mardi 28 juillet 2026

Notre façon de vivre les événements reflète le niveau de conquête ou non de notre double nature

 


 Dans le yoga de Sri Aurobindo et Mère, certains sadhaks réalisent à quel point le réel est la manifestation consciente du Divin, que rien n'est définitivement un obstacle au Divin et que la venue d'un nouveau degré de manifestation est inéluctable où la Joie, l'Amour, la conscience dans la matière seront évidentes.

Mais le vital aime le drame, le mental humain est arrogant, l'aspiration au beau, au vrai, au juste reste souvent étouffée ou restreinte en nous. 

Notre humanité est le plus souvent un masque grinçant occultant le sourire Divin au fond de notre âme.

Mais notre Fond Divin qui s'individue derrière ces rôles humains est patient. Des forces conscientes l'aident pour que nos egos et nos habitus humains soient de moins en moins rigides et fermés pour faciliter Sa manifestation.

Certains vivent déjà une foi venue de cette âme vraie, et de notre Fond Divin. Cette foi n'est pas réductible à une croyance mentale, un attachement vital ou un sentimentalisme fantasmatique. Cette foi vraie pressent sans percevoir, elle entrevoit ce qui sera réalisé à un moment donné.

Oui, il y a le point de vue humain, son physique, son vital, son mental balayés par des forces, des croisements de ses actions : l'espèce mentale que nous sommes ne contrôle plus rien de l'histoire en cours. Car l'histoire en cours n'est plus celle de l'émergence de l'homme ou de sa fin, l'histoire en cours est celle d'un nouvel être et du nouveau monde qui germe avec lui. 

Et, pour entendre cela, il y a le point de vue Divin, auquel ce yoga de Sri Aurobindo et Mère nous appelle. Découvrir que, en notre réalité ultime, nous sommes des enfants du Divin non pas créés mais engendrés sans jamais en être séparés, quelle joie ! Découvrir que notre humanité est le terrain d'émergence consciente du Divin et découvrir, de ce fait, que ce nouvel être, le nouveau monde qui émerge avec lui, l'exprimera bien mieux dans son individuation harmonique, quelle joie !

Il y a un vers de Savitri, livre III, Chant 2 qui me revient : 

" Suffering was lost in her immortal smile ", " souffrir se perdait dans son sourire immortel ". 

Ce n'est pas que de la poésie, cela peut être une expérience qui va s'approfondissant.

Toute la pression sur notre humanité irrespirable est de nous amener à respirer cette joie du divin et à l'incarner. Car les événements de maintenant ne sont pas pires en termes inhumains que dans les années 80 : on fusille toujours à Téhéran, on bombarde encore ici et là, les missiles nucléaires sont brandis au-dessus de nos têtes par des dirigeants sans maîtrise de leur vital. Les pluies acides et les trous préoccupants dans la couche d'ozone ont fait place aux dérèglements climatiques extrêmes. Etc.
La narcotisation des années 80 était déjà une réponse déréglée à cette pression.

Mais on est plus sensible peut-être. Certainement, la pression divine est plus forte, elle a réussi à nous rendre plus sensible. Notre aspiration à la paix a désormais des réponses plus fines que la narcotisation. Des années 40 à la fin des années 80, pour de plus en plus d'entre nous, toutes les réponses religieuses, politiques, morales ont fait long feu. 
La relaxation, la méditation,  la non dualité mainstream, etc. apportent une réponse moins dangereuse pour le corps. 
Et si l'aspiration à la paix reçoit des réponses, les autres aspirations ne sont pas forcément étouffées par ces spiritualités, il y a de l'espace pour l'aspiration au vrai, au bien, au juste et au beau est plus forte, c'est déjà des potentialités de davantage d'aspiration pure de nos âmes...
Car si on veut bien aller dans le feu de cette aspiration, ce sera le commencement concret d'un dévoilement conscient de notre divinité.
Certains se contenteront de la paix et de l'impersonnalité spirituelle, comme une quantité d'autres finissent dans l'impasse de la narcotisation.
Mais au fond de nous, nos âmes font des expériences et ne meurent pas même si leur individualisation d'expériences y laisse sa peau.

Le manque et l'insatisfaction qui crient, qui prient à l'aveugle sans savoir que c'est prier, sont aussi, en leur source dans les tréfonds de notre cœur, plénitude et joie de l'âme. Plénitude de notre identité d'Enfant Divin, de Soi avec une Âme de notre âme, Mahashakti, la Mère de âme d'Enfant Divin.

En fait, la difficulté majeure présente pour la plupart de ceux qui sont sincèrement en aventure spirituelle est notre double nature. Rares sont ceux qui peuvent dire que cette difficulté est derrière eux.

L'ouverture dans notre humanité entend et produit les cris, les prières de l'aspiration vraie, mais le vieil homme en cet humain que nous sommes maintient ses chaînes et ignore son Fond Divin. Son cri ne part pas consciemment des profondeurs de son cœur.  Ce n'est pas un cri nu, une prière pure. La boue du cynisme même avec son masque de douceur fausse tout. Les tentations du nihilisme justifient les pires actions catastrophiques. 

Et même si une réalisation d'un aspect du Divin que nous sommes prend place, le vieil homme persiste, avec le doute qui imprègne pathologiquement son mental physique.

La conquête du vital et du physique prend du temps, mais certaines âmes d'Enfant Divin peuvent aller à sa conquête de manière plus concentrée, sans hâte et sans impatience. 

Si arrive le temps où le Divin fait la sadhana, alors c'est clairement le temps du dévoilement Divin qui se révèle dans ce qui ressemblait jusque là à des efforts humains. 

Le problème de la conquête de cette difficulté de notre double nature se simplifie. Notre nature Divine en croissance l'emportera sur notre veille nature humaine soumise à toutes les forces obscures que notre défaillance lumineuse intérieure permet. 
Nous nous libérerons des jeux des pulsions,  des désirs et de leur assise mentale sociale, culturelle,  etc.

La victoire est certaine.

Plus nous nous libérerons de cette double nature, plus nous ouvrirons le chemin à cet être d'après, à une autre conscience que celle limitée à l'apogée du mental humain et de ses percées surmentales.

Et c'est l'heure de Dieu, c'est le Divin l'acteur ultime derrière tous nos masques. Nos masques défaitistes, nos masques de découragement, de fatigue existentielle, de nihilisme, de doutes, sont à retirer pour que nous redevenions de l'acteur gnostique Divin que nous sommes.

Yes ! "suffering was lost in her immortal smile".

Joie du yoga intégral ! 
 
 

 

dimanche 26 juillet 2026

Face à notre double nature, repérons notre vital autoritaire selon Sri Aurobindo.


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Dans la nature, cette résistance revêt certaines formes caractéristiques qui viennent accroître la confusion et ajoutent à la difficulté de la transformation. Il est donc nécessaire de décrire quelques-unes de ces formes, car elles sont suffisamment fréquentes, à un degré plus ou moins grand suivant les personnes, pour exiger d'être démasquées avec vigueur et clarté.

1. Une certaine vanité, une arrogance, une véhémence radjasique dans la façon de s'affirmer qui, dans ce petit être vital, sont, chez ceux qui ont une vigueur particulière sur ces plans, une déformation de la force et de l'habitude vitales de diriger et de dominer qu'ils possèdent grâce à certaines qualités du vital supérieur. Tout cela s'accompagne d'un amour-propre excessif qui engendre le besoin de briller, de maintenir sa position et son prestige à n'importe quel prix voire de poser devant les autres, de les influencer, de les commander ou de les "aider" en s'arrogeant un rôle de sâdhak supérieur doté d'une connaissance plus grande et de pouvoirs occultes. L'être vital supérieur lui-même doit remettre ses pouvoirs et ses capacités entre les mains de la Shakti divine d'où ils lui viennent et il ne doit s'en servir qu'en tant qu'instrument de la Mère et conformément à ses directives ; s'il fait intervenir les revendications de son ego et s'interpose entre la Mère et le travail, ou entre elle et les autres sâdhak, il dévie du vrai chemin, quel que soit son pouvoir naturel, gâche le travail, introduit des forces adverses et des mouvements faux et nuit à ceux qu'il s'imagine aider. Quand ces défauts affectent la petitesse de la nature vitale inférieure et de la personnalité extérieure, prennent des formes plus basses et plus mesquines, ils deviennent plus contraires encore à la Vérité, incongrus, grotesques, et en même temps ils peuvent être d'une malfaisance perverse, même si leur champ d'action est réduit. Il n'est pas de meilleure façon d'introduire les forces hostiles dans le travail général ni de vicier sa sâdhanâ et de l'exposer à l'influence adverse. À un moindre degré, ces défauts: vanité, arrogance, violence radjasique, se retrouvent dans la plupart des natures humaines. Ils peuvent revêtir d'autres formes, mais n'en sont pas moins un grand obstacle à tout changement spirituel véritable.


2. Désobéissance et indiscipline. Cette partie inférieure de l'être est toujours capricieuse, récalcitrante, autoritaire et peu disposée à accepter qu'on lui impose un ordre ou une discipline contraire à son idée ou à ses impulsions. Dès le début, ses défauts barrent la route aux efforts du vital supérieur lorsqu'il veut imposer à la nature une tapasyâ vraiment régénératrice. Cette habitude de désobéir à la discipline et de refuser de s'y conformer est si forte qu'elle n'a pas toujours besoin d'être intentionnelle ;  elle semble être un réflexe immédiat, irrésistible, instinctif. Ainsi l'on promet et professe maintes fois obéissance à la Mère, mais les actes ou la direction suivie sont fréquemment contraires à la promesse ou à la profession de foi. Cette constante indiscipline est un obstacle radical à la sâdhanâ et le pire exemple que l'on puisse donner aux autres.


3. Dissimulation et fausseté dans les paroles. C'est là une habitude extrêmement pernicieuse de la nature inférieure. Ceux qui ne sont pas droits ne peuvent tirer profit de l'aide de la Mère, car ils l'écartent eux-mêmes. A moins qu'ils ne changent, ils ne peuvent pas espérer la descente de la Lumière et de la Vérité supramentales dans le vital inférieur et dans la nature physique; ils restent enlisés dans une boue de leur propre fabrication et ne peuvent pas progresser. Souvent, ce qui ressort chez le sâdhak, ce n'est pas simplement une exagération ou une imagination abusive qui brode autour de la vérité réelle, mais aussi un refus catégorique et une altération des faits autant qu'une dissimulation qui les déforme. Cela, il le fait tantôt pour couvrir sa désobéissance ou sa ligne de conduite fausse ou suspecte, tantôt pour conserver sa situation, tantôt pour parvenir à ses fins ou céder à ses habitudes et à ses désirs préférés. Quand le sâdhak a ce genre d'habitude vitale, il obscurcit souvent sa propre conscience et ne se rend pas tout à fait compte de la fausseté de ses paroles ou de ses actes;  mais la plupart du temps, il n'est même pas possible d'invoquer pour lui cette excuse maladroite.


4. Une dangereuse habitude de se justifier constamment. Quand cette habitude se fortifie chez le sâdhak, il est impossible d'orienter cette partie de son être vers la vraie conscience et l'action vraie parce qu'à chaque instant, sa seule préoccupation est de se justifier. Son mental se précipite aussitôt pour défendre son idée, sa position ou sa ligne de conduite. Et cela, il est prêt à le faire par n'importe quel argument - parfois le plus maladroit et le plus sot, ou le plus contraire à ce qu'il proclamait la minute d'avant -, par n'importe quelle déclaration mensongère, n'importe quel stratagème. Cet abus est fréquent dans le mental pensant, mais ce n'en est pas moins un abus; chez le sâdhak, il prend des proportions exagérées et tant que celui-ci y reste attaché, il lui est impossible de voir ou de vivre la Vérité.


Quelles que soient les difficultés de la nature, si long et pénible que soit le processus de rectification, elles ne peuvent pas indéfiniment tenir tête à la Vérité si, dans ces parties de l'être, l'esprit, l'attitude et l'effort vrais sont présents ou peuvent être amenés. Mais si, par amour-propre, entêtement ou inertie tamasique, le sâdhak continue à fermer les yeux ou à endurcir son cœur à la Lumière, tant qu'il en sera ainsi, nul ne pourra l'aider. Le consentement de l'être tout entier est indispensable à la transformation divine, et c'est la totalité de ce consentement, sa perfection, qui constitue la soumission intégrale. Mais il ne suffit pas que le consentement du vital inférieur prenne la forme d'une simple profession de foi mentale ou d'une adhésion sentimentale passagère; il faut qu'il se traduise par une attitude permanente et une action persévérante et cohérente.

Notre yoga ne peut être fait jusqu'au bout que par ceux qui sont prêts à s'y engager totalement et à abolir leur petit ego humain et ses exigences afin de se découvrir eux-mêmes en le Divin. Il ne peut pas être fait dans un esprit de légèreté ou de laxisme; l'entreprise est trop haute et trop difficile, les pouvoirs adverses dans la Nature inférieure trop prêts à profiter du moindre assentiment ou de la plus petite ouverture; l'aspiration et la tapasyâ sont trop constamment et trop intensément nécessaires. Il ne peut pas être fait si les idées du mental humain s'affirment avec humeur ou si on se laisse délibérément mener par les exigences, les instincts et les prétentions de la partie la plus basse de l'être que l'on justifie en général sous l'étiquette de nature humaine. Il ne peut pas être fait si l'on persiste à identifier les bassesses de l'Ignorance à la Vérité divine ou même à la vérité moindre permise sur le chemin. Il ne peut pas être fait si l'on se cramponne à son moi passé et à ses vieilles formations, ses vieilles habitudes mentales, vitales et physiques. Il faut constamment laisser derrière soi ses moi passés pour voir, agir et vivre à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Il ne peut pas être fait si vous réclamez la "liberté" pour votre mental humain et votre ego vital. Toutes les parties de l'être humain ont le droit de s'exprimer et de se satisfaire comme elles l'entendent, à leurs risques et périls, si tel est le choix de l'homme tant qu'il mène la vie ordinaire. Mais prendre le chemin du yoga, dont le seul objet est de substituer à ces choses humaines la loi et le pouvoir d'une Vérité plus grande, et dont la méthode est essentiellement une soumission à la Shakti divine, et continuer en même temps à revendiquer cette prétendue liberté, qui n'est rien d'autre qu'un esclavage à certaines forces cosmiques ignorantes, c'est se complaire dans une aveugle contradiction et revendiquer le droit de mener une double vie.", 

Lettres sur le yogaVolume 3. Section 4, 3. La transformation du vital, p257-260