Mère, Entretiens, 4 août 1929
| Œuvre d'Amita et Niranjan Guha Roy |
| Œuvre d'Amita et Niranjan Guha Roy |
| Le feu de l'âme au pied de la mère en méditation - Œuvre de Niranjan Guha Roy |
| Œuvre d'Amita et Niranjan Guha Roy |
![]() |
| Œuvre de Niranjan Guha Roy |
Le seul remède :
Mère s’adresse à Satprem :
"Tu vois, dans l’état actuel du monde, les circonstances sont toujours difficiles. Le monde tout entier est dans un état de lutte, de conflit entre les forces de vérité et de lumière et tout ce qui s’y oppose, tout ce qui ne veut pas changer, ce qui représente cette partie du passé qui est fixe, rigide, et qui refuse de s’en aller. Naturellement chaque individu éprouve ses propres difficultés et fait face aux mêmes obstacles.
Pour toi, il n’y a qu’une solution. C’est une soumission totale, complète et sans réserve. Ce que je veux dire, c’est que tu dois faire don non seulement de tes actions, de ton travail, de tes ambitions, mais aussi de tous tes sentiments, en ce sens que tout ce que tu fais, tout ce que tu es, c’est exclusivement pour le divin. Alors tu te sens au-dessus des réactions humaines autour de toi – non seulement au-dessus, mais protégé par le mur de la Grâce divine. Une fois que tu n’as plus de désirs, plus d’attachements, une fois que tu as renoncé à recevoir une récompense des êtres humains quels qu’ils soient – sachant que la seule récompense qui soit digne d’être reçue est celle qui vient du Suprême, et qu’elle ne te fera jamais défaut – une fois que tu as renoncé à l’attachement à tous les êtres et toutes les choses extérieures, immédiatement tu sens dans ton cœur cette Présence, cette Force, cette Grâce qui ne te quitte jamais.
Et il n’y a pas d’autre remède. C’est le seul remède pour tout le monde, sans exception. A tous ceux qui souffrent, il faut dire la même chose : toute souffrance est le signe que la soumission n’est pas totale. Alors lorsque tu sens en toi « un bang », comme ça, au lieu de dire : « oh, ça va mal » ou « les circonstances sont difficiles », tu dis : « ma soumission n’est pas parfaite ». Alors, ça va. Alors tu sens la Grâce qui t’aide et te conduit, et tu vas de l’avant. Et un jour tu émerges dans cette paix que rien ne peut troubler. A toutes les forces contraires, tous les mouvements contraires, à toutes les attaques, toutes les incompréhensions, toutes les mauvaises volontés, tu réponds par le même sourire qui vient d’une confiance absolue en la Grâce divine. Et c’est la seule issue, il n’y en a pas d’autre.
Ce monde est un monde de conflit, de souffrance, de difficultés, de tension : il en est pétri. Il n’a pas encore changé, cela prendra encore un peu de temps pour changer. Et pour chacun, il y a la possibilité d’en sortir. Si tu t’appuies sur la présence de la Grâce suprême, c’est la seule issue.
Ne t’attends pas à l’appréciation humaine – parce que les êtres humains ne savent pas sur quoi se baser pour apprécier quelque chose, et de plus, quand quelque chose leur est supérieur, ils ne l’aiment pas.
Satprem : mais où trouver une telle force ?
En toi. La présence divine est en toi. Elle est en toi. Tu la cherches à l’extérieur ; regarde au-dedans de toi. Elle est en toi. La présence est là. Tu veux l’appréciation des autres pour trouver la force – tu ne la trouveras jamais. La force est en toi. Si tu veux tu peux aspirer vers ce qui te paraît être le but suprême, la lumière suprême, la connaissance suprême, l’amour suprême. Mais c’est en toi, autrement tu ne pourrais jamais entrer en contact avec cela. Si tu vas suffisamment profond au-dedans de toi, tu la trouveras là, comme une flamme qui brûle tout droit, sans vaciller.
Et ne crois pas que ce soit si difficile à faire. C’est parce que ton regard est toujours tourné vers l’extérieur que tu ne sens pas la Présence. Mais au lieu de chercher le support à l’extérieur, si tu te concentres et si tu pries – au-dedans de toi vers la connaissance suprême – afin de savoir à chaque instant ce qu’il faut faire et la façon de le faire, et si tu offres tout ce que tu es, ce que tu fais pour arriver à la perfection, tu sentiras que le support est là, te guidant toujours, te montrant toujours le chemin. Et si il y a une difficulté, au lieu de vouloir te battre tu en fais don, tu en fais don à la sagesse suprême pour qu’elle s’en occupe – qu’elle s’occupe de toutes les mauvaises volontés, de toutes les incompréhensions, de toutes les mauvaises réactions. Si tu te soumets entièrement, ce n’est plus ton affaire : c’est l’affaire du Suprême qui en prend charge et sait mieux que quiconque ce qu’il faut faire. C’est la seule issue, la seule issue. Voilà, mon enfant."
Mère
Agenda de Mère, 11 mai 1967.
![]() |
| Tableau de Niranjan Guha Roy |
Extrait de la synthèse des yogas, le yoga de la perfection, Purification – le mental inférieur, p.137
<< Comme nous l’avons dit, chaque instrument a une action propre et légitime, et en même temps une déformation ou un principe qui fausse cette action. L’action propre du prâna psychique est la possession et la jouissance pures, bhôga. Jouir de la pensée, de la volonté, de l’action, de l’élan dynamique, du résultat de l’action, des émotions, des sentiments, des sensations, et jouir aussi, par eux, des objets, des personnes, de la vie et du monde, telle est l’activité à laquelle ce prâna fournit une base psycho-physique.
Une jouissance vraiment parfaite de l’existence ne peut venir que quand l’objet de notre jouissance n’est pas le monde en lui-même et pour lui-même mais Dieu dans le monde, quand ce ne sont pas les choses elles-mêmes mais l’Ânanda de l’esprit dans les choses qui constitue l’objet véritable, essentiel, de notre jouissance, les choses n’étant que des formes et des symboles de l’esprit, des vagues de l’océan d’Ânanda.
Mais cet Ânanda ne peut vraiment se manifester que lorsque nous arrivons à dégager et refléter dans nos divers éléments l’être spirituel caché, et sa plénitude ne peut s’obtenir qu’en s’élevant jusqu’au supramental.
En attendant, il existe une jouissance humaine des choses, juste, permise, tout à fait légitime, qui est d’une nature principalement sâttvique, pour employer le langage psychologique de l’Inde. C’est une jouissance éclairée, surtout dans le mental perceptif, esthétique et émotif, et accessoirement seulement dans l’être sensoriel nerveux et dans l’être physique, mais tous sont également soumis au gouvernement lucide de la buddhi, à une raison et une volonté justes, une juste réceptivité des impacts de la vie, un ordre juste, un sentiment juste de la vérité, de la loi, du sens idéal et de la beauté des choses et de leur usage.
Le mental extrait la pure essence, la pure jouissance, rasa1 , et rejette tout ce qui est agité, trouble ou pervers. À cette acceptation du rasa clair et limpide, le prâna psychique doit apporter le sens complet de la vie et une jouissance qui emplisse tout l’être, bhôga, sans quoi l’acceptation et la possession mentales, rasa-grahana, ne seraient pas assez concrètes, elles seraient trop éthérées pour satisfaire tout à fait l’âme dans un corps. Cette contribution est sa fonction propre.
Ce qui s’oppose à la pureté, cet élément qui s’introduit dans notre nature et la pervertit est une forme de convoitise vitale. Au fond, la grande déformation que le prâna psychique impose à notre nature, c’est le désir.
Or le désir s’enracine dans la convoitise vitale qui cherche à se saisir de ce que nous croyons ne pas posséder; c’est l’instinct limité de la vie qui veut posséder et se satisfaire. Il crée un sentiment de manque : d’abord la simple convoitise vitale : la faim, la soif, la luxure, puis les appétits de toutes sortes; puis les convoitises psychiques du mental qui sont une affliction beaucoup plus grande et plus accaparante et qui s’infiltrent dans tout notre être — la faim qui est infinie parce que c’est la faim d’un être infini, et la soif à jamais inassouvie car elle est par nature insatiable.
Le prâna psychique envahit le mental-des-sensations et y introduit la soif sans trêve de sensations; il envahit le mental dynamique, convoite l’autorité, veut posséder, dominer, réussir à tout prix, satisfaire toutes ses impulsions; prenant possession du mental émotif, il cherche à satisfaire ses sympathies, à donner libre cours à ses antipathies, à son amour, à sa haine ; il est cause des reculs et des paniques, de la frayeur et des tensions et des espoirs déçus, il impose les tortures de la douleur, les fièvres soudaines et les flambées de joie, vite éteintes; il pousse l’intelligence et la volonté intelligente à devenir leurs complices pour en faire des instruments déformés et boiteux dans leur propre domaine : la volonté devient convoitise et l’intelligence avide, partiale et tâtonnante court après des opinions limitées et hâtives et des préjugés militants.
Le désir est à la racine de tous les chagrins, toutes les déceptions, toutes les afflictions, car, bien qu’il goûte la joie fiévreuse de la quête et de la satisfaction, il crée sans cesse une tension dans l’être ; cette quête et ce gain s’accompagnent d’un dur labeur, d’une faim, d’un conflit, d’une prompte sujétion à la fatigue, d’un sentiment de limitation et d’insatisfaction, d’un désappointement rapide face à toutes ses acquisitions, d’une stimulation malsaine et sans trêve, du trouble, de l’inquiétude : ashânti.
Se débarrasser du désir est l’unique, l’indispensable et puissante purification du prâna psychique ; dès lors, nous pouvons remplacer l’âme de désir et son ingérence générale dans tous nos instruments par l’âme mentale de calme et limpide félicité qui prend possession de nous-mêmes, du monde et de la Nature, car c’est sur cette clarté cristalline que se fondent la vie mentale et sa perfection. >>
1. Prononcer « rassa ».
![]() |
| "Le résultat n'est pas le but de l'action, mais le délice éternel de Dieu dans le devenir, la vision et l'action.", Sri Aurobindo |
![]() |
| PHOTOMONTAGE D'AMITA ET NIRANJAN GUHA ROY |
L'Heure Révélatrice
Qu’elle soit bénie l’heure révélatrice,
Moment de solitude purificatrice,
Où j’éprouve de Ton amour l’immensité
Et ne perçoit que Ta seule Réalité.
*******
![]() |
| Tableau d'Amita Guha Roy |
Dès que par la grâce, l’œil s’ouvre sur le Mystère,
Tout change miraculeusement
Et on émerge dans la lumière de Vérité.
La Présence divine resplendit alors, dans le moindre caillou
Dans un bouton de fleur sauvage, dans la nature toute entière.
Toute la manifestation est comme un globe de cristal
Devenant de plus en plus beau, lumineux, magique
Transmettant sans déformation les rayons du Soleil mystique
Amita Guha Roy
- FIN D'ANNEE 2023 -
Mère disait en 1972 :
Tout au fond de notre être, dans le silence de la contemplation, une force lumineuse inonde notre conscience d’une paix vaste et lumineuse qui domine toutes les mesquines réactions et nous prépare à l’union avec le Divin, la raison d’être de l’existence individuelle.
Ainsi, la raison et le but de la vie n’est pas la souffrance et la lutte mais la réalisation toute-puissante et heureuse.
Tout le reste est douloureuse illusion. »
Note de Mère, Agenda du 7 février 1972
![]() |
| Tableau de Niranjan Guha Roy |
![]() |
| Une représentation de l'être psychique émergeant dans des racines du chakra du cœur anhata. |
Il y a au sens littéral un feu dans les profondeurs de la caverne du coeur, en arrière du chakra anhata. On y entre chacun selon ce qu'on est et qu'on a été qui est le plus réceptif à son influence. Moi, c'était un fou amoureux du Divin, un derviche dansant dans le cœur avec son Dikhr. Et là le feu de la taille d'un pouce tel que décrit précisément par la Katha Upanishad... Ce feu grandit, grandit, il passe en avant, il sert Mère, le visage du Devenir. Il est évident alors que les circonstances sont faites et se produisent pour qu'il grandisse. Ce qui reste de mouvements d'ego non transformés s'amenuisent inéluctablement, nos dimensions personnelles qui demeurent sont clairement des masques agissants de ce feu. Dans ce feu, il y a une étincelle, une goutte d'or pur, nous sommes l'enfant Divin, l'enfant non pas créée mais engendré, cet enfant dont le regard coïncidait avec nos plus belles éclaircies dans notre enfance avant que l'individualisation égoïque mentale le relègue à l'arrière-plan.
Cet enfant Divin est de même substance que sa Mère qui le fait agir et que son Père éternel immuable. Il leur est donc uni substantiellement et il le sent intimement même si ce ressenti n'est pas une connaissance.
Parce qu'il est engendré et non pas créé, cet être est paradoxalement individuel, cosmique et transcendant. Et peu à peu, lui que nous sommes grandit, il réorganise selon son bon vouloir les diverses parts subtiles à l'aide des chakras et de la kundalini.
La flamme grandit, elle monte jusqu'au dessus de la tête. Nos demandes personnelles vitales viennent s'offrir à ce feu : cela fait comme une angoisse, un nœud poignant mais cela finit toujours en flamme de Joie. Le cri, le nœud poignant d'angoisse, c'est l'offrande de combustible pour la cuisson du vase que nous sommes, ce vase qui recevra une Joie Pure Infinie, une surabondance d'amour, cette nouvelle conscience...
Serge
![]() |
| Œuvre de Niranjan Guha Roy |