mardi 5 mai 2020

EN QUELQUES MOTS, EN QUOI CONSISTE LA VOIE DE SRI AUROBINDO et MERE ?




Premièrement, apprendre le calme, la paix. 


Deuxièmement ne plus vivre la conscience centrée sur l'ego mais découvrir un espace, une lumière, une présence plus vaste qui embrasse le monde, les autres et nous mêmes. Jusqu'ici le chemin est bien balisé. En ce moment, il y a plein de ressources jusqu'à ce niveau. 


Ensuite (ou d'abord, ou en même temps que ce qui précède), troisièmement, entrer dans le cœur et peu à peu y distinguer notre âme, pas au sens habituel d'une entité mentale et émotionnelle, mais comme un feu, une lumière plus soi-même que soi-même qui entendue communique et attire ce qui lui permet de grandir à travers nous. L'âme est l'individuation de la vie universelle en nous. L'ego s'avère un masque que tentait de se donner notre véritable âme. Il fallait qu'elle y fasse un trou pour voir et une bouche pour y respirer, etc. Mon image vaut ce qu'elle vaut. 


Mais, quatrièmement, découvrir ce feu psychique, c'est aussi, souvent bien avant les autres aspects de ce chemin, découvrir la force consciente qui anime le Devenir de cet univers. Dans cette voie, on dit que c'est la Mère divine. Au début, cette force de conscience peut se manifester plutôt comme une énergie de conscience impersonnelle. Quand le feu psychique rend  notre âme consciente, quand l'âme peut commencer à gouverner directement notre personne, alors la présence de Mère est un fait et non plus une interprétation de la conscience force de transformation qui induit de la croyance. Cette force Mère transforme notre mental, notre vital et notre physique en donnant à l'âme comme un corps. Elle s'enfonce loin... Elle nous libère du désir, il n'y a plus que l'aspiration de l'âme. Ici rien de neuf depuis Socrate et Platon. C'est bien une dimension féminine qui initie à l'amour du beau, du juste et du vrai. Ce génie de l'amour forme comme des ailes à l'âme selon Socrate et Platon. Mais là où cette voie ouverte par Mirra et Sri Aurobindo, puis Satprem, entre autres, est nouvelle, c'est que la force de Mère modifie les pulsions, elle va même jusque dans les cellules où s'y dévoile une intelligence jusque là inconnue. 


Cette voie est difficile : surmonter tout ego-centrisme, tout désir, toute pulsion, toute conception mentale, etc. n'est pas une mince affaire. Mais, quand l'âme est mise en avant et travaille avec la Mère, la force de conscience du devenir de cet univers, un pas décisif est franchi. 


Lisez les livres de Sri Aurobindo, même s'ils sont difficiles. Le livre de Satprem, Sri Aurobindo ou l'aventure de la conscience, rend cette oeuvre accessible. Il est un disciple remarquable de Sri Aurobindo et de Mirra Alfassa.

Ecoutez des vidéos de Satprem, il a un génie du verbe pour donner des éléments de première main sur ce chemin. 



Lisez Mère, bien sûr ! Mirra Alfassa est appelée Mère, car nombre de ceux qui l'ont croisée, ont reconnu la force Mère de l'univers dans son corps. Et, inversement, parmi ceux qui ont l'expérience de la force Mère de l'univers, certains reconnaissent Mirra Alfassa, comme une de ses manifestations. Des témoignages spirituels font penser que Marie, la mère de Jésus, est certainement une autre incarnation de cette force Mère.


D'autres disciples de Mère comptent. Pour moi, les tableaux et les écrits de Niranjan Guha Roy sont des lumières importantes sur ce chemin.



Amitiés,

Serge

Résumé de Niranjan Guha Roy sur l'évolution, Sri Aurobindo et son yoga intégral


Résumé sur l'évolution, Sri Aurobindo et son yoga intégral

Rédigé pour quelqu’un qui voulait se renseigner au sujet de Sri Aurobindo et de son yoga

Tout d’abord, il faut expliquer le mot Yoga qui, en occident, signifie trop souvent uniquement les positions du corps ou asanas. Le Yoga en Inde a une connotation différente. Il signifie le » Joug, » le lien qui nous rattache  à la Réalité spirituelle et nous permet d’y accéder. Il y a de nombreux types de yoga et tous ne pratiquent pas les asanas.

Le Yoga de Sri Aurobindo a sa base dans l’évolution. Quel être apparaîtra après l’homme et comment s’effectuera cette transformation ?

D’une boule de feu après des milliers de siècles de transformations successives l’homme mental est apparu. Il n’ y aucune raison pour que l’homme mental soit la dernière et ultime manifestation. On peut voir que l’aventure humaine touche à sa fin, elle a exploré toutes ses possibilités et ne peut plus avancer.

Alors comment  sera la prochaine espèce et comment l’homme va-t-il évoluer et se transformer peu à peu au cours des siècles à venir ? Sri Aurobindo a fait descendre sur terre une nouvelle Conscience- Force- Énergie qu’ il a appelé la Conscience Supramentale. Une conscience spirituelle de lumière et de vérité, une puissance transformatrice, qui par sa présence sur terre la fera évoluer et se transformer au cours des siècles à venir. Comment se fera cette transformation ? comment y participer ? tout est à découvrir. C’est un chemin  grand ouvert, une vraie aventure pour les âmes qui ont senti un appel. La Mère et Sri Aurobindo ont ouvert le chemin pour nous, ils ont tout exploré et nous ont laissé les repères nécessaires pour que nous puissions suivre leur trace. Ils sont toujours là avec leur aide constante. Mais ceci est un sujet très vaste et n’est pas le propos ici.  La présence de cette Force sur terre apportera de nombreux bouleversements. Tout ce qui est  néfaste, sombre, diabolique  pourrait au début resurgir avec force dans un dernier sursaut avant d’être  purifié  ou éliminé. C’est ce qui semble se passer maintenant. Tout ce qui est beau et lumineux sera aidé et protégé. C’est une exploration nouvelle, inconnue et pleine de surprises, La route est complexe, surtout pour les pionniers, mais combien intéressante. Sri Aurobindo n’est pas venu sur terre pour prêcher, mais, comme il l’a dit lui-même, il est venu pour ceux qui ressentent l’appel de l’intérieur pour se donner à cette  découverte. Le chemin spirituel n’est pas une religion, ce n’est pas la philosophie non plus. Il est basé sur l’expérience intérieure et l’aspiration de l’âme de chacun.

Dans le Yoga Intégral de Sri Aurobindo, il faut s’élever jusqu’à la conscience supérieure supramentale, mais aussi contribuer à la  faire descendre de plus en plus en nous et sur terre. Le but n’est pas de  s’évader du monde,  mais de transformer  la vie sur terre telle qu’elle est en une vie supérieure et harmonieuse. Yoga Intégral signifie prendre toutes les parties de ce qui constitue notre être, notre corps, notre vital, notre mental, notre être psychique et essayer de les harmoniser de plus en plus avec la Conscience supramentale.  Prendre tout ce qui constitue notre vie sur terre et tenter de le rapprocher un tant soit peu au début de cette nouvelle Conscience d’harmonie et de beauté. C’est un long travail de plusieurs vies mais combien intéressant.

Avant de quitter son corps, la Mère a créé Auroville qui se veut un endroit où on pourra expérimenter une nouvelle manière de vivre plus en harmonie avec cette recherche intérieure et plus libre de s’y adonner. L’Inde est certainement le seul pays où un endroit comme Auroville pouvait être créé avec l’appui et l’approbation du gouvernement.

 Voici quelques paroles de Narendra Modi, le premier Ministre de L’Inde, au sujet de Sri Aurobindo et d’Auroville :

«  Il est important aujourd’hui de se souvenir de l’étendue de l’action et de la pensée de Sri Aurobindo. Homme d’action, philosophe, poète, il y avait tant de facettes à son caractère et chacun d’eux était dédié au bien être de la Nation et de l’Humanité.

Dans les mots de Rabindranath Tagore  – « Rabindranath, O Aurobindo s’incline devant toi ! O ami, ami de mon pays, O voix libre incarnée de l’âme de l’Inde. »

Selon le souhait de la Mère Divine, qui a écrit la charte d’Auroville de sa main, Auroville doit être un lieu d’apprentissage sans fin et de progrès constant, de sorte qu’il ne stagnera jamais.

Puisse l’esprit de Sri Aurobindo et de la Divine Mère continuer à guider Auroville vers l’accomplissement de sa haute vision fondatrice ! 

Quelques paroles de Sri Aurobindo :

« La divinisation de la vie sur terre elle-même ne signifie pas la destruction des éléments humains. Elle consiste à les reprendre, à leur montrer la voie vers leur propre perfection, à les élever par la purification et la perfection à la plénitude de leur pouvoir et de leur  félicité et cela revient à élever toute la vie terrestre à la plénitude de son pouvoir.

  La divinisation de la vie signifie en fait un plus grand art de vivre car l’art de vivre actuel, produit de l’ego et de l’ignorance, est quelque chose de comparativement mesquin, grossier, imparfait et c’est par une ouverture et un raffinement spirituels et psychiques qu’il doit atteindre sa vraie perfection »

 « La vie échappe aux formules et aux systèmes que notre raison s’efforce de lui imposer ; elle s’avère trop complexe, trop pleine de potentialités infinies pour se laisser tyranniser par l’intellect arbitraire de l’homme… Toute la difficulté vient de ce qu’à la base de notre vie et de notre existence, il y a quelque chose que l’intellect ne pourra jamais soumettre à son contrôle : l’Absolu, l’infini ».

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samedi 14 décembre 2019

PREMIERES RESISTANCES A UNE OUVERTURE SPIRITUELLE SELON SRI AUROBINDO

NIRANJAN GUHA ROY - L'AUTRE RIVE

"L'idée ou l'expérience d'une obscurité intérieure quand on regarde au-dedans, est la première réaction d'une mentalité qui a toujours vécu à la surface et n'a pas perçu la réalité de l'existence intérieure; car son expérience intérieure n'est qu'une construction, et elle dépend du monde extérieur pour trouver les matériaux de son être. Mais pour ceux qui ont acquis le pouvoir d'une existence plus intérieure, le mouvement d'intériorisation et la vie intérieure n'apportent pas l'obscurité ou un morne vide, mais un élargissement, un jaillissement d'expériences nouvelles, une vision plus vaste, une capacité plus grande, une étendue de vie infiniment plus réelle et plus variée que la première petite vie que notre humanité physique normale s'est construite, une joie d'être plus large et plus riche que tous les délices de l'existence que l'homme vital extérieur, ou l'homme mental de surface peuvent obtenir par leur force et leur activité vitales dynamiques ou par la subtilité et l'expansion de leur vie mentale. Le silence, l'entrée dans un vide vaste, ou même immense et infini, font partie de l'expérience intérieure spirituelle. Le mental physique redoute ce silence ou ce vide ; le petit mental pensant ou le mental vital, superficiellement actif, s'en écarte ou les déteste, car il confond le silence avec l'incapacité mentale et vitale, etc. le vide avec l'extinction ou la non-existence. Mais ce silence est le silence de l'esprit, et c'est la condition d'une connaissance, d'une puissance et d'une félicité plus grandes ; et par ce vide, la coupe de notre être naturel se vide et se purifie de son contenu bourbeux, pour pouvoir s'emplir du nectar divin — ce n'est pas un passage dans une non-existence, mais dans une existence supérieure. Et même quand l'être cherche l'extinction, ce n'est pas une extinction dans la non-existence, mais dans l'ineffable immensité de l'être spirituel, ou c'est une plongée dans l'indicible supraconscience de l'Absolu.", 

Sri Aurobindo, La vie divine, chapitre 56.

NIRANJAN GUHA ROY - LA FLAMME INTERIEURE 

FACE A UNE CRISE EVOLUTIVE PROVOQUEE PAR NOTRE CONSCIENCE MENTALE...

Niranjan Guha Roy - Courage

"Par son action sur la vie, le mental est parvenu au cours de son évolution à une organisation de l'activité mentale et une utilisation de la Matière que l'homme ne peut plus désormais supporter sans un changement intérieur. Il est impératif que l'individualité humaine, égocentrique et séparative même dans l'association, s'adapte à un système de vie qui exige l'unité, la parfaite réciprocité et l'harmonie. Mais parce que le fardeau que doit porter l'humanité est trop grand pour la petitesse actuelle de la personnalité humaine, pour son petit mental et ses petits instincts vitaux, parce que l'humanité ne peut pas effectuer le changement nécessaire, parce qu'elle met ses nouveaux instruments et sa nouvelle organisation au service de son vieux moi vital, infraspirituel et infrarationnel, la destinée de l'espèce humaine semble se précipiter dangereusement, et comme impatiemment et en dépit d'elle-même, vers une confusion prolongée, une crise périlleuse et l'obscurité d'une violente et mouvante incertitude, sous la poussée d'un ego vital saisi par des forces colossales qui sont à l'échelle même de la formidable organisation mécanique de la vie et de la connaissance scientifique qu'elle a développée, et dont les proportions sont telles qu'elle échappe au contrôle de sa raison et de sa volonté. Même s'il s'avérait que cette phase n'est que passagère, ou n'est qu'une apparence, et si l'on découvrait un ajustement structurel tolérable qui permettrait à l'humanité de poursuivre d'une façon moins catastrophique son incertain voyage, cela ne pourrait être qu'un répit. Car le problème est fondamental, et en le posant, la Nature évolutive, en l'homme, se place elle-même en face d'un choix critique qu'il lui faudra résoudre un jour dans le vrai sens, si l'espèce doit atteindre son but ou même survivre. L'élan évolutif pousse à un développement de la Force cosmique dans la vie terrestre, et ce développement a besoin d'un être mental et vital plus large qui le soutienne, un mental plus vaste, une âme-de-vie, Anima, plus grande, plus vaste, plus consciente, unanimisée ; et cela exige en outre que l'Âme, le Moi spirituel qui soutient tout au-dedans, se dévoile pour soutenir ce développement.", Sri Aurobindo, La vie divine, chapitre 56.

Niranjan Guha Roy -Protection de Sri Aurobindo

vendredi 25 octobre 2019

MÉDITATION PAR CONCENTRATION POUR DÉCOUVRIR L'ETRE PSYCHIQUE.



Vivékânanda, dans l'un de ses ouvrages, conseille de se retirer de ses pensées, de les laisser se produire à leur guise dans le mental, et simplement de les observer et de regarder ce qu'elles sont. C'est ce que l'on peut appeler se concentrer dans l'observation de soi-même.

Cette forme de concentration conduit à une autre qui élimine du mental toute pensée pour le laisser comme une sorte de vide pur et vigilant où la connaissance divine peut venir s'imprimer sans être brouillée par les pensées inférieures du mental humain ordinaire, avec la clarté d'une écriture à la craie blanche sur un tableau noir. Vous verrez que la Guîtâ parle de ce rejet de toute pensée mentale comme de l'une des méthodes de yoga, et c'est même la méthode qu'elle semble Préférer. On peut l'appeler dhyāna de libération, puisqu'elle libère le mental de l'esclavage du processus mécanique de la pensée et lui permet de penser ou de ne pas penser, comme il lui plaît et quand il lui plaît, de choisir ses propres pensées, ou encore d'aller au-delà de la pensée vers la pure perception de la Vérité appelée, dans notre philosophie, vijñāna.

***

On peut se concentrer dans n'importe lequel des trois centres: celui qui offre au sâdhak le plus de facilité, ou celui qui donne le plus de résultats. La concentration dans le centre du cœur a le pouvoir d'ouvrir ce centre et, par la puissance de l'aspiration, de l'amour, de la bhakti, de la consécration, d'ôter le voile qui recouvre et dissimule l'âme ou être psychique, d'amener celui-ci au premier plan pour qu'il gouverne le mental, la vie et le corps, qu'il les oriente tous pleinement vers le Divin et les ouvre à Lui, en éliminant tout ce qui s'oppose à cette orientation et à cette ouverture.

C'est ce que, dans notre yoga, nous appelons la transformation psychique. La concentration au-dessus de la tête a le pouvoir d'apporter la paix, le silence, de permettre à l'être d'oublier le corps, de le libérer de l'identification avec le mental et la vie, et d'ouvrir la voie à la conscience inférieure (mentale, vitale et physique) afin qu'elle s'élève à la rencontre de la conscience supérieure; afin aussi que les pouvoirs de la conscience supérieure (nature spirituelle) descendent dans le mental, la vie et le corps. C'est ce qui s'appelle, dans notre yoga, la transformation spirituelle. Si l'on commence par ce mouvement, le Pouvoir d'en haut doit, en descendant, ouvrir tous les centres (y compris le centre le plus bas) et faire émerger l'être psychique, car jusqu'à ce que cela soit fait, la conscience inférieure engendrera vraisemblablement beaucoup de difficultés et de luttes en faisant obstruction à la descente de l'Action divine, en se mélangeant à elle ou même en la rejetant. Dès que l'être psychique est actif, cette lutte et ces difficultés peuvent être réduites au minimum.

La concentration entre les sourcils a le pouvoir d'ouvrir le centre qui s'y trouve, de libérer le mental intérieur et la vision, la conscience intérieure ou yoguique, ses expériences et ses pouvoirs. À partir de là, on peut aussi s'ouvrir vers le haut et agir sur les centres inférieurs; mais le danger, en procédant ainsi, est que l'on risque de s'enfermer dans ses propres formations mentales-spirituelles et de ne plus en sortir, au lieu d'entrer dans l'expérience spirituelle libre et intégrale, dans la connaissance et dans la transformation intégrale de l'être et de la nature.



* * *



L'effort est une tentative pleine de tension. Il peut y avoir dans l'action une volonté qui ne contient ni tension ni effort.

Tension et concentration ne sont pas la même chose. La tension implique une ardeur excessive et une violence dans l'effort, alors que la concentration est par nature tranquille et régulière. S'il y a agitation ou ardeur excessive, alors ce n'est pas de la concentration.

Appel de l'âme par Niranjan Guha Roy


lundi 8 décembre 2014

CITATIONS DE SRI AUROBINDO SUR LA DEVOTION.



Sri Aurobindo, Synthèse des yogas, tome II, p.405 :
[L]'amour revient avec bonheur à une différence dans l'unité et que, par cette différence, l'unité devient plus riche et plus douce.
Synthèse des yogas, tome II, p.419 :
Pour qu'un yoga de la dévotion ait la moindre possibilité d'exister, nous devons supposer, premièrement [...] un Être conscient ; deuxièmement [...] il vient à notre rencontre dans l'univers ; troisièmement [...] il est capable d'avoir des relations personnelles avec nous et par conséquent qu'il ne doit pas être incapable de personnalité [...]. Cela ne veut pas dire que la nature du divin soit exactement la même que notre nature humaine [...].
Synthèse des yogas, tome II, p.424 :
En tout cas de par sa nature même, l'amour a nécessairement un double accomplissement : le premier, par lequel l'amant et le bien-aimé jouissent de leur union dans la différence, et aussi de toute la vérité qui augmente la joie de l'union, et le second par lequel ils de fondent l'un en l'autre et deviennent un Moi unique.
  

mardi 14 août 2012

CONFRONTATION ENTRE SRI AUROBINDO ET KEN WILBER.

Cet article est une reprise de mon Carnet philosophique recorrigée en partie en mai 2025.

CE QUE KEN WILBER DIT DE CETTE CONFRONTATION.



On notera que Ken Wilber n'oublie jamais de mentionner Sri Aurobindo parmi ceux qui nourrissent le mouvement intégral. Dans ses schémas de développement de la conscience, Ken Wilber reprend clairement les termes d'overmind (surmental) et de supramental. Ken Wilber laisse bien ouverte la perspective d'une évolution au-delà du mental et donc de ce qui caractérise notre humanité.

Mais Ken Wilber laisse sous-entendre qu'il a une vision plus claire que Sri Aurobindo du point de vue de ses quadrants extérieurs et collectifs. Il est vrai que l'évolution des mentalités chez Ken Wilber a été nourrie des travaux scientifiques de Clare Graves ou de Don Beck renforcés par ceux de Piaget ou d'autres psychologues. Ces approches permettent de faire un parallèle entre développement culturel et développement psychique de l'enfant.

LA MECONNAISSANCE DE LA THEORIE DU DEVELOPPEMENT DE SRI AUROBINDO PAR KEN WILBER.

Sri Aurobindo a deux façons de considérer le développement humain et non pas une.

1 - Celle qui se rapproche de Ken Wilber est celle qui envisage un développement culturel en fonction de la taille des groupes humains : famille, tribu, ethnie, nation, fédération international comprenant des figures intermédiaires comme les empires, les royaumes, etc. qui préfiguraient ce qui se dessine. Bien sûr, chaque échelle fonctionne suivant une certaine mentalité qui en assure la cohérence et en légitime l'organisation.


2- La deuxième à la fois se rapproche de celle de Wilber mais aussi s'en détache.


Même schéma que précédemment mais réinterprété à la lumière de Douglas Harding



Ce schéma de Ken Wilber suggère qu'il existe des catégories d'éveil liés à différents niveaux de développement mental qu'il soit individuel ou collectif. En effet, chacun en grandissant traverse ces étapes psychologiques ou sociales et les diverses communautés culturelles ont un centre de gravité à une échelle ou l'autre de ce développement ascendant. Il y a là un point d'accord important avec les thèses de Sri Aurobindo (ou l'expérience dont il témoigne si l'on veut être précis). En effet, pour Sri Aurobindo, le Nirvana peut être réalisé sur différents plans de développement qu'ils soient d'ordre vital (prémental), d'ordre mental ou surmental (intuitif). Cet éveil au Nirvana, qui en quelque sorte déréalise les phénomènes n'est pas un éveil évolutif proprement dit. On conviendra qu'un éveil évolutif nous donnerait la clé spirituelle permettant une ascension verticale des niveaux de développement dans un état de conscience non duelle. D'où le schéma que j'ai proposé en illustrant les niveaux grossiers (naturel), subtil, causal et non duel du point de vue de la vision sans tête:
Schéma du développement psychospirituel relié à l'ETRE et au DEVENIR évolutif.

Dans ce schéma, il y aurait un facteur d'éveil dans les subtilités de l'état non duel qui œuvrerait à l'évolution des degrés de développement. On peut peut-être représenter ce facteur ainsi du point de vue de Wilber :

Et c'est sur ce point qui 
selon nous, reste imprécis chez Ken Wilber hormis la référence à un Eros, un Telos que Sri Aurobindo nous apporte des lumières de sa propre expérience.

Car ces schémas précédents traduisent fort mal voire trahissent la vision développementale que propose Sri Aurobindo. 
En effet, chez Sri Aurobindo, cette vision se propose d'intégrer la vision traditionnelle d'une forme de décadence des époques telle qu'on la trouve dans les textes hindous ou telle qu'un Guénon l'a formulée. Elle propose si on la traduit au niveau développemental individuel d'expliquer comment le regard si pur et si dénué de dualité du bébé se perd dans une forme d'égocentrisme lorsque se produit la mentalisation de la conscience de l'enfant. La vision développementale de Sri Aurobindo implique alors des critiques sur la vision du développement de l'enfant à l'adulte, ces critiques valent sur la vision qu'a développé Ken Wilber. Elles portent tout autant sur ce qui concerne la vision développementale des mentalités sociales.

A ce propos ne négligeons pas les textes de Sri Aurobindo sur l'éducation qui nous donnent des indications précises sur sa théorie du développement de l'enfant et qui met toujours en jeu l'âme et l'œuvre de descente de la Mère (ou Esprit du Monde, Devenir cosmique, si l'on veut préciser un peu ce que désigne le Principe Mère chez Sri Aurobindo).


Les pionniers de l'aventure spirituelle en Egypte auraient aussi approcher une expérience surmentale. 
Ces dernières années, la psychologie de l'enfant a montré que ceux-ci intuitionnaient, par exemple,  le concept d'oiseau distinct du concept d'avion avant même de distinguer clairement une pie et un corbeau, un monoplace d'un avion de ligne : à vrai dire, parler de concept en ce qui concerne l'enfant est imprécis car il ne s'agit pas encore d'un mot mais d'un symbole intérieur, d'une idée au sens platonicien. 
Un  Stephen Jourdain évoquait aussi à ce sujet un retour à l'enfance où il y a un vécu direct des essences dont la magie symbolique nous échappe une fois la mentalisation arrivée à l'âge adulte, dans la mesure où elle a pu mettre en place l'illusion psychologique de l'ego.

Partant de cette analyse développementale de l'enfant, il y a l'idée que l'être psychique, l'âme en croissance, l'authentique principe de singularisation et d'individuation de la conscience universelle, de vie en vie, assure l'évolution dans son processus proprement individuel est présent autant à l'aube de l'humanité qu'à l'aube de l'enfance. Il y a l'idée que, l'expérience mentale augmentant, cette pureté de départ s'étiole. Si on en revient à l'évolution sociale, comme le suggère Le cycle humain de Sri Aurobindo, la force intuitive de la pensée symbolique se serait de plus en plus sclérosée dans une société conservatrice et prisonnière des conventions qui lui avaient donné un certain équilibre harmonieux.
Pour Sri Aurobindo, le système social qui, primitivement, avait été holarchique (au sens de Wilber) est alors peu à peu devenu hiérarchique. L'âge typal, terme technique utilisé par Sri Aurobindo, est une première étape dans cette évolution : il fige des castes même si leurs membres sont tous considérés encore d'une même dignité et que certaines sociétés mettaient encore en valeur le lien entre naturel spirituel et appartenance à une caste conçue comme un mode de développement spirituel privilégié. Le cycle Humain paraît très clair à ce niveau. A vrai dire, si la vision de Sri Aurobindo est juste et, si comme nous le croyons, il décrit la dégénérescence d'un système holarchique, la pensée de Ken Wilber qui pointe la nécessité d'un système holarchique social peut en être quelque peu ébranlée. 

Pour Sri Aurobindo, la raison est le rempart à la dérive traditionnaliste et à son effritement féodal quand déjà le pouvoir réel n'appartient plus à des chercheurs spirituels mais à des gardiens de dogmes et en général aux hommes d'armes. Là encore, il y a un nouvel écart avec la pensée de Ken Wilber et plus largement avec celle que la spirale dynamique promeut. 
Le stade égocentrique guerrier ne suivrait pas alors le stade tribal. Ce stade dit égocentrique serait plutôt un stade héroïque et, toujours en suivant Sri Aurobindo, il aurait produit la pensée symbolique la plus raffinée par l'union en cités et en royaume. Considérer un soi-disant stade égocentrique guerrier de l'enfant serait plutôt notre projection négative sur lui, alors que lui doit passer par un stade héroïque où il doit dire non au risque de perdre son confort. Le fameux "stade du non", si on suit Sri Aurobindo et ses disciples ne serait peut-être pas celui de la constitution de l'égocentrisme. On peut y voir l'impulsion vitale du processus d'individuation comme singularisation, si on admet que l'individualisation résultant du stade du miroir voit l'émergence d'un complexe égoïque où s'envisage notre individualité du point de vue de l'autre. Cet héroïsme qui interrompt la bonne marche du mimétisme qui, jusque là, prédomine dans l'individualisation est un passage décisif si on veut que l'âme ou l'être psychique de l'enfant demeure en avant. 
Ce serait plutôt notre incapacité d'entendre ce "non" qui se transformant en violence éducative au lieu et place d'une éducation amenant à une compréhension juste de conventions sociales respectueuses de la singularité des enfants. Actuellement ceci produit des êtres à leur tour violents et développe une agressivité égocentrique qui étouffe la plupart du temps toute influence psychique proprement individuante. 
On sait maintenant que dans la cours d'école ou même la crèche celui qui a été frappé frappe, que celui qui a blessé psychiquement blesse, etc. sauf exception.


A vrai dire, le processus d'individualisation n'a pas chez Ken Wilber une dimension ontologique comme chez Sri Aurobindo. Ken Wilber nous parle d'individualisation mais pas d'individuation proprement dite. Chez Sri Aurobindo, il y a une dimension de singularité préexistante qui s'individue derrière l'apparente individualisation dans la manifestation qu'est l'ego : ceci n'a pas de réel équivalent chez Ken Wilber. Cette conception implique certaines pratiques psychospirituelles dont il n'est guère question dans les théories développementales de Ken Wilber. 
D'ailleurs, cette ignorance conduit à produire des kits d'éveil évolutif qui seraient pertinents pour tous comme n'importe quel produit de consommation standard. 

Par ailleurs, pour Sri Aurobindo, le féodalisme est l'aboutissement du traditionalisme et de l'affaiblissement de la recherche spirituelle ouverte et non pas le fait d'une mentalité centrée sur l'affirmation guerrière de soi. D'ailleurs, l'importance de l'honneur est typique du féodalisme et elle n'est guère une valeur égocentrique au sens individualiste. A vrai dire, le vital du guerrier est plus large dans ses possibilités que le vital étriqué du prêtre traditionaliste. Le déséquilibre du guerrier féodal va réveiller la voie spirituelle du cœur. 
Dans notre littérature occidentale, il y a ce lien entre le cœur et une conduite chevaleresque authentique.
 

Mais le cœur peut être fanatique, même quand il relativise la rudesse de l'honneur. Templiers et chevaliers teutoniques sont caractéristiques. 
L'âge moderne de la raison est donc un sursaut dans le cercle de l'histoire mentale : l'individu grâce à l'universel peut de nouveau être sa propre autorité et reprendre ses droits contre le féodalisme et les tendances fanatiques issues du traditionalisme. 
Ici nous avons un point de recoupement et d'accord entre Sri Aurobindo et Ken Wilber.

Mais ce qui suit ce stade consacre de nouveau une rupture entre les deux approches. 
Pour Sri Aurobindo, la raison n'est pas encore la subjectivisation qui va marquer le romantisme ou l'art de vivre moderne du XIXème plus encore que les Lumières ou le rationalisme du XVIIème. 
Le mental subjectiviste permet alors une expression d'une identité non pas seulement à valeur universelle mais à consonance individuante.


Là se présente le risque identitaire dont le XXème siècle a finalement été le témoin dramatique et dont la menace dans les urnes semble persistante en ce début de XXIème siècle. 
Là où Ken Wilber ou d'autres défenseurs de la spirale dynamique expliquent les catastrophes nazies ou nationalistes comme des retours à la prémodernité, Sri Aurobindo pointe un danger différentialiste inhérent à ce qu'on peut appeler une forme de postmodernité vitaliste. 
La postmodernité est entendue ici comme subjectivisation et non comme relativisme suite à la disparition de la domination des grands récits au sens de la spirale dynamique wilbérienne. La majorité morale américaine ou le Tea Party aux USA ou,  en France, le FN et les gens de droite ou de gauche qui en partagent de nombreuses valeurs représentent aujourd'hui ce danger.

Et donc, selon Sri Aurobindo, c'est la spiritualisation du subjectivisme (individuel et social) qui pourra éviter les dangers de la subjectivisation égocentrique, voire égoïste ou agressive. 
Si on veut bien regarder le développement des individus, on verra que l'acquisition de la raison est globalement satisfaisante jusqu'à l'adolescence, mais qu'alors commence un processus de subjectivisation dans nos sociétés postmodernes qui parfois ne trouve aucune issue spirituelle.
Pour Sri Aurobindo, la démocratie elle-même qui est le système politique de cette mentalité de la subjectivisation se trouve prise dans une crise de croissance qui ne pourrait avoir une issue qu'avec une forme d'anarchisme mystique où l'individuation dans le cœur susciterait une organisation d'une souplesse jamais vue. 

Il envisage comme une dialectique entre des visions collectivistes (de droite, communautaristes voire fascistes et de gauche, communistes ou socialistes) et individualistes (de droite ultralibérale et de gauche libertaire-libérale) de la démocratie qui n'auront de satisfaction dans leurs exigences légitimes qu'avec un anarchisme mystique. 
L'ashram de Sri Aurobindo fonctionnait d'ailleurs en ce sens au niveau matériel puisque tout était mis en commun et redistribué en fonction des besoin de chacun. 
Auroville, la cité du future, a été impulsée en ce sens par Mère, Mirra Alfassa. Comme Auroville n'était pas autosuffisante économiquement, Mère a invité tout de même fortement à relativiser, dans le même sens, l'importance de l'argent et à éviter toute pratique de propriété individuelle familialement transmissible. 
Toute cette dialectique économique qui vise à passer d'une société centrée sur l'avoir à une société centrée sur l'être semble étrangère à Wilber et ses soutiens majeurs américains dans le champ spirituel. 
On a souvent l'impression que la réussite matérielle est la base de la réussite spirituelle dans le mouvement intégral côté Ken Wilber. A Auroville ou à l'ashram de Sri Aurobindo, cette réussite matérielle n'a jamais été autant au centre. Wilber est-il conscient qu'il induit la réussite matérielle comme garante de l'intégration de la mentalité moderne ? Cette inconscience montre sa non intégration des idées du vivre-ensemble issue de la tradition de gauche la plus radicale. Pierre Leroux, la théosophie, Tolstoï ou Gandhi après Thoreau ont pourtant porté de telles valeurs dans des communautés de style anarchiste. 
A vrai dire, Ken Wilber est prisonnier ou victime des préjugés américains de base tels que Weber les a décrit dans L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme où au fond la réussite matérielle garantit la valeur spirituelle d'une entreprise. 


Rares aux USA, ceux qui échappent à ce préjugés. En Europe, la pensée de la gauche radicale a assez souvent été proche d'une certaine recherche spirituelle. En France, on évoquera Del Vasto, disciple de Ghandi chantre de la frugalité et inspirateur de nombreux gaucho-écologistes, comme récemment Pierre Rabbhi. On évoquera aussi Emmanuel Mounnier, Jacques Ellul, chrétiens proches d'une gauche libertaire et leurs expériences communautaires. Un peu plus loin en arrière, il y a Jaurès, disciple secret de Pierre Leroux, vraisemblablement le premier intégraliste complet, le premier à penser une spiritualité intégrale non religieuse car au-delà de la confrontation de diverses religions. Et bien sûr on ne peut pas omettre Jean-Jacques Rousseau, auxquels Leroux et Jaurès se réfèrent. Rousseau est d'ailleurs le père de l'éducation nouvelle dont se réclame Auroville,  et il est l'inspirateur de la démocratie radicale non représentative dont sont héritières toutes les formes d'anarchisme libertaire.


Certes Sri Aurobindo et ses disciples seraient d'accord avec Ken Wilber et certains de ses défenseurs pour dire qu'il y a égale dignité mais inégalité spirituelle. Mais cette inégalité spirituelle ne sera pleinement claire que du point de vue d'une spiritualité poursuivant un processus d'individuation abouti. En fait, cette évidence de l'inégalité spirituelle ne sera pas contraire à une politique démocratique radicale. La différence spirituelle ne mettra pas en jeu l'appropriation, la reconnaissance ou la reproduction mais l'évolution biologique elle-même. D'ailleurs, dans l'ashram de Sri Aurobindo, tout le monde était égal avant 1926, date du premier Darshan. Au départ, Sri Aurobindo et Mère n'avaient pas plus de pouvoir décisionnel et de reconnaissance que les autres dans ce qui était avant tout un laboratoire de l'évolution. Ce n'est que l'écart de plus en plus évident pour tous dans l'évolution qui avait conféré un statut spécial à Sri Aurobindo et Mère. Mais ceci dit, Mère ou Sri Aurobindo donnaient des conseils et des avis plus que des ordres intransigeants. Ils ne mettaient pas en avant la voie du gourou, aidant chacun à trouver le guide de l'individuation du Divin en son cœur. Ils demandaient à leurs disciples de ne pas adorer mais d'évoluer. Il s'agit sur cette voie de s'appuyer sur le besoin d'être de l'âme vraie qui doit s'arracher à l'ego et ses désirs. La base solide de départ de cette voie est l'éveil à cette individuation qui a sa source dans le fond du cœur au centre du torse. Une fois cet être psychique authentique, mis en avant, peut commencer une participation de plus en plus consciente au Devenir évolutif. L'éveil du Soi est à cet égard insuffisant, selon cette voie, c'est à travers l'éveil à notre âme vraie au sein du Soi que précisément nous devenons le véhicule de l'évolution. L'intransigeance de cette voie ne devient saillante que lorsqu'il y a insincérité à l'encontre du besoin d'êtrede l'âme vraie. 
Auroville qui a été fondée du vivant de Mère est clairement démocratique même si, loin de son idéal, elle n'est pas encore une anarchie mystique telle que Mère l'envisageait. Elle n'est pas une action harmonieuse d'une pluralité d'âme qui ne font qu'un au service du Devenir évolutif.


Ainsi tout se jouait et se joue certainement pour la majorité d'entre nous entre subjectivisation et spiritualité tant au niveau de notre développement individuel qu'au niveau social et politique. 


LES DIFFERENCES ENTRE WILBER ET SRI AUROBINDO CONCERNANT L'EVOLUTION DE LA CONSCIENCE AU-DELA DE LA SPIRITUALISATION.



Les grandes différences d'accent développemental entre Wilber et Sri Aurobindo ne sont pas seulement au niveau individuel et collectif. Elles touchent au statut du rapport entre ce que Wilber nomme l'intérieur et l'extérieur dans ses quadrants.
Pour Sri Aurobindo et ses disciples, "Tout est conscience". Ce qui nous semble un point de vue extérieur est dû à une connaissance mentale indirecte et non à une conscience directe par identité élargie. L'évolution de la conscience se caractérise par une intériorisation de ce qui n'était qu'extérieur. 
Ainsi celui qui avancera sur le chemin de l'évolution distinguera de moins en moins de frontière entre son évolution et celle de toute l'humanité, entre son évolution biologique et l'évolution de la matière, etc. 
De ce point de vue, certaines interprétations des quatre quadrants de Wilber risquent de faire manquer la cosmicisation par intériorisation et le fondamental "TOUT est conscience".

A propos de "TOUT EST CONSCIENCE", dans ses Lettres sur le yoga, Partie 1 - Section 5, Plans et parties de l'être, Sous-section 1: La Conscience, Sri Aurobindo écrit:

"C'est donc cela la conscience: elle n'est pas composée de parties, elle est le fondement de l'être et donne elle-même une forme à toutes les parties qu'elle choisit de manifester, en les élaborant depuis le haut vers le bas dans une descente progressive depuis les niveaux spirituels vers l'involution dans la Matière, ou en leur donnant une forme au premier plan, dans un mouvement ascendant, par ce que nous appelons l'évolution. Si elle choisit de travailler en vous à travers le sentiment de l'ego, vous pensez que c'est le "je" clairement délimité qui fait tout; si elle commence à se libérer de ce fonctionnement limité, vous commencez à étendre votre sentiment du "je" jusqu'à ce qu'il éclate pour devenir infini et n'existe plus, ou vous vous en dépouillez et vous vous épanouissez pour devenir une immensité spirituelle. Évidemment, ce n'est pas là ce que la pensée matérialiste moderne appelle conscience, parce que cette pensée est assujettie à la science et ne voit la conscience que comme un phénomène qui émerge de la Matière inconsciente et qui consiste en certaines réactions de l'organisme aux objets extérieurs. Mais cela, c'est un phénomène de conscience, ce n'est pas la conscience elle-même, ce n'est même qu'une très petite partie de tous les phénomènes possibles de conscience, et cela ne peut donner aucune indication sur la Conscience, cette Réalité qui est l'essence même de l'existence.
C'est tout pour le moment. Il faudra que vous vous arrêtiez là-dessus - car c'est fondamental - avant qu'il soit utile d'aller plus loin.
"

A vrai dire, le quadrant fournit juste une interprétation de l'évolution de conscience. Car Wilber s'inscrit dans ce qu'il appelle la postmétaphysique et n'absolutise pas ses quadrants. Il juge qu'une expérience de conscience n'existe que relativement à une interprétation. Autrement dit, puisque le contexte d'interprétation exprime autant la valeur de l'expérience que l'expérience elle-même, comment dès lors penser une expérience de conscience surpramentale, c'est-à-dire l'existence d'un niveau de conscience au-delà du mental ? Si, vraiment, un être a une action dans le monde par-delà le mental, comment le contexte d'interprétation mental compterait-il encore ? La théorie de Wilber même si elle s'ouvre à un au-delà de l'homme en évoquant le supramental manque de cohérence sur ce point. Cela ne signifie-t-il pas que Ken Wilber n'a jamais eu le moindre aperçu d'une conscience supramentale dans son expérience spirituelle ? Car un tel aperçu relativiserait sans nul doute radicalement le niveau de conscience mentale. A vrai dire, le silence mental serait sans doute nécessaire pour s'avancer plus avant dans ce nouveau niveau de conscience et, s'il y a une considération mentale qui demeure, ce serait comme un commentaire lointain, une expression incomplète de ce qui resterait largement en dehors de sa compétence.

Dessin de Sujata commentant une expérience de Satprem, un disciple français de Sri Aurobindo.


Ken Wilber et sa postmétaphysique ne sont pas accordables en l'état à la fameuse citation de Sri Aurobindo : "Le supramental s'expliquera de lui-même".

Son art de penser n'est donc pas en l'état perméable à un surmental voire à un supramental. 

Nous avons tenté de concevoir un art de penser qui ne soit pas étanche à la venue d'un supramental dans un post précédent : Pensée totalisante et art de penser intégral. Mais cela n'est encore qu'une conception prisonnière de la sphère surmentale, telle que Sri Aurobindo en souligne les limites vis-à-vis d'une réalité supramentale.