mercredi 12 août 2020

CE QUI EST VULGAIRE SELON MÈRE ET SRI AUROBINDO







Tout ce que Sri Aurobindo dit ici, c'est pour lutter contre la nature humaine dans ce qu'elle a d'inerte, de lourd, de paresseux, de facilement satisfait, d'ennemi de l'effort. Combien de fois l'on rencontre dans la vie des gens qui se font pacifistes parce qu'ils ont peur de lutter, qui aspirent au repos avant de l'avoir gagné, qui se contentent d'un petit progrès et qui en font, dans leur imagination et dans leur désir, une réalisation merveilleuse afin de pouvoir légitimement s'arrêter sur la route.

Dans la vie ordinaire déjà, c'est tellement ainsi. Au fond, c'est cela l'idéal bourgeois, celui qui a abruti l'humanité et l'a rendue ce qu'elle est maintenant : "Travaillez pendant que vous êtes jeunes, accumulez des biens, des honneurs, une position, soyez prévoyants, mettez de côté, faites-vous un capital, devenez fonctionnaires afin que, plus tard, quand vous aurez quarante ans, vous puissiez vous asseoir, jouir de vos rentes, et plus tard de votre pension et, comme l'on dit, jouir d'un repos bien gagné." S'asseoir, s'arrêter sur la route, ne plus avancer, s’endormir, descendre avant l'heure vers la tombe, cesser de vivre la raison d'être de la vie — s'asseoir.
De la minute où l'on cesse d'avancer, on recule. Du moment où l'on est satisfait et où l'on n'aspire plus, on commence à mourir. La vie, c'est le mouvement, c'est l'effort, c'est la marche en avant, c'est l'escalade de la montagne, c'est gravir vers les révélations, vers les réalisations futures. Rien n'est plus dangereux que de vouloir se reposer. C'est dans l'action, c'est dans l'effort, c'est dans la marche en avant qu'il faut trouver le repos, le vrai repos de la confiance totale dans la Grâce divine, de l'absence de désirs, de la victoire sur l'égoïsme. 
Le vrai repos, c'est celui de l'élargissement, de l’universalisation de la conscience. Devenez vastes comme le monde et vous serez toujours dans le repos. En pleine action, en pleine bataille, en plein effort, vous aurez le repos de l'infini et de l'éternité. 

La Mère

Paroles vivantes, pages 101 et 102, éditions Sri Aurobindo Ashram.



lundi 15 juin 2020

AMOUR COMME SUBSTANCE ABSOLUE SELON MÈRE


MERE D'APRES NIRANJAN GUHA ROY

"J'ai été comme plongée dans le bain de l'Amour du Suprême... avec la sensation de quelque chose qui est sans limite; c'est-à-dire, quand on a la perception de l'espace, que c'est partout (c'est au-delà de la perception de l'espace, mais dans la perception de l'espace, c'est partout). Et c'est une sorte de masse vibratoire homogène, IMMOBILE, et pourtant avec une intensité de vibration sans pareil, qui peut se traduire par une lumière chaude, dorée (mais ce n'est pas ça, c'est beaucoup plus merveilleux que cela!). Et alors, c'est partout à la fois, partout identique à soi-même, sans alternances de haut et de bas, sans changement, dans une intensité de sensation qui est invariable. Et ce «quelque chose» qui est propre à la nature divine (qu'il est très difficile d'exprimer en des mots) est à la fois immobilité absolue et intensité vibratoire absolue. Et Ça... ça aime. Il n'y a pas de «Seigneur» et il n'y a pas de «choses»; il n'y a pas de sujet, il n'y a pas d´objet. Et Ça aime. Et comment dire ce que c'est que Ça?... C'est impossible. Et Ça aime partout et tout, tout le temps, en même temps.

Et toutes ces histoires que tous ces soi-disant saints et sages ont racontées, que l'Amour de Dieu «va et vient», oh! c'est d'une stupidité sans nom! – C'est LÀ, éternellement; Ça a toujours été là, éternellement; Ce sera toujours là, éternellement, toujours semblable à soi-même et au maximum de sa possibilité.

Ce n'est pas parti, et ça ne pourra plus partir maintenant.",

Agenda de Mère, 22 juillet 1964



Des contresens sont possibles quand, dans ce passage, elle dit la stupidité des mystiques et autres chercheurs de l’amour divin. Poser un tel jugement semble contradictoire avec une expérience vraie de l’amour. Ne serait-elle pas en train de mettre son propre ego en valeur ? Lisons bien ce texte, l’erreur de ces saints et de ces mystiques est de juger que le divin joue à donner de l’amour, puis à se retirer. Or le basculement de conscience dont il est question est la réalisation que l’amour est la substance même du réel. Les propos des mystiques et des saints nous égarent alors : ils manquent la substantialité de l’amour. Ils minimisent par leurs propos la réalité de l’amour. Il serait plus humble d’admettre que c’est nous qui sommes limité dans notre réceptivité et notre perception de l’amour qui est une dimension fondamentale de la vie universelle.

Quand Mère parle d'amour, c'est une présence présente aussi dans le corps. L'amour dans l'esprit, ça vient et ça s'en va, dit-elle ici, en parlant des mystiques et des moments d'amour (NDE aussi). Cette voie, c'est une incarnation de l'amour et celui-ci est une substance, la vraie substance de tout ce qui est. Voilà ce que j'entends. Et les éclats d'amour que je connais ne me suffisent pas ! Je ressens une aspiration à cet amour irreprésentable, je ne connais vraiment dans mon cœur que l'amour de l'amour, c'est une belle flamme, une splendide aspiration. Mais avec elle, je comprends que l'amour vrai ne sera conscient qu'en se révélant dans la substance la plus matérielle. Le chemin de Mère et de Sri Aurobindo aussi profondément qu'il s'enfonce dans les hauteurs de l'esprit ramène toujours au corps et à la matière.


PHOTO DE GABRIEL DURAND


mardi 5 mai 2020

EN QUELQUES MOTS, EN QUOI CONSISTE LA VOIE DE SRI AUROBINDO ?




Premièrement, apprendre le calme, la paix. 


Deuxièmement ne plus vivre la conscience centrée sur l'ego mais découvrir un espace, une lumière, une présence plus vaste qui embrasse le monde, les autres et nous mêmes. Jusqu'ici le chemin est bien balisé. En ce moment, il y a plein de ressources jusqu'à ce niveau. 


Ensuite (ou d'abord, ou en même temps que ce qui précède), troisièmement, entrer dans le cœur et peu à peu y distinguer notre âme, pas au sens habituel d'une entité mentale et émotionnelle, mais comme un feu, une lumière plus soi-même que soi-même qui entendue communique et attire ce qui lui permet de grandir à travers nous. L'âme est l'individuation de la vie universelle en nous. L'ego s'avère un masque que tentait de se donner notre véritable âme. Il fallait qu'elle y fasse un trou pour voir et une bouche pour y respirer, etc. Mon image vaut ce qu'elle vaut. 


Mais, quatrièmement, découvrir ce feu psychique, c'est aussi découvrir la force consciente qui anime le Devenir de cet univers. Dans cette voie, on dit que c'est la Mère. Cette force Mère transforme notre mental, notre vital et notre physique en donnant à l'âme comme un corps. Elle s'enfonce loin... Elle nous libère du désir, il n'y a plus que l'aspiration de l'âme. Ici rien de neuf depuis Socrate et Platon. C'est bien une dimension féminine qui initie à l'amour du beau, du juste et du vrai. Ce génie de l'amour forme comme des ailes à l'âme selon Socrate et Platon. Mais là où cette voie ouverte par Satprem, Mirra et Sri Aurobindo est nouvelle, c'est que la force de Mère modifie les pulsions, elle va même jusque dans les cellules où s'y dévoile une intelligence jusque là inconnue. 


Cette voie est difficile : surmonter tout ego-centrisme, tout désir, toute pulsion, toute conception mentale, etc. n'est pas une mince affaire. Mais, quand l'âme est mise en avant et travaille avec la Mère, la force de conscience du devenir de cet univers, un pas décisif est franchi. 


Lisez les livres de Sri Aurobindo, même s'ils sont difficiles. Le livre de Satprem, Sri Aurobindo ou l'aventure de la conscience, rend cette oeuvre accessible. Il est un disciple remarquable de Sri Aurobindo et de Mirra Alfassa.

Ecoutez des vidéos de Satprem, il a un génie du verbe pour donner des éléments de première main sur ce chemin. 



Lisez Mère, bien sûr ! Mirra Alfassa est appelée Mère, car nombre de ceux qui l'ont croisée, ont reconnu la force Mère de l'univers dans son corps. Et, inversement, parmi ceux qui ont l'expérience de la force Mère de l'univers, certains reconnaissent Mirra Alfassa, comme une de ses manifestations. Des témoignages spirituels font penser que Marie, la mère de Jésus, est certainement une autre incarnation de cette force Mère.


D'autres disciples de Mère comptent. Pour moi, les tableaux et les écrits de Niranjan Guha Roy sont des lumières importantes sur ce chemin.


Résumé de Niranjan Guha Roy sur l'évolution, Sri Aurobindo et son yoga intégral


Résumé sur l'évolution, Sri Aurobindo et son yoga intégral

Rédigé pour quelqu’un qui voulait se renseigner au sujet de Sri Aurobindo et de son yoga

Tout d’abord, il faut expliquer le mot Yoga qui, en occident, signifie trop souvent uniquement les positions du corps ou asanas. Le Yoga en Inde a une connotation différente. Il signifie le » Joug, » le lien qui nous rattache  à la Réalité spirituelle et nous permet d’y accéder. Il y a de nombreux types de yoga et tous ne pratiquent pas les asanas.

Le Yoga de Sri Aurobindo a sa base dans l’évolution. Quel être apparaîtra après l’homme et comment s’effectuera cette transformation ?

D’une boule de feu après des milliers de siècles de transformations successives l’homme mental est apparu. Il n’ y aucune raison pour que l’homme mental soit la dernière et ultime manifestation. On peut voir que l’aventure humaine touche à sa fin, elle a exploré toutes ses possibilités et ne peut plus avancer.

Alors comment  sera la prochaine espèce et comment l’homme va-t-il évoluer et se transformer peu à peu au cours des siècles à venir ? Sri Aurobindo a fait descendre sur terre une nouvelle Conscience- Force- Énergie qu’ il a appelé la Conscience Supramentale. Une conscience spirituelle de lumière et de vérité, une puissance transformatrice, qui par sa présence sur terre la fera évoluer et se transformer au cours des siècles à venir. Comment se fera cette transformation ? comment y participer ? tout est à découvrir. C’est un chemin  grand ouvert, une vraie aventure pour les âmes qui ont senti un appel. La Mère et Sri Aurobindo ont ouvert le chemin pour nous, ils ont tout exploré et nous ont laissé les repères nécessaires pour que nous puissions suivre leur trace. Ils sont toujours là avec leur aide constante. Mais ceci est un sujet très vaste et n’est pas le propos ici.  La présence de cette Force sur terre apportera de nombreux bouleversements. Tout ce qui est  néfaste, sombre, diabolique  pourrait au début resurgir avec force dans un dernier sursaut avant d’être  purifié  ou éliminé. C’est ce qui semble se passer maintenant. Tout ce qui est beau et lumineux sera aidé et protégé. C’est une exploration nouvelle, inconnue et pleine de surprises, La route est complexe, surtout pour les pionniers, mais combien intéressante. Sri Aurobindo n’est pas venu sur terre pour prêcher, mais, comme il l’a dit lui-même, il est venu pour ceux qui ressentent l’appel de l’intérieur pour se donner à cette  découverte. Le chemin spirituel n’est pas une religion, ce n’est pas la philosophie non plus. Il est basé sur l’expérience intérieure et l’aspiration de l’âme de chacun.

Dans le Yoga Intégral de Sri Aurobindo, il faut s’élever jusqu’à la conscience supérieure supramentale, mais aussi contribuer à la  faire descendre de plus en plus en nous et sur terre. Le but n’est pas de  s’évader du monde,  mais de transformer  la vie sur terre telle qu’elle est en une vie supérieure et harmonieuse. Yoga Intégral signifie prendre toutes les parties de ce qui constitue notre être, notre corps, notre vital, notre mental, notre être psychique et essayer de les harmoniser de plus en plus avec la Conscience supramentale.  Prendre tout ce qui constitue notre vie sur terre et tenter de le rapprocher un tant soit peu au début de cette nouvelle Conscience d’harmonie et de beauté. C’est un long travail de plusieurs vies mais combien intéressant.

Avant de quitter son corps, la Mère a créé Auroville qui se veut un endroit où on pourra expérimenter une nouvelle manière de vivre plus en harmonie avec cette recherche intérieure et plus libre de s’y adonner. L’Inde est certainement le seul pays où un endroit comme Auroville pouvait être créé avec l’appui et l’approbation du gouvernement.

 Voici quelques paroles de Narendra Modi, le premier Ministre de L’Inde, au sujet de Sri Aurobindo et d’Auroville :

«  Il est important aujourd’hui de se souvenir de l’étendue de l’action et de la pensée de Sri Aurobindo. Homme d’action, philosophe, poète, il y avait tant de facettes à son caractère et chacun d’eux était dédié au bien être de la Nation et de l’Humanité.

Dans les mots de Rabindranath Tagore  – « Rabindranath, O Aurobindo s’incline devant toi! O ami, ami de mon pays, O voix libre incarnée de l’âme de l’Inde »

Selon le souhait de la Mère Divine, qui a écrit la charte d’Auroville de sa main, Auroville doit être un lieu d’apprentissage sans fin et de progrès constant, de sorte qu’il ne stagnera jamais.

Puisse l’esprit de Sri Aurobindo et de la Divine Mère continuer à guider Auroville vers l’accomplissement de sa haute vision fondatrice ! 

Quelques paroles de Sri Aurobindo :

« La divinisation de la vie sur terre elle-même ne signifie pas la destruction des éléments humains. Elle consiste à les reprendre, à leur montrer la voie vers leur propre perfection, à les élever par la purification et la perfection à la plénitude de leur pouvoir et de leur  félicité et cela revient à élever toute la vie terrestre à la plénitude de son pouvoir.

  La divinisation de la vie signifie en fait un plus grand art de vivre car l’art de vivre actuel, produit de l’ego et de l’ignorance, est quelque chose de comparativement mesquin, grossier, imparfait et c’est par une ouverture et un raffinement spirituels et psychiques qu’il doit atteindre sa vraie perfection »

 « La vie échappe aux formules et aux systèmes que notre raison s’efforce de lui imposer ; elle s’avère trop complexe, trop pleine de potentialités infinies pour se laisser tyranniser par l’intellect arbitraire de l’homme… Toute la difficulté vient de ce qu’à la base de notre vie et de notre existence, il y a quelque chose que l’intellect ne pourra jamais soumettre à son contrôle : l’Absolu, l’infini ».

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Niranjan Guha Roy




samedi 14 décembre 2019

PREMIERES RESISTANCES A UNE OUVERTURE SPIRITUELLE SELON SRI AUROBINDO

NIRANJAN GUHA ROY - L'AUTRE RIVE

"L'idée ou l'expérience d'une obscurité intérieure quand on regarde au-dedans, est la première réaction d'une mentalité qui a toujours vécu à la surface et n'a pas perçu la réalité de l'existence intérieure; car son expérience intérieure n'est qu'une construction, et elle dépend du monde extérieur pour trouver les matériaux de son être. Mais pour ceux qui ont acquis le pouvoir d'une existence plus intérieure, le mouvement d'intériorisation et la vie intérieure n'apportent pas l'obscurité ou un morne vide, mais un élargissement, un jaillissement d'expériences nouvelles, une vision plus vaste, une capacité plus grande, une étendue de vie infiniment plus réelle et plus variée que la première petite vie que notre humanité physique normale s'est construite, une joie d'être plus large et plus riche que tous les délices de l'existence que l'homme vital extérieur, ou l'homme mental de surface peuvent obtenir par leur force et leur activité vitales dynamiques ou par la subtilité et l'expansion de leur vie mentale. Le silence, l'entrée dans un vide vaste, ou même immense et infini, font partie de l'expérience intérieure spirituelle. Le mental physique redoute ce silence ou ce vide ; le petit mental pensant ou le mental vital, superficiellement actif, s'en écarte ou les déteste, car il confond le silence avec l'incapacité mentale et vitale, etc. le vide avec l'extinction ou la non-existence. Mais ce silence est le silence de l'esprit, et c'est la condition d'une connaissance, d'une puissance et d'une félicité plus grandes ; et par ce vide, la coupe de notre être naturel se vide et se purifie de son contenu bourbeux, pour pouvoir s'emplir du nectar divin — ce n'est pas un passage dans une non-existence, mais dans une existence supérieure. Et même quand l'être cherche l'extinction, ce n'est pas une extinction dans la non-existence, mais dans l'ineffable immensité de l'être spirituel, ou c'est une plongée dans l'indicible supraconscience de l'Absolu.", Sri Aurobindo, La vie divine, chapitre 56.

NIRANJAN GUHA ROY - LA FLAMME INTERIEURE 

FACE A UNE CRISE EVOLUTIVE PROVOQUEE PAR NOTRE CONSCIENCE MENTALE...

Niranjan Guha Roy - Courage
"Par son action sur la vie, le mental est parvenu au cours de son évolution à une organisation de l'activité mentale et une utilisation de la Matière que l'homme ne peut plus désormais supporter sans un changement intérieur. Il est impératif que l'individualité humaine, égocentrique et séparative même dans l'association, s'adapte à un système de vie qui exige l'unité, la parfaite réciprocité et l'harmonie. Mais parce que le fardeau que doit porter l'humanité est trop grand pour la petitesse actuelle de la personnalité humaine, pour son petit mental et ses petits instincts vitaux, parce que l'humanité ne peut pas effectuer le changement nécessaire, parce qu'elle met ses nouveaux instruments et sa nouvelle organisation au service de son vieux moi vital, infraspirituel et infrarationnel, la destinée de l'espèce humaine semble se précipiter dangereusement, et comme impatiemment et en dépit d'elle-même, vers une confusion prolongée, une crise périlleuse et l'obscurité d'une violente et mouvante incertitude, sous la poussée d'un ego vital saisi par des forces colossales qui sont à l'échelle même de la formidable organisation mécanique de la vie et de la connaissance scientifique qu'elle a développée, et dont les proportions sont telles qu'elle échappe au contrôle de sa raison et de sa volonté. Même s'il s'avérait que cette phase n'est que passagère, ou n'est qu'une apparence, et si l'on découvrait un ajustement structurel tolérable qui permettrait à l'humanité de poursuivre d'une façon moins catastrophique son incertain voyage, cela ne pourrait être qu'un répit. Car le problème est fondamental, et en le posant, la Nature évolutive, en l'homme, se place elle-même en face d'un choix critique qu'il lui faudra résoudre un jour dans le vrai sens, si l'espèce doit atteindre son but ou même survivre. L'élan évolutif pousse à un développement de la Force cosmique dans la vie terrestre, et ce développement a besoin d'un être mental et vital plus large qui le soutienne, un mental plus vaste, une âme-de-vie, Anima, plus grande, plus vaste, plus consciente, unanimisée; et cela exige en outre que l'Âme, le Moi spirituel qui soutient tout au-dedans, se dévoile pour soutenir ce développement.", Sri Aurobindo, La vie divine, chapitre 56.

Niranjan Guha Roy -Protection de Sri Aurobindo

vendredi 25 octobre 2019

MÉDITATION PAR CONCENTRATION POUR DÉCOUVRIR L'ETRE PSYCHIQUE.



Vivékânanda, dans l'un de ses ouvrages, conseille de se retirer de ses pensées, de les laisser se produire à leur guise dans le mental, et simplement de les observer et de regarder ce qu'elles sont. C'est ce que l'on peut appeler se concentrer dans l'observation de soi-même.

Cette forme de concentration conduit à une autre qui élimine du mental toute pensée pour le laisser comme une sorte de vide pur et vigilant où la connaissance divine peut venir s'imprimer sans être brouillée par les pensées inférieures du mental humain ordinaire, avec la clarté d'une écriture à la craie blanche sur un tableau noir. Vous verrez que la Guîtâ parle de ce rejet de toute pensée mentale comme de l'une des "Rhodes de yoga, et c'est même la méthode qu'elle semble Préférer. On peut l'appeler dhyāna de libération, puisqu'elle libère le mental de l'esclavage du processus mécanique de la pensée et lui permet de penser ou de ne pas penser, comme il lui plaît et quand il lui plaît, de choisir ses propres pensées, ou encore d'aller au-delà de la pensée vers la pure perception de la Vérité appelée, dans notre philosophie, vijñāna.

***

On peut se concentrer dans n'importe lequel des trois centres: celui qui offre au sâdhak le plus de facilité, ou celui qui donne le plus de résultats. La concentration dans le centre du cœur a le pouvoir d'ouvrir ce centre et, par la puissance de l'aspiration, de l'amour, de la bhakti, de la consécration, d'ôter le voile qui recouvre et dissimule l'âme ou être psychique, d'amener celui-ci au premier plan pour qu'il gouverne le mental, la vie et le corps, qu'il les oriente tous pleinement vers le Divin et les ouvre à Lui, en éliminant tout ce qui s'oppose à cette orientation et à cette ouverture.

C'est ce que, dans notre yoga, nous appelons la transformation psychique. La concentration au-dessus de la tête a le pouvoir d'apporter la paix, le silence, de permettre à l'être d'oublier le corps, de le libérer de l'identification avec le mental et la vie, et d'ouvrir la voie à la conscience inférieure (mentale, vitale et physique) afin qu'elle s'élève à la rencontre de la conscience supérieure; afin aussi que les pouvoirs de la conscience supérieure (nature spirituelle) descendent dans le mental, la vie et le corps. C'est ce qui s'appelle, dans notre yoga, la transformation spirituelle. Si l'on commence par ce mouvement, le Pouvoir d'en haut doit, en descendant, ouvrir tous les centres (y compris le centre le plus bas) et faire émerger l'être psychique, car jusqu'à ce que cela soit fait, la conscience inférieure engendrera vraisemblablement beaucoup de difficultés et de luttes en faisant obstruction à la descente de l'Action divine, en se mélangeant à elle ou même en la rejetant. Dès que l'être psychique est actif, cette lutte et ces difficultés peuvent être réduites au minimum.

La concentration entre les sourcils a le pouvoir d'ouvrir le centre qui s'y trouve, de libérer le mental intérieur et la vision, la conscience intérieure ou yoguique, ses expériences et ses pouvoirs. À partir de là, on peut aussi s'ouvrir vers le haut et agir sur les centres inférieurs; mais le danger, en procédant ainsi, est que l'on risque de s'enfermer dans ses propres formations mentales-spirituelles et de ne plus en sortir, au lieu d'entrer dans l'expérience spirituelle libre et intégrale, dans la connaissance et dans la transformation intégrale de l'être et de la nature.



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L'effort est une tentative pleine de tension. Il peut y avoir dans l'action une volonté qui ne contient ni tension ni effort.

Tension et concentration ne sont pas la même chose. La tension implique une ardeur excessive et une violence dans l'effort, alors que la concentration est par nature tranquille et régulière. S'il y a agitation ou ardeur excessive, alors ce n'est pas de la concentration.

Appel de l'âme par Niranjan Guha Roy