde. Ainsi peu à peu la terre entière sera délivrée de l’ignorance et de la souffrance

La clé qui donne accès à la vie spirituelle est tout d’abord la découverte de l’être psychique, la présence divine dans l’homme et finalement une soumission de plus en plus grande au pouvoir lumineux et à la guidance de la Mère Divine assise dans le cœur sacré de tous. L’ego de l’homme devra être remplacé par l’âme consciente de l’homme, seulement alors il y aura la possibilité d’une nouvelle vie sur terre.


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Niranjan Guha Roy 1990


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D'autres éléments de cette ville future surgissant dans un désert :








Migration des âmes vers leur ville



Tous sont-ils appelés ? Avec un texte de Satprem

 

Le paysage breton de Satprem - un montage d'Amaryllis Anglaret


 Satprem a quitté notre monde physique terrestre, il y a 15 ans, le 9 avril 2007. 


 Voici un extrait d'une lettre écrite le 1er avril 1957 à son amie Klari :


"Quand un être est appelé à la vie spirituelle, il a généralement le pouvoir de descendre plus profondément que les autres à l'intérieur. Et plus on descend profondément, plus il faut être PUR - au sens très large de ce mot -, pur de toutes formes d'ambitions, de possession... Parce que, en descendant dedans, on commence peu à peu à entrer en contact avec les forces occultes - et ces forces occultes sont noires ou blanches pour simplifier les choses à l'extrême. Ces forces se servent de nous pour leur œuvre de lumière ou de destruction."


Satprem - Lettres d'un insoumis, tome II




Peut-être que tout le monde est appelé, la fleur, l'insecte, l'oiseau, le chat, etc. mais ce qui répond à l'appel, ce qui aspire caché dans nos profondeurs est plus ou moins en contact avec la conscience de surface. Chez les animaux, aussi, il y a parfois un moment d'éveil à l'individuation du Divin, une aspiration... Chez nous, êtres humains, la mémoire de surface retient rarement ces instants d'ouverture. Car ils sont souvent brefs, insignifiants au regard des histoires que l'ego se raconte. 


Mais, dans nos tréfonds, nous portons tous cette individuation du Divin, le noyau de notre âme vraie, même si, en surface, on confond aussitôt ce qui ressort de notre ego et des désirs avec l'aspiration authentique de ce noyau. 


Certes, peu d'entre nous ont ainsi une âme suffisamment développée pour embarquer le mental, le vital et le physique dans une aventure consciente de la manifestation du Divin. Mais tous, nous sommes embarqués que nous le voulions ou non, car la pression du Divin s'intensifie universellement pour que l'âme émerge dans l'humain en lieu et place de la bestialité dont la perpétuation s'oppose et résiste encore à l'avenir Divin de la terre.


Texte commencé le 9 avril 2022








samedi 23 août 2025

Le chemin de la mutation selon Niranjan Guha Roy

 

Le chemin de la mutation




L’homme est un être mental, vital, physique dirigé par son ego. Il vit dans l’illusion de son propre pouvoir et génie et croit qu’il est le guide de l’évolution. Mais son corps est fragile et sa vie est brève. Quand par le toucher de la Grace divine l’âme intérieure se réveille en lui, alors il s’élève dans la conscience pour devenir de plus en plus divin. Le chemin est ouvert pour tous ceux qui aspirent à l’immortalité. Et ce ne sont pas les chercheurs de renommée, de richesses et plaisirs ni les intellectuels arrogants,  mais les plus humbles, les poètes, les vrais artistes adorateurs de le Beauté, ceux qui rêvent d’un monde de paix et d’harmonie, qui sont libres d’avidité et de violence, de dépravation, qui ont un être psychique suffisamment développé de par leur longue évolution passée


Certains ont rêvé d’un corps immortel et lumineux. L’apparition de la conscience supramentale va permettre de réaliser ce rêve. Il sera possible d’émerger dans une conscience d’immortalité et de félicité, de devenir conscient de l’âme éternelle en nous, l’être psychique qui ne disparaît pas à la mort du corps. Une fois que nous devenons entièrement conscients de notre être psychique, alors au cours du temps un nouveau corps pourra se développer sous la guidance de la force transformatrice. Un corps libre de fatigue, maladie, décomposition. conscient de l’âme qui réside en lui. Ce corps découvrira et manifestera de nouvelles capacités qu’aucun homme ne peut acquérir. Le cheval et le cavalier deviendront une seule force explorant le contenu infini de l’éternité sous un ciel de paix, d’harmonie et de tendre beauté. C’est l’inévitable destinée de l’homme maintenant écrasé sous le fardeau de son inconscience.


Mais le corps humain est fragile et doit être préparé à recevoir le divin nectar de félicité. Nos corps sont encore trop faibles pour supporter la pression des pouvoirs qui descendent. Au moindre toucher, le cerveau se met à tourner, le vital devient fou et le mécanisme du corps se dérègle. Nous devons trouver pour nos corps une nouvelle source d’énergie et de stabilité. C’est l’être psychique caché dans le lotus du cœur qui doit gouverner notre vie. Alors seulement pourrons nous émerger dans la lumière sans ombre. La Shakti divine qui réside dans ce lotus mystique ouvrira les portes fermées dans notre être et l’inondera de sa force supramentale. Elle seule peut transformer l’homme.


Une soumission inconditionnelle et absolue à tous moments, une foi sans faille pleine d’amour hâteront la mutation. L’homme deviendra comme un violon en extase dans les mains du Maître Musicien.


Nirajan Guha Roy




 

vendredi 22 août 2025

Les 3 étapes de la sadhana selon Sri Aurobindo

Œuvre de Priti Ghosh



 Le Yoga Intégral de Sri Aurobindo et Mère consiste grosso modo en : 


1 - une psychisation, 

2 - une spiritualisation, 

3 - une supramentalisation. 


L'émergence de l'être psychique de notre âme est donc la base de ce yoga de Sri Aurobindo et Mère. Sans la lumière psychique, des lumières du Soi, des anges-idées, la spontanéité soi-disant sont faussées. Les avancées de la force supramentale sur terre ne changent pas fondamentalement ceci. 

La psychisation se caractérise par un pouvoir de sincérité, par une discrimination nette entre ce qui relève du désir et de l'aspiration divine. La psychisation ne relève pas d'un volontarisme égoïque, de croyances, de fantasmes spirituels, etc. 

Ce que l'action supramentale, de plus en plus présente sur terre, change, selon des shadaks comme Niranjan Guha Roy, est que la moindre parcelle d'influence de l'âme en nous peut être décuplée par le jeu des circonstances plus que jamais en faveur de la psychisation. 

L'action de Mère pour ses âmes enfants en nous encore enfermées dans leurs œufs égoïques est telle que le moindre sentiment d'étouffement dans le vieil homme reçoit sa réponse. Que nous soyons conscient ou non de notre âme vraie en amont de notre âme de désir ne change rien : dans 10000 vies peut-être, ce sera l'heure de ce yoga mené consciemment. Car "toute la vie est un yoga" qu'on le sache ou non. 

Un autre yoga que celui de Sri Aurobindo et Mère pour cette vie peut dès lors suffire et poser des jalons en vue de l'éclosion psychique qui adviendra dans d'autres vies. 

S'il y a des signes d'émergence psychique et que  nous en tirons une quelconque supériorité, il y a encore de l'ego, de l'ego spirituel en l'occurrence. Quand la coque égoïque commence sérieusement à se briser, comment pourrions-nous en en vouloir à qui que que ce soit d'être là où il en est ? Comment pourrions-nous croire que Mère est plus en nous qu'en cet individu mal psychisé ? Comment pourrions-nous juger inférieur quelqu'un dont le substrat le plus profond, le plus individuel de son individualité est le substrat de la présence de Mère ? 

Pour me situer personnellement, il y a eu éclosion, mais l'ego n'est pas aboli. Le poussin a sorti son bec de la coque de l'œuf mais il n'est pas encore pleinement libéré de l'œuf. 

Il se peut aussi que nous nous intéressions superficiellement à ce yoga de Sri Aurobindo et Mère, car l'heure de notre âme vraie n'a pas encore sonné pour cette vie. 

Si ce discours semble un gloubi-boulga, pas de panique, cherchons sur un chemin plus clair pour nous, là où nous en sommes.  

Ecoutons Sri Aurobindo dans ses Lettres sur le Yoga, Volume 3. Section 4, 1. La triple transformation: psychique, spirituelle et supramentale :   

"Vous devriez tous comprendre que le supramental vrai et direct ne peut pas venir au début de la sâdhanâ, mais n'apparaît que beaucoup plus tard. Premièrement, il faut ouvrir et illuminer l'être mental, l'être vital et l'être physique ; deuxièmement, ouvrir le mental à l'intuition par la volonté, etc., et développer la conscience de l'âme cachée pour qu'elle remplace progressivement la conscience de surface ; troisièmement, supramentaliser l'être mental, l'être vital et l'être physique transformés, et enfin faire descendre le vrai supramental et s'élever au plan supramental.

Tel est l'ordre naturel du yoga. Ces étapes peuvent se chevaucher et s'entremêler, il peut y avoir des variantes, mais les deux dernières ne peuvent apparaître qu'à un stade avancé du progrès. Le Divin supramental guide évidemment notre yoga tout au long, mais il le fait tout d'abord à travers de nombreux plans intermédiaires ; et l'on ne peut guère affirmer que ce qui vient dans les premières périodes est directement ou pleinement supramental. Croire qu'il en est ainsi lorsque ce n'est pas le cas peut fort bien faire obstacle au progrès."


Œuvre de Priti Ghosh

 

jeudi 21 août 2025

Les doutes et la foi

 
Œuvre de Mira M White


Bonjour, 

Sri Aurobindo et Mère ont toujours eu la patience de répondre aux doutes, aux difficultés pratiques et même de devancer la sincérité de leur disciple pour les aider. Dans mon expérience, il y a plusieurs catégories de doutes. Il y a le doute qui semble apparaître en nous lié à nos propres difficultés et il y a le doute qui provient de l'extérieur et nous contamine. il y a les doutes liés à l'arrogance du mental qui se ferme à toute possibilité supramentale et revendique seul le pouvoir de répondre aux problèmes, il y a les doutes liés à nos personnalités vitales non converties, il y a les peurs incorporées qui émergent à la surface comme doutes, etc. Par ailleurs, certains doutes sont utiles car ils permettent et exigent une plus grande lumière. La science a souvent avancé en doutant des perceptions immédiates : je vois le soleil tourner autour de la terre, mais en bateau doublé par un autre j'ai la sensation d'être immobile, etc. Certains doutes ébranlent les croyances et obligent à une connaissance directe par identité. Nous sommes souvent plein de nos croyances spirituelles, ceci limite autant le progrès que le doute arrogant matérialiste. Enfin, à côté des doutes, des croyances, il y a la foi, shraddha, l'engagement du fin fond du cœur qui sent plus qu'il ne sait. Dans la synthèse des yogas de Sri Aurobindo, il y a dans la voie de la perfection, un chapitre sur la foi. Parfois il faut regarder davantage du côté de la lumière avant d'aller fouiller nos obscurités car sinon nous risquons de nous y noyer davantage. 

Cordialement, 

Serge


Œuvre de Mira M White


vendredi 25 juillet 2025

Trouver le centre et s'enfoncer au centre du centre

Eternal peace - œuvre de Niranjan Guha Roy



 Quand on parle de trouver sa vraie nature par la seule ouverture du Soi, cela me semble aujourd'hui bien rapide. Trouver le centre ne doit pas empêcher que le centre du centre s'éveille et ainsi de suite.

Il y un enfoncement dans le centre, et paradoxalement, plus on s'y enfonce, plus une transformation de notre être extérieur s'effectue.

La paix de l'Être et la joie du Devenir s'avèrent entrelacées.

Certains ont pu réduire la joie à la paix de l'Être immuable en mouvement. Beaucoup donnent la préséance à la non dualité sur les états mystiques dévotionnels. Dans mon expérience, l'Ananda, la Joie, l'Amour, ne me semble pas une dimension relative, un plan qu'il s'agirait de traverser pour trouver l'absolu. Il y a certes des expériences relatives de l'Ananda, de la joie ou de l'amour. Certaines extases saisissent l'ego dévotionnel et elles sont forcément relatives car l'ego est par définition une réalité relative. Cependant, quand la dévotion touche au fond du fond du cœur, l'ego s'évapore au moins momentanément, et ne reste pour un moment au moins que le feu d'individuation divin qui s'y tient, la paix et la joie n'y font qu'un. L'ego en extase est souvent rendu inapte à l'action extérieure. Mais ce feu d'individuation divine, l'étincelle divine, n'est jamais rendu inapte à l'action par sa nature de feu d'extase. 


Il serait dommage de tout réduire à la paix du Soi de l'Être impersonnel de toute chose. Il y a là une ignorance qui s'ignore. Selon moi, trop souvent, l'apologie du non savoir mental n'est que l'envers volonté ignorante d'une subtile arrogance mentale. On nous parle alors d'un Non Soi, d'un inconscient du Soi plus absolu que le Soi. Mais ces ténèbres d'inconscient qui enveloppent le Soi résultent au moins en partie de notre enfermement dans la bulle mentale. Le Soi se vit à travers les filtres mentaux. Même silencieux, ils demeurent des limitations du vécu du Soi en nous. Le recours au non-savoir est alors une négation d'une docte-ignorance de l'âme vraie.

Sorti de la caverne du seul monde égocentrique et de ses préoccupations mondaines, la lumière qui nous illumine nous fait imprudemment affirmer que tout se voit à partir de l'auto-illumination du Soi. Ken Wilber l'a bien pointé. Notre éveil reste prisonnier de nos représentations mentales et donc des mentalités que l'évolution de la conscience humaine a généré. Un éveil de mentalité prémoderne n'est pas un éveil de mentalité moderne ou postmoderne. Mais en fait, plus radicalement des filtres mentaux, voire surmentaux, demeurent sur une réalité supramentale. Un silence mental laisse entrevoir un Non mental mais à travers un filtre mental. La réalité supramentale demeure enténébrée.

Si on est sincère, on peut admettre que l'illumination du Soi est loin d'être désenténébrée. Outre ces filtres mentaux subtils, il y a aussi tous nos filtres d'obscurités émotionnels, pulsionnels, etc.

La possible descente dévotionnelle dans le cœur, l'exploration de la bullition discontinue de la joie sans objet jusqu'à sa source de Joie vraie et absolue, suggère que les ténèbres du Soi sont en grande part le fruit de notre obscurité égoïque voire d'une obscurité liée à notre humanité.

Notre vraie nature tout autant que Paix impersonnelle du Soi est joie du Devenir de notre réalité personnelle vraie. 

Au cœur du cœur, découvrant l'individuation psychique absolue, coïncidant avec notre âme vraie, nous sommes déjà davantage au centre du centre que dans l'illumination aveuglante du Soi. Ainsi s'écarte une part des ténèbres du Soi où l'individuation du divin à l'œuvre se cachait. Ici le Soi impersonnel universel ne fait qu'un avec une dynamique personnelle vraie.

Et à partir de là, paraît un nouvel horizon possible : nous passerons bientôt de l'aventure d'un humain au sein de son essence spirituelle à l'aventure divine dans la matière. 

Sur la voie de Sri Aurobindo ou sur celle de la Katha Upanishad, le Soi et le purusha dans le cœur, ce sont deux choses qui forcément se rejoignent dans l'absolu purusha, le Seigneur Suprême. 

En philosophie, les métaphysiciens occidentaux ont eu aussi des conceptions divergentes de l'absolu. L'expérience que nous voulons décrire a un écho avec Leibniz qui oppose à l'interprétation spinoziste du réel sa monadologie. Pour Spinoza, toute la nature et son devenir est un divin impersonnel éternel. Pour Leibniz, une réalité Suprême individuelle et personnelle enveloppe en son sein une multitude de devenirs individuels : c'est une monadologie. 


La conscience du Soi peut exister sans qu'il y ait conscience du purusha en arrière-plan du cœur. Des ténèbres relatives de la lumière spirituelle dues au limites de notre illumination sont confondues avec un absolu Inconscient, un non Soi absolu ! Et malheureusement, dans le monde spiritualiste de la non dualité du neo-advaita, c'est majoritairement le cas. A vrai dire, dans d'autres courants spirituels, on s'arrête aussi d'approfondir l'enfoncement dans le centre décrit par cette tradition, dès lors que toute la description mentale traditionnelle du centre a été réalisée. Ce sont au fond, qu'on le veuille ou non, des bulles mentales presque imperceptibles qui nous laissent aveuglés.


Le purusha du cœur est au sens littéral, un feu 🔥 sans fumée de la taille d'un pouce, lorsque cette dimension s'ouvre en arrière-plan du chakra Anahata. Il y a une réalité subliminale en arrière-plan du corps subtil pranique ; cette dimension sublimale psychique influence plus ou moins le corps pranique. Quand le purusha du cœur émerge en avant, le corps subtil pranique devient une courroie de transmission de son influence et le lieu d'exercice de sa gouvernance. 


 La lumière du Soi paraît avoir été bien ténébreuse lorsque ce feu d'âme divine émerge. Du fond du cœur, le Soi jusque là impersonnel s'éclaire de notre nature individuelle divine.


L'essence de l'absolu s'expérimente alors autant personnel qu'impersonnel. Et l'enfoncement dans le centre est en même temps une évolution consciente de la conscience.


Lorsque la lumière du Soi se désenténèbre dans le cœur jusqu'à révéler l'individuation Divine qui se joue dans cette individualisation humaine, c'est comme un éveil dans l'éveil du Soi. Une sourate du Coran évoque une lumière sur lumière. 


Seule une prière ou une méditation dynamique qui partira de l'enfant Divin, ce feu 🔥 divin, là en nous, peut être accomplie. 


Cordialement,


Serge 


Le soleil qui ne se couche jamais - Œuvre de Niranjan Guha Roy