Dans le yoga de Sri Aurobindo et Mère, certains sadhaks réalisent à quel point le réel est la manifestation consciente du Divin, que rien n'est définitivement un obstacle au Divin et que la venue d'un nouveau degré de manifestation est inéluctable où la Joie, l'Amour, la conscience dans la matière seront évidentes.
Mais le vital aime le drame, le mental humain est arrogant, l'aspiration au beau, au vrai, au juste reste souvent étouffée ou restreinte en nous.
Notre humanité est le plus souvent un masque grinçant occultant le sourire Divin au fond de notre âme.
Mais notre Fond Divin qui s'individue derrière ces rôles humains est patient. Des forces conscientes l'aident pour que nos egos et nos habitus humains soient de moins en moins rigides et fermés pour faciliter Sa manifestation.
Certains vivent déjà une foi venue de cette âme vraie, et de notre Fond Divin. Cette foi n'est pas réductible à une croyance mentale, un attachement vital ou un sentimentalisme fantasmatique. Cette foi vraie pressent sans percevoir, elle entrevoit ce qui sera réalisé à un moment donné.
Oui, il y a le point de vue humain, son physique, son vital, son mental balayés par des forces, des croisements de ses actions : l'espèce mentale que nous sommes ne contrôle plus rien de l'histoire en cours. Car l'histoire en cours n'est plus celle de l'émergence de l'homme ou de sa fin, l'histoire en cours est celle d'un nouvel être et du nouveau monde qui germe avec lui.
Et, pour entendre cela, il y a le point de vue Divin, auquel ce yoga de Sri Aurobindo et Mère nous appelle. Découvrir que, en notre réalité ultime, nous sommes des enfants du Divin non pas créés mais engendrés sans jamais en être séparés, quelle joie ! Découvrir que notre humanité est le terrain d'émergence consciente du Divin et découvrir, de ce fait, que ce nouvel être, le nouveau monde qui émerge avec lui, l'exprimera bien mieux dans son individuation harmonique, quelle joie !
Il y a un vers de Savitri, livre III, Chant 2 qui me revient :
" Suffering was lost in her immortal smile ", " souffrir se perdait dans son sourire immortel ".
Ce n'est pas que de la poésie, cela peut être une expérience qui va s'approfondissant.
Le manque et l'insatisfaction qui crient, qui prient à l'aveugle sans savoir que c'est prier, sont aussi, en leur source dans le tréfond de notre cœur, plénitude et joie de l'âme. Plénitude de notre identité d'Enfant Divin, de Soi avec une Âme de notre âme, Mahashakti, la Mère de âme d'Enfant Divin.
En fait, la difficulté majeure présente pour la plupart de ceux qui sont sincèrement en aventure spirituelle est notre double nature. Rares sont ceux qui peuvent dire que cette difficulté est derrière eux.
L'ouverture dans notre humanité entend et produit les cris, les prières de l'aspiration vraie, mais le vieil homme en cet humain que nous sommes maintient ses chaînes et ignore son Fond Divin. Son cri ne part pas consciemment des profondeurs de son cœur. Ce n'est pas un cri nu, une prière pure. La boue du cynisme même avec son masque de douceur fausse tout. Les tentations du nihilisme justifient les pires actions catastrophiques.
Et même si une réalisation d'un aspect du Divin que nous sommes prend place, le vieil homme persiste, avec le doute qui imprègne pathologiquement son mental physique.


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