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mardi 28 juillet 2026

Notre façon de vivre les événements reflète le niveau de conquête ou non de notre double nature

 


 Dans le yoga de Sri Aurobindo et Mère, certains sadhaks réalisent à quel point le réel est la manifestation consciente du Divin, que rien n'est définitivement un obstacle au Divin et que la venue d'un nouveau degré de manifestation est inéluctable où la Joie, l'Amour, la conscience dans la matière seront évidentes.

Mais le vital aime le drame, le mental humain est arrogant, l'aspiration au beau, au vrai, au juste reste souvent étouffée ou restreinte en nous. 

Notre humanité est le plus souvent un masque grinçant occultant le sourire Divin au fond de notre âme.

Mais notre Fond Divin qui s'individue derrière ces rôles humains est patient. Des forces conscientes l'aident pour que nos egos et nos habitus humains soient de moins en moins rigides et fermés pour faciliter Sa manifestation.

Certains vivent déjà une foi venue de cette âme vraie, et de notre Fond Divin. Cette foi n'est pas réductible à une croyance mentale, un attachement vital ou un sentimentalisme fantasmatique. Cette foi vraie pressent sans percevoir, elle entrevoit ce qui sera réalisé à un moment donné.

Oui, il y a le point de vue humain, son physique, son vital, son mental balayés par des forces, des croisements de ses actions : l'espèce mentale que nous sommes ne contrôle plus rien de l'histoire en cours. Car l'histoire en cours n'est plus celle de l'émergence de l'homme ou de sa fin, l'histoire en cours est celle d'un nouvel être et du nouveau monde qui germe avec lui. 

Et, pour entendre cela, il y a le point de vue Divin, auquel ce yoga de Sri Aurobindo et Mère nous appelle. Découvrir que, en notre réalité ultime, nous sommes des enfants du Divin non pas créés mais engendrés sans jamais en être séparés, quelle joie ! Découvrir que notre humanité est le terrain d'émergence consciente du Divin et découvrir, de ce fait, que ce nouvel être, le nouveau monde qui émerge avec lui, l'exprimera bien mieux dans son individuation harmonique, quelle joie !

Il y a un vers de Savitri, livre III, Chant 2 qui me revient : 

" Suffering was lost in her immortal smile ", " souffrir se perdait dans son sourire immortel ". 

Ce n'est pas que de la poésie, cela peut être une expérience qui va s'approfondissant.

Toute la pression sur notre humanité irrespirable est de nous amener à respirer cette joie du divin et à l'incarner. Car les événements de maintenant ne sont pas pires en termes inhumains que dans les années 80 : on fusille toujours à Téhéran, on bombarde encore ici et là, les missiles nucléaires sont brandis au-dessus de nos têtes par des dirigeants sans maîtrise de leur vital. Les pluies acides et les trous préoccupants dans la couche d'ozone ont fait place aux dérèglements climatiques extrêmes. Etc.
La narcotisation des années 80 était déjà une réponse déréglée à cette pression.

Mais on est plus sensible peut-être. Certainement, la pression divine est plus forte, elle a réussi à nous rendre plus sensible. Notre aspiration à la paix a désormais des réponses plus fines que la narcotisation. Des années 40 à la fin des années 80, pour de plus en plus d'entre nous, toutes les réponses religieuses, politiques, morales ont fait long feu. 
La relaxation, la méditation,  la non dualité mainstream, etc. apportent une réponse moins dangereuse pour le corps. 
Et si l'aspiration à la paix reçoit des réponses, les autres aspirations ne sont pas forcément étouffées par ces spiritualités, il y a de l'espace pour l'aspiration au vrai, au bien, au juste et au beau est plus forte, c'est déjà des potentialités de davantage d'aspiration pure de nos âmes...
Car si on veut bien aller dans le feu de cette aspiration, ce sera le commencement concret d'un dévoilement conscient de notre divinité.
Certains se contenteront de la paix et de l'impersonnalité spirituelle, comme une quantité d'autres finissent dans l'impasse de la narcotisation.
Mais au fond de nous, nos âmes font des expériences et ne meurent pas même si leur individualisation d'expériences y laisse sa peau.

Le manque et l'insatisfaction qui crient, qui prient à l'aveugle sans savoir que c'est prier, sont aussi, en leur source dans les tréfonds de notre cœur, plénitude et joie de l'âme. Plénitude de notre identité d'Enfant Divin, de Soi avec une Âme de notre âme, Mahashakti, la Mère de âme d'Enfant Divin.

En fait, la difficulté majeure présente pour la plupart de ceux qui sont sincèrement en aventure spirituelle est notre double nature. Rares sont ceux qui peuvent dire que cette difficulté est derrière eux.

L'ouverture dans notre humanité entend et produit les cris, les prières de l'aspiration vraie, mais le vieil homme en cet humain que nous sommes maintient ses chaînes et ignore son Fond Divin. Son cri ne part pas consciemment des profondeurs de son cœur.  Ce n'est pas un cri nu, une prière pure. La boue du cynisme même avec son masque de douceur fausse tout. Les tentations du nihilisme justifient les pires actions catastrophiques. 

Et même si une réalisation d'un aspect du Divin que nous sommes prend place, le vieil homme persiste, avec le doute qui imprègne pathologiquement son mental physique.

La conquête du vital et du physique prend du temps, mais certaines âmes d'Enfant Divin peuvent aller à sa conquête de manière plus concentrée, sans hâte et sans impatience. 

Si arrive le temps où le Divin fait la sadhana, alors c'est clairement le temps du dévoilement Divin qui se révèle dans ce qui ressemblait jusque là à des efforts humains. 

Le problème de la conquête de cette difficulté de notre double nature se simplifie. Notre nature Divine en croissance l'emportera sur notre veille nature humaine soumise à toutes les forces obscures que notre défaillance lumineuse intérieure permet. 
Nous nous libérerons des jeux des pulsions,  des désirs et de leur assise mentale sociale, culturelle,  etc.

La victoire est certaine.

Plus nous nous libérerons de cette double nature, plus nous ouvrirons le chemin à cet être d'après, à une autre conscience que celle limitée à l'apogée du mental humain et de ses percées surmentales.

Et c'est l'heure de Dieu, c'est le Divin l'acteur ultime derrière tous nos masques. Nos masques défaitistes, nos masques de découragement, de fatigue existentielle, de nihilisme, de doutes, sont à retirer pour que nous redevenions de l'acteur gnostique Divin que nous sommes.

Yes ! "suffering was lost in her immortal smile".

Joie du yoga intégral ! 
 
 

 

mercredi 10 juin 2026

Qu'est-ce que la bienveillance ? Regards sur l'Amour à la croisée de Mère et Sri Aurobindo. De l'importance de ne pas perdre de vue notre raison d'être !

 

La terre sur les genoux de Mère - Tableau de Niranjan Guha Roy


Être toujours bienveillant, sortir de la critique acerbe, ne plus voir le mal en toute chose, obstinément s’obliger à ne voir que la grande Présence bienveillante de la Grâce divine, et vous verrez que non seulement au-dedans de vous, mais autour de vous, une atmosphère de joie tranquille, de confiance paisible, d’espoir lumineux, se répandra de plus en plus ; et non seulement vous vous sentirez heureux et tranquille mais la plupart des désordres du corps disparaîtront.

Douce Mère, 22 août 1958


Mon commentaire dans le contexte vécu :

La bienveillance n'est ni laxisme ni sévérité. 

La bienveillance n'empêche pas la fermeté.

Être soumis à probation suite à une violence physique n'est pas une décision sévère, mais c'est une décision ferme qui entend être fidèle à notre raison d’être de protéger physiquement l'être nouveau comme on est censé protéger tout être humain fragile d'une menace physique évidente. 

A la demande de Mère, Niranjan et Amita ont accompagné entre autres deux aurovilliens avec des problèmes de violence physique.

Nous ne disons donc pas à quelqu'un de violent qu'il n'est pas fait pour le yoga intégral. Le développement moral n'est pas notre objectif premier. L'objectif demeure le développement spirituel. Mais avec qui et où ce développement spirituel est-il possible ? Avec qui et où sera-t-il facilité ?

Cependant cette personne violente est-elle prête pour intégrer un noyau, un groupe cœur censé protéger et favoriser l'émergence de l'être nouveau ?

Selon nous, elle aura certainement sa place dans d'autres cercles. Elle pourra progresser avec d'autres yogis du yoga intégral qui ont, eux, vocation à aider ce type de personne.

Si l'appel reçu, par nous, est celui de foncer en avant pour faciliter l'émergence de l'être nouveau, nous n'avons pas alors cet appel à aider les gens rencontrant des difficultés avec la sincérité face à la violence ou même à la colère. Redisons-le ; La violence et même la colère (qu'humainement on légitime comme indignation devant l'injustice) sont du point de vue de ce yoga des imperfections à mettre aux pieds de Mère (et non à justifier de quelque manière que ce soit). 

Si un noyau au service du yoga de Sri Aurobindo et Mère est appelé à devenir un cercle au milieu  duquel un être nouveau doit émerger, nous ne pouvons pas nous permettre de placer l'être nouveau dans cette difficulté lié à un entourage immédiat ouvert à de telles forces de mensonge et de fausseté.

A nous d'aider cette personne en difficulté avec les forces obscures de la violence à intégrer le cercle de développement qui lui convient si elle a l'aspiration à pratiquer le yoga intégral.

Ecoutons Sri Aurobindo, à quel Amour nous appelle-t-il ?


["L'Amour du Divin dans tous les êtres et la perception, l'acceptation constantes de son action en toutes choses".] C'est très bien dans le karma-yoga ordinaire qui a pour but l'union avec l'esprit cosmique et ne dépasse pas le surmental, mais ici un travail spécial doit être fait et une nouvelle réalisation s'accomplir pour la terre et non pour nous seuls. Il est nécessaire que nous nous tenions à l'écart du monde pour nous séparer de la conscience ordinaire, afin d'en faire descendre une nouvelle.

Non que l'amour pour tous ne fasse pas partie de la sâdhanâ, mais cela ne veut pas dire qu'il faille aussitôt se mettre à fréquenter tout le monde; il ne peut s'exprimer que par une bienveillance universelle, générale et, si besoin est, dynamique, mais pour le reste il doit s'appliquer à notre tâche, qui est de faire descendre la conscience supérieure et toutes les conséquences qu'elle entraîne pour la terre. Quant à accepter l'action du Divin en toutes choses, ici aussi c'est nécessaire, dans le sens où nous devons voir cette action même derrière nos luttes et nos difficultés, mais non pas accepter la nature de l'homme et le monde tels qu'ils sont: notre but est de progresser vers une action plus divine qui remplacera la manifestation actuelle par une manifestation plus grande et plus heureuse. Et cela aussi, c'est un labeur d'Amour divin.  

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5 juin 2026 - 10 juin 2026






dimanche 24 mai 2026

Face aux forces adverses et aux forces hostiles à l'harmonisation : le piège de la diabolisation

 


Le yoga intégral de Sri Aurobindo et Mère ou Purna yoga est d'abord une évolution concentrée de la Conscience incarnée.

Dans cette aventure de la Conscience, on peut prendre le point de vue d'un individu qui cherche le Divin.  L'individu cherche à participer de plus en plus consciemment à l'œuvre divine. Mais ce point de vue d'une évolution du chercheur individuel ne trouve son sens ultime qu'en finissant par prendre le point de vue du Divin qui trouve à se dévoiler en toute individualité. L'univers et en lui toute vie individuelle est d'abord le jeu aimant du Divin se manifestant innombrablement à lui-même.

Le yoga ou l'aventure de la Conscience du point de vue de l'individu rend crédible et rend inévitable la rencontre de forces adverses voire de forces hostiles à l'évolution de la Conscience. Comment expliquer sinon que le Divin ne soit pas dévoilé présentement en nous ? Comment tenir sinon que l'univers ne soit pas une illusion, qu'il soit bien le lieu de manifestation du Divin en lui-même ? Ne faut-il pas admettre l'existence de forces qui empêchent à l'évidence le Divin d'être perceptible immédiatement pour l'individu ?
Parmi ces forces, on peut évoquer celles produisant l'ignorance, celles rendant inconscient. Ce sont des forces impersonnelles. Mais il faudra bien admettre en outre, par expérience, qu'il y a des forces s'agglutinant à nos mauvaises volontés, la nourrissant, la renforçant, des forces qui les ancrent dans leur ignorance et leur inconscient. Évoluer en Conscience met alors en jeu des forces nous proposant du désir, des forces avec une volonté propre contraire au sens divin de l'évolution. Ce sont ces forces personnelles adverses qui rendent difficiles nos choix favorisant l'œuvre divine.

Nous avons pu ressentir que la résistance interne au progrès prend le chemin de résistances externes pour se renforcer : des forces hostiles facilitent l'œuvre de forces adverses.

"C’est ce que Sri Aurobindo et la Mère appellent les forces adverses. Ce sont des forces très conscientes, dont le seul but, apparemment, est de décourager le chercheur ou de le détourner du chemin qu’il s’est choisi. Le premier symptôme de leur présence est très perceptible : la joie se voile, la conscience se voile et tout est enveloppé d’une atmosphère de drame. Dès qu’il y a souffrance, on peut être sûr que l’ennemi est là. Le drame est leur lieu de prédilection, c’est là qu’elles peuvent faire le maximum de dégâts, parce qu’elles jouent avec un très vieux partenaire en nous, qui ne peut s’empêcher d’aimer le drame alors même qu’il crie assez. Leur premier soin, généralement, est de nous pousser à des décisions subites, extrêmes, irrévocables, qui mettront autant de distance que possible entre nous et le chemin choisi – c’est une vibration de plus en plus serrée, aiguë, qui veut s’exécuter immédiatement ; ou bien elles démonteront tout le mécanisme de notre recherche – avec une habileté remarquable, pour nous démontrer que nous nous faisons des illusions et que nous n’arriverons à rien ; ou bien, le plus souvent, elles créeront un état dépressif, jouant avec un autre partenaire bien connu, que Sri Aurobindo appelle l’homme de douleur : Un bonhomme qui se couvre d’un septuple manteau de tragédie et de tristesse, et qui ne sentirait pas son existence justifiée s’il ne pouvait être colossalement misérable 65", Satprem, Sri Aurobindo ou l'aventure de la Conscience.

Mais une fois admis qu'il existe de telles entités, nous y croyons parfois sans les voir précisément. Nous voici en train de spéculer sur leur emprise sur autrui sans même bien les percevoir en nous, sans les percevoir comme on peut voir concrètement au microscope un microbe pathogène nuire.

Parmi nous, les adeptes du yoga intégral, il y a une tendance dès lors à faire un usage des forces hostiles et adverses qui n'est pas sans me rappeler un certain catholicisme ou certains courants évangéliques dans leurs rapport aux forces démoniaques.

Certes, pour paraphraser Baudelaire, la plus grande ruse du démoniaque est de faire croire qu'il n'existe pas. Mais j'ajouterai avec l'expérience, que son mensonge le plus courant est de faire croire que la marionnette du démoniaque c'est l'autre, et que nous-même sommes injustement les jouets de ces attaques.

Écoutons d'abord Mère questionner notre idée que nous sommes injustement le jouet d'attaques adverses :

" Quand maintenant, quand les gens me parlent d'attaques menées par des forces adverses, j'ai toujours envie de leur dire : « L'adversité est en vous ! »

Je pense que c'est un moyen bien commode d'obtenir l'impunité… Car si vous êtes parfait, ils ne peuvent rien faire contre vous. C'est d'une évidence absolue. Ce sont les imperfections qui leur donnent du pouvoir. Ainsi, si nous changeons de perspective comme l'a fait Sri Aurobindo, nous verrons, comme il l'a dit, que les forces dites adverses sont tolérées parce qu'elles sont utiles pour éveiller les consciences à la nécessité de la transformation, à l'urgence de la purification.

25 mai 1968"

On se dédouane bien vite en mettant l'imperfection sur la force adverse qui nous attaque, oubliant de sonder la faiblesse en nous qui lui permet de le faire.

Maintenant, examinons le fait de croire que la marionnette du démoniaque, c'est l'autre.

"Tout être humain a une double nature s'il n'est pas né Asoura, Râkshasa ou Pishâtcha, et même ceux-ci, s'ils sont incarnés, ont un être psychique dissimulé quelque part, du fait de leur humanité latente. Mais par être double (ou double nature, dans ce sens particulier), on entend ceux dont l'être est nettement divisé en deux parties fortement contrastées et qui sont encore incapables d'exercer sur elles une maîtrise qui les relierait l'une à l'autre. Tantôt ils sont attirés vers les sommets et alors tout va bien, tantôt ils sont attirés par les abîmes et indifférents aux sommets ou n'ont même pour eux que sarcasmes et railleries et lâchent la bride à l'homme inférieur. Ou encore ils substituent aux sommets un volcan qui fume dans l'abîme. Ce sont des exemples extrêmes, mais d'autres, sans aller jusque là, sont tantôt une chose tantôt le contraire. S'ils convertissent l'homme inférieur ou découvrent leur être central, un tout harmonieux et vrai pourra se créer.", Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga, les difficultés sur le chemin.

Sri Aurobindo ici nous explique que presque tous avons une double nature.

Spirituellement, nous pourrions et devrions commencer par nous méfier de toute diabolisation unilatéral d'autrui. Qui sommes-nous pour juger que concernant cette double nature d'autrui, les forces divines ont été supplantées par les forces antidivines ? Parler d'asoura, de rakshasa, pishacha, etc. dans le vocabulaire du Yoga Intégral, ne change guère les faits, la diabolisation d'autrui a souvent conduit au pire.

Il y a des traits communs que je trouve préoccupants pour la sincérité spirituelle de celui qui associe bien rapidement quelque tournis de forces en lui à une attaque de forces adverses ou hostiles venues par le biais d'autrui, ce dernier étant unilatéralement prisonnier des forces antidivines.

Ce pratiquant du Yoga Intégral ne souscrit-il pas à des forces d'obscurantisme qui le font juger diabolique simplement une autre manière de vivre ? Satprem a été jugé asourique par des ashramites. Niranjan Guha Roy de même, y compris par des gens qui trouvaient injustes la diabolisation de Satprem par les ashramites. Dans le yoga intégral, le danger de diaboliser à tout va est donc bien réel.

Soyons clairs, s'il y a des forces adverses et des forces hostiles qui s'exercent à l'extérieur de nous contre nous par l'entremise d'une personne de notre entourage, celle-ci nous nuira aussi ostensiblement de manière visible. Il y a bien peu d'attaques venues par l'entremise d'une personne qui ne demeurent qu'occultes, tandis que la personne paraît parfaite en apparence sur le plan moral.

Les nuisances sont de plusieurs ordres.

La plus courante des nuisances visibles est qu'elle fera de fausses accusations. Diaboliser à tout va, c'est faire de fausses accusations. 

Et si je me surprends en train de diaboliser, je constate ma double nature dont parle le texte cité précédemment. Je ne suis pas un possédé à exorciser. Je suis un être non transformé pleinement dont l'ignorance permet à ces forces de déterminer mes comportements.

Comme Denis Marquet le remarque : la plupart des agressions, des violences et des guerres commencent avec l'idée que l'autre portait une violence en lui, que sa colère contre nous allait bientôt se manifester, qu'il allait de toute façon nous agresser et finir par nous attaquer. C'est l'argumentaire du pouvoir nazi qui a entraîné la seconde guerre mondiale, mais c'est aussi le propos d'un Poutine : selon lui, la volonté ukrainienne de vouloir appartenir à l'Otan, traduit une volonté d'agression qui nécessite une intervention armée préventive. Rappelons que l'Otan n'est pourtant qu'une alliance militaire qui garantit la défense de ses membres contre toute agression, l'Otan n'a aucun objectif impérialiste qui la structure. 

Ceux qui trouvent légitime l'argument des russes justifiant la guerre en Ukraine ne sont-ils pas dès lors des marionnettes des forces hostiles du Mensonge ? Ils vont surenchérir en invoquant mon ignorance, je serai l'idiot utile de l'impérialisme occidental, car évidemment ce sont les intentions cachées et secrètes de l'Otan. Bien sûr extérieurement, l'Otan affiche sa défense de la paix mais secrètement, dans les coulisses, il y a ses visées impérialistes. CQFD. 

A ce stade, le défenseur de Poutine n'a fait que prolonger la rhétorique de cette force d'agression, servant à couvrir son mensonge factuel au service de la guerre de tous contre tous : l'autre allait attaquer, je ne fais que me défendre en l'attaquant avant qu'il ne m'attaque. 

Soyons clair : soit on se défend, soit on attaque. 

Si l'autre prépare une attaque, je peux préparer ma défense. Et je peux me défendre s'il m'attaque. Cette dissuasion n'est pas agressive, elle peut servir à pacifier les intentions de l'autre.

Si j'attaque l'autre parce que tout indique qu'il allait m'attaquer, je suis l'agresseur, et non un simple défenseur.

Là encore, ne concluons pas trop vite que celui qui sert ce Mensonge favorisant le conflit, ce Mensonge qui anime la plupart des agresseurs, est lui-même agent complice d'une force hostile ou adverse. Il faudrait distinguer ce qui ressort de l'ignorance et ce qui ressort de l'illusion qui nous amène à trahir l'aspiration au vrai. L'ignorant laisse le monde entre les mains des forces hostiles et adverses à son évolution divinisatrice mais son développement psychique reste insuffisant pour affirmer qu'autre chose que son ignorance le détermine. Quand l'ignorance prédomine, Les forces hostiles et adverses n'ont guère à faire entrer son ego en tentation pour faire reculer l'influence psychique voire pour la faire taire. 

Dans cette aventure de la Conscience, avons-nous dit précédemment, on peut prendre le point de vue d'un individu qui cherche le Divin. Mais on peut prendre le point de vue du Divin qui aspire à trouver à se dévoiler en notre individualité, en notre monde. Oui, prenons au sérieux que le point de vue d'une évolution du chercheur individuel ne prend son sens ultime qu'avec celui du Divin qui trouve à se dévoiler en tout individu.

Du point de vue du dévoilement Divin, que deviennent les forces hostiles et les forces adverses dont nous parlions du seul point de vue du chercheur individuel ? Qu'est-ce que voir du point de vue divin un point de vue individuel où est ressenti de façon approximative l'œuvre néfaste des forces adverses et hostiles ?  Ce risque de tomber davantage dans le filet de ces forces en servant en idiot utile leur mensonge de diabolisation, quel sens prend-il du côté du dévoilement divin ?

Pour le Divin, le seul remède au manque d'Amour, c'est davantage d'Amour.

"43Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 44Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 45afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.", Evangile de Matthieu, chapitre 5. 

Évoquer "L'Amour de l'ennemi" semble contradictoire. Si je suis ennemi de l'autre, je ne l'aime pas. Du point de vue du Divin, pourquoi y aurait-il la moindre animosité contre qui que ce soit ou quoi que ce soit ? Si, au final, le Divin est le fond ultime de tout, si, au final, le Divin est le fond de notre âme, comment le Divin pourrait diaboliser qui que ce soit ou quoi que ce soit ? Du point de vue Divin, "L'Amour de l'ennemi" est l'Amour de l'autre qui, lui, se positionne en ennemi, bien qu'il soit aimé, et qui prétend que le Divin est son ennemi, bien qu'il soit aimé !

Sous l'œil Divin, la force adverse ou hostile, soit se dissout dans une extase d'Amour qu'aucun regard jusque là n'avait pu lui donner, soit elle se convertit dans un zèle sans borne, servant désormais la cause divine.

Si vous voulez creuser ce point, nous vous renvoyons à la pratique que propose Mère dans cet extrait de son Agenda :

https://sriaurobindouneapproche.blogspot.com/2026/01/lutte-contre-le-mal-et-amour-selon-mere.html

Si nous, individus, sommes encore sur le chemin, si le point de vue de Divin nous paraît lointain, cela pointe le cours temporel incontournable du dévoilement du Divin. Cela prend du temps, Cela prend son temps, Cela prendra le temps qu'il faut, Cela arrivera à temps. De notre point de vue individuel humain sur le chemin, il y faut notre patience, notre sagesse équanime et égale en toute circonstance, notre espérance et notre foi.

Et nous, individu sur le chemin, avant que cet œil Divin d'Amour ne s'ouvre à travers nous sur ces forces pour les abolir ou les convertir, comment agir, maintenant ! comment se mettre davantage en lumière du Divin et la servir ? 

Mère, ses paroles, nous inspire un chemin.

Pour éviter l'écueil de la diabolisation, ne devrions nous pas, entre autres, apprendre à véritablement voir d'abord en nos frères et sœurs humains, les enfants divins en croissance qu'ils sont malgré notre incapacité présente de voir au-delà des apparences extérieures contraires ?

Dans l'opuscule La découverte suprême, Mère insiste sur ce point et le précise  :

https://sriaurobindouneapproche.blogspot.com/2026/01/pour-un-foyer-dharmonie-selon-mere.html

Pour éviter l'écueil de la diabolisation et s'ouvrir à ce regard d'harmonisation, le premier pas donc reste l'équanimité, l'égalité, le calme et la paix face à mes réactions, mes jugements devant les mouvements extérieurs de l'autre. Développer ces pouvoirs est décidément le premier pas sûr dans ce yoga exigeant non pour être indifférent mais se pour se faire ouvert à l'Amour. Cela ne consiste pas à tout laisser faire, par l'autre ou par soi-même mais à se disposer sincèrement à apprendre à agir selon le point de vue divin.

  



mardi 2 décembre 2025

Qui sont pour nous Sri Aurobindo et Mère ?

Photomontage d'Amita Guha Roy 


 Notre chemin du yoga intégral est une aventure dont le territoire a été défriché par Sri Aurobindo et Mère. 

A quelle aventure nous convient-ils ?

A celle du Devenir évolutif, à celle de l'incarnation charnelle et matérielle de la Joie et de la Paix, de la Vérité et de l'Amour. 

La vie est un immense fleuve avec une multitude de courants si bien qu'on n'en voit pas bien le sens. Bien sûr, les sciences nous permettent de savoir qu'il y a une évolution du vivant et de l'univers. Elles nous apprennent que le scandale évolutif n'est pas d'abord que nous ayons des ancêtres communs avec toutes les autres formes de vie ; le scandale de l'évolution est que nous ne sommes ni son aboutissement ultime ni surtout pas le sommet de l'évolution. Notre conscience mentale n'est certainement pas le sommet de l'évolution de la conscience : ces derniers temps, sur cette terre, notre arrogance mentale ne nous mène qu'à plus de confusions. Nous invitant à plus de modestie mentale, Sri Aurobindo nous permet de saisir un horizon ensoleillé par delà la crise évolutive que notre terre traverse. Il nous invite à découvrir intérieurement que le Devenir a un flux principal, la Mère divine. Le chemin est de relier tous les courants en nous à ce flux, la force conscience de Mère. Grâce à Sri Aurobindo, avançant sur le chemin, nous découvrons concrètement en quel sens douce Mère, celle à qui il confia son ashram est une incarnation de la Mère divine, l'intelligence du Devenir de l'univers.

Le Devenir évolutif est l'incarnation matérielle de la Joie Divine dans son intensité illimitée. Derrière toutes les dérives du courant principal du Devenir, il y a un mensonge qui travestit la Joie Divine en souffrances, en douleurs. Oui, il s'agit de discerner qui nous alimentons, la perpétuation du mensonge ou le Divin en nous ?



Douce Mère, elle, nous permet de mieux comprendre qui est Sri Aurobindo et quelle est son action. 

Du point de vue du chemin évolutif, elle nous indique deux pouvoirs spirituels nécessaires pour servir la manifestation de la conscience de Vérité et mettre fin aux travestissements du mensonge. Il y a, bien sûr, d'une part, le pouvoir d'action que génère l'offrande progressive de soi à la Mère Divine, car ne rêvons pas ! une telle offrande ne peut être que progressive. Ensuite, d'autre part, il y a la nécessaire acquisition d'une égalité intérieure à toute épreuve. Un tel pouvoir ne peut pas être obtenu par notre effort seul. C'est la Paix du Seigneur à laquelle il faut nous ouvrir et qu'il s'agit de laisser imprégner notre individualité. 

Notre Mère divine, le Devenir est inséparable du Seigneur, l'Être. Douce Mère commence par nous amener aux pieds du Seigneur. Elle nous invite au milieu du chaos apparent du Devenir à trouver la Paix du Seigneur, à nous laisser transformer par Son regard éternel qui, seul, en révèle l'Harmonie. Et relisant Sri Aurobindo, avec Mère, nous comprenons de plus en plus qu'il incarne lui-même le Seigneur, ce regard harmonieux de l'Éternel sur Lui-même, qui lumineusement surgit des ténèbres lumineuses de la Paix en laquelle il s'enveloppe.  

Nous observons d'ailleurs les premiers fruits de cette action transformatrice. Tout autour de nous, nous voyons, en effet, la soif spirituelle de paix grandir. Retour à la nature, méditation, relaxation, aspiration au silence, etc. sont entrés dans nos vies sociales à pas feutrés. 

Mais cette Paix encore engoncée dans ses ténèbres lumineuses ne donne pas bien sens au Devenir. Eclairés par Mère, Sri Aurobindo se révèle, pour nous, cette présence vivante du Seigneur, cette émanation du Suprême, qui nous initie à Son regard innombrable au-delà de la conscience mentale. Sri Aurobindo, émanant du Suprême, nous fait entrer dans l'Harmonie consciente du Devenir.

Pour nous, Sri Aurobindo et Mère ne sont pas simplement des enseignants spirituels, ce sont des forces, des actions du Seigneur suprême et de la Mère divine, à l'origine de toutes choses. Leur grâce et leur Amour nous précipitent dans une transformation évolutive amenant Paix et Joie, Vérité et Harmonie sur la terre.

En vivant ensemble, nous voulons participer à incarner cette Harmonie nouvelle à laquelle Mère et Sri Aurobindo travaillent. 


Œuvre de Niranjan et Amita Guha Roy 




mercredi 26 novembre 2025

Vers le regard innombrable

 



Aujourd'hui, en enseignant la maïeutique de Socrate qui affirme n'avoir aucun savoir mental mais juge la qualité de l'accouchement d'une âme, un pressentiment de ce regard innombrable a surgi. 


La carte du chemin qui comprend la psychisation, de la spiritualisation et de la supramentalisation s'est précisée intuitivement.


Il est apparu qu'une âme est une conscience paradoxalement singulière et grosse d'un être universel. Elle est singulière, irréductible à un point de vue mental général. Elle est singularité indicible non séparée, elle est, dans son émergence, prise de conscience d'une communion des âmes en leur engendrement en l'Un. Une âme  accouchée de plus en plus parfaitement verra de mieux en mieux les âmes tout en communiant avec elles. La monade spirituelle de l'âme accédera à la présence des autres monades spirituelles. Elle verra de plus en plus, en chaque âme, la goutte divine. Dans sa plénitude d'être et de devenir, elle vivra ce regard Un et innombrable de la fragmentation amoureuse du Divin jusque dans l'atome, chaque atome étant une goutte du Divin. Par sa chair indissociable du monde, la monade spirituelle et charnelle de l'âme transformée par l'action de la Mahashakti et les décrets du Suprême incarnera ce regard innombrable en un corps. Cela passera d'un pressentiment à un être incarné doté de ce regard innombrable. Ce regard sera la vision omnipotente d'une matière qui pourra prendre dès lors la forme que cette vision lui intime. 


Serge




Spiritualisation et Amour

 Sur le chemin en compagnie d'Adhya Shakti JoieJoli,


Qui sommes-nous ? de quoi résultons-nous et qu'est-ce que nous devenons ?

Le jeu d'Amour de Mahashakti et du Suprême est la clé de ce que nous sommes.

Notre âme résulte de ce jeu d'amour : une goutte de Suprême, notre Père, entourée de la substance de Mahashakti, notre Mère divine.

La vérité de notre devenir ? Non pas un désir pulsionnel, mais plutôt une plénitude d'aspiration de notre âme, et surtout d'abord le jeu de la Paix et de la Joie. 

La Paix infinie du Suprême est diffusée par Joie débordante de Mahashakti et a lieu l'émergence de toujours plus de Joie grâce à la réceptivité de la Paix.

Et dès lors, partout et sur tous les plans, Sat Chit Ananda en formes sculptées, en gestes de formes.

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Le Soi est la conscience infinie au-delà de l'ego. La conscience infinie est la condition de possibilité d'une conscience réfléchie d'un ego.

Le Soi est d'abord ténèbres lumineuses lorsqu'il illumine consciemment l'ego et le champ de perception du monde.

Deux aspects du coeur du Soi peuvent émerger : 

- l'âme, notre personne vraie en croissance en amont de l'ego en périphérie du Soi ;

- le jîvâtman, notre Moi absolu.

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Le jîvâtman est la conscience de la monade que nous sommes, la conscience du microcosme enveloppant dans son devenir le macrocosme. 

Nous étions conscient du Soi océan dans lequel nous étions une goutte. 

Prenant conscience en Soi, le Jîvâtman fait constater : 

L'océan du tout est dans la goutte.

Et cette prise de Conscience du jîvâtman est spiritualisation véritable au-delà de la psychisation, la prise de conscience d'une âme au cœur du Soi.

La prise de Conscience du jîvâtman est celle d'un Moi monadique. C'est un Moi absolu, éternel en son fond, surplombant et enveloppant le Devenir du tout dans la transformation de sa monade. L'âme en est une expression.

Sur ce chemin de prise de conscience du Moi monadique,

Soudain, il y a seulement Moi !

Et merveille, tellement de Toi.s !

Joie de l'Amour !

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Qu'est-ce qu'est en train de devenir ce monde ?

De la matière Joie Consciente.

Rien que le rebord de cette tasse en verre dit déjà le cercle de l'Amour Divin différencié dans son unité.

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Comment va-t-on vers l'expérience de ce devenir matière Joie Consciente ?

Par aspiration et Conscience force.

La Conscience force est la dynamique évolutive du jeu d'Amour entre le Suprême et Mahashakti.

Elle est  l'action de Mahashakti, Mère au service du Suprême ; elle descend du dessus de la tête dans ce corps et à travers ce corps. 

L'aspiration n'est pas un désir. On ne désire que pour soi moi-je ou en fonction de soi moi-je. L'aspiration est celle du Soi avec une âme : c'est le divin en nous, le Moi, qui aspire au divin en tout. L'aspiration est un paradoxe de joie plénitude et de soif inextinguible, plénitude du Divin et soif inextinguible du Divin.

L'aspiration pure de l'âme s'avère aussi aspiration du jîvâtman, du Moi au-dessus de la tête, et en parallèle l'aspiration s'étend dans le vital vrai au niveau du ventre puis dans le vital inférieur vrai au niveau du pubis.

L'aspiration en grandissant et se purifiant au lieu d'être centrée sur la croissance et la libération de cette seule âme dans ce seul corps devient une aspiration consciente du jîvâtman pour toutes les âmes et toute la vie matérielle terrestre. 

La transformation ici devient inséparable et indiscernable de la transformation là-bas. C'est un même tissu. La joie et la paix en se frayant un passage dans la transformation d'ici, transforment là-bas.

La Conscience force descend dans le muladhara, le centre au niveau du périnée, dans les jambes, jusqu'en dessous des pieds.

La Joie devient de plus en plus consciente dans les cellules elles-mêmes.

A un moment, l'aspiration la plus pure, et non une imagination, émerge aussi dans les cellules.

La conscience force abreuve cellules et objets soi-disant inanimés, mais pleinement conscients en fait, conscience transformée avec les cellules tansformées en contact.

La matière Joie est la matérialisation en cours du jeu d'Amour du Suprême et de Mahashakti.

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samedi 20 septembre 2025

L'aspiration du Jîvâtman et l'aspiration de l'être psychique selon Sri Aurobindo



 Le jîvâtman, l'étincelle de l'âme et l'être psychique sont trois formes différentes d'une même réalité et il ne faut pas les confondre, car cela brouille la clarté de l'expérience intérieure.


Le jîvâtman ou "spirit" [esprit], comme on l'appelle généralement en anglais, existe en soi au-dessus de l'être manifesté ou instrumental — il est au-delà de la naissance et de la mort, toujours le même, Moi individuel ou Âtman. C'est l'être véritable, éternel, de l'individu.


L'âme est une étincelle du Divin; elle ne se tient pas au-dessus de l'être manifesté, mais descend dans la manifestation afin de soutenir son évolution dans le monde matériel. C'est tout d'abord un pouvoir indifférencié de la Conscience divine qui contient toutes les possibilités encore sans forme, mais auxquelles l'évolution a pour fonction de donner une forme. Cette étincelle est présente dans tous les êtres vivants, du plus bas au plus élevé.


L'être psychique est formé par l'âme au cours de son évolution. Il soutient le mental, le vital, le corps, croît par leurs expériences, porte la nature de vie en vie. C'est le psychique ou caitya puruṣa. Il est d'abord voilé par le mental, le vital et le corps mais, au fur et à mesure de sa croissance, il devient capable de venir en avant et de dominer le mental, la vie et le corps; chez l'homme ordinaire, il dépend d'eux pour s'exprimer et il ne peut s'en saisir ni les utiliser librement. La vie de l'être est animale ou humaine et non divine. Lorsque l'être psychique, par la sâdhanâ, peut prédominer et utiliser librement ses instruments, l'élan vers le Divin devient alors complet et ce n'est pas seulement la libération, mais la transformation du mental, du vital et du corps qui devient possible.


Le Moi ou Âtman étant libre et au-delà de la naissance et de la mort, l'expérience du jîvâtman et de son unité avec le Moi suprême ou universel apporte le sentiment de la libération; c'est cela qui est nécessaire à la suprême délivrance spirituelle; mais l'éveil de l'être psychique et sa domination sur la nature sont indispensables pour la transformation de la vie et de la nature.


L'être psychique réalise son unité avec l'être vrai, le jîvâtman, mais il ne devient pas le jîvâtman.


Le bindu vu au-dessus peut être une manière symbolique de voir le jîvâtman, parcelle du Divin; là, c'est à l'ouverture de la conscience plus haute qu'on aspire naturellement, afin que l'être puisse demeurer sur ce plan et non plus dans l'Ignorance. Le jîvâtman, en réalité, est déjà un avec le Divin mais il est nécessaire que le reste de la conscience aussi le réalise.


L'être psychique aspire à ce que la nature inférieure tout entière, le mental, le vital, le corps, s'ouvrent au Divin, il aspire à l'amour et l'union avec le Divin, à sa présence et son pouvoir dans le cœur, à la transformation du mental, de la vie et du corps par la descente d'une conscience plus haute dans cette nature et cet être qui en sont les instruments.


Ces deux aspirations sont essentielles et indispensables à la plénitude de notre yoga. Lorsque le psychique impose son aspiration au mental, au vital et au corps, ils aspirent alors eux aussi et c'est ce qui a été senti comme l'aspiration venant du niveau de l'être inférieur. L'aspiration sentie au-dessus est l'aspiration du jîvâtman à la conscience plus haute, avec la réalisation de l'Un qui doit se manifester dans l'être. Les deux aspirations s'aident donc mutuellement. Au début, la quête de l'être inférieur est nécessairement intermittente et étouffée par la conscience ordinaire. Par la sâdhanâ, elle doit devenir claire, constante, forte et persistante.


Le sentiment de paix, de pureté et de calme provient de l'union de la conscience inférieure avec la conscience supérieure. Habituellement il est intermittent, ou alors il réside dans une conscience plus profonde, souvent voilé par les tempêtes et les agitations de la surface; il est rarement permanent au début, mais il peut le devenir lorsque le calme et la paix se font plus fréquents et plus durables, et lorsqu'enfin la nature inférieure reçoit pleinement la descente de la paix, du calme et du silence éternels de la conscience supérieure.


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SRI AUROBINDO, Lettres sur le Yoga, Volume 1. Section 1, 5. Plans et parties de l'être






vendredi 25 juillet 2025

Trouver le centre et s'enfoncer au centre du centre

Eternal peace - œuvre de Niranjan Guha Roy



 Quand on parle de trouver sa vraie nature par la seule ouverture du Soi, cela me semble aujourd'hui bien rapide. Trouver le centre ne doit pas empêcher que le centre du centre s'éveille et ainsi de suite.

Il y un enfoncement dans le centre, et paradoxalement, plus on s'y enfonce, plus une transformation de notre être extérieur s'effectue.

La paix de l'Être et la joie du Devenir s'avèrent entrelacées.

Certains ont pu réduire la joie à la paix de l'Être immuable en mouvement. Beaucoup donnent la préséance à la non dualité sur les états mystiques dévotionnels. Dans mon expérience, l'Ananda, la Joie, l'Amour, ne me semble pas une dimension relative, un plan qu'il s'agirait de traverser pour trouver l'absolu. Il y a certes des expériences relatives de l'Ananda, de la joie ou de l'amour. Certaines extases saisissent l'ego dévotionnel et elles sont forcément relatives car l'ego est par définition une réalité relative. Cependant, quand la dévotion touche au fond du fond du cœur, l'ego s'évapore au moins momentanément, et ne reste pour un moment au moins que le feu d'individuation divin qui s'y tient, la paix et la joie n'y font qu'un. L'ego en extase est souvent rendu inapte à l'action extérieure. Mais ce feu d'individuation divine, l'étincelle divine, n'est jamais rendu inapte à l'action par sa nature de feu d'extase. 


Il serait dommage de tout réduire à la paix du Soi de l'Être impersonnel de toute chose. Il y a là une ignorance qui s'ignore. Selon moi, trop souvent, l'apologie du non savoir mental n'est que l'envers volonté ignorante d'une subtile arrogance mentale. On nous parle alors d'un Non Soi, d'un inconscient du Soi plus absolu que le Soi. Mais ces ténèbres d'inconscient qui enveloppent le Soi résultent au moins en partie de notre enfermement dans la bulle mentale. Le Soi se vit à travers les filtres mentaux. Même silencieux, ils demeurent des limitations du vécu du Soi en nous. Le recours au non-savoir est alors une négation d'une docte-ignorance de l'âme vraie.

Sorti de la caverne du seul monde égocentrique et de ses préoccupations mondaines, la lumière qui nous illumine nous fait imprudemment affirmer que tout se voit à partir de l'auto-illumination du Soi. Ken Wilber l'a bien pointé. Notre éveil reste prisonnier de nos représentations mentales et donc des mentalités que l'évolution de la conscience humaine a généré. Un éveil de mentalité prémoderne n'est pas un éveil de mentalité moderne ou postmoderne. Mais en fait, plus radicalement des filtres mentaux, voire surmentaux, demeurent sur une réalité supramentale. Un silence mental laisse entrevoir un Non mental mais à travers un filtre mental. La réalité supramentale demeure enténébrée.

Si on est sincère, on peut admettre que l'illumination du Soi est loin d'être désenténébrée. Outre ces filtres mentaux subtils, il y a aussi tous nos filtres d'obscurités émotionnels, pulsionnels, etc.

La possible descente dévotionnelle dans le cœur, l'exploration de la bullition discontinue de la joie sans objet jusqu'à sa source de Joie vraie et absolue, suggère que les ténèbres du Soi sont en grande part le fruit de notre obscurité égoïque voire d'une obscurité liée à notre humanité.

Notre vraie nature tout autant que Paix impersonnelle du Soi est joie du Devenir de notre réalité personnelle vraie. 

Au cœur du cœur, découvrant l'individuation psychique absolue, coïncidant avec notre âme vraie, nous sommes déjà davantage au centre du centre que dans l'illumination aveuglante du Soi. Ainsi s'écarte une part des ténèbres du Soi où l'individuation du divin à l'œuvre se cachait. Ici le Soi impersonnel universel ne fait qu'un avec une dynamique personnelle vraie.

Et à partir de là, paraît un nouvel horizon possible : nous passerons bientôt de l'aventure d'un humain au sein de son essence spirituelle à l'aventure divine dans la matière. 

Sur la voie de Sri Aurobindo ou sur celle de la Katha Upanishad, le Soi et le purusha dans le cœur, ce sont deux choses qui forcément se rejoignent dans l'absolu purusha, le Seigneur Suprême. 

En philosophie, les métaphysiciens occidentaux ont eu aussi des conceptions divergentes de l'absolu. L'expérience que nous voulons décrire a un écho avec Leibniz qui oppose à l'interprétation spinoziste du réel sa monadologie. Pour Spinoza, toute la nature et son devenir est un divin impersonnel éternel. Pour Leibniz, une réalité Suprême individuelle et personnelle enveloppe en son sein une multitude de devenirs individuels : c'est une monadologie. 


La conscience du Soi peut exister sans qu'il y ait conscience du purusha en arrière-plan du cœur. Des ténèbres relatives de la lumière spirituelle dues au limites de notre illumination sont confondues avec un absolu Inconscient, un non Soi absolu ! Et malheureusement, dans le monde spiritualiste de la non dualité du neo-advaita, c'est majoritairement le cas. A vrai dire, dans d'autres courants spirituels, on s'arrête aussi d'approfondir l'enfoncement dans le centre décrit par cette tradition, dès lors que toute la description mentale traditionnelle du centre a été réalisée. Ce sont au fond, qu'on le veuille ou non, des bulles mentales presque imperceptibles qui nous laissent aveuglés.


Le purusha du cœur est au sens littéral, un feu 🔥 sans fumée de la taille d'un pouce, lorsque cette dimension s'ouvre en arrière-plan du chakra Anahata. Il y a une réalité subliminale en arrière-plan du corps subtil pranique ; cette dimension sublimale psychique influence plus ou moins le corps pranique. Quand le purusha du cœur émerge en avant, le corps subtil pranique devient une courroie de transmission de son influence et le lieu d'exercice de sa gouvernance. 


 La lumière du Soi paraît avoir été bien ténébreuse lorsque ce feu d'âme divine émerge. Du fond du cœur, le Soi jusque là impersonnel s'éclaire de notre nature individuelle divine.


L'essence de l'absolu s'expérimente alors autant personnel qu'impersonnel. Et l'enfoncement dans le centre est en même temps une évolution consciente de la conscience.


Lorsque la lumière du Soi se désenténèbre dans le cœur jusqu'à révéler l'individuation Divine qui se joue dans cette individualisation humaine, c'est comme un éveil dans l'éveil du Soi. Une sourate du Coran évoque une lumière sur lumière. 


Seule une prière ou une méditation dynamique qui partira de l'enfant Divin, ce feu 🔥 divin, là en nous, peut être accomplie. 


Cordialement,


Serge 


Le soleil qui ne se couche jamais - Œuvre de Niranjan Guha Roy


mardi 4 mars 2025

LA FINALITE SANS FIN DE L'AVENTURE DE LA CONSCIENCE OU LE VISAGE ULTIME DE LA NON DUALITE SELON SRI AUROBINDO

 

Le voyage de l'âme - photomontage d'Amita et Niranjan Guha Roy


Aperçus et Pensées


4- La Fin


    La rencontre de l'homme et de Dieu suppose toujours une pénétration, une entrée du divin dans l'humain et une immersion de l'homme dans la Divinité.


    Mais cette immersion n'est pas une espèce d'annihilation. L'extinction n'est pas l'aboutissement de toute cette recherche et cette passion, cette souffrance et cette extase. Le jeu n'aurait jamais commencé si telle devait en être la fin.


    La joie est le secret. Apprends la joie pure et tu apprendras Dieu.


    Quel fut donc le commencement de toute l'histoire ? Une existence qui s'est multipliée pour la seule joie d'être et qui s'est plongée en d'innombrables milliards de formes afin de pouvoir se retrouver elle-même innombrablement.


    Et quel en est le milieu ? Une division qui tend vers une unité multiple, une ignorance qui peine vers le torrent d'une lumière variée, une douleur en travail pour arriver au contact d'une extase inimaginable. Car toutes ces choses sont des formes obscures et des vibrations perverties.


    Et quelle sera la fin de toute l'histoire ? Si le miel pouvait se goûter lui-même et goûter toutes ses gouttes à la fois, et si toutes ses gouttes pouvaient se goûter l'une l'autre, et chacune goûter le rayon tout entier comme elle-même, telle serait la fin pour Dieu, pour l'âme de l'homme et l'univers.


    L'Amour est la tonique, la Joie est la mélodie, le Pouvoir est l'accord, la Connaissance est l'exécutant, le Tout infini est à la fois le compositeur et l'auditoire. Nous connaissons seulement les discordances préliminaires, qui sont aussi terribles que l'harmonie sera grande ; mais nous arriverons sûrement à la fugue des divines béatitudes.


    Sri Aurobindo

    (1914 ou avant ?)


    Traduction de La Mère.

Festival of light - Œuvre de Niranjan Guha Roy