lundi 14 août 2023

Sur la voie de la perfection de Sri Aurobindo et Mère. 2. Comment écouter la note juste ?

Œuvre de Niranjan Guha Roy


Une amie sur la voie :

COMMENT écouter la Note juste ? Et évoluer par delà l'imperfection qui empêche nos progrès.


Une réponse :

A une amie sur la voie,

Nos erreurs et nos refus passés sont comme des trains manqués. La grâce ne juge pas. Il s'agit de ne pas rater un des prochains trains qui nous seront proposés. C'est tout. Et peu importe les trains ratés, alors, ils nous auront juste encouragés à ne pas rater tous les suivants. Et chaque progrès sur cette voie révèle davantage de trains qu'on rate sans même sans apercevoir. 

Faire croître l'aspiration, l'amour du beau, du vrai et du juste est le seul moyen pour prendre le prochain train au lieu de continuer le vieux véhicule. 

Cette aspiration en croissant rend davantage audible la Note juste. Il ne s'agit pas d'accepter nos faussetés en les excusant... Il s'agit de vivre avec jusqu'à ce que nous ayons reçu la force évolutive de la Vie universelle qui les transforme. Pour moi, cette action évolutive de la Vie universelle, de notre Soi, sous un angle, se personnifie sans aucun doute comme l'action de la Mère Divine. 

Un des enjeux est ici la sincérité. 

Et quand ce sera le moment, pour avoir la force du rejet, on peut aussi appeler à l'aide. Il m'a été conseillé personnellement ce mantra d'appel : OM Sri Aurobindo OM douce Mère. Quoi qu'il en soit de votre code d'appel personnel à l'aide Divine, la difficulté peut s'offrir à Celle-ci. Lui offrir revient à cesser de prendre uniquement  cette difficulté comme un problème personnel. 

Pour moi, offrir à Mère ce problème revient à m'en désidentifier : ce n'est qu'un problème lié à notre vieille humanité que la force évolutive Divine du Devenir, notre Mère Divine, résoudra. L'offrande du problème revient aussi, par ailleurs, à faire grandir encore la flamme de l'aspiration de notre cœur. 

Quand l'aspiration croît, la force descendante et montante de Mère travaille : on la ressentira davantage, mais elle travaille aussi sans qu'on la sente jusqu'à ce que parfois le résultat nous apparaisse finalisé et l'impossibilité dépassée. 

Autre point qu'il m'est encore personnellement un peu difficile d'admettre, les imperfections, les difficultés seront corrigées dans l'ordre voulu par Mère et non dans l'ordre que j'aurais voulu. Il faut donc accepter de vivre avec des imperfections, les contenir autant que possible. Même si cela ne ressemble pas au laisser-être immédiat du Soi, l'essence de notre présence, un tel effort de contenance n'effacera pas cependant la paix du Soi. Déchaîner, ce qui a été vu comme une imperfection au nom d'un laisser-être, c'est l'affermir, c'est se soumettre au démoniaque, tel un Lucifer, un porteur de Lumière, tel un Belial, un suppôt du mensonge. 

Laisser-être n'est pas laisser-faire : dire le contraire n'est pas être sincère.

Reconnaître nos imperfections, les contenir autant qu'il nous est possible, même si elles demeurent capables de nous asservir momentanément, c'est un progrès personnel considérable en sincérité ! 

Que nous soyons attachés comme Ulysse, au mat du bateau de notre aventure, notre axe central Divin intérieur ! Que comme Ulysse, ainsi enchaînés au Divin, nous soyons incapables de succomber aux voix des sirènes criminelles qui nous voudraient voir échouer ! Que nous restions cramponnés à cet axe intérieur, même si tout notre être extérieur en est tout retourné et chamboulé !

Par ailleurs, le progrès dont il est question n'est pas linéaire. Concernant certains points qui recevront un premier traitement nous soulageant des plus lourds symptômes, longtemps après parfois, il faudra qu'ils soient repris plus en profondeur. 

Être et Devenir un enfant de Mère, avant tout, non pas fantasmatiquement mais par nature, c'est lui ouvrir notre cœur. Ce sont des difficultés qui nous en empêchent qui seront prioritaires à surmonter. 

Sans un intérieur-là dans le cœur qui est pur par essence, autour de quoi pourrait s'intégrer la transformation individuelle que mène Mère en nous ?

Être un enfant de Mère, être conscient de son âme, de son être psychique, autrement dit vivre non plus  comme une petite personne humaine, mais comme l'individuation du Divin dans l'humain, et au-delà de l'humain comme l'individuation du Divin dans un corps cosmique, c'est vivre selon la Note juste. 

Bonne route à vous. 

Fraternellement.

Serge


L'âme libérée de sa prison - Tableau d'Amita Guha Roy

Sur la voie de la perfection de Sri Aurobindo et Mère - 1

Continuité de Niranjan Guha Roy

Sur le chemin que proposent Sri Aurobindo et Mère, une évidence se clarifie et se précise :

Seul le Divin peut diviniser ce monde perfectible. 

Tout critère humain de perfection est imparfait. 

Nos visions éthiques les plus utiles génèrent toujours des dévoiements du processus Divin de perfectionnement. 

Ces aphorismes peuvent se décliner sous de multiples aspects.

Par exemple, nos vertus peuvent nous amener à ne pas voir le potentiel énergétique de ce qui nous semble anti-divin en notre humanité. Dans mon cas, j'ai tardé à voir que ce qui volatilise nos valeurs familiales et ce qui semblait un équilibre des mœurs sexuelles, dessine notre futur : l'émergence de l'être insexué dans notre chair, ou encore des formes de naissance et d'éducation bien plus conscientes en dehors d'une cellule familiale animale parée d'un vernis moral. La faillite de certaines valeurs éthiques et morales bien trop humaines est certainement un espace nécessaire au surhumain que le Divin élabore. A vrai dire, acceptons d'ignorer, au niveau mental, le plan d'ensemble du Divin. Car les forces antidivines que nous pouvons reconnaître et auxquelles nous apprenons à ne pas céder, s'avèrent surtout, quand on y fait face, des occasions de soumission au Divin, qui seul peut nous en libérer intérieurement et extérieurement. Le Divin sait donc les utiliser à son propre compte pour accélérer son processus de divinisation jusqu'à ce qu'elles deviennent complètement inutiles ou soient entièrement transformées. Leur apparence "anti-divine" n'est que relative à la libération de l'ego. Ces forces et ces formes servent le Devenir Divin en étant un mal pour un plus grand bien. Notre ego mental, vital et physique, lui-même, ne peut pas voir qu'orgueilleusement, par nature, il nie, même en se haïssant, la Non Dualité ultime qui le rendra inutile ou seulement utile en tant qu'un ego est par nature temporaire. 

L'ego vertueux, et plus encore mon ego spirituellement vertueux, ne peut donc pas sincèrement admettre ceci que vraiment, tout est un jeu Divin, le Divin prenant conscience de lui-même en chaque point de sa manifestation. 

Qui, d'ailleurs, ne voit pas son ego revendiquer ses vertus, y compris au niveau de ses pratiques spirituelles, comme son action indispensable. Et cette ritournelle est l'écho de mécanismes d'étouffement et de refoulement des réels pouvoirs psychiques individués de la force de transformation : certains des mouvements en qui certaines vertus consistent, pourraient devenir, à nouveau transformés et perfectionnés, une expression divine au niveau de notre être de surface. Tel mouvement vertueux de sincérité ou de foi deviendrait ainsi le pouvoir conscient de sincérité ou de foi de notre individuation d'âme Divine, cette réalité émanée de Mère, la personnification originelle du Devenir Divin.

En ce sens, dans ses Aphorismes et Pensées, Sri Aurobindo écrit : 

Bhakti 483  –  « Mon amant m’a enlevé ma robe de péché, et je l’ai laissée tomber avec joie, alors il s’est emparé de ma robe de vertu, mais je me suis senti honteux et alarmé et j’essayai de l’en empêcher. C’est seulement quand il me l’eut  arrachée de force que je vis combien mon âme m’avait été cachée. »

Et c'est parce que le Divin divinise sa propre autocréation que sa victoire est certaine. Et c'est parce que l'évidence de cette auto-divinisation grandit que notre foi en la victoire divine se transforme de plus en plus en certitude.

Courage de Niranjan Guha Roy


mardi 8 août 2023

Être attiré par le yoga de Sri Aurobindo et Mère, ce n'est pas mépriser le yoga de Ramana Maharshi, c'est l'intégrer - Sri Aurobindo VS Ramana Maharshi ?



Voie directe et yoga évolutif : deux visions de l’éveil ?



Y’a pas photo comme on dit.
😂❤️🙏🏻

Q.: Sri Aurobindo croit que le corps spirituel (vijnâna-maya-sharîra) ne souffrira pas de maladie, qu'il ne vieillira pas et qu'il ne mourra que quand on le désirera.
Sri Ramana Maharshi: Le corps est en lui-même une maladie. Désirer faire durer cette maladie n'est pas le but du jnâni (celui qui connait le Réel). De toutes façons, il faut abandonner l'identification au corps...
*
Q. : Sri Aurobindo veut amener la puissance de Dieu dans le corps humain.
Sri Ramana Maharshi: Si, après l'abandon (de soi à Dieu), on a encore ce désir, c'est que l'on ne s'est pas abandonné. Si l'on a cette attitude : 'Si la puissance d'en haut doit descendre, elle doit venir dans mon corps', cela ne fera que renforcer l'identification avec le corps...
*
Q. : Sri Aurobindo veut faire descendre sur terre une nouvelle race divine.
Sri Ramana Maharshi: Tout ce qui peut être atteint dans le futur est impermanent. Il faut comprendre cela. Apprenez à comprendre correctement ce que vous avez maintenant, de sorte que vous n'ayez plus à penser au futur.
*
Q. : Sri Aurobindo dit que Dieu a créé différents types de monde et qu'il va encore en créer de nouveaux.
Sri Ramana Maharshi: Notre monde actuel n'est pas réel. Chacun voit un monde différent selon son imagination, alors comment savoir si ce nouveau monde sera réel ?


J'avais aimé l'alternative proposé dans cet article, rapportant une conversation avec Ramana au sujet de Sri Aurobindo, mais juste comme une alternative où les deux chemins pouvaient être pris après tout, car tous les chemins sont bons. 

Le yoga, c'est toute la vie et les formes de vie que prend la nature, comme le suggère Sri Aurobindo dans La synthèse des yogas.

 Pour moi, en cet aout 2023, y a pas photo entre les deux, l'aventure spirituelle, cela reste Sri Aurobindo et Mère et de temps en temps des vacances méritées chez Ramana ! 

Car c'est ce chemin décrit par Sri Aurobindo et Mère qui me permet de vivre le Soi avec une âme, c'est-à-dire de vivre de plus en plus dans une Joie Divine, et de vivre de plus en plus libéré des désirs-appétits égoïques (amours, gloire et possession) et des attachements humains qui entachent l'amour. C'est ce chemin qui me fait envisager un éveil évolutif favorisant la matérialisation d'une conscience au-delà de la conscience mentale. 

Mais pour aller de ce côté-là, ce dont Ramana parle a dû être réalisé et la Joie démesurée qui caractérise l'atmosphère supramentale exige encore et toujours la paix du Soi immuable dont Ramana Maharshi est le chantre.

 La première traduction française de Ramana Maharshi est due à un disciple de Sri Aurobindo, Jean Herbert, qui s'acquittait ainsi de la tâche centrale de son Karma Yoga que lui avait inspirée Sri Aurobindo, celui dont il se voulait le disciple. 

Pour moi, la spiritualité évolutive comprend celle de Ramana, mais il n'y a pas forcément réciproque comme l'agencement de cet article précédent le suggère au profit d'un éveil direct.

Mais imaginons que les affirmations sous-jacentes aux questionnaires et les réponses de Ramana Maharshi reçoivent une réponse d'un aventurier du yoga intégral ayant bien intégré à celle-ci la perspective de la paix de l'Être. Voici une possibilité de ce dialogue repris à 3 voix :

Q.: Sri Aurobindo croit que le corps spirituel (vijnâna-maya-sharîra) ne souffrira pas de maladie, qu'il ne vieillira pas et qu'il ne mourra que quand on le désirera.
Sri Ramana Maharshi: Le corps est en lui-même une maladie. Désirer faire durer cette maladie n'est pas le but du jnâni (celui qui connait le Réel). De toutes façons, il faut abandonner l'identification au corps...

Réponse rapide du point de vue du Yoga intégral :

L'éveil évolutif ou plus précisément l'éveil de l'Être (Ishvara) et du Devenir (Shakti) ne méprise pas le corps, au contraire ! Le corps humain aussi limité soit-il est le matériau pour le processus évolutif en cours et l'étape évolutive d'après.

Réponse longue :
L'identification au corps individuel est effectivement une limitation. On finit par croire que son esprit est dans son corps. Alors que l'esprit immuable embrasse ce corps et son environnement. On finit par consacrer la confusion de l'ego mortel et l'âme immortelle qui appartient à une cinquième dimension en dehors des dimensions d'espace et de temps.

Mais affirmer que le corps est une maladie, n'est-ce pas le traiter avec mépris ?

Cet aventurier d'un éveil évolutif que fut Nietzsche a diagnostiqué de façon juste du nihilisme dans ces philosophies orientales auxquelles son maître Schopenhauer se référait. Le mépris du corps et du cosmos annonce toujours du nihilisme : un rejet du Devenir.

Faire durer le corps humain n'est pas pour Sri Aurobindo le but premier contrairement à ce que le questionneur présente ici.
Un corps humain n'est pas à la hauteur d'une conscience divine. Il s'agit pour l'aventurier de l'Être et du Devenir de collaborer à la transformation qui en fera un réceptacle, puis un centre de diffusion de la Joie Divine Infinie qui est Une avec l'Être dans ses profondeurs et qui ne peut pour l'instant séjourner ici faute des capacités de réceptivité des corps animaux. Celui qui a expérimenté des extases connait ce problème de réceptivité à la Joie, la découverte de la paix inhérente à l'Être est d'ailleurs souvent essentielle qu'elle puisse s'intégrer de manière stable.

La question de l'amortalité d'un corps est par ailleurs une possibilité de la science. Une spiritualité de la paix de l'Être, qui ignore le Devenir, reste étrangère à une telle possibilité d'un corps transformé scientifiquement pour une longévité sans précédent. 

Or la question se posera bientôt sans doute matériellement. Seule des spiritualités intégrant l'Être et le Devenir seront aptes à favoriser un vécu serein d'un corps à la longévité accrue. Dans la perspective de l'Être, pas de passé, pas de longueur, un immuable maintenant. Dans la perspective du Devenir, une conscience du maintenant sans cesse en nouveauté, en croissance.

L'Être nous découvre une dimension universelle et transcendante immuable et éternelle de notre essence. L'aventure du yoga intégral nous découvre une dimension individuelle de l'Être parfaitement immortelle et en Devenir. Il n'y a là rien de nouveau, le yoga intégral emprunte un chemin balisé par Socrate, ses disciples platoniciens, des mystiques chrétiens et des upanishads comme la kathopanishad.
La Joie du Devenir et la paix de l'Être se découvrent dans leur unité lors de la réalisation d'une âme immortelle servante du Devenir au cœur du Soi.
La nouveauté du yoga intégral est d'observer que le Devenir de ce Soi universel avec une âme individuelle implique une transformation du corps et de la vie terrestre. Dans notre contexte actuel, vivant le Soi avec une âme, il y a un processus de Paix et de Joie qui est expérimenté et observé comme "descente" transformatrice se prolongeant jusque dans les cellules du corps. 
La Joie Divine du Devenir ressemble d'abord pour un individu à des expériences de crête. L'expérience a lieu, elle semble descendre d'au-dessus de la tête au sein d'une Paix immuable de l'Être. Puis elle s'interrompt. Seule l'expérience du Soi accessible à volonté semble à ce stade crédible. 
Cependant la réalisation indubitable d'une unité de l'Être et du Devenir se réalise d'abord présente et croissante dans le cœur. Quand on découvre que la force de conscience descendante sert à dégager le corps subtil et plus particulièrement le cœur alors le Devenir ne paraît plus relatif à l'Être. La Joie du Devenir est la parèdre de la paix de l'Être. La Joie n'est pas seulement de la Paix en mouvement car la paix elle-même apparaît comme mouvement envoyé à l'avant-garde de la Joie. L'amour Divin prend sens alors comme substance, d'un côté Paix Divine immuable et de l'autre Joie Divine du Devenir.
Le cœur s'ouvre dans la paix immuable du Soi et il s'éprouve en une croissance perpétuelle de la capacité de sagesse et d'amour.
Les expériences fugitives de conscience force du Devenir ne sont donc pas à dédaigner du point de vue de la lumière immuable du Soi. Les dédaigner trahit une ignorance dans l'individu.
Dans les profondeurs du cœur, ces forces de conscience descendantes servent l'émergence de l'âme du Soi, d'une individuation du Divin consciente au niveau de l'humanité où elle se joue. Cette émergence nous fait réaliser la relativité de notre individualité corporelle et de notre ego dans un processus d'évolution individuée et universelle du Devenir. Après cette émergence, il y a évidence que le Divin évolue à travers des vies humaines et animales. Avant ce ne sont que des croyances et des expériences partielles, déformées, car non vécues dans l'orbite de notre individuation d'âme Divine.
Vivre le Soi avec une âme est un processus participant d'une évolution concentrée individuelle du Divin. Ce processus, lui-même s'inscrit, dans un processus plus large de coévolution matérielle terrestre. Le Devenir Divin est indissociablement un Devenir Divin individuel et un Devenir Divin cosmique à travers l'histoire de l'univers, l'évolution du vivant terrestre et l'histoire de l'humanité.
L'évidence de l'immortalité de l'âme est nettement relatée comme une expérience et non comme une simple croyance. Par exemple, selon le témoignage de maître Eckhart, le Divin naît en nous en même temps que l'âme ; il y a une étincelle divine d'où Dieu et l'âme surgissent dans un maintenant éternel d'une déité sans fond. 

Cette nature immortelle centrale dans le Devenir, lorsqu'elle met aussi en jeu une transformation du corps, fait admettre la possibilité d'une divinisation de la chair. 

Pourquoi cette transformation de l'autocréation Divine ne pourrait-elle pas rendre inutile la mort dans le processus évolutif ? 

Certes aujourd'hui encore, sans la mort des individus, l'évolution du vivant et humaine n'aurait pas lieu. En effet, l'individuation du Divin qu'est l'âme vraie, le plus souvent, n'obtient qu'avec la mort individuelle l'abolition de l'ego, qui lui a fourni l'expérience évolutive dont elle avait besoin, mais qui désormais l'immobilise dans sa progression. L'élaboration d'un nouveau corps passe, encore aujourd'hui, par la mort de nos corps animaux individuels précédents et la production hasardeuse sexuelle d'un nouveau corps. 

Mais si l'âme d'individuation Divine émerge et, croissant en pouvoir dans et par le Devenir, parvient à évoluer consciemment en surface d'un individu humain en vivant sans mort physique son processus d'abolition d'ego, alors la mort physique perd de son utilité. Une aspiration à une vie sans mort semble exprimer un accomplissement de l'incarnation individuelle de la Joie du Devenir et la paix de l'Être.
Une foi en la divinisation de la chair et son pressentiment partent d'une réalisation du Soi avec une âme. Celle-ci est une réalisation d'une évidence d'éternité d'Être et d'immortalité tant universelle qu'individuelle inhérente à la Joie du Devenir.

La foi en cette possibilité d'une participation consciente à un Devenir qui produira l'immortalité d'un corps physique est au cœur du gnosticisme chrétien qui ne méprise pas la chair. Rappelons l'existence de traditions occultistes alchimiques occidentales. Cet aspect de la foi dans le Devenir se croise aussi dans le taoïsme ou encore dans certains courants du tantrisme.
La réalisation du Soi impersonnel, par un individu autosatisfait de celle-ci, fait souvent regarder avec mépris ou commisération la foi de ces traditions spirituelles de divinisation. Toutefois une réalisation du Soi avec une âme change considérablement la perspective sur l'Être et le Devenir. Et cette possibilité d'immortalité d'un corps physique support d'une évolution matérielle consciente semble loin d'être si improbable qu'y avoir foi serait ridicule.

Sri Aurobindo et Mère ont toujours associé cette possibilité de transformation avec une durée au sein de plusieurs générations. Dans certains textes, il est question de plusieurs centaines d'années voire de deux ou trois millénaires avant que des corps immortels se manifestent matériellement comme une étape significative de cette évolution. 
Ceux qui se moquent de cette spiritualité ont toujours une connaissance approximative et de seconde main des propos de Sri Aurobindo et Mère à ce sujet. Ici le questionneur semble n'avoir qu'une connaissance très vague du yoga intégral de Sri Aurobindo et Mère, même s'il prétend le représenter. Sri Aurobindo et Mère n'ont pas annoncé qu'ils parviendraient à éviter leur propre mort physique matérielle. Ils ont affirmé l'immortalité de leur âme d'individuation Divine, l'immortalité d'une personnalité mentale et vitale élaborées par cette âme. Selon leurs témoignages et ceux de disciples comme Satprem ou Niranjan Guha Roy, des éléments d'un physique subtil, auraient été immortalisés, mais la jonction avec le physique terrestre grossier serait l'objet central du saut évolutif en cours, qui, lui, prendrait plusieurs centaines d'années. 
C'est cette histoire mal comprise d'affirmation d'une expérience d'immortalité sur le plan d'un physique subtil qui permet de ridiculiser et de mépriser la foi en l'immortalité physique issue de Sri Aurobindo et Mère, Mirra Alfassa, sa compagne. 

Les couplets contre les aspirations évolutives de perfectionnement et les rejets méprisants d'une perfection immortelle posent question quand ils justifient de s'autosatisfaire des petitesses humaines ou de nourrir des fascinations nihilistes souvent malsaines. Ces deux attitudes ne sont pas exclusives l'une de l'autre malheureusement.

*
Q. : Sri Aurobindo veut amener la puissance de Dieu dans le corps humain.
Sri Ramana Maharshi: Si, après l'abandon (de soi à Dieu), on a encore ce désir, c'est que l'on ne s'est pas abandonné. Si l'on a cette attitude : 'Si la puissance d'en haut doit descendre, elle doit venir dans mon corps', cela ne fera que renforcer l'identification avec le corps...


Réponse rapide : 

S'abandonner à l'Être Divin n'est pas encore s'abandonner à son Devenir. 
Si le Devenir est lié à une manifestation du Divin, s'abandonner à la paix et au silence de Dieu est un abandon partiel. 
Tant qu'une forme de désir individuel concourt en nous à son seul intérêt et son propre devenir personnels, l'abandon à l'Être Divin n'est d'ailleurs lui-même que partiel.


Approfondissement de la réponse :

Il faudrait creuser les nuances de cette réponse rapide. En effet, il semble que la réalisation de la paix de l'Être ne soit pas étrangère à des processus du Devenir. La réalisation de la paix de l'Être s'approfondit très fréquemment comme descente dans le cœur, ouverture du cœur et réalisation d'un amour inconditionnel et non préférentielle.
Toutefois cette ouverture du cœur reste limitée par nos complaisances dans nos petitesses et toutes nos fascinations nihilistes. 
Les spiritualités chrétiennes balisent la prise de conscience que l'amour Divin ne se cantonne pas à un Soi absolument impersonnel et donc seul. L'amour Divin est autant l'unité d'Être substantielle non personnelle de toutes les personnes que le Devenir multiple de toutes les relations personnelles.
Celui qui est destiné à réaliser la présence de son âme dans cette existence terrestre en allant dans le fond du fond de la grotte du cœur comme indiqué dans la kathopanishad ou chez certains mystiques s'appuiera sur la descente dans le cœur que permet la réalisation du Soi comme paix de l'Être. 
Réaliser son âme, c'est pressentir et réaliser la présence de la réalité personnelle autant qu'impersonnelle du Divin.
Pour le yoga intégral, s'abandonner au Devenir, c'est réaliser et servir la Mère Divine, la Mahashakti qui en est la personnalisation. Réaliser la présence de la Mère en continuité de notre âme, c'est être conduit peu à peu au pied du Seigneur Suprême, Ishvara, le purusha au-delà du Soi. C'est vibrer de plus en plus de l'amour Divin, Cela, la source de toute relation personnelle.

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Q. : Sri Aurobindo veut faire descendre sur terre une nouvelle race divine.
Sri Ramana Maharshi: Tout ce qui peut être atteint dans le futur est impermanent. Il faut comprendre cela. Apprenez à comprendre correctement ce que vous avez maintenant, de sorte que vous n'ayez plus à penser au futur.


2 Réponses rapides :


Réponse rapide 1 : 
La beauté dans les formes est une réalité impermanente qui a autant de valeur que la beauté parfaite de la réalité permanente de l'absence de forme, de temps, etc.


Réponse 2 (première approche) : 
Le chiffre Pi existe de toute éternité mais sa matérialisation demande du temps. 
Admettons qu'il existe en l'éternité Divine des potentialités nouvelles de manifestation que certains font passer en ce monde.
La science pointe des lignes de faits nous suggérant que c'est le cas : des formes de vie et de conscience de plus en plus individualisées ont émergé. L'enjeu évolutif urgent pour nous humains est qu'elles soient aussi capables, nous concernant, d'être de plus en plus conscientes du cosmos. L'urgence est que les individualisations humaines participent de plus en plus consciemment à l'évolution globale du vivant.

Creusons la réponse rapide 1 :
Pas d'autocréation du Divin sans futur se manifestant peu à peu dans le maintenant.

Certes le monochrome invisible de transparence auto-luminescent de ténèbres lumineuses est UNIQUE ET ETERNELLEMENT BEAU. 

Mais les harmonies d'Un et de Multiple sont innombrablement possibles jusqu'à des qualités de détails et d'ensemble encore inconnues. 

La beauté du monochrome de l'Être de l'Un innombrable ne peut pas être objet de perfectionnement et de progrès. La beauté des harmonies en Devenir de l'Un innombrable peut se perfectionner et progresser sans fin.


Commentaire sur la réponse 2:
Notons au passage que Sri Aurobindo a revendiqué intégrer des pans importants de l'héritage spirituel platonicien.


Creusons, en deuxième approche, la réponse 2 :
L'univers spirituel de Ramana est quiétiste au sens noble : aucune volonté de progrès relative à l'ego ne peut subsister quand la paix de l'Être est réalisée radicalement. 

Mais tout de même, le progrès technique permis par le mental n'est-il pas louable même s'il est limité et parfois néfaste (vu qu'il sert les pouvoirs d'egos) ? 
S'il y a un progrès possible au-delà de la conscience mentale et donc de l'ego, cela ne pourrait-il pas être intéressant d'y participer ou de l'observer ?


Suite de l'approfondissement de la réponse 2 : questionnement humoristique et satirique face aux affirmations et comportements des pro-Ramana anti-Sri Aurobindo :
Pour un pro-Sri Aurobindo authentique, si un Ramana veut rester en vacance, là où en est l'humanité, parce que la paix et le silence du Soi qu'il a réalisé lui suffisent, pourquoi irions-nous lui chercher des noises ? Ne dérangeons-pas les gens pépères tranquilles.

Par contre, quand, chez les pro-Ramana anti-Sri Aurobindo, leur côté pépère tranquille masque des petits mouvements de mauvaise foi, des moqueries ou pire face à des essais encore peu convaincants de ceux qui tentent l'aventure évolutive, ne s'agit-il pas d'intolérance plus ou moins déguisée, mais en tout cas caractérisée ?

Les premiers singes à penser ont dû se casser la gueule, comme quand pris dans nos pensées, on oublie le poteau là-devant, et leurs congénères se sont moqués. Les Ramana-singes ont dû les regarder comme des fous ces singes apprenti-hommes !
Mais pire, il y a ces prophètes de la paix et d'un Devenir royaume d'Amour qui ont fort mal fini, des Ramana-Romains conseillés par des Ramana-Rabbins ont estimé qu'il valait mieux qu'un seul meurt qu'avoir à réprimer une foule de fanatiques en colère contre la parole du Devenir Amour. Un royaume De Dieu sur terre ? Une apocalypse d'amour Divin ? Sauvegardons la pax Romana et le Silence de Dieu, se dirent-ils. Si Jésus était mort dans un âge avancé, ce futur eut été tout autre...
Ces Ramana-Romains et ces Ramana-Rabbins ont privilégié le présent, le maintenant quand le Devenir de l'Amour aurait eu besoin de futur... La paix et le silence peuvent aisément se marier avec des ordres sociaux complètement injustes. 
Mieux vaut l'injustice traditionnelle qu'on connaît et qui va avec un ordre social respectant la sagesse qu'un horizon de justice inconnu et qui visiblement conduit à une société désaxée, nous rétorquera un Ramana-Traditioniste.

Honnêtement, j'aime bien le Ramana-Vacance(s), l'original d'Arunachala, qui assume son farniente sans l'imposer à personne. Et puis ce pseudo-aurobindien qui pose des questions a-t-il le droit de remettre en cause le droit à la paresse ? Ses questions sont à côté de la plaque, il devrait être ici pour se reposer et apprendre à ne rien faire et le faire bien. Ce n'est pas l'endroit pour des confrontations d'idées !
Il aurait dû aller les écrire à Sri Aurobindo ses questions pour voir si elles étaient bien posées. Sri Aurobindo lui aurait dit tout de suite qu'il n'avait rien compris de précis sur son chemin et celui de Ramana : on peut être un Ramana-singe ou un humain pas Ramana, on peut être un Ramana-humain et un singe pas Ramana ; mais on devra être un Ramana-surhumain, il n'y aura pas de surhumain pas Ramana !

En fait de nos jours, il y a beaucoup de demi-Ramana, qui ont une demi-absence de volonté de progrès : pour leur business Ramana, ils font des efforts incessants pour des progrès ; ivres de paix et de silence intérieur, ils sont sans effort en luttes quand le champ d'action de leur petit (ego) est menacé, du complotisme parfois (comme chez certains aurobindiens agités faute de paix intérieure) car une information peu sûre vaut mieux que le discours de celui qui restreint notre espace de vie de notre corps-esprit. A vrai dire, ils œuvrent peu pour les progrès en solidarités matérielles collectives concrètes ; si une de leurs connaissances subit une injustice iront-ils manifester, prendront-ils un quelconque risque réel en faveur de quelqu'un qui se croyait leur ami ? De nos jours, il y a beaucoup de loups de Wall Street qui ont appris à méditer, qui pressentent le Grand, le SOI. Ils ont la prédation financière relaxée, le laisser-être prêt de leur porte-monnaie !
Apprendre l'art du farniente avec le presque-rien de la paix et du silence ne devrait pas enrichir le monde de l'ego dont la volonté de progrès précisément est une impasse évolutive. Elle participe, malgré elle, à la crise évolutive indubitable que l'humanité traverse maintenant ! 

On peut dire qu'il vaudrait mieux des Ramana-Entiers que des demis-Ramanas ! Mais la vie est en lent progrès, la vertu de patience et d'endurance nous fera dire Oui à ce qui est. Vivre avec la vision d'une imperfection, l'estimer inévitable ici et maintenant et même comprendre pourquoi elle est souhaitable ici et maintenant ouvre au pouvoir Divin réel de force intérieure du Devenir pour qui tout est parfait, perfectible et qui, doucement, parfait un peu plus instant après instant notre univers. 

Sans crise évolutive auxquelles nos insincères Ramana-moitiés, nos volonté de progrès d'ego, contribuent, sans étouffer dans les limites autodestructrices de notre humanité, chercherions-nous, pour certains, à respirer un autre air ? Et sans nos bonnes Ramana-moitiés assoiffées de Paix et de Silence, cet autre air foudroyant pour nos humanités attardées, faisant nos corps déboussolés, nos psychismes tout agités, ne nous jetterait-il pas la tête contre les murs ? Ce qui se produit évolutivement se fait à dosage parfait, nos Ramanas-moitiés de nous-mêmes font de nous des êtres embarqués. 

Et bientôt, l'œuvre spirituelle de Sri Aurobindo ne sera plus ridiculisée. Même si, avec lui, c'est le sommet le plus haut, le plus dangereux, qu'il s'agit d'escalader, nous n'aurons plus ces réactions épidermiques contre de telles vues. Et comme la Vie, malgré nous, nous aura tous mis déjà bien haut sur le flanc de ce saut évolutif qui impacte toute la vie terrestre, les cartes proposées par ce grand capitaine de cordée de la Mère Divine nous seront bien utiles.


*
Q. : Sri Aurobindo dit que Dieu a créé différents types de monde et qu'il va encore en créer de nouveaux.
Sri Ramana Maharshi: Notre monde actuel n'est pas réel. Chacun voit un monde différent selon son imagination, alors comment savoir si ce nouveau monde sera réel ?


Réponse :
Pour Sri Aurobindo, il n'y a pas qu'une non-dualité entre un pur sujet, le Soi, et des objets, d'un objet-monde projection du Soi, ces projections étant moins réelles que le Soi seul réel. Pour Sri Aurobindo, il n'y a des relations non duelles authentiques, et donc une Non dualité pleinement réalisée, qu'entre l'Un innombrable et lui-même.


Creusons :
Pour Sri Aurobindo, il y a une non dualité entre des forces de conscience impersonnelles divines ou des personnifications du Divin masquées par des formes objectives qui leur font des corps relationnels, qui elles-mêmes...etc.
Au final, tant que nous ne réaliserons pas concrètement que tout est un jeu du Divin avec lui-même, nous resterons dans la dualité.
Des réalisations de la non-dualité comme celle de Ramana ou d'autres ne sont que des réalisations partielles de la NON-DUALITE ABSOLUE, même si elles sont essentielles.
Par exemple, dans le yoga intégral, une pierre est un visage pétrifié du Divin ; si on la tient dans la main, on est le Divin caché dans une individualisation humaine qui tient le Divin partiellement, Totalement et aucunement seulement présent dans une pierre.
Le danger de la Ramana-Mania, c'est un peu comme si de l'Ananda-Sutra, on n'avait plus qu'une page pour apprendre à jouir du Divin. Or le Divin peut jouir de lui-même innombrablement. La paix et le silence, bien sûr ; un peu de sérénité, bien sûr. Mais pourquoi ne pas combiner ceci avec une extase de félicité sans limite ? Grâce à la paix, vivre constamment cette extase de félicité infinie stabilisée dans le cœur ne serait-il pas possible ? Avec cette paix, pourquoi ne pas s'ouvrir à une joie dans les cellules du corps toute consciemment silencieuse ? Pourquoi la vision du Soi interdirait-elle une Joie de sentir la présence de la Mère Divine en personne nous plongeant elle-même dans le silence et la paix de son Seigneur ? Pourquoi limiter l'Ananda-sutra à la page Shakti impersonnelle ? Pourquoi en rester seulement à cette Shakti-énergie de Joie nous traversant le corps comme un serpent nous projetant vers le ciel spirituel d'une conscience nue (soi-disant) ?

Réaliser l'individuation Divine dans l'individualisation humaine, c'est déjà vivre le Soi avec une âme, ce qui est rare parmi ceux qui partagent leur vécu du Soi. Or cette réalisation est essentielle sur le chemin du yoga intégral. Cependant, on la trouve déjà chez Maître Eckhart et les plus grands mystiques chrétiens, qui parlent de ce point de jonction et d'unité substantielle entre l'âme personnelle et la substance Divine. Maître Eckhart parle à plusieurs reprises d'une étincelle Divine. Mais on sélectionne très volontiers ses propos vers Ramana et son éveil impersonnel en occultant allégrement cette dimension spirituelle essentielle de l'héritage mystique chrétien. Cette occultation a lieu aussi pour Platon qui parle d'un éveil au soleil Divin impliquant un éveil à notre âme immortelle. Le Ramana-philosophe verra d'abord l'histoire de la projection des ombres sur paroi de la Caverne et fera un parallèle éclairant avec l'image de l'écran de cinéma que Ramana utilisait pédagogiquement pour ramener au Soi impersonnel. Le daemon de Socrate, Eros, les ailes de l'âme, et autres points passeront à la trappe. Le Ramana-philosophe de la Non dualité nous dira que ces histoires d'âmes restent encore du Samsara, seul le Soi est libre de tout karma. Ce Ramana-philosophe aura éliminé l'idée que la perle centrale en cette âme, son noyau le plus profond est le Fils de Dieu, l'enfant du Suprême engendré non pas créé et donc libre par essence, causa sui. 
Celui qui aura réalisé être ainsi une parcelle du Divin, une goutte distincte qui en contient l'Océan aura de la compassion pour ces Ramana-promoteurs qui passent à côté d'un tel trésor. 
Etc.


Pour Sri Aurobindo, il n'y a pas à réduire la non-dualité : on ne peut pas la résumer à d'un côté, un pur sujet qui serait la conscience sans forme, le Soi et d'un autre côté, un pur objet, une pure image fictive.
Le Soi Suprême de l'Être est aussi réel pour lui que la Mère Divine du Devenir.
On ne peut pas non plus d'ailleurs réduire au silence l'écart entre les philosophies du Shivaïsme sans lesquelles l'aventure spirituelle de Sri Aurobindo aurait été impossible et la philosophie spirituelle implicite de Ramana. 
Là encore, il y a des Ramana-conciliateurs : le Shankarique tantrisé, shivaïsé et le tantrique-Shivaïque Shankarisé font passer un peu vite les différences philosophiques pour des nuances sans importance du point de vue d'un éveil spirituel qu'il faudrait croire tout à fait identique. 

[NB : Ramana dans notre article cité suit Shankara, le grand penseur indien du Vème siècle av. J.C : "Cet univers visible a sa racine dans le mental ; il cesse d'exister dès que le mental est annihilé." Si l'univers est la Shakti, ce point est très discutable car l'univers ne se réduit pas alors à une manifestation mentale de la conscience. Sri Aurobindo est bien un tantrique sur ce point.]

Pour Sri Aurobindo, le réel en Devenir est le Divin, l'univers, la matière est déjà involutivement le Divin. La matière, c'est la Mère Divine, la Shakti, c'est le Suprême, Ishvara. La matière, c'est la vibration Divine première, la prise de conscience absolue Divine, Cela ; c'est l'Amour absolu en lequel vibre Ishvara et Mahashakti. La matière, ce n'est pas qu'une manifestation relative sur l'écran de la conscience qui, lui, serait la seule porte du côté de l'absolu et la seule connaissance juste qui s'en ferait. Le monde des Dieux est réel. Le monde des êtres subtils vitaux est réel. Etc.

Ramana parle dans sa réponse au questionneur du monde de l'ego où chacun voit son monde. Pour lui la destruction de la volonté de progrès de l'ego n'enlève pas la vision d'un monde individuel. Il est indien dans sa vision mentale du monde et il sait que certains de ses visiteurs voient le monde comme occidentaux. Même si l'éveil a lieu, selon lui, les mondes culturels restent des mondes différents. Ce n'est pas faux. 

Cependant grâce aux travaux de Ken Wilber (US, contemporain), on peut repérer des éveils prémodernes au Soi et des éveils postmodernes au Soi, ces derniers sont plus conscients. Un Ramana-humain est plus conscient qu'un Ramana-singe, il peut apprendre à communiquer avec le Ramana-singe et comprendre de mieux en mieux son univers de conscience, mais en ce qui concerne la manipulation du monde des formes le Ramana-singe aura des limites de compréhension du Ramana-humain. L'éveil postmoderne au Soi peut comprendre et tirer des leçons de l'éveil prémoderne au Soi, mais le prémoderne même éveillé devra d'abord passer par une mentalité moderne avant de comprendre une mentalité postmoderne. Chacun vit dans son monde, mais un monde plus ou moins étroit, même s'il est réalisé d'une ouverture infinie d'un côté grâce à l'éveil du Soi.

Sri Aurobindo parle d'un nécessaire dépassement de la conscience humaine mentale pour réaliser le regard innombrable du Divin sur lui-même, la Non dualité absolue que la conscience mentale humaine ne peut approcher que partiellement, qu'elle peut concevoir mais qu'elle reste incapable de comprendre et surtout d'incarner charnellement.

Il ne suffit pas pour lui d'avoir l'Ananda que sous un seul angle non duel, mais sous tous les angles. D'où la difficulté de son yoga. D'où la technicité mentale troublante du Yoga intégral dans son exposé face à la simplicité du propos de Ramana. 
Mais si une réalisation du Soi est accessible directement, Le Soi est pourtant extrêmement rarement  réalisé dans sa profondeur : dans le silence et la paix du Soi, la fin de toute volonté de progrès de l'ego est rarement atteinte chez ceux qui témoignent d'un éveil référé à celui de Ramana Maharshi.
Sur ces deux chemins dont on a parlé ici, on ne laissera pas survivre l'ego tranquillement à la périphérie de la sphère d'influence des réalisations spirituelles, en invoquant tel et tel raisonnement justificatif insincère. 
Dans les deux cas, une descente radicale dans le cœur où s'abolit de plus en plus l'ego dans un processus inexorable est largement documentée.


D'ailleurs, ceux qui présentent ce Sri Aurobindo vs Ramana Maharshi au profit d'un éveil direct et non évolutif, souvent, oublient de citer des visites plus constructives de disciples de Sri Aurobindo auprès de Ramana Maharshi comme celle de Dilip Kumar Roy. 
En anglais, on en trouvera des recensions de ce cœur à cœur entre Ramana Maharshi et Dilip Kumar Roy, ce disciple de Sri Aurobindo. En voici une ici :
 

En voici une autre ici :


Pour voir clairement en quoi l'approche de Ramana Maharshi est intégrée à celle de Sri Aurobindo, on peut lire ce propos simple et suggestif de Mère, Mirra Alfassa :


Sri Aurobindo : Pour la Paix, il peut aller chez Ramana Maharshi. Quand les gens viennent ici pour la Paix, je leur demande toujours d'aller à lui.
Nirodbaran : Pourquoi ? Ne peuvent-ils pas trouver la paix ici ?
Satyaendra : Ils peuvent même perdre la paix qu'ils ont !
Sri Aurobindo : Ils peuvent devenir perturbés par le travail complexe à l'œuvre ici.


Que notre éveil du Soi participe de moins en moins à l'engourdissement de notre âme vraie ! Que pour chacun, l'éveil du Soi serve une intensification de l'aventure de la conscience vers une matérialisation de la vie divine sur terre 🌎 !

Fraternellement 🔥,

Serge


Les aventuriers de l'avenir selon Niranjan Guha Roy






Ta Conscience est à l’œuvre dans l’humanité pour créer une nouvelle race divine bien au-dessus de l’homme comme il est lui-même au-dessus du singe animal. Mais qui parmi les hommes deviendront les êtres divins ? Ceux qui ont un être psychique, un être spirituel bien cristallisé en eux, pourront recevoir l’influence supramentale plus facilement sans danger que ceux chez qui le psychique n’est pas assez développé.


Comment savoir si quelqu’un a un être psychique assez bien formé ? Ceux qui vivent dans une conscience spirituelle, qui sont conscients du Divin en eux et de Sa Volonté pourront plus ou moins reconnaître les êtres humains qui sont prêts à avoir la conscience divine. Seuls les semblables peuvent reconnaître les semblables. Mais ce n’est pas toujours facile tout de suite de voir la possibilité spirituelle d’un individu.


Il y a quelques signes presque irréfutables. D’abord ceux qui cherchent une nouvelle vie d’harmonie, de paix, de connaissance bien au-dessus de la vie humaine à moitié animale, discordante, chaotique, violente, inconsciente et qui sont en même temps prêts à faire un effort spontané maximum pour grimper les sommets inaccessibles de l’Esprit, ceux-là sûrement déjà appartiennent à la race divine.

A la lumière de Sri Aurobindo - Montage photo de Niranjan Guha Roy


Mais il y aura un bon nombre d’êtres attirés par l’éclat doré de la Lumière supramentale, la nouvelle aurore que représentent Sri Aurobindo et la Mère. Même s’ils ne sont pas entièrement prêts pour cette ascension difficile, il seront aidés, encouragés et préparés pour un avenir heureux. Ils auront une chance de faire le yoga de préparation.


Il faut laisser tranquille ceux qui se sentent bien dans la vie ordinaire. Il ne faut ni les attirer, ni les déranger. La qualité pas la quantité.
Les héros spirituels sont encore très rares comme les diamants de grande beauté.


Les vrais chercheurs peuvent se donner entièrement à cet Idéal noble de Sri Aurobindo sans la moindre hésitation, au contraire ils sont prêts à faire l’effort maximum avec une joie profonde qui vient de leur âme. Rien n’est trop difficile. Aucun sacrifice n’est pénible pour eux. Ils peuvent vivre dans une pénurie totale, si tel est le besoin, sans la moindre plainte. Il sont obéissants sans réserve à leur Maître du yoga. Leur seul but est de recevoir la Conscience divine et de vivre selon la Volonté divine quel que soit le prix à payer. L’effort demandé est sans compromis car la couronne d’immortalité est pour le plus endurant, le plus vaillant, l’âme la plus sincère, pure, fidèle, et totalement consacrée au Divin. C’est une ascension dangereuse et difficile. Les faibles n’ont aucune chance de passer les épreuves nécessaires. Seuls les aventuriers intrépides, foncièrement sincères, dévoués pourront franchir la barre et pénétrer dans le Sanctuaire où vit la Divinité Suprême resplendissante. Une aspiration brûlante, invariable, inflexible envers et contre tout, une flamme vigilante que rien ne peut éteindre dans tout l’être est le signe le plus sur d’une âme destinée, de sa victoire finale et de son émergence dans la Lumière infaillible.



Presque tous les hommes aiment l’aventure. L’appel irrésistible de l’inconnu, du danger, des surprises qui anime les hommes sera utilisé pour conquérir les domaines illimités cachés de l’Esprit.
Allume Ô Mère un Feu ardent dans les cœurs qui dépérissent, les âmes perdues dans le brouillard épais. Inspire-nous, Douce Mère, montre-nous le chemin, conduis cette expédition difficile, vers les cimes blanches, immaculées de la Vérité éternelle.

– Niranjan Guha Roy



jeudi 3 août 2023

Le Voyage de l'âme selon Niranjan Guha Roy

 

Le courage selon Niranjan Guha Roy

Le voyage de l'âme

Chaque être vivant, chaque âme en existence, chaque être humain porte en soi-même son destin, la carte de son grand voyage à travers le temps infini. Chaque âme progresse de vie en vie dans la conscience par toutes les expériences de la vie. L’âme est téméraire, sans la moindre peur, le moindre recul devant les expériences les plus dangereuses, fantastiques ou extravagantes. En réalité tout ce que nous rencontrons dans la vie est conçu, engendré, initié par l’âme intérieure, immortelle pour son propre développement. L’homme, l’être physique n’est pas le dirigeant, le meneur, le fabricant, le conducteur de la vie et de toutes les péripéties. C’est l’âme intérieure qui force l’être extérieur à marcher, à courir, à ramper à travers la vie, qui l’oblige à traverser les montagnes, les déserts et les océans, parce que l’âme intérieure est un explorateur, un découvreur avide de nouvelles expériences aussi folles, aussi hardies, aussi enivrantes qu’elles soient. L’âme fonce en avant à travers les vies innombrables vers son but ultime : le Divin, exprimer, trouver le Divin dans un corps terrestre et manifester le Divin dans un corps devenu conscient, devenu un instrument de l’âme intérieure.


Il n’y a plus de division, de séparation entre l’âme intérieure, le conducteur du char et le corps extérieur. L’âme et le corps sont unis, en totale harmonie et, comme des amoureux inséparables voyagent ensemble vers le Divin, vers le soleil doré toujours au loin, toujours inaccessible mais irrésistible, constamment visible. L’âme éveillée, l’homme divin ne marche plus dans l’obscurité. Il n’y a plus d’ombre, plus de souffrance, il n’y a qu’une lumière pure, une joie immaculée, et la Vie éternelle au-dedans, au dehors, partout. Il n’y a que le Seigneur Suprême avec Sa Présence sublime bienveillante, remplissant notre existence enfin libre, libre, sans chaînes, sans entraves, sans frontières, sans horizon dans l’Infinité du Seigneur Suprême partout. Dans les êtres, dans chaque visage, chaque vie, chaque fleur, chaque mouvement, on ne rencontre que la Mère Suprême et Son Amour infini, Sa Douceur envoûtante. Il n’y a plus de barrière entre la terre et le ciel, le jour et la nuit, le mal et le bien, la vie et la mort, la souffrance et la joie immortelle. Tout est formidablement le Divin inexprimable, insoutenable extase trop grande, trop forte pour notre petitesse, notre conscience minuscule, trop puissante pour notre système faible et fragile.


Pour l’humanité, une nouvelle ascension évolutive commence, un petit nombre d’aventuriers, des pionniers franchissent la frontière extrême de la conscience humaine et émerge dans la lumière


Niranjan Guha Roy – Janvier/14/02

 

Les pèlerins - Œuvre de Niranjan Guha Roy

Le yoga de Sri Aurobindo et sa nouveauté selon Satprem

 


Pondichery

6 avril 1971

Suite de la lettre

Ce n’est pas le yoga de Sri Aurobindo qui est changé, c’est le yoga de Sri Aurobindo qui est en fleurs, si j’ose dire. Je ne pense pas que la fleur du flamboyant soit le contraire de l’arbre du flamboyant?

Maintenant, vous faites une confusion complète entre le psychique et le spirituel. Le psychique, l’âme, le Feu dedans, Agni, n’appartient pas à la «bulle mentale» ni à aucune bulle: c’est le Divin dans la matière. C’est ce petit Feu-là qui ouvre la porte du grand Feu solaire de la Nouvelle Conscience. C’est lui, l’instrument du yoga du surhomme (quand je parle de ces gens qui tournent leur «bouton psychique», je prends ici ce mot au sens vulgaire et ridicule que les hommes lui donnent généralement quand ils cherchent des expériences visionnaires et occultes – pas au sens vrai). D’autres, à tous les âges, ont eu l’expérience du psychique, de ce Feu intérieur, mais à part les Rishis, nul ne s’en est servi pour transformer la matière; les religions en ont fait une histoire purement dévotionnelle et «mystique». Quant au «spirituel», il comprend tous les plans de conscience au-dessus du mental ordinaire. C’est la voie de l’ascension. Et c’est là que je dis et répète avec force, et par expérience, que ces grandes Expériences, dont on a fait des sommets spirituels, se situent dans la bulle mentale (y compris le surmental): ce sont des sommets raréfiés où l’être se dilue dans une merveilleuse blancheur, immense, royale, sans un souffle de trouble, dans une paix éternelle – qui peut durer des millénaires sans que cela change un iota au monde, par définition. Mais le spirituel n’est pas le supramental, et quand on touche au supramental, on dirait presque que c’est un tout autre Esprit tellement c’est dense, chaud, puissant, présent, incarné, et radieusement solide en pleine rue. C’est cette Radiance-là que Sri Aurobindo et Mère sont venus tirer sur la terre – ils n’ont pas cessé de dire que leur yoga était nouveau, nouveau, nouveau –, et c’est par notre simple petit feu dedans que nous pouvons entrer en contact direct avec Ça, sans nous asseoir en lotus et sans quitter la vie. Quand on a touché Ça, les «hauteurs spirituelles» paraissent pâles. C’est tout ce que j’ai à dire. Alors il n’est pas du tout besoin d’être un super-yogi pour entrer en contact, et ceux qui ont trouvé le nirvana ou que sais-je ne sont pas avancés d’un centimètre pour toucher Ça, parce que le fil conducteur de Ça n’est pas du tout là-haut ni en dehors, mais dans votre propre petite capacité de flamme.

Et si au lieu de couper les cheveux en quatre, vous vous lanciez sur le chemin, avec feu, vous découvririez peut-être que nous sommes à l’Heure de Dieu, en effet, et qu’une seule étincelle d’effort sincère, à votre niveau, ouvre des portes qui ont été fermées pendant des millénaires.

Satprem


Tableau de Frédérique Lemarchand

mercredi 2 août 2023

Paix immuable et progrès dynamique : Deux aspects complémentaires sur la voie de l'Être et du Devenir Divin.

L'heureux esclave de Dieu - Tableau de Niranjan Guha Roy
  

24 avril 1958 🍃

Il y a deux aspects complémentaires de l'action libératrice de la Grâce Divine sur terre parmi les hommes. Ces deux aspects sont tout aussi indispensables, mais ne sont pas également appréciés.

La paix immuable souveraine qui libère de l'anxiété, de la tension et de la souffrance.

Le progrès dynamique tout-puissant qui libère des entraves, des servitude et de l'inertie.

La paix est universellement appréciée et reconnue comme divine, mais le progrès n'est accueilli que par ceux dont l'aspiration est intense et courageuse.

🌸 La Mère, Paroles de la Mère, volume-15, page 199.