vendredi 5 juin 2026

Ne pas réitérer le fiasco - Entretien de Mère du 21 avril 1951



Le 21 avril 1951

    « Il [notre yoga] ne peut pas être fait si l’on persiste à identifier les bassesses de l’Ignorance à la Vérité divine ou même à la vérité moindre permise sur le chemin. Il ne peut pas être fait si l’on se cramponne à son moi passé et à ses vieilles formations, ses vieilles habitudes, mentales, vitales et physiques. Il faut constamment laisser derrière soi ses moi passés pour voir, agir et vivre à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Il ne peut pas être fait si vous réclamez la “liberté” pour votre mental humain et votre ego vital. Toutes les parties de l’être humain ont le droit de s’exprimer et de se satisfaire comme elles l’entendent, à leurs risques et périls, si tel est le choix de l’homme tant qu’il mène la vie ordinaire. Mais prendre le chemin du yoga, dont le seul objet est de substituer à ces choses humaines la loi et le pouvoir d’une Vérité plus grande, et dont la méthode est essentiellement une soumission à la Shakti divine, et continuer en même temps à revendiquer cette prétendue liberté, qui n’est rien d’autre qu’un esclavage à certaines forces cosmiques ignorantes, c’est se complaire dans une aveugle contradiction et revendiquer le droit de mener une double vie.

    « Et surtout ce yoga ne pourra s’accomplir si ceux qui font profession d’être ses sâdhak persistent à être les centres, les instruments ou les porte-parole des forces de l’Ignorance qui s’opposent à son principe même et à son but et les nient ou les tournent en ridicule. »

    (Sri Aurobindo, Lettres sur le Yoga, 1987, vol. 5, p. 260-61)
 

Être conscient qu’il faut changer la nature et maîtriser les différentes parties de l’être, est-ce la même chose, un même travail?


L’un précède l’autre. Il faut d’abord être conscient, ensuite maîtriser et, par la continuité de la maîtrise, on change le caractère. Changer le caractère est ce qui vient en dernier. Il faut maîtriser les mauvaises habitudes, les vieilles habitudes, pendant très longtemps pour qu’elles tombent et que le caractère puisse changer.

On peut prendre l’exemple de celui qui a des dépressions fréquentes. Quand les choses ne sont pas exactement comme il désire qu’elles soient, il devient déprimé. Alors, d’abord, il faut qu’il prenne conscience de sa dépression — non seulement de la dépression, mais des causes de dépression, pourquoi il devient déprimé si facilement. Puis, une fois qu’il est devenu conscient, il faut qu’il maîtrise les dépressions, qu’il s’empêche d’être déprimé même quand la cause de la dépression arrive — il maîtrise sa dépression, il l’empêche de venir. Et finalement, après avoir fait ce travail pendant plus ou moins longtemps, la nature perd l’habitude d’avoir des dépressions et ne réagit plus de la même manière, la nature est changée.

Que veut dire « être le porte-parole des forces de l’Ignorance »?

Les forces de l’Ignorance dans le monde actuel cherchent toujours des gens qui puissent exprimer leur ignorance dans le monde. Ce n’est pas difficile! il y a beaucoup de gens qui sont prêts à dire des choses ignorantes, c’est-à-dire à nier toute réalisation spirituelle, à nier la capacité de progrès, à nier la possibilité de réaliser une autre vie que celle qui existe maintenant, à nier que la nature humaine puisse être changée, et ainsi de suite; ou bien à affirmer qu’il est impossible d’échapper à la maladie, affirmer qu’il est impossible d’échapper à la mort, affirmer qu’il est impossible de comprendre, affirmer que jamais l’on n’atteindra à la Lumière et à la Connaissance, et ainsi de suite. Ceux qui disent ces choses sont les porte-parole de l’Ignorance. Au lieu d’exprimer des forces de Lumière et de Connaissance, ils servent à exprimer les forces de l’Ignorance — compris!

Sri Aurobindo dit ici : « ... l’aspiration et la tapasyâ sont trop constamment nécessaires... »


Oui, on ne peut pas faire le yoga si on ne le prend pas sérieusement. Parce qu’il faut être très sérieux pour avoir une aspiration constante et faire la tapasyâ. Si l’on n’est pas sérieux, pendant cinq minutes on a une aspiration et pendant dix heures on ne l’a pas; pendant un jour on a un grand élan et pendant un mois on ne l’a pas, et ainsi de suite. Alors on ne peut pas faire le yoga dans ces conditions. Il faut que ce soit une chose continue, constante, qui ne se relâche pas. Si l’on oublie ou si l’on se relâche, on ne peut pas faire le yoga.

Est-ce qu’il ne faut pas être né avec une grande aspiration ?


Non, l’aspiration est une chose qui se cultive, qui s’éduque, comme toutes les activités de l’être. On peut naître avec une toute petite aspiration et la cultiver au point qu’elle devient très grande. On peut naître avec une toute petite volonté et la cultiver au point qu’elle devient grande. C’est une idée tout à fait ridicule de croire que les choses vous viennent comme cela, par une sorte de grâce; que, si l’on ne vous donne pas l’aspiration, vous ne l’avez pas — ce n’est pas vrai. C’est justement ce sur quoi Sri Aurobindo a insisté dans sa lettre et dans le passage que je vais vous lire tout à l’heure. Il dit qu’il faut choisir, et le choix est constamment mis devant vous et constamment il faut que vous choisissiez et, si vous ne choisissez pas, eh bien, vous ne pourrez pas avancer. Il faut choisir; il n’y a pas une sorte de « force comme ça » qui choisit pour vous, ou une chance, ou un hasard ou une fatalité — ce n’est pas vrai. Votre volonté est libre, elle est volontairement laissée libre et vous devez choisir. C’est vous qui décidez si vous chercherez la Lumière ou non, si vous serez le serviteur de la Vérité ou non — c’est vous. Ou si vous avez une aspiration ou non, c’est vous qui choisissez. Et même quand on dit : « Faites votre soumission totale et le travail sera fait pour vous », c’est tout à fait très bien, mais pour faire votre soumission totale, il faut que tous les jours et à chaque instant vous choisissiez de faire votre soumission totale, autrement vous ne la ferez pas, elle ne se fera pas toute seule. C’est vous qui devez vouloir la faire. Quand elle est faite, tout va bien, quand vous avez la Connaissance aussi, tout va bien, et quand vous vous êtes identifié au Divin, tout va encore mieux, mais jusque-là, il faut vouloir, choisir et décider. Pas s’endormir paresseusement en disant : « Oh! le travail sera fait pour moi, je n’ai rien à faire qu’à me laisser couler au fil de l’eau. » D’ailleurs, ce n’est pas vrai, le travail ne se fait pas, parce que si la moindre petite chose vient contrecarrer votre petite volonté, elle dit : « Non, pas ça ! »... Alors?

Quelle est « la vérité moindre permise sur le chemin » ?

On ne peut pas du premier coup, immédiatement, atteindre à la Vérité suprême. Il y a, en route, des choses qui sont plus vraies que celles que vous savez, mais qui ne sont pas la « Vérité », et ces choses-là sont comme des découvertes que l’on fait : tout d’un coup, on a une sorte d’illumination, on découvre une loi, on trouve un levier, on voit comme un chemin qui s’ouvre devant soi; ce n’est pas la Vérité suprême, ce n’est pas l’expérience suprême, ce n’est pas ce que l’on a quand on s’est identifié au Divin, mais c’est comme quelque chose qui est tombé de là et qui est entré en vous, et qui vous donne une illumination partielle. Ces illuminations partielles sont justement ce qu’il appelle des « vérités moindres ».

Quel est le vrai sens de « tapasyâ » ?

La tapasyâ est la discipline que l’on s’impose à soi-même pour arriver à découvrir le Divin.

La tapasyâ et l’aspiration sont-elles une même chose ?

Non, vous ne pouvez pas faire la tapasyâ sans aspiration. L’aspiration est d’abord la volonté d’atteindre quelque chose. La tapasyâ est le procédé — il y a véritablement un procédé, une méthode.

Le vital inférieur est-il conscient du travail qui se fait en lui ?


Alors, s’il est logique et de bonne foi, il doit admettre la présence du Divin. Tu comprends, c’est un cercle vicieux ; il ne veut pas que le Divin soit là et il Le nie, parce que cela le gêne beaucoup qu’il y ait cette discipline qui va l’obliger à changer, à se maîtriser, à refréner ses désirs, à baisser la tête au lieu de réclamer toujours; alors il dit violemment : « Il n’y a pas de Divin. » Mais il peut très bien, au même moment, savoir que le travail a commencé et, par conséquent, avoir la preuve que le Divin est là. Mais il le niera tout de même, il est de mauvaise foi, il se sert de cet argument volontairement pour se dispenser de faire un effort.

Quelle différence y a-t-il entre les « vieilles habitudes » et les « vieilles formations » dont parle Sri Aurobindo ?

C’est un peu la même chose. Votre corps, par exemple, a certaines réactions au froid, au chaud, à la faim, et vous avez pris l’habitude de ces réactions, et cette habitude a fait une sorte de formation dans votre nature physique, c’est-à-dire un pli, un pli fixe du corps, et il est « comme ça ». Les formations sont le résultat des habitudes. De même, il y a des « formations » de caractère; par exemple, si vous avez pris l’habitude de vous mettre en colère quand les choses ne vous plaisent pas, l’habitude donne une sorte de pli intérieur à votre nature et, chaque fois qu’une chose ne vous plaira pas, automatiquement, en dehors de tout contrôle, vous vous mettrez en colère. C’est ce que l’on appelle des « formations », ce sont des habitudes qui sont devenues comme une partie de votre caractère.

Si l’on est trop sérieux dans le yoga, ne devient-on pas comme obsédé par la difficulté de la tâche ?

Il y a une mesure à garder!... Mais si l’on choisit bien son obsession, cela peut être très utile, parce que ce n’est plus tout à fait une obsession. Par exemple, on a décidé de trouver le Divin au-dedans de soi et, constamment, en toute circonstance, quoi qu’il arrive ou quoi que l’on fasse, on se concentre pour entrer en contact avec le Divin intérieur. Naturellement, il faut d’abord avoir cette petite chose dont parle Sri Aurobindo, cette « vérité moindre » qui consiste à savoir qu’il y a un Divin au-dedans de soi (c’est un très bon exemple de « vérité moindre ») et une fois que l’on en est convaincu et que l’on a l’aspiration de Le trouver, si cette aspiration devient constante et l’effort pour Le réaliser devient constant, aux yeux des autres cela ressemble à une obsession, mais ce genre d’obsession n’est pas mauvais. Elle ne devient mauvaise que si l’on perd l’équilibre. Mais il faut bien se dire que ceux qui perdent l’équilibre avec cette obsession-là, c’est qu’ils étaient tout à fait prêts à perdre l’équilibre; n’importe quelle circonstance aurait produit le même effet et leur aurait fait perdre l’équilibre — c’est un défaut dans la construction mentale, ce n’est pas la faute de l’obsession. Et naturellement, celui qui changerait un désir en obsession serait sûr d’aller tout droit au déséquilibre. C’est pour cela que je dis qu’il est important de savoir l’objet de l’obsession.

Quelqu’un a dit que celui qui est capable de pousser son idée fixe jusqu’à la folie verra la lumière.

Si vous vous concentrez sur une idée avec assez d’obstination, vous « passerez au travers », comme disent les occultistes, et derrière l’idée sur laquelle vous vous concentrez, vous trouverez la lumière. Mais c’est un peu risqué.

Cela veut dire que celui qui est capable de ce genre de concentration verra la lumière ?

Sûrement. Cela, sûrement. Si l’on est capable de ce genre de concentration, c’est très bien, mais il faut savoir sur quoi l’on se concentre. Voilà le point important.

Comment savoir si la soumission est totale ?

Cela ne me paraît pas difficile à savoir. On peut se donner un petit exercice. On peut dire : « Voyons, je fais ma soumission au Divin, je veux que ce soit Lui qui décide tout dans mon existence. » C’est votre point de départ. Petit exercice : le Divin va décider que telle et telle chose arrive, justement quelque chose qui est en contradiction avec votre sentiment; alors, on se dit : eh bien, et si le Divin me dit « tu vas renoncer à cela », vous verrez tout à fait facilement, immédiatement, quelle est la réaction; si ça fait un petit « pic » comme ça, au-dedans, vous pouvez vous dire : « La soumission n’est pas parfaite » — ça pique, ça pique...

(Mère poursuit la lecture de la lettre) « D’un côté il y a la réalisation supramentale, la descente incomparable du pouvoir supramental divin, la lumière et la force d’une Vérité infiniment plus grande que toutes celles qui furent déjà réalisées sur terre, quelque chose, par conséquent, qui dépasse ce que le petit mental humain et sa logique considèrent comme les seules réalités permanentes, quelque chose dont il ne peut pas concevoir ni percevoir la nature, la manière et les processus de développement ici-bas par ses propres instruments inadéquats, ou qu’il ne peut pas juger par ses mesures puériles. En dépit de toutes les oppositions, c’est cela qui fait pression d’en haut afin de se manifester dans la conscience physique et dans la vie matérielle. De l’autre côté, il y a cette nature vitale inférieure avec toute son arrogance prétentieuse, son ignorance, son obscurité, sa stupidité ou son agitation incompétente, qui lutte pour sa propre survie, lutte contre la descente, refuse de croire à la réelle réalité ou à la réelle possibilité d’une conscience et d’une création supramentales ou surhumaines, ou, plus absurde encore, exige, si cette conscience existe vraiment, qu’elle se conforme à ses propres petites mesures; qui se saisit avidement de tout ce qui semble la réfuter, nie la présence du Divin (car elle sait que, sans cette présence, le travail est impossible), affirme bruyamment ses pensées, ses jugements, ses désirs, ses instincts et, s’ils sont contrecarrés, se venge en répandant le doute, la négation, les critiques méprisantes, la révolte et le désordre. Telles sont les deux forces en présence maintenant, entre lesquelles chacun devra choisir.

« Mais cette opposition, cette obstruction stérile, ce blocus contre la descente de la Vérité divine ne peuvent pas toujours durer. Chacun doit finalement prendre position d’un côté ou de l’autre. La réalisation supramentale ne peut pas coexister avec une ignorance inférieure persistante; elle est incompatible avec toute satisfaction prolongée dans une double nature. »

Si la nature inférieure est complètement ignorante, comment peut-elle « choisir » ?

Elle n’est pas absolument ignorante. Ce n’est pas tellement absolu; elle peut sentir qu’il lui manque quelque chose. Tout dépend de cela. Naturellement, les gens qui sont tout à fait satisfaits d’eux-mêmes tels qu’ils sont, ce n’est pas la peine d’essayer de les changer, parce qu’ils ne le désirent pas. Mais enfin, même dans la nature inférieure, il peut y avoir une sorte d’impression que cela pourrait être mieux. Par exemple, prenez quelqu’un qui a une mauvaise santé ou qui est faible, qui a des désirs mais qui est trop faible pour les réaliser, qui a des ambitions mais qui n’a aucune capacité, celui-là se dira peut-être : « Oh! si j’étais mieux que je ne suis, si je savais un peu plus, si j’étais un peu plus fort, si je comprenais un peu ce qu’il faut faire... » Ou supposez, par exemple, dans la vie ordinaire, quelqu’un qui a besoin de gagner sa vie et qui doit choisir une situation, et la situation qu’on lui offre n’est pas très favorable, mais il est pris dans ce dilemme : ne pas avoir de quoi manger ou accepter cette situation peu agréable; il se trouve en face de ce problème et il se dit : « Que faut-il que je fasse? » Il ne sait pas, il ne comprend pas; mais même dans sa stupidité, il aura une espèce d’impression qu’il vaudrait mieux qu’il voie un peu plus clair, qu’il sache un peu mieux, qu’il ait quelques éléments de prévision. Alors cela éveille une toute petite aspiration à faire un progrès — c’est le commencement d’un choix. Quelqu’un disait que, s’il n’y avait pas de tiques pour mordre les chiens, ils vivraient toujours dans un état d’inertie, couchés par terre et sans bouger. Alors cela les gêne, ils commencent à se gratter, ils bougent, et cela les éveille un petit peu de leur « tamas ». Pour les hommes, c’est la même chose. Quand ils ont un petit désir qu’ils ne peuvent pas réaliser, ça les secoue un peu : ils sortent de leur inertie et ils essayent de trouver une solution à leur problème. C’est comme cela. Il n’y a pas d’inconscience absolue — il n’y a pas d’ignorance absolue, il n’y a pas de nuit absolue. Derrière toute inconscience, derrière toute ignorance, derrière toute nuit, il y a toujours la Lumière suprême qui est partout. Il suffit d’une toute petite chose pour qu’un commencement de contact s’établisse.

Au début de cette lettre, Sri Aurobindo écrit qu’il n’a « pas l’intention de donner sa sanction à une nouvelle édition du vieux fiasco ».


Le mot « fiasco » s’applique-t-il à quelque chose de particulier ou de général?

Cela s’applique à tous les Instructeurs qui sont venus dans le monde. L’un a dit : « J’apporte l’Amour », l’autre a dit : « J’apporte la Paix », l’autre a dit : « J’apporte la Libération », et puis, il y a eu un petit changement au-dedans, quelque chose s’est éveillé à l’intérieur des consciences, mais extérieurement tout est resté exactement le même. C’est cela qui fait le fiasco.

La réalisation et les expériences intérieures n’aident-elles pas au changement extérieur ?


Pas nécessairement. Cela n’aide que si on le veut; autrement, au contraire, on se détache de plus en plus de la nature extérieure. C’est ce qui arrive à tous ces gens qui cherchent la mukti, la libération; ils rejettent leur nature extérieure avec son caractère et ses habitudes comme quelque chose de tout à fait méprisable dont il ne faut pas s’occuper; ils retirent toutes les énergies, toutes les forces de la conscience vers le haut et, s’ils le font avec une perfection suffisante, généralement ils quittent leur corps une fois pour toutes. Mais dans l’immense majorité des cas, ils ne le font que partiellement et, quand ils sont sortis de leur méditation, de leur contemplation, de leur transe ou de leur samâdhi, ils sont généralement pires que les autres, parce qu’ils ont laissé la nature extérieure sans s’en occuper du tout. Même les gens ordinaires, quand ils ont des défauts un peu trop voyants, ils essayent de les corriger ou de les contrôler un peu pour ne pas avoir trop de déboires dans la vie, tandis que ces gens qui pensent que la vraie attitude est d’abandonner complètement son corps et sa conscience extérieure et de se retirer entièrement sur les « hauteurs spirituelles » traitent cela comme un vieil habit que l’on jette de côté et que l’on ne raccommode pas — et quand on le reprend, il est plein de trous et de taches.

Cela n’aide pas. Cela n’aide que si l’on a sincèrement la volonté de changer ; si l’on a sincèrement la volonté de changer, c’est une aide puissante, parce que cela vous donne la force de faire le changement, le point d’appui pour faire le changement. Mais il faut sincèrement vouloir changer.
 
Tableau de Niranjan Guha Roy

 


dimanche 24 mai 2026

Face aux forces adverses et aux forces hostiles à l'harmonisation : le piège de la diabolisation

 


Le yoga intégral de Sri Aurobindo et Mère ou Purna yoga est d'abord une évolution concentrée de la Conscience incarnée.

Dans cette aventure de la Conscience, on peut prendre le point de vue d'un individu qui cherche le Divin.  L'individu cherche à participer de plus en plus consciemment à l'œuvre divine. Mais ce point de vue d'une évolution du chercheur individuel ne trouve son sens ultime qu'en finissant par prendre le point de vue du Divin qui trouve à se dévoiler en toute individualité. L'univers et en lui toute vie individuelle est d'abord le jeu aimant du Divin se manifestant innombrablement à lui-même.

Le yoga ou l'aventure de la Conscience du point de vue de l'individu rend crédible et rend inévitable la rencontre de forces adverses voire de forces hostiles à l'évolution de la Conscience. Comment expliquer sinon que le Divin ne soit pas dévoilé présentement en nous ? Comment tenir sinon que l'univers ne soit pas une illusion, qu'il soit bien le lieu de manifestation du Divin en lui-même ? Ne faut-il pas admettre l'existence de forces qui empêchent à l'évidence le Divin d'être perceptible immédiatement pour l'individu ?
Parmi ces forces, on peut évoquer celles produisant l'ignorance, celles rendant inconscient. Ce sont des forces impersonnelles. Mais il faudra bien admettre en outre, par expérience, qu'il y a des forces s'agglutinant à nos mauvaises volontés, la nourrissant, la renforçant, des forces qui les ancrent dans leur ignorance et leur inconscient. Évoluer en Conscience met alors en jeu des forces nous proposant du désir, des forces avec une volonté propre contraire au sens divin de l'évolution. Ce sont ces forces personnelles adverses qui rendent difficiles nos choix favorisant l'œuvre divine.

Nous avons pu ressentir que la résistance interne au progrès prend le chemin de résistances externes pour se renforcer : des forces hostiles facilitent l'œuvre de forces adverses.

"C’est ce que Sri Aurobindo et la Mère appellent les forces adverses. Ce sont des forces très conscientes, dont le seul but, apparemment, est de décourager le chercheur ou de le détourner du chemin qu’il s’est choisi. Le premier symptôme de leur présence est très perceptible : la joie se voile, la conscience se voile et tout est enveloppé d’une atmosphère de drame. Dès qu’il y a souffrance, on peut être sûr que l’ennemi est là. Le drame est leur lieu de prédilection, c’est là qu’elles peuvent faire le maximum de dégâts, parce qu’elles jouent avec un très vieux partenaire en nous, qui ne peut s’empêcher d’aimer le drame alors même qu’il crie assez. Leur premier soin, généralement, est de nous pousser à des décisions subites, extrêmes, irrévocables, qui mettront autant de distance que possible entre nous et le chemin choisi – c’est une vibration de plus en plus serrée, aiguë, qui veut s’exécuter immédiatement ; ou bien elles démonteront tout le mécanisme de notre recherche – avec une habileté remarquable, pour nous démontrer que nous nous faisons des illusions et que nous n’arriverons à rien ; ou bien, le plus souvent, elles créeront un état dépressif, jouant avec un autre partenaire bien connu, que Sri Aurobindo appelle l’homme de douleur : Un bonhomme qui se couvre d’un septuple manteau de tragédie et de tristesse, et qui ne sentirait pas son existence justifiée s’il ne pouvait être colossalement misérable 65", Satprem, Sri Aurobindo ou l'aventure de la Conscience.

Mais une fois admis qu'il existe de telles entités, nous y croyons parfois sans les voir précisément. Nous voici en train de spéculer sur leur emprise sur autrui sans même bien les percevoir en nous, sans les percevoir comme on peut voir concrètement au microscope un microbe pathogène nuire.

Parmi nous, les adeptes du yoga intégral, il y a une tendance dès lors à faire un usage des forces hostiles et adverses qui n'est pas sans me rappeler un certain catholicisme ou certains courants évangéliques dans leurs rapport aux forces démoniaques.

Certes, pour paraphraser Baudelaire, la plus grande ruse du démoniaque est de faire croire qu'il n'existe pas. Mais j'ajouterai avec l'expérience, que son mensonge le plus courant est de faire croire que la marionnette du démoniaque c'est l'autre, et que nous-même sommes injustement les jouets de ces attaques.

Écoutons d'abord Mère questionner notre idée que nous sommes injustement le jouet d'attaques adverses :

" Quand maintenant, quand les gens me parlent d'attaques menées par des forces adverses, j'ai toujours envie de leur dire : « L'adversité est en vous ! »

Je pense que c'est un moyen bien commode d'obtenir l'impunité… Car si vous êtes parfait, ils ne peuvent rien faire contre vous. C'est d'une évidence absolue. Ce sont les imperfections qui leur donnent du pouvoir. Ainsi, si nous changeons de perspective comme l'a fait Sri Aurobindo, nous verrons, comme il l'a dit, que les forces dites adverses sont tolérées parce qu'elles sont utiles pour éveiller les consciences à la nécessité de la transformation, à l'urgence de la purification.

25 mai 1968"

On se dédouane bien vite en mettant l'imperfection sur la force adverse qui nous attaque, oubliant de sonder la faiblesse en nous qui lui permet de le faire.

Maintenant, examinons le fait de croire que la marionnette du démoniaque, c'est l'autre.

"Tout être humain a une double nature s'il n'est pas né Asoura, Râkshasa ou Pishâtcha, et même ceux-ci, s'ils sont incarnés, ont un être psychique dissimulé quelque part, du fait de leur humanité latente. Mais par être double (ou double nature, dans ce sens particulier), on entend ceux dont l'être est nettement divisé en deux parties fortement contrastées et qui sont encore incapables d'exercer sur elles une maîtrise qui les relierait l'une à l'autre. Tantôt ils sont attirés vers les sommets et alors tout va bien, tantôt ils sont attirés par les abîmes et indifférents aux sommets ou n'ont même pour eux que sarcasmes et railleries et lâchent la bride à l'homme inférieur. Ou encore ils substituent aux sommets un volcan qui fume dans l'abîme. Ce sont des exemples extrêmes, mais d'autres, sans aller jusque là, sont tantôt une chose tantôt le contraire. S'ils convertissent l'homme inférieur ou découvrent leur être central, un tout harmonieux et vrai pourra se créer.", Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga, les difficultés sur le chemin.

Sri Aurobindo ici nous explique que presque tous avons une double nature.

Spirituellement, nous pourrions et devrions commencer par nous méfier de toute diabolisation unilatéral d'autrui. Qui sommes-nous pour juger que concernant cette double nature d'autrui, les forces divines ont été supplantées par les forces antidivines ? Parler d'asoura, de rakshasa, pishacha, etc. dans le vocabulaire du Yoga Intégral, ne change guère les faits, la diabolisation d'autrui a souvent conduit au pire.

Il y a des traits communs que je trouve préoccupants pour la sincérité spirituelle de celui qui associe bien rapidement quelque tournis de forces en lui à une attaque de forces adverses ou hostiles venues par le biais d'autrui, ce dernier étant unilatéralement prisonnier des forces antidivines.

Ce pratiquant du Yoga Intégral ne souscrit-il pas à des forces d'obscurantisme qui le font juger diabolique simplement une autre manière de vivre ? Satprem a été jugé asourique par des ashramites. Niranjan Guha Roy de même, y compris par des gens qui trouvaient injustes la diabolisation de Satprem par les ashramites. Dans le yoga intégral, le danger de diaboliser à tout va est donc bien réel.

Soyons clairs, s'il y a des forces adverses et des forces hostiles qui s'exercent à l'extérieur de nous contre nous par l'entremise d'une personne de notre entourage, celle-ci nous nuira aussi ostensiblement de manière visible. Il y a bien peu d'attaques venues par l'entremise d'une personne qui ne demeurent qu'occultes, tandis que la personne paraît parfaite en apparence sur le plan moral.

Les nuisances sont de plusieurs ordres.

La plus courante des nuisances visibles est qu'elle fera de fausses accusations. Diaboliser à tout va, c'est faire de fausses accusations. 

Et si je me surprends en train de diaboliser, je constate ma double nature dont parle le texte cité précédemment. Je ne suis pas un possédé à exorciser. Je suis un être non transformé pleinement dont l'ignorance permet à ces forces de déterminer mes comportements.

Comme Denis Marquet le remarque : la plupart des agressions, des violences et des guerres commencent avec l'idée que l'autre portait une violence en lui, que sa colère contre nous allait bientôt se manifester, qu'il allait de toute façon nous agresser et finir par nous attaquer. C'est l'argumentaire du pouvoir nazi qui a entraîné la seconde guerre mondiale, mais c'est aussi le propos d'un Poutine : selon lui, la volonté ukrainienne de vouloir appartenir à l'Otan, traduit une volonté d'agression qui nécessite une intervention armée préventive. Rappelons que l'Otan n'est pourtant qu'une alliance militaire qui garantit la défense de ses membres contre toute agression, l'Otan n'a aucun objectif impérialiste qui la structure. 

Ceux qui trouvent légitime l'argument des russes justifiant la guerre en Ukraine ne sont-ils pas dès lors des marionnettes des forces hostiles du Mensonge ? Ils vont surenchérir en invoquant mon ignorance, je serai l'idiot utile de l'impérialisme occidental, car évidemment ce sont les intentions cachées et secrètes de l'Otan. Bien sûr extérieurement, l'Otan affiche sa défense de la paix mais secrètement, dans les coulisses, il y a ses visées impérialistes. CQFD. 

A ce stade, le défenseur de Poutine n'a fait que prolonger la rhétorique de cette force d'agression, servant à couvrir son mensonge factuel au service de la guerre de tous contre tous : l'autre allait attaquer, je ne fais que me défendre en l'attaquant avant qu'il ne m'attaque. 

Soyons clair : soit on se défend, soit on attaque. 

Si l'autre prépare une attaque, je peux préparer ma défense. Et je peux me défendre s'il m'attaque. Cette dissuasion n'est pas agressive, elle peut servir à pacifier les intentions de l'autre.

Si j'attaque l'autre parce que tout indique qu'il allait m'attaquer, je suis l'agresseur, et non un simple défenseur.

Là encore, ne concluons pas trop vite que celui qui sert ce Mensonge favorisant le conflit, ce Mensonge qui anime la plupart des agresseurs, est lui-même agent complice d'une force hostile ou adverse. Il faudrait distinguer ce qui ressort de l'ignorance et ce qui ressort de l'illusion qui nous amène à trahir l'aspiration au vrai. L'ignorant laisse le monde entre les mains des forces hostiles et adverses à son évolution divinisatrice mais son développement psychique reste insuffisant pour affirmer qu'autre chose que son ignorance le détermine. Quand l'ignorance prédomine, Les forces hostiles et adverses n'ont guère à faire entrer son ego en tentation pour faire reculer l'influence psychique voire pour la faire taire. 

Dans cette aventure de la Conscience, avons-nous dit précédemment, on peut prendre le point de vue d'un individu qui cherche le Divin. Mais on peut prendre le point de vue du Divin qui aspire à trouver à se dévoiler en notre individualité, en notre monde. Oui, prenons au sérieux que le point de vue d'une évolution du chercheur individuel ne prend son sens ultime qu'avec celui du Divin qui trouve à se dévoiler en tout individu.

Du point de vue du dévoilement Divin, que deviennent les forces hostiles et les forces adverses dont nous parlions du seul point de vue du chercheur individuel ? Qu'est-ce que voir du point de vue divin un point de vue individuel où est ressenti de façon approximative l'œuvre néfaste des forces adverses et hostiles ?  Ce risque de tomber davantage dans le filet de ces forces en servant en idiot utile leur mensonge de diabolisation, quel sens prend-il du côté du dévoilement divin ?

Pour le Divin, le seul remède au manque d'Amour, c'est davantage d'Amour.

"43Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 44Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 45afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.", Evangile de Matthieu, chapitre 5. 

Évoquer "L'Amour de l'ennemi" semble contradictoire. Si je suis ennemi de l'autre, je ne l'aime pas. Du point de vue du Divin, pourquoi y aurait-il la moindre animosité contre qui que ce soit ou quoi que ce soit ? Si, au final, le Divin est le fond ultime de tout, si, au final, le Divin est le fond de notre âme, comment le Divin pourrait diaboliser qui que ce soit ou quoi que ce soit ? Du point de vue Divin, "L'Amour de l'ennemi" est l'Amour de l'autre qui, lui, se positionne en ennemi, bien qu'il soit aimé, et qui prétend que le Divin est son ennemi, bien qu'il soit aimé !

Sous l'œil Divin, la force adverse ou hostile, soit se dissout dans une extase d'Amour qu'aucun regard jusque là n'avait pu lui donner, soit elle se convertit dans un zèle sans borne, servant désormais la cause divine.

Si vous voulez creuser ce point, nous vous renvoyons à la pratique que propose Mère dans cet extrait de son Agenda :

https://sriaurobindouneapproche.blogspot.com/2026/01/lutte-contre-le-mal-et-amour-selon-mere.html

Si nous, individus, sommes encore sur le chemin, si le point de vue de Divin nous paraît lointain, cela pointe le cours temporel incontournable du dévoilement du Divin. Cela prend du temps, Cela prend son temps, Cela prendra le temps qu'il faut, Cela arrivera à temps. De notre point de vue individuel humain sur le chemin, il y faut notre patience, notre sagesse équanime et égale en toute circonstance, notre espérance et notre foi.

Et nous, individu sur le chemin, avant que cet œil Divin d'Amour ne s'ouvre à travers nous sur ces forces pour les abolir ou les convertir, comment agir, maintenant ! comment se mettre davantage en lumière du Divin et la servir ? 

Mère, ses paroles, nous inspire un chemin.

Pour éviter l'écueil de la diabolisation, ne devrions nous pas, entre autres, apprendre à véritablement voir d'abord en nos frères et sœurs humains, les enfants divins en croissance qu'ils sont malgré notre incapacité présente de voir au-delà des apparences extérieures contraires ?

Dans l'opuscule La découverte suprême, Mère insiste sur ce point et le précise  :

https://sriaurobindouneapproche.blogspot.com/2026/01/pour-un-foyer-dharmonie-selon-mere.html

Pour éviter l'écueil de la diabolisation et s'ouvrir à ce regard d'harmonisation, le premier pas donc reste l'équanimité, l'égalité, le calme et la paix face à mes réactions, mes jugements devant les mouvements extérieurs de l'autre. Développer ces pouvoirs est décidément le premier pas sûr dans ce yoga exigeant non pour être indifférent mais se pour se faire ouvert à l'Amour. Cela ne consiste pas à tout laisser faire, par l'autre ou par soi-même mais à se disposer sincèrement à apprendre à agir selon le point de vue divin.

  



lundi 11 mai 2026

La Mère au sujet du travail

 


La Mère au sujet du travail

Paroles traduites de l’anglais du livre « Mantra of the Mother »


 


Quand vous commencez une querelle c’est comme si vous déclariez la guerre au travail du Divin


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Tout ce que vous faites, faites le toujours avec soin.


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Pour le travail stabilité et régularité sont aussi nécessaires que la compétence.


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On peut progresser par la méditation,

Mais par le travail, pourvu qu’il soit fait dans le bon esprit,

On peut progresser dix fois plus


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La perfection dans le travail doit être le but .

Mais c’est seulement par un très patient effort qu’on peut l’obtenir


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Aspirons constamment à être un instrument parfait pour le travail du Divin


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Words from the book ” Mantras of the Mother


 


When you start a quarrel it is as if you were declaring war to the Divine ‘s work


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Whatever you do, do it always carefully


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For the work, steadiness and regularity are as necessary as skill


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One can progress through meditation,

But through work, provided it is done with the right spirit,

one can progress ten times more.


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Perfection in the work must be the aim,

But it is only by a very patient effort that this can be obtained.


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Let us constantly aspire to be a perfect instrument for the Divine’s work


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Extrait d’une lettre de Amita et Niranjan écrite à la Mère – 12/11/72



 Extrait d’une lettre écrite à la Mère – 12/11/72


……..C’est un moment extraordinaire, les facultés, les capacités inattendues pleuvent du ciel comme des cadeaux du Seigneur et de la Mère Divine pour tout le monde.


Pour Les remercier, pour Les fêter, nous voulons chanter et danser avec tous ceux qui voudraient participer à cette grande fête d’accueil.


Le Seigneur et la Mère Divine ont pris la terre et l’ont transformée. Le paradis est ici bas en permanence.


Seigneur Suprême, Tu es là pleinement dans chaque atome comme dans l’univers entier


Mère Divine, donne Ton Bonheur à chaque élément dans la manifestation.

Que tous soient heureux en Toi



Amita-Niranjan


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Réponse de la Mère






samedi 17 janvier 2026

Lutte contre le mal et Amour selon Mère



Agenda 


10 janvier 1961


Comment coopérer à la guérison du mal et de la laideur que l’on voit partout ?... Aimer ? Quel est le pouvoir de l’amour ? Et comment un phénomène de conscience individuel peut-il agir sur le reste des hommes ?


Comment coopérer à la guérison du mal et de la laideur ?... On peut dire qu’il y a une sorte d’échelle hiérarchique de collaboration ou d’action ; une coopération négative et une coopération positive.

Pour commencer, il y a un moyen que l’on pourrait appeler négatif ; c’est celui que donnent les religions bouddhiques et similaires : ne pas voir. D’abord être dans un état de pureté et de beauté suffisant pour ne pas avoir la perception de la laideur et du mal – c’est comme quelque chose qui ne vous touche pas parce que cela n’existe pas en vous.

Ça, c’est la perfection de la méthode négative.

Elle est très élémentaire : ne jamais remarquer le mal, ne jamais parler du mal qui est chez les autres, ne pas perpétuer les vibrations par l’observation, la critique, l’insistance sur le fait mauvais. C’est ce que le Bouddha enseignait : chaque fois que vous mentionnez un mal, vous l’aidez à se répandre.

C’est en bordure du problème.

Pourtant, ce devrait être une règle très générale, mais ceux qui critiquent ont réponse à cela ; ils disent : «Si vous ne voyez pas le mal, vous ne pourrez jamais le guérir. Si vous laissez quelqu’un dans sa laideur, il n’en sortira jamais.» (Ce n’est pas exact, mais c’est comme cela qu’ils légitiment leur action.) Alors, dans cet aphorisme, Sri Aurobindo répond d’avance à ces objections : ce n’est pas par ignorance pure, par inconscience ou par indifférence que vous ne voyez pas le mal – vous êtes capable de le voir et même de le sentir” mais vous refusez de collaborer à son expansion en lui donnant la force de votre remarque et l’appui de votre conscience. Et pour cela, il faut que vous soyez, vous-même, au-dessus de cette perception et de cette sensation ; il faut que vous puissiez voir le mal ou la laideur sans en souffrir, sans être choqué, sans être gêné. Vous le voyez d’une hauteur où ces choses n’existent pas, mais vous en avez la perception consciente – vous n’en êtes pas affecté, vous êtes libre. Ceci est un premier pas.


Un deuxième pas, c’est d’être conscient positivement de la Bonté et de la Beauté suprêmes qui sont derrière toutes choses et qui supportent toutes choses, leur permettent d’exister. Quand vous Le voyez, vous êtes capable de Le percevoir derrière ce masque et cette déformation – même cette laideur, même cette méchanceté, même ce mal est un déguisement de Quelque chose qui est essentiellement beau ou bon, lumineux, pur.


Et alors vient la vraie collaboration, parce que, quand vous avez cette vision, cette perception, que vous vivez dans cette conscience, cela vous donne aussi le pouvoir de tirer Ça dans la manifestation, sur la terre, et de Le mettre en contact avec ce qui, pour le moment, déforme et déguise, de telle sorte que, petit à petit, cette déformation et ce déguisement sont transformés par l’influence de la Vérité qui est derrière.

Ici, nous sommes tout en haut de l’échelle de la collaboration.

De cette façon, il n’est pas nécessaire de faire intervenir le principe d’amour dans l’explication. Mais si l’on veut connaître ou comprendre la nature de la Force ou de la Puissance qui permet et qui accomplit cette transformation (et surtout quand il s’agit du Mal, mais aussi de la laideur dans une certaine mesure), on voit que c’est évidemment l’Amour qui, de tous les pouvoirs, est le plus puissant, le plus intégral – intégral, en ce sens qu’il s’applique à tous les cas. Il est plus puissant même que le pouvoir de purification qui dissout les mauvaises volontés et est le maître en quelque sorte des forces adverses, mais qui n’a pas le pouvoir direct de transformation, parce que le pouvoir de purification dissout d’abord pour reformer après, il détruit une forme pour pouvoir en faire une meilleure, tandis que l’Amour n’a pas besoin de dissoudre pour transformer : il a le pouvoir direct de transformation. L’Amour est comme une flamme qui change ce qui est dur en une chose malléable et qui sublime même cette chose malléable en une sorte de vapeur purifiée – ça ne détruit pas : ça transforme.

Dans son essence, dans son origine, l’Amour est comme une flamme blanche qui a raison de toutes les résistances. On peut soi-même en faire l’expérience : quelle que soit la difficulté dans son être, quelle que soit l’alourdissement des erreurs accumulées, les ignorances, les incapacités, les mauvaises volontés, une seule seconde de cet Amour – pur, essentiel, suprême – dissout comme dans une flamme toute-puissante. Un seul moment, et tout un passé peut disparaître ; un seul instant où on touche Ça dans son essence, et tout un fardeau est épuisé.




jeudi 1 janvier 2026

Pour un foyer d'harmonie selon Mère



Dans La découverte suprême, opuscule de Mère écrit en 1912, il y a ce passage sur L'harmonisation qui peut nous inspirer aujourd'hui : 


"À ce sujet un sage a dit :


“ Je voudrais que chacun de nous en vint au point d'apercevoir le Dieu intérieur qui réside même dans le plus vil des êtres humains ; au lieu de le condamner, nous dirions : “ Surgis, Être resplendissant, toi qui es toujours pur, qui ne connais ni la naissance ni la mort, surgis, Tout-Puissant et manifeste ta nature ”.


Conformons-nous à cette belle parole et nous verrons tout se transformer comme par miracle autour de nous.

Voilà l'attitude d'amour vrai, conscient, perspicace, de l'amour qui sait voir derrière les apparences, comprendre malgré les mots, et qui, à travers tous les obstacles, communie constamment avec les profondeurs.


Que pèsent nos impulsions et nos désirs, nos angoisses et nos violences, nos souffrances et nos luttes, toutes ces péripéties intimes dramatisées indûment par notre imagination déréglée, que pèsent-elles devant ce grand, ce sublime, ce divin amour penché sur nous du plus profond de notre être, indulgent à nos faiblesses, redressant nos erreurs, cicatrisant nos plaies, baignant notre être tout entier de ses effluves régénérateurs ?


Car la Divinité intérieure ne s'impose point, ne réclame point, ne menace point ; elle s'offre, elle se donne, elle se cache, elle s'oublie au sein des êtres et des choses ; elle ne blâme point, elle ne juge ni ne maudit ni ne condamne, mais elle est à l'œuvre sans cesse pour perfectionner sans contrainte, réparer sans reproches, pour encourager sans impatience, pour enrichir chacun de tous les trésors qu'il peut recevoir ; elle est la mère dont l'amour enfante et nourrit, garde et protège, conseille et console ; elle comprend tout, c'est pourquoi elle supporte tout, elle excuse et pardonne tout, elle espère et prépare tout ; portant tout en elle, elle n'a rien qui ne soit à tous, et parce qu'elle règne sur tous elle est la servante de tous ; c'est pourquoi ceux qui, petits ou grands, veulent être rois avec elle et dieux en elle, se font, comme elle, non point despotes mais serviteurs parmi leurs frères." 


https://revolution-lente.coerrance.org/docs/La%20m%C3%A8re%20-%20La%20D%C3%A9couverte%20Supr%C3%AAme.pdf











mardi 2 décembre 2025

Qui sont pour nous Sri Aurobindo et Mère ?

Photomontage d'Amita Guha Roy 


 Notre chemin du yoga intégral est une aventure dont le territoire a été défriché par Sri Aurobindo et Mère. 

A quelle aventure nous convient-ils ?

A celle du Devenir évolutif, à celle de l'incarnation charnelle et matérielle de la Joie et de la Paix, de la Vérité et de l'Amour. 

La vie est un immense fleuve avec une multitude de courants si bien qu'on n'en voit pas bien le sens. Bien sûr, les sciences nous permettent de savoir qu'il y a une évolution du vivant et de l'univers. Elles nous apprennent que le scandale évolutif n'est pas d'abord que nous ayons des ancêtres communs avec toutes les autres formes de vie ; le scandale de l'évolution est que nous ne sommes ni son aboutissement ultime ni surtout pas le sommet de l'évolution. Notre conscience mentale n'est certainement pas le sommet de l'évolution de la conscience : ces derniers temps, sur cette terre, notre arrogance mentale ne nous mène qu'à plus de confusions. Nous invitant à plus de modestie mentale, Sri Aurobindo nous permet de saisir un horizon ensoleillé par delà la crise évolutive que notre terre traverse. Il nous invite à découvrir intérieurement que le Devenir a un flux principal, la Mère divine. Le chemin est de relier tous les courants en nous à ce flux, la force conscience de Mère. Grâce à Sri Aurobindo, avançant sur le chemin, nous découvrons concrètement en quel sens douce Mère, celle à qui il confia son ashram est une incarnation de la Mère divine, l'intelligence du Devenir de l'univers.

Le Devenir évolutif est l'incarnation matérielle de la Joie Divine dans son intensité illimitée. Derrière toutes les dérives du courant principal du Devenir, il y a un mensonge qui travestit la Joie Divine en souffrances, en douleurs. Oui, il s'agit de discerner qui nous alimentons, la perpétuation du mensonge ou le Divin en nous ?



Douce Mère, elle, nous permet de mieux comprendre qui est Sri Aurobindo et quelle est son action. 

Du point de vue du chemin évolutif, elle nous indique deux pouvoirs spirituels nécessaires pour servir la manifestation de la conscience de Vérité et mettre fin aux travestissements du mensonge. Il y a, bien sûr, d'une part, le pouvoir d'action que génère l'offrande progressive de soi à la Mère Divine, car ne rêvons pas ! une telle offrande ne peut être que progressive. Ensuite, d'autre part, il y a la nécessaire acquisition d'une égalité intérieure à toute épreuve. Un tel pouvoir ne peut pas être obtenu par notre effort seul. C'est la Paix du Seigneur à laquelle il faut nous ouvrir et qu'il s'agit de laisser imprégner notre individualité. 

Notre Mère divine, le Devenir est inséparable du Seigneur, l'Être. Douce Mère commence par nous amener aux pieds du Seigneur. Elle nous invite au milieu du chaos apparent du Devenir à trouver la Paix du Seigneur, à nous laisser transformer par Son regard éternel qui, seul, en révèle l'Harmonie. Et relisant Sri Aurobindo, avec Mère, nous comprenons de plus en plus qu'il incarne lui-même le Seigneur, ce regard harmonieux de l'Éternel sur Lui-même, qui lumineusement surgit des ténèbres lumineuses de la Paix en laquelle il s'enveloppe.  

Nous observons d'ailleurs les premiers fruits de cette action transformatrice. Tout autour de nous, nous voyons, en effet, la soif spirituelle de paix grandir. Retour à la nature, méditation, relaxation, aspiration au silence, etc. sont entrés dans nos vies sociales à pas feutrés. 

Mais cette Paix encore engoncée dans ses ténèbres lumineuses ne donne pas bien sens au Devenir. Eclairés par Mère, Sri Aurobindo se révèle, pour nous, cette présence vivante du Seigneur, cette émanation du Suprême, qui nous initie à Son regard innombrable au-delà de la conscience mentale. Sri Aurobindo, émanant du Suprême, nous fait entrer dans l'Harmonie consciente du Devenir.

Pour nous, Sri Aurobindo et Mère ne sont pas simplement des enseignants spirituels, ce sont des forces, des actions du Seigneur suprême et de la Mère divine, à l'origine de toutes choses. Leur grâce et leur Amour nous précipitent dans une transformation évolutive amenant Paix et Joie, Vérité et Harmonie sur la terre.

En vivant ensemble, nous voulons participer à incarner cette Harmonie nouvelle à laquelle Mère et Sri Aurobindo travaillent. 


Œuvre de Niranjan et Amita Guha Roy